vendredi 28 septembre 2018

sur l'affaire Buttard-Aubert 1917


 

Aline Hennechell obtiendra un non lieu quoique Ferrandi la désigne comme l’instigatrice du crime et soutient qu’elle aurait fait le guet le jour du crime. Il sous-entend aussi, sans pouvoir le nommer ni citer ses sources « dans le milieu des filles et des souteneurs » qu’il aurait identifié un complice. Le 9 mai 1917, le même Ferrandi écrit au juge d’instruction Montpellier : « par la présente je vous fais savoir ce que je sait par l’entremise d’une fille soumise Micheline épouse Rody, laquelle s’est rencontrée à la prison des Présentines à Marseille avec la fille Aline Hennichel (sic). Et voilà comment qu’elle me la racontée le 28 février : « c’est moi qui ai conseillé à mon amant Basile-Théodule Buttard de supprimée Alice Aubert parce que j’avais apprit de droite et de gauche que Aline Aubert n’ayant pas d’amant à Montpellier, elle devait avoir la forte somme sur elle. J’ai encouragé mon amant de la sorte en lui faisant entrevoir qu’avec la dite somme cella lui permettrait de déserter et en même temps avec les effets d’Alice Haubert, à moi ça m’aurait permit après avoir passée la frontière de gagnée beaucoup d’argent. Mon amant lequel était désigné pour le premier convois de Salonique vint en plein dans mes idées mais il a voulu s’abjoindre un complice. Le crime étant prémédité nous avons tous les trois calculé le jour. Au jour fixé, mon amant a raccroché la fille Alice Aubert dans la rue de la Loge et a discuté le prix de la nuit qu’il devait passer avec elle… Théodule Buttard est monté dans la chambre. Moi est le militaire nous faisions le guet dans ladite rue. Cinq minutes après que mon amant était monté avec Alice Aubert il est venu nous avertir que le crime était consommé le militaire qui me tenait compagnie et monté avec Buttard ils ont faits plusieurs ballots qu’ils ont transporter chez moi, et qu’ils on vendus a vils prix dès le lendemain... » Il manque encore un complice que vous trouverez facilement. »
Mais devant le commissaire de police Schellino Micheline déclare : « La lettre de Ferrandi que vous me montrez est un tissu d’inventions de sa part, car tout ce que je lui ai dit c’est que la fille Hennechel ne m’avait jamais adressé la parole durant les quatre jours que j’ai passés à la prison où elle était également détenue ». Néanmoins elle finit par admettre qu’elle a rapporté les détails tels qu’elle les avait entendus raconter par les autres femmes détenues aux Présentines.
Que cette version soit ou non conforme à la réalité, il apparaît à travers la correspondance expédiée par Buttard durant son voyage et à Salonique que Buttard prétendait être véritablement amoureux d’Aline Hennechell, à qui il fait miroiter des promesses de mariage et demande à mots couverts si elle est enceinte de ses œuvres, expliquant ainsi quelques phrases mystérieuses de ces échanges épistolaires. Aline Hennechell dément. Ce serait pourtant avec elle qu’il apparaît sur les photos marseillaises trouvées sur lui lors de son arrestation.

Curieusement lors de son premier interrogatoire, Buttard affirme catégoriquement avoir révélé à Aline que les objets qu’il lui avait donnés provenaient d’une femme assassinée : « Elle ne m’a fait aucune réflexion, elle m’a simplement demandé « Ça ne risque rien » Je lui ai répondu « Je ne pense pas » Elle dément avec force. Il la charge également en prétendant que c’est à son initiative à elle que les objets ont été vendus ou gagés, ce qui paraît ne pas cadrer avec ses protestations d’amour. L’interrogateur note : « Les deux inculpés s’interpellent et s’adressant l’un à l’autre s’écrient : « Dis la vérité ». »

Le 25 mars Jeanne Grégoire (pour se dédouaner?) remet à la police de Montpellier une carte postale datée du 12 février, qu’elle dit n’avoir reçu que la veille, l’enveloppe ayant été dirigée sur la Grèce. Elle s’interroge sur l’identité de l’expéditrice, dont elle ignore que le nom d’emprunt Renée Boucher correspond à celui d’un amant de longue date d’Aline  (Jean Bouche):

« Chère Janette, je profite pour tenvoyer ces deux mos pour te dire que je suis en bonne santée et que je suis arrivée à bon Port je pense que Tois aussie que ma carte te trouve en bonne santée, maintenant que Tue à des lettres pour mois tache moyen de me les envoyer care surement Tue dois en navoué. Fais mois les parvenir le plutot Possible. Tache moyen de ne Pas montrais la carte à Personne Surtout à Marie Tue mais écrira sous mon nom de femme Renée boucher n°10 rue bouterie Bar Joyeux Marsseille ».

Parmi les autre photographies trouvées sur Buttard « Celui qui est coiffé du béret est celui qui a été désigné sous le nom de Louis. Il a couché avec Grégoire Jeanne » [-sauf que Jeanne ne reconnaît pas le soldat représenté sur cette photographie]. Louis Nicolle est-il le fantôme du prétendu soldat Caillou qui n’existe pas ? Aline prétend lors de l’un de ses premiers interrogatoires avoir passé la nuit avec Buttard et un autre soldat, et que les deux s’interpellaient en s’appelant l’un et l’autre « Lulu ».

Mais, comme on l’a vu Nicolle était alors l’amant de Jeanne Grégoire, et l’entremetteur qui aurait présenté Aline à Buttard ? Nicolle ne confirme pas cette version de la rencontre.
« Je suis embauché depuis le 5 janvier 1917 à Castries comme ouvrier agricole… Le lundi 5 février je suis venu à Montpellier par le dernier train du soir. J’étais attendu par grégoire jeanne que je connaissais depuis plusieurs mois. Le train avait du retard et je ne suis arrivé rue Diderot que vers 11h du soir. Je m’étais engagé dans l’escalier lorsque j’ai vu devant moi la femme Hennechel Aline qui entrait dans sa chmabre suivie de deux soldats du 2è génie.. Elle paraissait légèrement ivre. En entendant mes pas, elle a dit « Qui est-là ? » J’ai répondu « Ça ne te regarde pas ». « C’est toi léon ? »m’a-t-elle répliqué -Oui – Jeanne est dans sa chambre, elle est malade. » Au bout d’un moment Aline est venue nous rejoindre. Elle fumait une cigarette. Je n’ai vu aucun des deux soldats qui l’avaient accompagnée chez elle mais je sais qu’ils ont couché tous les deux avec elle car pendant le cours de la nuit ils n’ont pas cessé de causer. Le lendemain matin, 6 février, Aline nous a raconté que le second soldat n’avait pas voulu quitter son camarade, celui dont vous me montre la photographie et que vous me dittes s’appeler Buttard. L’ami de Buttard était resté de peur d’être surpris au moment où il serait rentré à la caserne. Je n’ai pas vu ce soldat qui est parti le mardi matin 6 février de très bonne heure. Je ne puis vous fournir ni son nom, ni son signalement. Aline vint dans la chambre de Jeanne Grégoire pour nous montrer deux fourrures… Elle nous raconta qu’elle tenait tout cela de Buttard qui l’avait enlevé à une maîtresse qui l’avait abandonné… Les deux femmes s’en allèrent en me disant que si Buttard venait il fallait le faire attendre. Buttard ne tarda pas à paraître. Nous nous mîmes à causer. Il était sur le point de s’embarquer pour Salonique. Je possédais un brassard de la Croix-Rouge que j’avais ramassé sur un champ de bataille du front. J’en fis cadeau à Buttard. « Il pourra te servir peut-être si tu es fait prisonnier, on croira que tu fais partie d’une formation sanitaire et tu pourras être rapatrié. » Buttard prit le brassard. « Tu te mets bien, ajoutai-je en riant, tu as des maîtresses qui ont des bottines en cuir jaune remontant jusqu’au mollet. » Buttard […] me montra une petite clé en me disant que c’était celle de la porte de sa propre chambre.
Nous allâmes au restaurant Paparel où déjeunaient les deux femmes. Nous bûmes un champoreau que que Buttard voulut payer pour répondre à la gracieuseté que je lui avais faite en lui faisant cadeau du brassard. Nous causions de choses et d’autres et un certain moment il me dit « On s’apercevra bientôt qu’une femme a été tuée » Je pris cette confidence comme une plaisanterie. Il ajouta « C’est moi qui ait fait le coup » - Tu n’es pas fou, m’écriais-je. Si je m’étais douté qu’il disait la vérité je l’aurai fait immédiatement arrêté. Il possédait un énorme couteau à cran d’arrêt. A quel moment a-t-il montré ce couteau ? Je ne puis vous le dire. En quittant le restaurant Paparel nous sommes entrés dans un café situé rue Diderot. J’ai offert des champoreaux et Buttard a payé les verres de rhum. Les femmes sont allées chercher la fourrure blanche qu’elles avaient pliée dans une serviette. Buttard est parti avec sa maîtresse Aline pour vendre cette fourrure. Depuis ce moment-là je n’ai plus revu Buttard car j’ai quitté Montpellier ce même jour mardi 6 février pour rentrer à Castries par le train de six heures du soir. »

Jeanne Grégoire, la co-locataire d’Aline, occupant la chambre voisine, puisque les deux femmes se parlaient à travers la cloison, ne serait-elle pas plus impliquée dans toute cette affaire qu’elle a bien voulu l’avouer ? Que savait-elle qui l’ait mis à l’abri des révélations des deux autres ? Et Nicolle pourrait-il être le complice évoqué par Ferrandi ? On croit comprendre qu’après son aveux du crime, Buttard aurait été conseillé afin de ne pas se rendre mais tirer profit du crime. « Le prétendu René a été vu plusieurs fois en compagnie d’un caporal du 2è Génie, coiffé d’un béret de chasseur alpin qui se disait originaire de Paris et qui répondait au prénom de Louis » (rapport de police primitif alors que Buttard, alias René n’était pas encore formellement identifié). Certes le numéro de régiment ne colle pas, mais comme disait Aline « C’est vraiment la bande à Lulu ! » Nicolle n’était plus militaire au moment des faits, le conseil de guerre ne s’est donc pas occupé de son cas au-delà de son premier témoignage. La justice militaire ne recherche pas la vérité, elle cherche un coupable.

« L’autre était surnommé « Le Barou ». Il est venu au restaurant avec nous le mercredi soir 6 février… Ce prétendu Barou connaît le soldat qui m’a remis les bottines en cuir noir. »
Buttard : « J’ai été arrêté par la gendarmerie le 2 mars 1917, près de Monastir où j’étais arrivé le 26 février à la Cie du capitaine Chas, je crois. »
Captaine Chas : « Je ne peux donner aucun renseignement sur le sapeur Buttard ; ce dernier n’étant arrivé en refort à la compagnie qu’à la date du 26 février 1917. Ce sapeur était en traitement pour blennorragie. »

 
Dans deux lettres postérieures au procès, Buttard confesse son crime. Il est -« ma leureuse mant »- quasi impossible d’en comprendre les détails, tant l’orthographe phonétique est impénétrable :

9 août : « Le présidans due conselle de guerre vautrer avait loubigans de Beouner qu cette moie qui et comis le crime douberre Alisse par un momente de colair qu’elle me disse une movaise paraul. Ma leureuse mant Je lais fraper en paines proitine sante le vouloire...Par un mouvement trais viffe et voue dirai qu’elle et morte dans mais bras. Ou sitau je voulais Me Rentr à la poulisse pour desclarer se qui vnait de ma River mais j’ai Ecouter les conseille de siest camarade qui se trouver à la casasairnes et eu qui il mons desffamdue de me Rentre

S’est duprer le nomes cuens qu’an dis [?] qui lais introuvable Se pendans se trouve trais bien à salonique et s’est trais bien lui qui ma tanter à feir se qu je aie fes. Mon colonaile comme je me suit à vouer en fient pus confaisant je me paairmer de lai vouer à vous même. Messieur je me mais à vous Graces de vouloir Bien Mai cinder de vanger mae famille qui souffre tomer Pour la Partrie. »
11 août : « Monsieur le Praisidant, j’ai eu louneur de voue fair savoire que cetter moie qui à comis le crime… Je voues dirai que que j’aie Eter pouser à fair se crime... Je vous dira qu’a lines Hermchelle dois savoire pour coi qu’elle àvolus faire Tuer s’cette fammes et le nomer caien qui lais Un trouvable, elle doie trais Bien savoire sont nôm dur jour que sa Etee fais… et je voue dirai qu’il voulais me maitre dans La misairre… qu’il y avait une hommes qui fais le voyage de cette à Montepellier qu’il voulais ete et à marcelle au sei mais je n’est pas cansontie de se la. Je lui dies qu’il ne falais pas me prandre pour un bandit et je lai laisser tomber et je me suit randue dans mon cantonnement… Je vous dirai 

que se

                                                                                           il à Eter avaique moi à salonique… et il voulais me fair des sairter à tous bous de cham, je lui dit si Tus veus des sairter fais commes Tus vautras Mais mois je ne fias se là... »
Buttard invente-t-il de nouveau ou s’est-il rendu compte de la présence d’un deuxième homme qui aurait été le véritable amant de cœur de sa maîtresse. Auquel des deux (ou bien à chacun puisque la mère maquerelle chez qui elle s’était réfugiée après leur départ et chez qui elle a été arrêtée, affirme avoir vu deux talons de mandats) Aline Hennechel aurait-elle envoyé à destination de la Grèce des sommes dépassant les cent francs ?

    

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