lundi 25 juin 2018

fusillés de 1915 juillet à décembre

 

  Tri des blessés dans un village de Champagne le 25 septembre 1915

1915

Juillet 

 

François Bleton, né le 26 septembre 1875 à Lyon 4è, soldat au 52è R.I., profession d'agent d'affaire et encaisseur auxiliaire, marié, domicilié à Paris 3è
Coupable de tapages répétés en état d'ivresse il est déféré devant le conseil de guerre de la 27e D.I. le 1er juillet 1915 pour "refus d'obéissance en présence de l'ennemi et outrages par paroles envers des supérieurs pendant et à l'occasion du service" (cette dernière précision étant destinée à le faire condamner à la peine capitale).
D'après le rapport du procès, on apprend que Bleton a refusé de se lever le 7  juin, prétendant qu'il ne pouvait pas marcher, car il faisait partie des exemptés de service rappelés en réserve aux tranchées par la fantaisie d'un certain lieutenant Fallisard. Conduit au commandement, "il insulta le capitaine Roux en le traitant de voyou et de voleur et en l'accusant de lui avoir dérobé un colis". Le capitaine Féraud, qui commande sa section confirme que Bleton est un "très mauvais soldat" alors que le docteurs Guy fait remarquer "c'est un nerveux mais très intelligent" (argument qui joue à l'évidence en défaveur de l'accusé pour des gradés possiblement plus bêtes que lui). "L'adjudant chef Jonea dépose que le 12 juin 1915, à Caix, (Somme), Bleton qui était alors en prévention de Conseil de Guerre, a outragé les officiers de son régiment en disant : " Quand je serai devant les Juges du Conseil de Guerre, je dirai que nous soldats, nous nous faisons crever la peau ; que les officiers se terrent dans les caves comme des punaises ; qu'ils nous conduisent pire que des bêtes, puisqu'ils nous parquent ici comme des cochons ; si les civils savaient ce qui se passe sur le front, ce ne serait point l'anarchie, mais bien la révolte du soldat contre les chefs et du civil contre le Gouvernement"... A chaque déposition, Bleton nie tout ce qui est établi et discute." 
A noter que durant l'instruction préliminaire, la hiérarchie s'était informée auprès de la Préfecture de Police de Paris de potentiels propos anti-militaristes ou anarchistes tenus par Bleton avant-guerre ; en vain...
Et si cet acharnement contre le soldat Bleton, renforcé par les témoignages douteux de soldats soumis n'avait été qu'un moyen de minimiser les responsabilités d'officiers lâches et prétentieux? On découvre en effet que le 5 juin, Bleton et un certain nombre de ses camarades, alors qu'il étaient en première ligne avaient été victimes d'éboulements causés par des mines allemandes et que ces soldats furent placés "pour se remettre de la commotion qu'ils avaient subie" dans un espace boisé et reposant à l'arrière, le Dr Guy ayant dispensé Bleton de service pendant quatre jours quand le Lt Falissard les envoya chercher. C'est sur cette information incomplète que s'arrête le dossier d'instruction...
Bleton est condamné à mort avec dégradation (dont on ne voit pas bien quelle humiliation elle peut représenter pour un soldat de 2è classe...)
La possibilité de se pourvoir en grâce étant rejetée par les juges du conseil à la majorité de 3 voix contre 2, Bleton est exécuté le jour-même à 18h à Méharicourt dans la Somme.

Ignace Raymond né à Sospel (Alpes-Maritimes)  le 29 décembre 1880 est fusillé le 2 juillet 1915, à l'âge de 34 ans. Soldat de 2ème classe au 58ème RI (matricule n° 747 au recrutement de Nice), il est condamné à mort le 1er juillet 1915 par le conseil de guerre de la 30ème DI pour "refus d'obéissance pour marcher à l'ennemi", et fusillé à Braux-Sainte-Cohière (Marne) le lendemain du jugement.

Joseph Elisée Holagne, né à Marseille le 2 mai 1893. Il exerce à Aubagne les professions de cultivateur et maçon. A la déclaration de guerre Josepĥ Holagne se trouve depuis six mois dans les rangs du 27è BCP. Le 7 décembre 1914, il est condamné à trois ans d'emprisonnement pour avoir abandonné sa compagnie durant une marche de nuit entre Andilly et Bernécourt. Il est tranféré à la 1ère section de la 1ère compagnie du 27è où le lieutenant commandant sa compagnie rapporte "qu'il ne semble pas avoir la plénitude de ses facultés". Toujours volontaire pour partir en patrouille, il tente de racheter sa faute en combattant sur les pentes du vieil Armand. Il reçoit même pour son courage les félicitations du capitaine Paul Wagner (6 avril 1915).
Fin mai 1915, Joseph Holagne change de secteur et rejoint les tranchées du Schnepfenriedkopf (Haut-Rhin). Le 27 mai, profitant du bombardement sur la cite 1025 qui met hors de combat 13 soldats de sa compagnie (dont six morts), il accompagne les blessés vers l'arrière et déserte. Dénoncé douze jours plus tard, le 8 juin, par un civil de Saint-Amarin, il est aussitôt arrêté par des douaniers. Il déclare : "Je suis parti car le sergent de ma section m'avait menacé de me punir si je ne nettoyais pas mon fusil... je me suis occupé aux travaux des champs chez celui qui m'a dénoncé auquel j'ai affirmé que j'étais l'ordonnance de mon capitaine, dans ce but, je partais le matin et rentrais plus tard pour faire croire mon histoire."
Traduit le 2 juillet 1915 devant un CG spécial du 27è BCA, Joseph Holagne, 22 ans, est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi", et fusillé à Mittlach-le-haut le jour même à 11h30 devant la compagnie réunie.
Son nom apparaît sur le monument aux morts de la ville d'Aubagne.


Charles Théophile Alexandre Thermeau, fusillé le 2 juillet 1915 à 5h du matin à Rupt-en-Woëvre (55) à Perrone (80) le long du cimetière.
né le 9 juillet 1891 Menuisier. Soldat au 132e R.I. abandon de poste en présence de l'ennemi. Conseil de guerre : 12ème D.I..

Témoignage oral de Julien JOLLY de Fontaine Simon (28) en 1975, recueilli par Jean Fraboulet :

" Ça se passait à Rupt en Woëvre dans les Hauts de Meuse. On était au repos et puis notre Compagnie était de service. On reçoit l'ordre de se mettre en tenue de campagne pour 5 h du matin. On met le sac et tout le bazar. On savait pas ce que ça voulait dire.
Et le Capitaine dit au Lieutenant qui commandait la 1ère section :
" Allez, visez le lapin ! On va chasser le lapin. "
On était ignorant de ce qui allait se passer et puis ma foi, v'là que la section de jour s'en va à une grange qui servait de prison. On voit un pauv' gars qui sort de là-dedans, qui était escorté de l'Aumônier, il était tout pâle. Ma foi
Quand il y avait une attaque, il montait pas : il avait la trouille. Alors il s'échappait. C'était suffisant pour enquérir la peine de mort. C'était assimilé à désertion en présence de l'ennemi. Ça pardonne pas ça.
Alors on l'a emmené le long du cimetière de Rupt, il y avait un poteau et puis le peloton d'exécution était là, et puis nous, pour empêcher s'il y avait eu quelque chose. Et puis ma foi, ça a pas demandé grand temps.
Toute la compagnie, on était 100-150 par-là. Eh ben, je vous garantis qu'on était à plat totalement, hein.
- D'avoir vu ça ?

- Ben oui ! A la soupe de midi, y en a pas le quart qui a mangé la soupe : on était malade. Malade de dégoût d'avoir vu ce... On assimilait ça à un assassinat, comprenez-vous ? Le moral était tombé bien bas à ce moment-là. On nous a foutu la paix pour la journée quand même. Personne n'est venu nous embêter.
Ils s'en sont peut-être rendu compte.
Mais quand même, après ça, on est allé en Champagne pour faire l'attaque du 25 septembre 1915. Le Commandant de bataillon qui avait présidé le Conseil de guerre qui avait condamné le type à mort, a été tué.
Notre Capitaine à nous, celui qui rigolait en disant " chassez le lapin " a été tué. Le Lieutenant a reçu une balle dans le bras, il a été blessé.
C'est rigolo, hein ? "

Paul Verain, né le 28 juin 1885 à Parly dans l'Yonne, somdat au 204è R.I. avait déserté lors de son service militaire en 1907, retrouvé commotionné et hébété dans un trou d'obus après une attaque à Souchez, arrêté et jugé sur le champ comme récidiviste par la Cour Martiale et fusillé le 4 juillet 1915 à Béthonsard dans le Pas-de-Calais.
Enfant assisté - Domestique - Domicilié aux Lindets hameau de Villefranche (89)
il inspire Barbusse pour le personnage de Cajard dans "Le Feu" - Des survivants de son régiment entamèrent une procédure de réhabilitation en 1928.
Mention Mort pour la France.

René Emile Lainé, né le 13 février 1890 à Saint-Martin-des-Besaces (Calvados), frappeur à Argenteuil, canonnier trompette au 8è Rgt d'artillerie de campagne. Affecté au 59e R.I. à la mobilisation il déserte le 6 septembre1914 ;  ramené au corps 15 jours après il combat plus de 5 mois dans la Marne et de nouveau déserte, le 9 mars1915 : il est condamné à 5 ans de prison mais sa peine est suspendue. Déserteur une 3e fois il comparait devant le conseil de guerre de la 70è D.I. le 3 juillet 1915 et est condamné à mort. Il est fusillé le lendemain à Estrée-Cauchy (62)


Le soldat Jean-Baptiste Bachelier, né le 20 juillet 1889 aux Sorinières (44), agriculteur à Bouguenais, soldat du 137è R.I., 7è Cie où sa mission consistait à faire du terrassement en première ligne. Condamné par un CG spécial du 137è R.I., il est fusillé le 4 juillet 1915 à Sailly-aux-Bois (62)  pour abandon de poste en présence de l'ennemi.

Paul Gayté, en fait Marius Paul Gaytté, né le 26 juin 1883, à Callian (Var), cultivateur, soldat au 42è R.I.C.

Enrôlé le 16 novembre 1904 dans le 22è RIC, il participe avec le 13è à la campagne de Madagascar. Il se rengage le 23 mai 1911 dans le 22e RIC : la mobilisation le trouve à la caserne d'Aurelle à Marseille.  Le 22 août 1914 Marius Gaytté est blessé superficiellement à la hanche droite. Il est hospitalisé durant un mois. Il passe au 42è RIC, régiment de réserve. Le 24 juin 1915, le 42e RIC est mis à la disposition du 16e Corps d’Armée pour une dizaine de jours. Il relève, dans la nuit du 23 juin, le 143e RI dans le secteur de Mesnil-lès-Hurlus.

Le 24 juin 1915 vers 22h, alors qu’il est en ligne avec le 42e RIC, Marius Gaytté  est blessé par balle, à la main gauche, "la plaie siège au médius gauche, tout à fait à l’extrémité et superficiellement, elle a un peu plus de 1cm de longueur sur un demi de largeur". Il doit être évacué vers le poste de secours arrière.
Le 1er juillet, le régiment est remplacé sur ses positions par le 143e RI. Le 3, il s’embarque à Somme-Tourbe pour aller cantonner à Cuperly (Marne). C’est là qu’il est accusé de mutilation volontaire par le médecin-major Tauvet.
Marius Gaytté est déféré le 6 juillet 1915, à 13h, devant un conseil de guerre spécial du 42e RIC, avec un autre colonial, Jules Jacquemart, trouvé le 22 juin blessé à l’index gauche et n’ayant pu préciser ni où, ni comment il avait été blessé. Il n’y a pas d’instruction par le commissaire rapporteur. Les seules pièces sont le rapport à charge du 4 juillet du capitaine Borgey, son supérieur de la 19è compagnie, qui a porté la plainte et le certificat-médical, délivré le matin même à Vadenay (Marne), à la demande du colonel. Borgey précise :
"Gayté déclare avoir été blessé pendant la fusillade vers 22h par une balle française venant de l’arrière. Des hommes sortant d’un abri pour venir dans la tranchée se seraient bousculés, des coups seraient partis dont l’un l’aurait blessé à la main. Gayté est un soldat de l’active ayant 7 ans de service. La compagnie ne possède pas ses pièces matriculaires. Il déclare avoir encouru 16 jours de prison et 40 jours de salle de police. Il est animé d’un esprit douteux et n’hésitait pas à déclarer dans ses conversations qu’il profiterait de la première blessure pour s’en aller."
Les témoignages de l’adjudant Raoulas, du sergent Housty, du caporal Vanot et du soldat Auriol, ont été enregistrées, ils attestent ne pas l’avoir vu partir, Gaytté n’ayant rien dit à personne. Gaytté et son compagnon d’infortune Jacquemart sont condamnés à mort, à l’unanimité des 3 juges, pour "mutilation volontaire" et" abandon de poste en présence de l’ennemi".
Néanmoins le colonel Bourgeron, commandant le 42è RIC écrit au commandant la 20è Brigade : "En vertu de mes pouvoirs discrétionnaires, en mon âme et conscience et sur l’avis des membres du Conseil de Guerre, j’ai suspendu l’exécution du soldat Jacquemart, qui, quoique coupable, présente de l’intérêt au point de vue de sa jeunesse, 18 ans à peine, jeune soldat de la classe 1915, ayant subi l’influence du soldat Gayté dans l’exécution de son crime et enfin ayant fait preuve d’une grande simplicité d’esprit, afin qu’il soit proposé au Chef de l’Etat une commutation de peine en sa faveur."

Condamné à mort, Marius Gaytté est exécuté le jour même du jugement à 17h15, dans un champ situé à la sortie ouest du village de Cuperly. Selon le certificat médical de constatation de décès, il a reçu neuf balles de fusil au thorax, et deux balles de révolver dans la boîte crânienne.
 
Le 19 juillet, un avis ministériel (CK 3858) déclare Marius Gaytté "Mort pour la France. Décédé à Cuperly (Marne) par suite d’accident".




L’exécution capitale, nord d’Arras, 5 juillet 1915 Aquarelle de Mathurin Méheut
(Musée de Lamballe).

"Chose terrible, atroce, l’exécution d’un poilu du régiment qui s’était débiné au moment d’une attaque. Quel affreux moment. J’en étais retourné toute la journée et je t’assure, je n’ai pu t’écrire après cela."
Mathurin Méheut, lettre à sa femme Marguerite, 6 juillet 1915

Sauf qu'il y a erreur dans la date... car selon toutes probabilité, Méheut représente l'exécution d'Ernest Galliot, à laquelle il dut assister en tant que membre du 136è R.I.

Ernest Galliot, né le 7 février 1875 à la ferme du Gravier, sur les rives de la Douve, dispensé de service actif en 1895 pour une ankylose du coude, cultivateur, marié, a 39 ans lors de la mobilisation ; eu égard à sa situation, il est versé dans une unité relativement tranquille, le 10è escadron territorial du train des équipages militaires de Fougères. Mais, manque de chair à canon toujours, il est "muté" le 11 mai 1915 au 136è R.I. envoyé, dans le secteur d’Ecurie-Roclincourt, à quelques kilomètres au nord d’Arras, pour soutenir l’avance difficile des troupes qui ont pris pied dans les tranchées du fameux "Labyrinthe". L’Etat-major y prépare une attaque massive. Le régiment qui cantonne à Agnès-les-Druisans depuis le 20 mai, est passé en revue par le général de division le 26 et en soirée rejoint les premières lignes, en avant d’Ecurie-Roclincourt. Il subit un violent bombardement pendant la relève qui n’est terminée que vers 5 heures du matin. Les obus continuent à pleuvoir presque toute la journée du 27 mai engrainant la mort de 6 hommes et en blessant 25. Les jours suivants, Ernest Galliot et ses nouveaux camarades travaillent à la mise en état des tranchées et à la construction d’abris, toujours sous les bombardements. On consigne dans le Journal des Marches et Opérations du 136è que des hommes sont ensevelis par l’éboulement des tranchées. La veille de l’attaque, 9 hommes sont encore tués, 8 blessés. Le 20 mai, le régiment reçoit l’ordre d’attaquer le jour même à 16 h 00. Lorsque les compagnies de tête "se lancent avec un entrain admirable, elles sont immédiatement fauchées par un tir de mitrailleuses et d’artillerie d’une violence extrême. Impossible de poursuivre le mouvement en avant" ; les pertes ont été grosses (74 hommes tués, 261 blessés, 151 disparus).


Mathurin Méheut : Les blessés rentrent dans la tranchée après l'attaque. Roclincourt Labyrinthe Mai 1915

Méheut écrit à sa femme :
" Des dizaines de poilus fauchés à la fois, c’est épouvantable [...] les hommes, les sentinelles vomissant à l’odeur, nos camarades, là, devant nous, notre sort de demain, c’est atroce. Nous ne les repousserons pas, c’est fini désormais, mais nos poilus sont merveilleux cependant. [...] La zone de feu, le fameux Labyrinthe à droite, le quadrilatère à gauche, les boches devant, à 15 mètres au plus... Pas de lignes de tranchées, cesont des milliers de sacs de terre qui en forment les avenues... Visions atroces : dans un coin de flanquement, une douzaine des nôtres, fauchés par un obus... Je veux déranger d’un boyau ce que je prends pour un mannequin : c’est un cadavre, un tronc, plus de tête, de bras ni de jambes. Derrière, sept, huit poilus affreusement déchiquetés, criblés, massacrés..., l’on marche sur des cadavres mi-enfouis, des lambeaux de chair, des fragments de jambes, de bras apparaissent disséminés, projetés, partout..., les armes tordues, et ces scènes éclairées parles lueurs d’obus boches qui tombent dru comme grêle, de tout calibre. Comment des hommes peuvent-ils ne pas devenir fous là-dessous où tout croule, tout s’effondre."

Ernest Galliot est sain et sauf, mais il avait disparu avant l’attaque ! Ayant rejoint la compagnie en cantonnement, il est soupçonné de s’être enfui. Traduit devant le Conseil de guerre permanent de la 20è division d’infanterie, il est condamné le 5 juillet à la peine de mort pour abandon de poste devant l’ennemi.
Il est fusillé par ses frères d’armes à genoux à en croire l'aquarelle de Méheut, le 7 juillet 1915, à 6 heures du matin.

Le JMO du 136è R.I.  rend compte de l’exécution d’Ernest Galliot :
"Le 7 juillet, après l’exécution capitale, en présence de tout le Rgt, du soldat Galliot, condamné pour abandon de poste en présence de l’ennemi, le régiment quitte le cantonnement d’Habarcq".

Une publication de 2008 (L'ouest dans la grande guerre, direction JF Ercksen, pour la nommer) rapporte encore qu'Ernest Galliot serait mort en déportation. On le présente comme une "forte tête", un "anarchiste ", capable de tirer au cours d’une permission dans la canne à lait d’un commis de ferme revenant de traire les vaches, avec son arme de service ! Des histoires propagées depuis la fin de la Grande Guerre. Honni, le nom d’Ernest Galliot ne figure sur
aucun monument, ni à Golleville où il naquit et vécurent sa mère et son frère aîné jusqu’en 1923, ni à Catteville où il résidait depuis 1912 et où son épouse enseigna jusqu’à ce qu’elle soit admise à la retraite, le 30 septembre 1928.

Victor Albert Dussaux, né le 29 mars 1882 à Barentin (76), journalier à Rouen célibataire, soldat au 39è R.I.Combattant devant Neuville-Saint-Vaast en mai 1915, il quitte sa compagnie sans ordre alors qu'elle se trouve dans les tranchées des Rietz à Souchez (62). Déféré devant le conseil de guerre ordinaire de la 5e D.I. le 7 juillet 1915, il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" et fusillé le 8 juillet 1915 à Gouy-en-Ternois (Pas de Calais).

Pierre Lucien Léger, né le 7 septembre 1892 à Paris 14è, soldat au 113è R.I.
Condamné CG de la 9è division et exécuté le 9 juillet 1915 à Lochères (55). Le motif reste inconnu, toutes les minutes du procès semblant avoir disparu. Sa fiche de décès porte sous la rubrique "genre de mort" la simple remarque "non mort pour la France"

Jules Bonhomme, né le 27 novembre 1894 à Paris 16è de père et mère inconnus, charretier, 1,68m chatain, soldat au 353è R.I. Condamné dès l'âge de treize ans pour "incendie volontaire" puis plusieurs fois pour vagabondage, Bonhomme est condamné le 25 mai 1915 à cinq ans de travaux publics pour une première désertion. Ramené par deux fois aux tranchées il s'enfuit, ("je étai me promener" se justifie-t-il) est arrêté le 4 juin à 9h "alors qu'il errait sur la place du marché à Nancy". Le 23 juin, il refuse catégoriquement d'obéir au Lt Harman qui lui commande de remonter en 1ère ligne.("Il refusa, prétextant qu'il ne pouvait rester avec ses camarades, et cela sans donner de motif").


Il est finalement condamné à mort par le même conseil de guerre de Toul. Le rapport du commissaire rapporteur instruit uniquement à charge contient ce type d'affirmations péremptoires :

"Cette nomenclature des crimes et délits reprochés à l'inculpé montre bien que Bonhomme et un soldat complètement indiscipliné, incapable de rendre le moindre service, incapable de devenir meilleur. Il constitue une plaie pour les compagnies qui sont obligées de le recevoir et un danger constant pour ses camarades à qui il ne cesse de donner le mauvais exemple"
(...)
"Comme élément de moralité, nous devons à la vérité de dire que l'inculpé ... a semblé éprouver un certain plaisir à nous apprendre que le jour-même où il passait au conseil, le lieutenant qui l'y avait amené, avait été tué.."
A l'issue de l’exécution de ce soldat de 20 ans, le 10 juillet 1915 à Toul (54) même le procès-verbal  comporte une mystérieuse rature :
"Nous, [greffier soussigné] sommes transportés à Toul dans les fossés des fortifications de la porte de Metz pour assister à l'exécution de la peine de mort prononcée le 9 juillet1915 par ledit conseil de guerre, en réparation du crime de "Refus de marcher contre l'ennemi ; abandon de poste et Désertion en présence de l'ennemi contre le nommé Bonhomme (Jules). (...)
Avant de certifier que "toute la parade d'exécution a eu lieu conformément aux precriptions des règlement militaires" ledit greffier semble avoir été victime d'un certain cafouillage, rayant les deux lignes faisant état que le Dr Geynard "a donné l'ordre au sous officier qui se trouvait à côté de lui, de donner le coup de grâce" pour établir qu'il a seulement "constaté le décès".


Pierre Louis Rocher, né le 28 août 1892 à Rennes, maçon soldat au 70è R.I.
Acquitté au civil de faits de vol (commis sans discernement) condamné le 12 avril pour abandon de poste à l'intérieur, puni à de multiples reprises pour retards, manquement à l'appel.
Le 13 juin, sa section doit aller creuser un boyau à l'avant de Roclincourt. Rocher, à qui "en raison de son apathie" on a donné des ordres précis ne suit pas et "va se coucher" pour ne reparaître qu'à cinq heures le lendemain, heure de distribution du café. Au caporal qui le réprimande, il répond que de toute façon il n'aurait pas travaillé, et selon deux autres soldats ajoute "je m'en fous". Le 16 juin il s'esquive de nouveau et n'est pas là à 23 heures quand on ordonne à sa section d'aller réparer une barricade. Il est arrêié le lendemain par la gendarmerie à Duisans. Reconduit au camp, lieu-dit des Quatre-maisons, il ne trouve aucune raison à invoquer pour avoir quitté sa section. Jugé coupable par le CG permanent de la 19è DI (5 juillet)d'abandon de poste et de refus d'obéissance en présence de l'ennemi; il est "passé par les armes" le 11 juillet 1915 à 4h du matin

Eugène Louis Joseph Favier du 149ème RI
né le 18 avril 1889, à Viriville (38). Boulanger.
" Classé dans le service auxiliaire ... par décision du Général commandant le département du Rhône du 18 octobre 1911 pour développement musculaire insuffisant, varices jambes gauche et mauvaise denture ". " Renvoyé dans ses foyers le 14 novembre 1913. Certificat de bonne conduite: refusé ". Mais ... rappelé en août 1914, puis " Réformé n°2 le 1er septembre 1914 pour bronchite du sommet droit ". Eugène insiste: " Engagé volontaire le 19 décembre 1914 au 75ème RI. " Muté au 158ème RI en février 1915, puis au 141ème RI en mars.
Condamné le 4 juin 1915, par le CG de la 43ème DI, " à deux mois d'emprisonnement pour s'être rendu coupable d'ivresse publique et manifeste ".
Condamné à mort le 10 juillet 1915, par le CG de la 43ème DI, pour abandon de poste en présence de l’ennemi " commis le 14 juin entre Noyelle et Aix Noulette (Pas de Calais) " et 4 refus d'obéissance les 15 et 16 juin à Aix Noulette.
Passé par les armes le 12 juillet 1915, à Hersin-Coupigny (Pas de Calais) avec
Henri Félix Sauvage, né le 8 février 1884 à Lyon 4è, manœuvre, célibataire, domicilié à Lyon. Traduit devant le conseil de guerre de la 43e D.I. le 10 juillet 1915 il est condamné à mort pour "abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l'ennemi" et fusillé le 12 juillet à Hersin-Coupigny (62)

Kamara Feré, né à Saoussoudou, tirailleur au 2è bataillon de SénégalaI, condamné par le CG spécial de la base du C.E.O., exécuté à Varos (Serbie) le 12 juillet 1915.

François Rolland, né le 8 mai 1889 à Inzinzac, condamné à mort le 12 juillet 1915, pour refus d’obéissance pendant le service, en présence de l’ennemi, commis le 4 juillet 1915, fusillé le 13 juillet 1915 à Saint Etienne de Roilaye dans l’Oise. Il avait 26 ans.

Antonin Labrosse, né le 27 octobre 1891 à Pouilly-les-Nonains, domicilié à Oullins, célibataire, mécanicien ajusteur : 1,56m chatain yeux roux clair, nez horizontal (?), visage plein, menton saillant, tatouages bras droit (coeur et (CFM)?) et gauche (une pensée)
soldat au 3è R.I.  CG de la 29è D.I. coupable d'outrages par paroles envers des supérieurs à l'occasion du service et voies de faits :
Rapport :
"Le 22 juin à Récicourt, vers 15h et quart, le soldat Labrosse se présenta devant le Lt Gennerani qui commandait sa Cie , en demandant à cet officier d'être entendu sur une faute qu'il venait de commettre. (Faisant partie de la corvée de nettoyage, il n'était pas retourné à cette corvée après la soupe, était allé boire)...
Labrosse était en état d'ivresse manifeste ainsi que tous les témoins le déclarent. Il donna vite à la réclamation un tour inadmissible, si bien que le lieutenant le fit conduire au poste de police. Etant arrivé là, l'inculpé éleva encore la voix et traita de lâche le Lt Genneroni [qui] donna l'ordre de le mener à la prison. En entendant cette injonction, Labrosse laissa éclater toute sa fureur; il cria au sergent Fabre... : "Il faudrait être costaud pour m'y conduire !"... Il se dégagea, enleva sa capote... et saisit un fusil qui était déposé dans un coin du poste. Le sergent Fabre se précipita aussitôt sur lui et parvint à le coucher sur une table; mais il lui allongea un violent coup de crosse sur la cuisse droite et se releva en même temps. Le sergent Chapot chef de poste s'étant avancé sur lui reçut un coup de pied dans le ventre. Le tambour Corniglion ayant voulu prêter main forte, l'accusé s'empara d'un piquet de tente et l'en frappa violemment au bras. Enfin le tambour-major Grab parvint à le terrasser, mais fut mordu au pouce gauche pendant la lutte. Il fallut ligoter Labrosse pour le maîtriser.
Au cours de cette longue scène scandaleuse, Labrosse n'avait cessé de lancer les pires injures contre le Lt Genneroni et les gradés qui l'entouraient. On entendait notamment les mots de lâches, de fainéants, de bandits. Au milieu de propos incohérents... on distingua aussi des grossièretés à l'adresse du 3è d'Infanterie et de ses officiers. Labrosse met tous ces faits sur le compte de l'ivresse..." Le rapport ajoute que malgré de nombreuses punitions et jours de cellule, son état signalétique se termine par "Lettres de félicitations. Récompenses diverses" à l'occasion de la campagne contre l'Allemagne et l'Autriche (1914)

Le relevé consigne également :
12 juin 1912 : A répondu à son caporal qui lui faisait une observation : "Punissez-moi si vous voulez, je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous, vous êtes trop petit pour me commander
15 octobre : A fait des propositions contre nature à un jeune marocain âgé d'environ 15 ans, l'a frappé d'un violent coup de poing parce qu'il ne voulait pas lui céder et s'est ensuite enfui dans le camp en courant poursuivi par cet indigène.
13 janvier 1913 : A une observation au sujet de sa malpropreté faite par [un sergent] a répondu : "je n'ai pas de compte à vous rendre.
12 mai 1913 : s'est enivré, est sorti du camp sans permission avec un de ses camarades vers 15h, est rentré au camp vers 17h ramenant un camarade blessé; était lui-même légèrement blessé et a déclaré que les blessures avaient été faites pas un indigène, sans aucune provocation de leur part.

Questions de l'interrogatoire :
- Reconnaissez-vous avoir dit au Lt Genneroni "Si vous étiez Français, vous n'auriez pas fait cela". Reconnaissez-vous avoir prononcé à l'adresse de vos supérieurs les outrages suivants: Vaches, saligauds, cochons et lâches? N'avez-vous pas menacé en même temps de leur "faire la peau le jour où vous seriez libre"? Toutes questions auxquelles Labrosse répond que le vin a sur lui une extrême influence et "qu'une fois ivre il ne me reste plus l'ombre de raison".

Le dossier contient également le rapport d'un délateur (Pierre Cristin) : Récicourt, le 22 juin 1915: vers 3 heures le soldat Lancelot de passage devant le local disciplinaire au moment où l'on y enfermait un de ses camarades tint devant 3 autres de ses collègues les propos suivant: "si c'est le sergent Fabre qui a arrangé ainsi Labrosse je me charge de son affaire ainsi que du lieutenant". Il s'est ensuite dirigé avec ses trois acolytes vers la partie supérieure du village en leur disant: "Nous allons comploter cette affaire ; en attendant on boira une bouteille. A quoi les trois autres ont répondu Allons-y et s'il le faut on passera tous au falot. En se dirigeant sur le village ils eurent ensuite une légère altercation avec un sergent du 111è d'Inf."
Ces faits (exagérés par les supérieurs concernés) vaudront à Joseph Lancelot, ancien disciplinaire, comme ses camarades Ragot René, Vérano Alexandre et Poulet Adolphe, huit jours de prison immédiast (et la perspective de soixante supplémentaires dont 15 de cellule réclamés par Genneroni. Le 26 juin le Colonel Philipot demande sa traduction en conseil de guerre mais les faits étant insuffisamment étavlis la peine est porté à 30 jours de priosn dint 8  de cellule).
On apprend aussi de la plainte de Genneroni que Labrosse s'était au départ de la discussion plaint "d'être l'objet de tracasseries continuelles de la part de ses chefs, peut-être du fait qu'il sort de la section spéciale de discipline de Sisteron". Il ajoute "A la compagnie Labrosse a toujours été un exemple d'indiscipline ; ce mauvais soldat a encouru dans les deux dernières semaines, deux punitions de prison".

Labrosse, évidemment est condamné à mort pour "outrages et voies de fait envers des supérieurs". Il est fusillé le 15 juillet 1915 au sud de la forêt de Hesse dans la Meuse.

Emile Pollert, né le 29 décembre 1891 à Duisboug en Allemagne, soldat au 24è R.I. prussien instituteur à Berlin avant guerre, prisonnier de guerre reconnu coupable par le CG de la 69è DI de tentative d'homicide volontaire sur plusieurs soldats français avec préméditation et guet-apens "-laquelle tentative manifesté par un commencement d'exécution, n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur".
Le 21 juin Pollert conduit une patrouille qui tente de couper les barbelés défendant une tranchée française. Se voyant découvert Pollert crie "Kamarad" et vide son fusil sur les français qui lui coupent la retraite. Blessé il est fait prisonnier.
Fusillé en présence du régiment à Braine, au pied des hauteurs de La Folie le 16 juillet 1915 à 6h. Le rapport du Dr Gabarre note : "Malgré onze balles reçues dans la région de l'estomac, le condamné râlait encore et j'ai jugé opportun de lui faire donner le coup de grâce immédiatement."

Albert Marius Collot, né le 21 mai 1895 à Ansauville (54) soldat de 2è classe au 17è BCA
Manquant àl'appel du 1er juin, alors que sa Cie doit se rendre en première ligne, Collot est retrouvé le 15 par une patrouille menée par le lieutenant Taburel, en compagnie du soldat Barre "complètement déséquippés au lieu dit "La Ferme Sauvage". Collot prétend avoir reçu "des mottes de terre provoquées par des éclats d'obus et avoir passé deux nuits dans les abris, puis avoir rencontré dans les bois de la Maison Forestière son camarade Barre et l'avoir accompagné à la Ferme Sauvage". Ainsi s'arrête ce qui reste des pièces officielles relatives au CG de la 13è DI.
Albert Colliot est fusillé à Fesnicourt le 17 juillet 1915

Ben Mohammed Ben Soltane Abdou, né en 1879 à Ouadaï Bou Yahia (Algérie), tirailleur au 3è RTA, condamné par le CG des troupes d'occupation du Maroc occidental, exécuté à Meknès le 19 juillet


Eugène Honoré Maxime Morelli, né le 12 mars 1884 était originaire de Nice et combattait au sein du 7ème bataillon de chasseurs à pied. Condamné à mort pour des raisons inconnues aujourd’hui, il a été fusillé également à Wesserling, le 19 juillet 1915.

Antoine Adsuard, né le 1er mars 1887 à Mers-El-Kebir, et Ould el Bokhari Khremfar, né en 1889 à Palikao (Algérie), zouaves au 2è RMZT, condamnés par le CG de la 37è DI, et exécutés à Pierrefonds (60) le 21 juillet 1915

Claude Marie Gauthier, né le 20 novembre 1874 à Mâcon, soldat au 368è R.I., condamné par le 1er CG de la place de Toul, exécuté à Toul le 22 juillet.

Benoît Douheret, né le 13 juillet 1889 à Saint-Eugène (Saône et Loire), soldat de la 8è section de commis et ouvriers militaires d'administration (COA)? Seul document qu'on possède, sa fiche de décès indique "passé par les armes, mort le 29 août 1915" alors que la date de son exécution semble être le 23 juillet à Ligny-en-Barrois (Meuse)

Antoine Granier, exécuté sommairement le 23 juillet 1915. Né le 7 octobre 1886 à Chambéry où il exerçait  la profession de maréchal-ferrand, il est envoyé à la 1ère compagnie du Groupe spécial disciplinaire levé par le 14e Corps, déployé aux confins algéro-marocain et "tué au cours d'une rébellion" à  Bou-Tuan (Boudenid - Maroc Oriental)


Alexandre William Kerfontan, né le 12 janvier 1885 à Indre (44), chasseur de 2è class edu 1er BCP détaché comme pionnier  au 11 Rgt du Génie, célibataire, métallurgiste (1,55m blond, yeux bleus, nez gros, tatouage au bras droit : une colombe portant une enveloppe.) Déjà condamné pour outrages à agents et rébellion à un mois de prison en 1912
.
Extraits et résumé du rapport (le rapporteur reprend quasiment mot à mot celui du capitaine Fournier, qui n'a pas assisté aux faits) :
Le 28 mai 1915... malgré son état d'ivresse Kerfontan qui avait été conduit au poste de police [prévenu de violences légères sur la personne du chasseur Tourneret], put partir avec le détachement qui partait au travail, mais qui en réalité passa la nuit dans les abris du bois 6. En raison de son état, le sous-Lt Baivir... lui donna l'ordre de rester dans les abris pour ne pas jeter le désordre parmi les travailleurs. Le lendemain, 29 mai Kerfontan déclara au Lt qu'il était malade, il obtint l'autorisation d'aller à la visite mais le Lt lui dit que s'il n'était pas reconnu il serait puni". Kerfontan ment au médecin, lui faisant croire qu'il est exempté. Atteint cette fois de diarrhée dysentrique, il ne peut se présenter devant le CG le 12 juin. On le laisse en liberté provisoire.
Trois hommes manquent au rassemblement du 29 juin, les chasseur Kerfontan, Janvier et Le Rolland. Le chasseur Barthe est désigné pour les conduire au bois 6, mais les trois sont ivres et se querellent entre eux."Vers 4h30 l'aspirant Leclerc, qui rentrait du travail entendit le bruit de la dispute et s'en inquiéta". Leclerc ordonne par trois fois à Kerfontan de regagner leur section ils répondent qu'ils ont bien le temps et finissent leur discussion. Revolver en main, Leclerc finit avec l'aide de deux caporaux par conduire les deux hommes à le suivre. "Pendant le trajet, Kerfontan, approuvé et même applaudi par Janvier adressa des injures au sous-officier, disant notamment : "Nous en avons plein le dos et on commence à nous faire chier, vous n'avez qu'à monter à la barbaque avec nous et à rassembler votre section"."Ce ne sera jamais un bleu comme vous qui nous fera remonter au travail; nous monterons comme cela nous plaira" (déclaration Leclerc) Aussitôt qu'il les laisse aux mains des caporaux, Kerfontan et Janvier refusent de suivre. "Kerfontan s'assit et jeta son fusil à terre." Il se couche, imité par Janvier. Les caporaux s'éclipsent pour rendre compte. A leur retour Kerfontan déclare "Nous avons trouvé du vin et nous montons au travail". Ils arrivent effectivement mais Kerfontan s'absente à nouveau dans la journée du 19, revient, repart, pour ne retourner que le 20 au soir. Il est donc prévenu de double abandon de poste en présence de l'ennemi ("pour marcher ou pour tout autre service précise le rédacteur")
En plus de l'état d'ivresse, Kerfontan invoque deux blessures (confirmées) qui l'ont marqué, il prétend avoir été fait prisonnier par les allemands et délivré par les anglais, il dit que les faits qu'on lui reproche sont consécutifs à une punition injustement reçue au mois de mars.

Condamné à mort par le CG de la 43è DI "dans sa séance du 22 juillet pour outrages à un supérieur dans le service, refus d'obéissance en présence de l'ennemi , abandon de poste en présence de l'ennemi" : fusillé le 24 juillet à 5 heures du matin à Hersin-Coupigny.
Pas d'établissement d'acte de décès dans les délais légaux.

Louis Jean-Baptiste Cordier
né à Villars-Saint-Pancrace (Hautes- Alpes) le 15 décembre 1888.
Assassiné à Bouanane (Maroc) 26 juillet 1915, 26 ans. Soldat au 73ème R.I. (matricule N° 382 au recrutement de Gap), il est abattu d'une balle de revolver alors qu'il participe à un mouvement de révolte (le 26 juillet 1915), et meurt quelques instants plus tard dans l'ambulance de Bouanane (Maroc).
"Seuls les officiers disposaient d'un revolver justement pour menacer, voire exécuter sommairement, tout homme qui n'obéissait pas, selon le code militaire en vigueur", explique Marc Pouyet de la Libre-Pensée 04. Le meurtrier ne savait pas tirer puisqu'il lui a fallu la complicité du personnel médical pour achever sa cible.

Romuade Magloire Bourgeois né le 4 août 1880 à Salins (Jura), célibataire, garçon de café, soldat du 130è R.I.
Un passé judiciaire chargé joue contre lui : an 1898 menaces de mort, extortion de fonds coups et blessures, 6 fois arrêté pour mendicité durant les 3 années suivantes, 1902 et 1903, bris de clôture, outrages, 1907 abus de confiance,1908 et 1909, mendicité, rebellion, 1911, menaces, port d'armes prohibées, coups et blessures.

Condamné par le CG de la IVè région de corps d'armée le 24 juin pour "abandon de poste en présence de l'ennemi (le 24 août 1914à Iprincourt), outrage envers un supérieur pendant le service (le médecin-major Lagarde du 130è à Mayenne le 15 février 1915 pendant la visite alors qu'il lui demande de rectifier la position, Bourgeois dit: "Vous n'êtes pas digne que je me mette au garde-à-vous devant vous". Il reconnaît les faits mais dit avoir été insulté par le major) et destruction de clôture [tout ou partie de la porte servant de clôture à la cour des locaux disciplinaire de sa section] le même jour.

Recours en révision rejeté le 2 juillet 1915, recours en grâce rejeté le 28 juillet, c'est à dire le lendemain de son exécution? Une note de service datée du 26 juillet fait remonter la décision de rejet de grâce présidentielle au 24 afin de régulariser la situation. Car l'ordre d'exécution daté du 26 juillet fixe bien l'exécution au lendemain : le document est bizarrement  annoté en rouge "secret". Les témoins cités au procès bénéficient de dédommagements (frais de transport et pour l'un au moins de congés).
Exécuté au terrain de manœuvres Le Mans Pontlieue (72) le 27 juillet à 5 heures du matin.

Firmin Edmond Durand, né le 21 décembre 1887 à Carmaux (Tarn),célibataire, mineur à Albi, 1,70m châtain, yeux roux, nez fort, soldat de 2è classe au 280è R.I.
"Je ne me rappelle pas. J'étais malade et je ne me souviens pas des dates. Du 10 au 12 juin je suis resté dans la tranchée de 3è ligne. Le 13 à la cuisine j'ai rencontré Camarada. Du 13 au 16 j'ai couché dehors. Je suis resté à la 3è ligne. Le dernier jour quand je suis parti, je suis allé directement à Hersin."
Le sergent major Jean Rigole affirme que le 13 Durand a tenté de se faire porter malade en criant par le médecin major qui ne l'a pas reconnu, à la suite de quoi il s'est enfui.
Camarada Jacques, 30 ans homme de peine à Narbonne : "Le 13 j'étais chargé par le Lt de ramener Durand. Je trouve Durand à La cuisine. Je lui dis de venir, il me dit ,e pas en avoir envie. Je vais pour lui en donner l'ordre en ce moment il s'est enfui. J'ai couru après, je l'ai rejoint. Il m'a dit qu'il en avait assez, qu'il ne voulait plus monter aux tranchées. Je me suis fâché et me suis laissé aller à le giffler deux fois. On savait à la compagnie que dès qu'il y avait quelque chose on ne pouvait compter sur lui. Précédemment il marchait comme les autres."
Deux jours après Durand est arrêté par la gendarmerie à Hersin-Coupigny. Il dit qu'il s'est perdu à travers les bois, n'ayant plus toute sa tête. Une expertise médicale souligne son entière responsabilité, et ne met en avant que sa peur et des facultés intellectuelles limitées, retraçant l'histoire sans doute commune à l'époque d'un garçon, placé dans une ferme à 10 ans, travaillant à la verrerie après avoir quitté la ferme, puis à la construction du viaduc, orphelin de père à douze ans, incapable de s'entendre avec ce qui lui reste de famille...

Condamné à mort pour abandon de poste en présence de l'ennemi (9 juin) et désertion le  (12 juin) par le CG de la 58è DI séance du 9 juillet 1915
Recours en grâce rejeté le 30 juillet (le 23 selon la circulaire ministérielle). Fusillé le jour-même à Bully-Grenay (62) à 4h du matin près du remblai de la voie ferrée allant de Bully à Petit-Sains.
"Deux compagnies du 280è assistaient à l'exécution. L'attitude du condamné a été ferme. La mort n'a été obtenue qu'après le coup de grâce. L'inhumation a été faite immédiatement après dans la fosse du cimetière de Bully."


Fusillé le 30 juillet 1915, Henri Louis Chassaigne, né le 16 avril 1876, à Marsac, près d'Ambert. Il n'avait pas de profession au moment de son service militaire, mesurait 1,64 m. En 1900, à la fin de son service militaire, le certificat de bonne conduite ne lui a pas été accordé. Par la suite, il changea 10 fois de domicile, soit dans la Loire, soit dans le Puy-de-Dôme ; en 1913, il est à Escoutoux, près de Thiers ; le 7 août 1914, il est mobilisé à l'âge de 38 ans, puis débute la guerre en octobre 1914, avec le 321e Régiment d'infanterie, dans l'Aisne et le secteur de Soissons ; le 29 juillet 1915, il est jugé par le Conseil de guerre du 321e R.I. ; il est reconnu coupable de voies de fait et tentative de meurtre à l'encontre de son supérieur : lors d’un changement de cantonnement, surexcité par l'alcool, Henri a tiré avec son fusil en direction du sous-lieutenant de sa compagnie, touchant le képi de celui-ci puis s’est enfui ; arrêté par les gendarmes, il leur a déclaré : " je n'ai qu'un regret, c'est de ne pas l'avoir foutu en bas, il était trop vache [et] était payé pour me faire des misères ; je sais bien que je vais passer au tourniquet, mais douze balles dans la peau par les Français ou les Boches, je m'en fous ". Il avait déjà subi plusieurs punitions pour état d’ivresse. Il fut fusillé le 30 juillet 1915 à Hartennes et Taux à 5 heures ; le rapport signale qu'il est mort courageusement. Des officiers et des soldats de la 63e Division d'infanterie (régiments de réserve du 13e Corps d'armée de Clermont-Ferrand) ont assisté à l'exécution. Son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.


Août


La base des fusillés du Ministère des armées recense un certain Aube du 5è BMILA dont on ne sait rien d'autres, sauf qu'il est mort au cours du mois d'août au lac Sedjourni à Tunis. Il n'existe aucune archive d'un jugement.

Jules Pierre Tranchant (né à Limoges le 30 janvier 1895) est au 142e au moment où il est fusillé le 1er août 1915, à 20 ans, à Hans dans la Marne. Il ne nous est connu que par sa fiche de décès

et cet entrefilet de la Gazette de Souain 9 août 1915 : "On continue de fusiller, à Hans ce 1er août le soldat Tranchant Jules pour "abandon de poste" et Durant Alfred pour "n’a pas rejoint l’unité" on vient de se rendre compte aujourd’hui pour ce dernier que c’est une erreur ".
On verra qu'un certain Durand Alfred sera fusillé à Hans, le 9 octobre de la même année dans des circonstances plus que troubles...

Emile Fromont né le 13 septembre 1895 à Paris 16è , soldat au 120è R.I.,
CG de la 4è division d'infanterie, fusillé le 2 août à Haudiomont (Fontaine Saint- Robert) (55) 19 ans. On ne possède rien d'autre que sa fiche de décès, et l'on ignore donc le motif.


Alexandre Armand Pierre Martineau
,  né le 14 mai 1892 à Mouilleron-le-Captif, employé de commerce, engagé volontaire pour 3 ans le 10 mars 1913 dans le 4ème régiment de chasseurs d’Afrique, est condamné en avril 1915 à deux ans de prison par le conseil de guerre de la 66è division pour désertion. Sa peine suspendue, il est incorporé au 68è bataillon de chasseurs à pied. Malgré des mentions, lettres de félicitations et récompenses diverses, il est condamné et exécuté le 3 août 1915 à 5 heures du matin à Wesserling en Alsace (Haut-Rhin),
pour abandon de poste devant l’ennemi en compagnie de Clotaire Lucien Lamidé,né le 31 octobre 1894 à Vaudeurs (Yonne) du 37e régiment d’artillerie. Aucune trace de jugement.

Claude Hermann Rougemond, né le 4 novembre 1893 à Cornod (39), 2è canonnier au 4è R.A.C. fusillé le 4 août aux environs de  Saint Dié des Vosges sans trace de procès.



Mohamed Ben Mohamed El Mouhoub Mizid, né én 1882 à Azzefoun (Algérie) condamné par le CG de la division territoriale d'Alger, exécuté le 04 août 1915 à  Fort l'Empereur.

5 août 1915 Camille Chemin et Edouard Pillet soldats au 37e Régiment d'infanterie colonial sont condamnés à mort à cause d'un malentendu. Lors d'une attaque de leur section des sacs paquetages des hommes restent en arrière et certains effets sont volés, afin de remédier à ces vols, un capitaine désigne les soldats Chemin et Pillet pour garder les sacs. Les deux hommes ont été désignés car ils étaient tous deux soutien de famille. Cependant avant l'attaque le capitaine change et n'avertit pas son successeur que deux hommes sont restés en arrière pour surveiller les paquetages. En faisant l'appel le nouveau capitaine les porte manquants. Puis lorsque le 37e RIC fait de nouveau mouvement les deux soldats regagnent leur compagnie. Le colonel commandant le régiment les accuse de désertion à la vue du rapport du capitaine qui les portait absents. Ils sont rapidement traduits devant un conseil de guerre le 4 août 1915 pour abandon de poste devant l'ennemi et fusillés le lendemain à Montauville (54). Jusqu'au dernier moment le soldat Camille Chemin supplia le peloton de l'épargner pour ces cinq enfants. 
Une cour de justice obtiendra leur réhabilitation en 1934.

Henri Louis Flamand, né le 26 juin 1885, ouvrier fondeur (mouleur à Aubervilliers), soldat au 245e R.I. outrage, voix de faits envers un supérieur. Ivresse.
Flamant (sic): "Le 14 juillet, j'étais ivre et suis rentré en retard. J'ai été puni mais on ne me l'a pas dit.Le 15 juillet il y avait un travail à la maison blanche, j'y suis allé et on est revenu tout mouillé. J'ai épluché les pommes de terre et après on m'a dit d'aller au poste de police. Je me suis reposé de dix à quinze heures. On a bu dans cet intervalle-là en allant nous changer". A partir de ce moment Flamand ne se souvient ni qu'on lui ait ordonné d'aller à l'exercice, ni d'avoir vu le capitaine Leure (dont le nom n'est pas mentionné au rapport) à qui il aurait dit, quan celui-ci lui ordonnait de s'équiper, "d'un air narquois": "Si ça peut vous faire plaisir... Oui c'est malheureux venir à la guerre, pour être traité comme cela, puni pour rien." Puis, se campant devant le capitaine, la figure contre la sienne et levant le doigt il ajouta : "Oui, huit jours de prison, quinze jours si vous voulez, mais après ça ne se passera pas comme cela..." Le capitaine préfère s'absenter, mais revenant dix minutes plus tard il trouve Flamant, tenant un bison de vin de la main droite et de la gauche tendant  un quart de vin au soldat Huge, détenu avec lui au poste de police.
"Le capitaine saisit quart et bidon et en vide le contenu par terre . Devant ce geste, Flamand devint furieux, il se précipite le bras levé vers son capitaine, et le prenant à bras le corps il l'étreignit quelques instants [hurlant] : "Voyou que vous êtes, vous êtes un voleur, un voleur, oui un voleur. Si on n'était pas ici, je te ferais enlever ta veste et on se trouillerait un peu nous deux".
Fusillé le 5 août 1915 "à genoux, les yeux bandés" à 5h à Tinqueux (51) avec Henri Cartigny, né à Beauvois-en-Cambésis (Nord) le 2 avril 1889, tisseur à Beauvois, (1,70m blond, yeyx orange nez cave petit) caporal au 148è R.I. Sous l'effet de l'alcool il abat d'une balle dans le dos le sergent Legrand. Inculpé d'assassinat avec préméditation, de vol (de bouteilles) au préjudice de l'habitant et ivresse publique, il est traduit devant le conseil de guerre de la 52e D.I. le 2 août 1915.
A l'instruction, Cartigny dit : "Je n'ai jamais volé. Je reconnais avoir bu. Le sergent Legrand m'a fait des observations. Je ne pense pas que j'ai dit "Une balle cela va plus vite... J'étais camarade avec le sergent Legrand? Il me donnait du tabac, et un quart de vin à l'occasion." Il déclare devant le CG:



Extrait du rapport du médecin Boquet : "Le condamné a eu une attitude courageuse puisqu'il a pu trouver la force, avant de mourir, d'exhorter ses camarades au bien et à faire leur devoir. A cinq heures précises, il était fusillé, yeux bandés à genoux par le peloton d'exécution. J'examinai aussitôt le corps du supplicié qui présentait encore quelques légers signes de survie. J'ai alors donné l'ordre au sergent Alexandre... de tirer à bout portant dans l'oreille droite. Par suite d'une défectuosité dans la confection de la cartouche réglementaire, la balle après avoir perforé le lobe de l'oreille droite s'est arrêtée en plein rocher. J'ai donné en conséquence l'ordre de tirer une seconde balle qui est rentrée un peu en arrière de l'autre, très profondément."

Alfred Quélen, né le 20 août 1888 à Pédernec (22), meunier, soldat au 136è R.I.
accusé d'abandon de poste par mutilation volontaire.
le 6 août 1915 à Sermaize (51)

Georges Schwendimann, né le 27 décembre 1891à Châlon-sur-Saône (71), employé de commerce
Condamné le 6 juillet 1915 par le CG de la 15è DI à 5 ans de prison pour abandon de poste sur territoire en état de guerre (peine suspendue), Schwendimann est muté le 7 du 134è RI au 56è. Mais quand un caporal vient le chercher au poste de police, il apprend qu'il vient de s'en évader. Il est arrêté le 12 par la gendarmerie vers 21h aux environs de Stainville avec quatre autres soldats en situation irrégulière. Il déclare avoir quitté son corps "parce qu'il s'ennuyait, et voulait revoir sa jeune femme et surtout un enfant né depuis son départ et qu'il ne connaissait pas". Traduit à nouveau le 29 juillet devant le même CG et condamné à la même peine. Le général Collas, commandant la division outrepasse la décision et fait réunir un CG le 7 juillet qui juge que l'abandon de poste a été commis "en présence de l'ennemi" (quatre voix contre une). Appréciation de son chef de corps : " Le soldat Schwendimann est un de ces lâches, qui se laisseront traduire devant la Justice aussi souvent que cela leur sera utile pour attendre dans une prison tranquille la fin de la guerre". Visiblement, à la lecture de son carnet de punition, la rancune des gradés contre Schwendimann datait de longtemps. Pourtant rapidement promu caporal, il est punis dès 1912 pour des fait aussi divers que "est allé aux cabinets sans permission au moment du rassemblement", "a donné à son képi une forme ridicule et s'est désintéressé de ses fonctions de Chef de Chambrée", "a fumé sur les rangs allant à l'exercice", cassé de son grade le 7 août 1914, s'absente, sert en cachette du vin aux détenus au poste de police, le 3 janvier 1915 "a fait du bruit après l'appel du soir... déclaré que dans le métier militaire, les hommes étaient des martyrs, soumis aux abus d'autorité des gradés et a approuvé les réflexions injurieuses faites par un de ses camarades sur son caporal"

Fusillé le même 7 août 1915 à 15h30 à Pont sur Meuse (55)
Recours en révision déposé le 29 mai 1934 par son fils Georges, rejeté pour absence de faits nouveaux.


Louis Etienne Tixier, né le 14 septembre 1893 à Chalon-sus-Saône, bonnetier, soldat au 134è R.I.
Condamné le 28 juin 1915 pour refus d'obéissance, à deux ans de prison, peine suspendue et le 7 août pour abandon de poste sur territoire en état de guerre. Le 4 août il quitte sa tranchée. "
Détenu au poste de police le 7 juillet, jour du CG, Tixier a selon ses dires demandé l'autorisation d'aller satisfaire un besoin naturel : la garde ayant changé à son retour il affirme qu'on lui a dit que personne n'était venu le chercher pour remonter aux tranchées. Malheureusement, le caporal à qui il dit avoir demandé la permission a été blessé et évacué ce jour-là. "J'ai été effrayé par les obus. Chaque fois qu'un projectile éclate près de moi, je pers tous mes moyens. Je ressens cette impression depuis que le 5 avril j'ai été pris dans des éboulements. Ce jour-là j'ai été enterré quatre fois, et dans la nuit suivante j'ai été projeté en arrière de la tranchée".
Tixier est condamné à mort et aussitôt exécuté aux mêmes lieu, heure et place que le précédent


Alfred Léon Klein, né le 8 juin 1895 à Houilles, soldat de 2è classe au 129è R.I.
Klein disparaît de sa tranchée dans la nuit du 20 au 21 juin sans que personne atteste en avoir été prévenu. Il se rend au poste médical, arguant d'une blessure (un fragment métallique sous la peau à proximité d'une ancienne blessure à la main remontant à septembre 1914, qui l'a tenu hospitalisé deux mois) ; le 21, il se présente aux cuisines, la main pansée, prétendant qu'on lui a donné l'ordre d'y rester et ne reparaît à sa compagnie, e,tre temps isolée, que le 24 lorsq'elle est relevée. Les explications de Klein sont peu claires (il en change plusieurs fois). Les dénégation du médecin qui prétend ne pas l'avoir vu avant le 24, et que s'il l'avait vu, il l'aurait renvoyé à sa Cie sa blessure étant insignifiante, les déclarations de l'infirmier qui reconnaît avoir retiré un point noir de la main de Klein, entouré d'une légère suppuration, sans qu'il puisse en préciser la nature,puis supposant qu'il aurait pu s'introduire lui-même cet élément, ne sont a posteriori pas des plus convaincantes non plus. A l'instruction, le sergent Porst déclare, alors que la plupart des autres témoins refusent d'évaluer son attitude :

"Klein n'est pas un bon soldat. Je n'ai pas eu à m'en plaindre personnellement, mais il passe auprès de ses camarades pour avoir l'habitude se se défiler".

La rumeur est impitoyable, le soldat Klein est fusillé à Magnicourt-Sur-Canche (62) le 9 août 1915.

Ben Mouaz Mohamed, se disant né vers 1891 à Douar Sidi Lakdar (Algérie), spahi à la 2è compagnie de remonte
CG de la division militaire d'Oran ; condamné pour vol militaire qualifié (avec effraction, de trois cartouches le 15 avril 1915 à la jumenterie de Tiaret), homicide volontaire avec préméditation (sur la personne du brigadier Boudjelal Slimane, aux mêmes lieu et date), outrages envers deux supérieurs en dehors du service (maréchal des logis Marsily et brigadier Selte), violences envers un agent de la force publique (mis en joue et fait feu dans la direction de l'agent de police Magrin, sans intention de donner la mort concéderont les juges à une voix de majorité).
L'avocat de la défense demande un examen médical afin de déterminer le degré de responsabilité de l'accusé en ces termes : "Ayant remarqué que cet homme, admirablement constitué d'ailleurs, mais présentant dans sa constitution physique même des signes révélateurs d'un déséquilibre moral complet..." Que tente-t-il de signifier par là?

Le rapport officiel fait ainsi le récit des faits :
Le 14 avril, le brigadier Sliman Boudjelal invite à ses frais le cavalier Mohamed Ben Mouaz à déjeuner et boire à la cantine. A 12h30, Mohamed se fait porter malade, s'attirant divers reproches du brigadier, qui menace de le signaler entre autre pour avoir fait galoper une jument qui venait d'être saillie. Resté seul dans la chambre où il est censé être consigné, Mohamed s'habille en grande tenue avec des effets empruntés à ses amarades absents, fracture la caisse de Boudjelal pour s'emparer des trois cartouches distribuées chaque soir pour la garde du parc à fourrage, se saisit d'une carabine, et monté sur l'étalon "Gazhi" prend la direction de l'entraînement. poursuivi par le maréchal des logis chef Marsily, lequel tente de l'amadouer alors que Mohamed lui crie en arabe : "Chef laisse-moi ou je te tue". Il rate une première fois le brigadier Boudjelal, en ayant rechargé son arme l'atteint dans le dos alors que celui-ci tente de fuir à pied. Le brigadier Selve essaye de s'interposer. Mohamed lui dit "Si tu avances, je tire sur toi" et s'enfuie en direction de Tiaret. Il fait reculer deux gendarmes, et tombe sur l'agent Magrin, qui se rapporche quoiqu'il lui dise "arrête", tire sur lui, le manque, le renverse avec son cheval avant que la foule ne s'empare de Mohamed resté sans munitions.
Mohamed dira en vain, pour sa défense qu' il avait été insulté et giflé par Boudjelal qui tentait de se livrer sur lui à des actes contre nature. "A plusieurs reprises, le brigadier m'avait fait des propositions bcènes ; à ce sujet j'avais porté plainte à mes chefs, et notamment au Commandant de la jumenterie le Capitaine Dommimal qui m'avait répondu que c'étaient des affaire arabes, qu'il ne fallait pas y attacher d'imortance. Le jour où j'ai commis le crime, ver 12h1/4 le brigadier était revenu à la sellerie pour recommencer ses entreprises contre moi... J'étais seul en train d'astiquer mon harnachement lorsque le brigadier est arrivé, a enlevé sa ceinture et a laissé tombé son pantalon ; puis il s'est mis en mesure d'opérer sur moi. J'étais habillé. Au moment où je me suis enfui, ouvrant la porte que le Brigadier avait fermée à clefs, j'ai été cherché une arme pour me venger". Mohamed ajoute qu'il n'a pas répondu à Marsily qui lui disait "ne le frappe pas" mais à ses camarades "n'approchez pas je veux le tuer". Il nie formellement avoir vu sur les lieux le Brigadier Selve, révèle enfin qu'il a tenté de se suicider par trois fois en chutant de cheval après avoir rencontré les gendarmes, et qu'il s'est rendu à l'agent Magrin sans l'avoir menacé. Les témoins disent presque tous qu'après le meurtre Mohamed aurait dit ; "Il me reste encore une cartouche, c'est pour me tuer à Tiaret" et qu'il serait parti au galop en chantant.
Le commissaire judiciaire tente, sans résultat, d'obtenir une version plus "décente" des faits en leur suggérant qu'il y aurait sans doute une affaire de femme derrière ce règlement de compte. De toute façon, ce qui importe aux juges dans cette affaire entre indigènes, c'est surtout le vol et l'utilisation frauduleuse de matériel appartenant à l'Etat.

Recours en révision rejeté le 16 juillet 1915 : il n'existe aucun ordre ni procès verbal d'exécution annexé au dossier, pas plus que de fiche de décès. Mohamed Ben Mouaz est fusillé à Oran (Algérie) le 9 août 1915.


René Duflox, né le 15 avril 1894 à Saint-Denis, découpeur, chasseur au 1er BMILA. Condamné par le1er CG de L'Amalat d'Oujda.

Selon ses propres déclarations, le 13 juin 1915 René Duflox a lui-même émis, en cellule devant ses camarades, Marty, Renardet, Dahan, Mohamed Drisbel, Anoni et Wanham (tous arrivés avec Spada, Mougin,Potier et Boismain depuis le 11 juin à la 6è compagnie, bataillon disciplinaire de Mahiridja deux jours plus tôt), son intention de se débarraser du sergent Jean-Léopold Camy, et ce plutôt à la légère jusqu'à ce que s'élève entre ses co-détenus une conversation en arabe  (qu'il ne comprenait pas) aucours de laquel Marty fit le geste de "couper le cou" que Duflox prit pour lui s'il ne mettait pas son projet à exécution. Pendant l'exercice, Marty ne cessa de l'inciter à tirer, ce qu'il finit par faire avant de s'enfuir vers les locaux disiciplinaires où il fut félicité de son acte par le prisonnier Spada, après avoir dit seulement :" ça y est je l'ai mis les quatre fers en l'air".
Il est désarmé par le lieutenant Gicquel pendant que le caporal Clein transporte Camy, conscient à l'infirmerie où il meurt le lendemain à treize heures sans avoir pu parler à l'enquêteur.
Tous les témoins prétendent n'avoir rien entendu, la plupart déclarent qu'ils dormaient, sauf Marty qui révèle que Mohamed Drisbel et Dahan lui auraient annoncé l'intention de Duflox de tuer le sergent (auquel il n'avait, lui aucune raison d'en vouloir), lui disant quand il l'interroge: "J'en ai marre, je suis seul au monde. Je veux en finir ; ça m'est égal, on me tuera si l'on veut" soulignant "Il a dit ça en présence de tous les punis qui ont entendu".
Déclaration de Duflox devant le conseil :
"Je n'en voulais pas au sergent Camy, avec lequel j'avais fait mes classes à El Aïoun et auquel je n'avais rien à reprocher. Si je n'avais pas été en colère et si je n'avais pas été excité comme je vous l'ai dit, je ne l'aurais pas tué. J'ai eu peur de la vengeance de mes camarades, des algériens capables de tout."
Déclarations lors de la confrontation avec Mohamed Drisbel :"si! je l'ai dit devant toi et les autres et tu m'as poussé au meurtre. Tu m'as même fait signe de la main de ne pas parler si haut pour que le caporal qui était à la prote des locaux ne m'entende pas. Je dis la vérité ; je suis Français, moi, et je puis encore dire autre chose : déjà à Gercif, tu me faisais peur. Tu voulais avoir des relations contre nature avec moi. Nous couchions à côté l'un de l'autre ; une nuit tu es venu sur moi ton couteau ouvert à la main et tu m'as menacé enme disant :"il faudra bien que tu tombes ; si ce n'est pas ici ce sera à Mahiridja où j'ai des copains."
Je peux dire autre chose aussi : Un soir à Guercif, devant toi, Marty s'est vengé d'un ancien caporal cassé, le chasseur Parent qui l'avait puni autrefois, et il lui a donné des coups de matraque et il lui a volé dans son paquetage ses affaires personnelles. Renardet, qui était là, a volé une chemise" Mohamed Drisbel se contente de confirmer que Marty s'est vengé de Parent. Renardet, lors d'un second interrohatoire accuse Marty (et dans une moindre mesure Dahan et Drisbel) d'avoir "monté le cou à Duflox, l'engageant lui-même à le pousser aussi à tuer le sergent, ce à quoi il aurait répondu: "Oh mon vieux démerde-toi, je ne m'occupe pas de ces choses-là, moi!".

René Duflox est exécuté le 9 août 1915 à Oujda (Maroc) 
Note de l'avocat de la défense le 14 septembre : "Drisbel, le 13 juin 1915 à Mahiridja fut le principal instigateur d'un complot ourdi entre punis de prison tendant à mettre à mort un sous-officier du cadre. Celui-ci fut froidement "exécuté" par le chasseur désigné lau cours de l'exercice des punis. Drisbel, condamné à mort a bénéficié de la clémence présidentielle [peine commuée en travaux forcés à perpétuité]. Il n'en reste pas moins responsable pour sa part du crime dont il poussa l'auteur principal à agir au moment même par ses injonctions menaçantes."
4 mars1918 : rejet de la grâce de l'ex-chasseur Marti Enrique (sic) condamné pour complicité (TF perpétuité en commutation de la mort)



Arthur Louis Joannès, né le 30 octobre 1890 à Cornimont (Vosges), ouvrier d'usine à Laneuveville devant Nancy, 2è canonnier servant au 6è RAP (chatain clair, yeux bleu clair, nez busqué, visage étroit, 1,69m)
Joannès est accusé, et il avoue partiellement, d'avoir volé au moins à sept reprises, en s'introduisant par l'imposte au dessus de la porte de sa chambre la cantinière Marie-Anne Ruhlmann, épouse Henri Bourrée dans le petit port tranquille de Pagny la Blanche côte, pour une somme totale d'environ 400 francs, profitant de l'absence de la dame tansid qu'elle allait nourrir ses lapins. Il nie avoir dérobé de l'argent à la cantine, mais reconnaît avoir été surpris le 13 juillet par le retour anticipée de sa victime, à qui il laisse le temps de vérifier sa cassette remisée dans l'armoire, avant qu'elle le découvre, caché dans le cabinet noir attenant. Elle le supplie de ne pas lui faire de mal, mais il la renverse sur le coffre à linge sale et lui porte, pendant "cinq minutes, même pas" [déclaration Joannès] au moins une cinquante de coups d'un couteau mal aiguisé, au visage, visant le coeur et les artères des poignets arès l'avoir baillonnée à l'aide d'une pièce de linge ramassée au hasard. Il cesse enfin de la frapper, la croyant morte. Les cris ont néanmoins attiré le canonnier Morel qui trouve Joannès assis sur la caisse de linge sale auprès de Mme Bourrée sanguinolente. Comme il lui demande de l'aide pour la relever, celui-ci répond :  "Je ne touche pas à cette femme-là, c'est une boche". Il parvient à s'enfuir malgré l'arrivée de témoins qui pansent les blessures de la cantinière et parviennent à la ramener à la conscience. Elle déclare alors qu'on n'avait jamais accordé aucun crédit à ses plaintes concernant les vols. Joannès trouve refuge dans un local du fort où sont stockés les rouleaux de barbelés, dont il sera débusqué après cinq heures, ses poursuivants s'étant repérés aux traces de sang, et où l'on retrouvera des billets déchirés, des pièces et cinq montres dont il aura le plus grand mal à expliquer la provenance.
Aux dires de divers témoins, Joannès dépensait beaucoup d'argent pour traiter en boisson et nourriture ses camarades chez la famille Dédebat où il se rendait tous les dimanches depuis la mobilisation et parfois en semaine (découchant de la caserne) entretenant la jeune fille du couple avec de menus présents de toilette, alors qu'il fréquentait également une autre demoiselle d'un village voisin.

Fin de l'interrogatoire de Marie Bourrée :
-Joannès prétend qu'il vous a [illisible] parce qu'un jour vous l'auriez vu revenant des cabinets en compagnie d'un camarade et que vous lui auriez dit: quel est celui des deux qui a fait la femme ?
- Il y a quelque chose comme celà mais voici ce qui s'est passé : je dois dire d'abord que Joannès était à la batterie l'objert de la risée de ses camarades avant la guerre. Il avait été puni par le capitaine  B. pour avoir été surpris par ce dernier alors qu'il faisit avec un nommé Deshayes des choses anormales. Or, un soir il causait auréserviste qui était attablé chez moi, du nommé Deshayes, et je lui ai dit en plaisantant : était-ce lui qui était la femme ? Les réservistes n'ont certainement rien compris de laplaisanterie car ils n'étaient pas au courant de l'histoire. Je dois dire néanmoins que c'est depuis ce moment là que Joannès n'a plus fréquenté ma cantine. (Le relevé de punition ne mentionne avant vol et assassinat que le motif "a déformé son képi n°2") Nulle autre pièce, ni aucune déclaration de Joannès ne mentionnent ce précédent. Il dément que Melle Dédebat ait été sa maîtresse, et sourit quand le rapporteur lui pose la même question concernant sa victime.

Condamné par le CG de la Place de Toul le 10 août 1915, à l'unanimité, Joannès est exécuté le lendemain (à l'hopital ?). Aucune pièce relatant l'exécution n'est présente au dossier.


Maurice Ernest Beaury, soldat angevin de 2è classe du 403è régiment d’infanterie est mort par un bel après-midi d’été 1915 "dans un enclos au nord-est du Château de Wailly dans la Somme", sous les balles d’un peloton d’exécution…Il était tout juste seize heures, ce 14 août 1915, lorsque le médecin major "commis à cet effet" constata la mort du prévenu, quelques minutes seulement après qu’en présence d’un sous-lieutenant de chasseurs délégué du Conseil de Guerre, le greffier eut donné lecture de la condamnation à mort, prononcée la veille…
Tel fut l’épilogue tragique de cette brève existence d’un garçon qui était né à Angers dans la boulangerie de son père, rue Saint Jacques le 14 mars 1892. Jusqu’à son service militaire avant-guerre, Maurice Beaury travaillait comme ouvrier cordonnier – monteur de chaussures – dans une usine de fabrication à Doué-la-Fontaine en Maine-et-Loire. Mobilisé en août 1914, il est, un an plus tard, légalement massacré par les siens, au seul motif que les gradés de sa compagnie n’appréciaient pas qu’on leur tienne tête…
Pour ses supérieurs, Beaury était un esprit subversif et immoral. D’ailleurs, en sus des faits qui lui furent reprochés, de "voies de fait et d’outrages en service envers un supérieur hiérarchique",  l’acte d’accusation précisait – circonstance aggravante – que le prévenu portait "un tatouage de femme nue" sur la fesse gauche ainsi que deux cœurs et les initiales de sa fiancée sur le bras… Pour les galonnés  qui l’envoyèrent au supplice, ces caractéristiques constituaient des indices graves et concordants de culpabilité pour haute trahison…

Le soldat Maurice Ernest Beaury est mis en prison – sans doute le 4 août 1915 au soir – avec un compagnon, au motif qu’il aurait un peu trop bu. Lui ne comprend pas, et c’est la raison pour laquelle le lendemain 5 août, il demande des explications au sergent qui garde le poste de police. Devant le mutisme méprisant de ce dernier, il interpelle le capitaine – un dénommé Bablot – qu’il aperçoit à proximité "dans la cour". Sans plus de succès. Face au silence auquel il est confronté, Beaury manifeste alors un certain énervement, en tenant probablement des propos peu amènes à l’adresse du sergent et du capitaine,  en tapant du pied dans sa gamelle de nourriture et en chantant fortement… Son compagnon adopte un comportement analogue.
Comble d’insubordination, alors qu’il est convoqué pour l’exercice  "de perfectionnement" par le sergent, il refuse de se vêtir de la tenue requise… Le geste comme la parole sont abondamment surinterprétés, l’un comme une tentative d’agression de son chef avec un couteau, et l’autre d’outrages par "gestes, paroles et menaces" envers un supérieur hiérarchique en service et en zone de guerre… Il est immédiatement menotté et incarcéré…

Le 6 août dans l’après-midi, à la suite du dépôt de plaintes indignées des gradés on procède à l’audition de l’accusé ainsi qu’à celle des cinq témoins qui l’accablent, à savoir le capitaine Bablot, le sergent Maurice Gaston Brun, le sergent Clément Bonaventure Marié et trois soldats otages convoqués pour nuire à l’accusé, Lecoq, Vassart et Paturet… Devant le Commissaire rapporteur un sergent qui, dans un premier temps dit avoir entendu Beaury chanter de banals couplets d’opérette,  se ravise et prétend avoir formellement reconnu des refrains anarchistes!



Interrogatoire de Beaury devant le CG séance du 13 juillet 1915 : affaire Penguilly, Beaury, Guenel :

D : Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
R : Si j'ai commmis cette bêtise, c'est parce que mon capitaine m'avait puni sans motif.
D : La colère vous dure longtemps? Vous auriez été mis au poste vers 10h? Pourquoi ?
R : Je n'en sais rien. Sans motif. Après la corvée le capitaine, sans m'en donner de raisons, m'a fait descendre en prison.
D : A dix heures, on vous apport la soupe. Qu'avez-vous fait ?
R : J'ai donné un coup de pied dans la gamelle.
D : Plus tard, à 13h, que s'est-il passé ?
R : On a voulu m'emmener à l'exercice.
D : Vous avez fait du scandale. Le sergent de garde a dû intervenir pour vous faire taire. Il ne put y parvenir. Le capitaine arrive à son tour? Que se passe-t-il ?
R : Sous l'empire de la colère, je lui demande pourquoi j'ai été puni. Sur son refus de répondre, ma colère augmente et je me suis laissé aller à l'insulter.
D : Cous votant ivre, le capitaine n'a pas voulu entrer en explications avec vous. Vous vous êtes mis à l'insulter.
R : Oui, mais je n'ai pas eu l'intention de le frapper? et je ne me rappelle pas lui avoir dit "Je t'emmerde, et fainéant".
D : Avec le sergent Brun, que s'est-il passé ?
R : Il m'a dit de me mettre en tenue pour l'exercice. Je ne pouvais pas parce que j'étais [illisible : ivre?]. Je ne connaissais pas le capitaine Bablot avant d'arriver à la compagnie. J'ai commencé à me mettre en tenue, je me suis arrêté parce que le sergent s'expliquait avec les autres. Je n'ai pas refusé de me mettre en tenue? Je n'ai pas tiré mon couteau de ma ceinture. Je n'ai jamais eu l'intention d'en frapper personne.
D : Ne vous étiez-vous pas concerté avec Penguilly pour refuser de faire votre service ?
R : Non. Jamais je n'ai tenu les propos qu'on me reproche, de ne pas obéir au capitaine Bablot. Je ne me souviens pas d'avoir dit: "Le premier qui entre ici, je le crève."


La fiche militaire qui informe des circonstances de la mort de Maurice Ernest porte la mention rarissime  "fusillé par son régiment" . Plus curieusement encore, sa fiche dans le registre des matricules du Maine-et-Loire indique "Mort pour La France".



Léon Marie Dromard, né le 4 août 1888 à Flangebouche dans le Doubs, cultivateur à Fuans, "sait lire et écrire"  soldat de 2è classe au 97è R.I

Le 12 juillet 1915, lors de la relève, alors que la 12è Cie doit monter en première ligne, le brancardier Jean Roger revenant de l'évacuation d'un blessé rencontre le soldat Dromard qui retourne vers l'arrière dans le boyau du Cabaret Rouge. Interrogé, celui-ci déclare qu'il a été couvert de terre et commotionné par l'éclatement d'un obus, au niveau du pied, mais ils se déplace sans boiter. L'infirmier l'engage à aller se faire doigner au poste de secours.
le 23 juillet, l'officier de police judiciaire délégué du colonel écrit ; "En raison de l'obscurité qui rêgne encore ) l'heure où se fait la relève et des difficultés de toutes sortes qui l'accompagnent, le soldat Deomard a pu quitter son unité sans petre remarqué et il n'y a pas à proprement parler de témoins directs de l'acte qu'il a commis.
Fin du rapport de contre-visite du 18 juillet : "Le blessé interrogé sur la façon dont il avait été blessé a déclaré contrairement à ses affirmations précédentes qu'il avait été blessé par une balle. Interrogé sur le lieu où s'était passé le fait, circonstance de lieur pouvant expliquer une blessure faite par une balle arrivée presque certicalement, il s'est troublé et n'a pu spécifier l'endroit où il avait été blessé et avoué en pleurant qu'il s'était blessé volontairement.
La cause est entendue : dans la plus grande logique de l'hypocrisie judiciaire, le 13 août le CG de la 97è D.I. acquitte Dromard des faits d'abandon de poste devant l'ennemi et le condamne à mort (et dégardation militaire;pour mutilation volontaire constituant refus d'obéissance en présence de l'ennemi. Dromard est fusillé à Caucourt (62) le 15 août 1915. Acun PV d'exécution ne figure au dossier.



Louis François Méhu, né le 6 août 1891 à Roanne, soldat de 2è classe au 133è R.I. exécuté le 19 août 1915 à 24 ans à la Côte Saint-Martin à Saint-Dié-des-Vosges ne nous est connu que par sa fiche de décès qui mentionne "Fusillé" (mais on a vu que l'exactitude de ce type de rensignement était souvent sujette à caution. 


Son nom figure sur le monument aux morts de la commune.


Il en va presque de même pour Auguste Eugène Clément, soldat de 2è classe au 89è R.I., sinon la mention sur un registre des condamnés par le CG de la 10è D.I. portant comme sa fiche de décès la mention, "Abandon de poste- Désertion en présence de l'ennemi passé par les armes le 20 août 1915" à Vraincourt (55) le 20 août 1915



Pierre Marie Charles Régnier, né le 2 juin 1876 à Lamballe (22), coiffeur à Boulogne, marié, 2 enfants, soldat de 2è classe au 80è RIT
Le 18 juin à la ferme de Woesten où cantonne le 80è, dans le bâtiment du hangar et du four à houblon Régnier caché dans le grenier tire sur le soldat Delpit avec qui il était en conflit depuis trois jours pour des motifs futiles (constate le rapporteur qui a néanmoins déplacé les très nombreux témoins pour effectuer une reconstitution, sans s'intéresser aux causes de l'accident).
"C'est un alcoolique qui ne jouit de la considération de personne. Violent il a constamment  la menace aux lèvres. Il a été condamné en 1912 à 8 jours de prison pour mendicité".
Le sergent qui l'interroge le premier l'entend prononcer une seule phrase après le drame : "Donnez-moi un fusil que je m'en fasse autant". Plus tard, alors que Régnier demande si Delpit est mort, devant la réponse négative du sergent il dit "Il n'y a peut-être pas tant de mal que ça"
Gromet Théodore raconte l'altercation finale et comment Delpit a paré avec son quart le coup de pied et de tête que Régnier tentait de lui infliger avant que le sergent Varche les sépare.
Le sergent Varche évoque l'altercation du 15 juin, dans la tranchée pour une question de couverture. Maximilen Lechevallier se souvient que la veille au soir alors qu'il se promenait avec Régnier Pierre et Régnier Joseph dans la campagne, Delpit les suivait à quelque distance.
De l'interrogatoire de Régnier, il ressort qu'il prétend avoir été arrêté en 1912 sur le boulevard St Michel, non pour mendicité en réunion mais pour alcoolisme, ce pourquoi on l'a soigné à Nanterre, puis plusieurs semaines pour folie à Charenton. Il a été traité deux ans à St Louis après avoir reçu un madrier sur la tête, à l'issue d'une opération qui a nécessité une trépanation. Le commissaire rapporteur démontre que ces trois déclarations sont mensongères, le séjour à Saint-Louis n'ayant duré, remarque-t-il que 14 jours.
C'est finalement Régnier lui-même qui explique spontanément l'incident au départ de toute l'histoire :faut-il le croire, était-il aussi insignifiant que tout le monde s'est efforcé de le dire ?
"Le 15 ou le 16 juin, j'étais avec la section de minuit [un mot illisible, le greffier  écrivant comme un cochon] dans les tranchées de Boisinghe [idem]. Je n'avais pas de couverture. Mon camarade Delpit en  ayant une, je lui demandai de me couvrir un peu. Il accéda à mon désir et nous nous couchâmes l'un à côté de l'autre enveloppés dans la couverture. Le lendemain Delpit découvrit quelques poux dans sa chemise ; il m'en fit la remarque, de mon côté je fis sur moi-même la même constatation, à mon tour je lui fis part de cette découverte : il me reprocha alors de lui avoir donné de la vermine et me traîta de pouilleux. Je lui répondis que je préférais être pouilleux que voleur. Je lui fis cette réflexion parce que dans le courant du mois de janvier je l'avais surpris en train de me voler dans mon sac un paquet de tabac et une bouteille de vin. La discussion s'arrêta là. Jusqu'au 17 au soir j'ai recontré Delpit nous avons causé sans discussion. Le 17au soir je me suis promené dans la campagne autour du campement en compagnie de Chevallier et de Régnier Joseph et j'ai remarqué que Delpit nous a suivi à 10 ou 15 mètres, pas à pas, durant toute la promenade.(...)Le lendemain matin, 18 vers 10h30 je mangeai la soupe avec Régnier Joseph et Chevallier lorsque je vis Delpit venir droit sur nous. Je lui demandai alors s'il était toujours fâché ce à quoi il me répondit qu'il n'oublierait jamais cette affaire. A ce moment-là, sans autre discussion, il me jeta son quart à la figure. Je me suis vexé et je l'ai poussé. il a ramassé son quart et me l'a de nouveau jeté à la tête."
Le rejet de la grâce est notifié le 21 août.

Le 22 août 1915 Pierre Régnier est fusillé à Westvleteren (Belgique). A 7 heures vingt du matin, un médecin rédige un rapport qui laisse supposer qu'il n'a pas assisté à l'exécution, mais seulemnt examiné le cadavre. Il compte sept balles, 3 au thorax, deux au foie. La sixième "a pénétré dans la région faciale et est ressortie en perforant l'occipital. 1 autre balle a pénétré dans la région temporale." Le piquet n'était donc composé que de six hommes, et l'un a tiré à la tête.


Antoine Alphonse Vernay, né le 24 mars 1883 à Lyon, cultivateur, célibataire, (1,65m, châtain aux yeux bleus cicatrice à l'aracade sourcillière gauche) 5è BMILA. Du CG de la division d'occupation de Tunisie ne sont conservés que les minutes où l'on apprend que le soldat Vernay a été considéré coupable "d'avoir le 18 avril 1915 à Gafsa, outragé par paroles l'adjudant chef Ducrot" -pendant le service et "d'avoir aux même dates et lieu exercé des voies de fait envers son supérieur le sergent Borgannano, et envers le sergent Besson, pendant le service".
Vernay est exécuté sur le champs de tir de Tunis à 5h30 du matin le 22 août 1915. Les frais de procédure se montent à 71,40 Francs ; ça revient cher de mourir en Tunisie.


Gustave Adrien Marie, alias Gambillon,né à Rouvres (14) le 11 juin 1880, journalier, célibataire soldat de 2è classe au 74è R.I. (1,74m; chatain, yeux bleu foncés, tatoué d'un braeclet et d'une bague à la main gauche, d'un W entre le pouce et l'index droit, d'un buste et d'une tête de femme sur la poitrine, d'un zouave avec les mentions FR honneur et patrie, sur les bras des numéros 74è, 129è, 36è, 39è, 133è d'une légion d'honneur et "j'ai une penszée à ma mère").
Le 2 juin 1915, alors que sa compagnie doit être conduite aux tranchées en autobus, Marie s'enfuit à travers champ, abandonnant son fusil et son équipement. Il est arrêté deux jours plus tard et ramené à sa compagnie, en prévention de CG. Le 6 juillet, replacé à son poste en première ligne il récidive et s'enfuit par un boyau menant vers l'arrière, faussant compagnie à la corvée qui monte chercher des provisions. Il va à Amiens, Rouen, Mézidon gagnant ici et là quelques sous en "travaillant aux betteraves" et arrive à Rouvres dans le Calvados où il passe quelques jours avec sa concubine et ses deux enfants. Puis il prend le chemin du retour, mais "manquant de tout, trempé jusqu'à l'os par la pluie qui ne cessait de tomber, à bout de forces, il se rendit à l'autorité militaire". Parmi ses antécédents, figurent trois condamnation pour désertion en temps de paix. Ce double abandon de poste et sa désertion devant l'ennemi le font condamner à mort. Pourquoi s'est-il donc rendu?
Fusillé le 24 août 1915 à 7 heures du matin à Séricourt  (62)

Auguste Négry, né le 22 avril 1883 à Saint-Etienne, peintre-platrier, soldat de 2è classe au 159è R.I. exécuté à Villers-Châtel dans le Pas-de-Calais le 24 août 1915 à 4 heures 30 du matin, condamné à mort par le CG de la 77è DI pour "mutilation volontaire (plaie à la main avec sa baïonette et son couteau) consistuant refus d’obéissance et abandon de poste en présence de l’ennemi"


Eloi Fabre et Albert Fuzier 27 août 1915
Dans le secteur de Flirey se trouve un lieu dit "le chapeau du gendarme" où une tranchée française forme la base d'un triangle entre deux positions ennemies. L'emplacement est impossible à tenir, les pertes en hommes sont très importantes à chaque relève.
C’est à cet endroit précisément qu’est affecté le 11 août 1915 le soldat Fabre Eloi, Félix, Eugène, né le 27 février 1894 à Aulas (Gard).Il était cultivateur, il sait lire et écrire. Son registre matricule le décrit : 1m56, cheveux noirs, nez busqué, yeux châtains, front moyen et visage ovale.

Rapport du lieutenant Georges Burgeon:

"Le 11 août 1915 entre 5 heures et 5 heures 15 les soldats Peyre et Miquel désertaient à l’ennemi. Cette désertion s’opérait en présence des nommés Fabre Eloi et Fuzier Albert.
Loin de faire quoi que ce soit pour mettre entrave à cette désertion, loin de s’emparer de son arme pour faire feu sur les criminels, Fabre Eloi assistait avec une coupable bienveillance aux derniers préparatifs, y mettant même la dernière main.
La matérialité des faits a été reconnue par Fabre devant le lieutenant commandant la 10ème compagnie, après bien des difficultés d’ailleurs. Il a tout d’abord prétendu qu’il ne se trouvait pas à côté des déserteurs lorsque ces derniers mirent à exécution leur projet, puis pressé de questions il se troublait, reconnaissait qu’il avait assisté à la scène, sans rien dire. Fabre a même eu la franchise de reconnaître que si son camarade Fuzier lui avait promis de le suivre et si les nôtres n’avaient pas tiré sur les déserteurs, il les aurait suivis.
L’attitude de cet homme est sans excuse. Il n’est plus un soldat. Au cours de ses aveux il a donné l’impression d’une lamentable loque humaine capable de se laisser entraîner par le premier criminel venu, n’ayant gardé au cœur aucun sentiment élevé, pas même le respect de sa personne de soldat.

Si Fabre n’a pas déserté, c’est par suite des circonstances indépendantes de sa volonté ; il est incapable de se racheter."

Déclaration de Fabre devant le conseil de guerre le 26 août 1915:

J’étais en sentinelle avec Peyre dans la tranchée, lorsque vers six heures du matin les allemands, distants de trente mètres environ appelèrent Peyre. Ce dernier me déclara « Moi, j’en ai plein le dos, je m’en vais ». Il quitta son équipement et partit en courant, non sans nous avoir invités à le suivre, ce à quoi je répondis « je viens pas ». Les allemands reçurent Peyre dans leur tranchée. Dix minutes après environ Miquel quitta son équipement et disparut, mais je ne l’ai pas vu partir. Des sentinelles ont tiré sur lui.

Fuzier précise que Peyre, une fois arrivé chez les Allemands, avait crié « je suis bien ». Il ajoute : "Je n’ai pas tiré sur Miquel parce qu’il était mon camarade le plus intime. Mais je lui ai dit « tu veux partir, mais penses donc à ta femme et à tes enfants".
Déclaré coupable à l'unanimité d'avoir favorisé la désertion, ils sont condamnés à mort. Ils sont en outre condamnés aux dépens, à savoir 12,55 francs chacun, à être récupérés sur leurs biens présents et à venir.

L’exécution a lieu le 27 août devant les troupes rassemblées en armes. Un piquet d’infanterie s’est approché et a fait feu sur les condamnés, qui sont tombés morts ainsi que l’a constaté le médecin major commis à cet effet. Constat : 11 plaies par balle dans la région thoracique, une fracture de la main droite par balle, et une fracture du crâne par balle ayant pénétré par la région temporale droite (coup de grâce).


Georges Gustave Jean Haon, né le 22 juillet 1886 à Rodez (12), marié sans enfant, ébéniste sculpteur, arrivé le 10 août au 34è R.I.C., 6è Cie, après avoir été condamné pour abandon de poste à 5 ans (peine suspendue) dans son régiment d'origine, reconnaît avoir quitté sa Cie le 12 août, alors qu'elle était en première ligne ; montant en corvée au village de Montouville, il boit avec un ancien camarade du 38è 4 litres de vin (les autres participants à la corvée, qui sont rentrés déclarent n'avoir ni vu le camarade, ni constaté qu'Haon avait bu). Il prétendra plus tard avoir été pris d'un désir violent de voir sa femme et ses parents, sachant qu'il n'en obtiendrait jamais la permission. Il erre pendant quatre jours dans la forêt de Puvenelle se nourrissant de fruits, et se rend le 16 à la gendarmerie de Toul. Comme Haon tente de démontrer qu'à Montouville il n'était pas "en présence de l'ennemi", le rapport, signé Guillaumin, insiste sur la nécessité de l'exemplarité, pour éviter que d'autres se croient à l'abri en utilisant le prétexte d'une corvée ou de travaux ordonnés sur l'arrière : "De pareils actes, s'ils n'étaient pas réprimés, nous conduiraient à la décomposition et à la défaite. Or une seule disposition apparaît comme efficace et exemplaire : la peine de mort." Sentence appliquée au terrain de manœuvres de Saizerais (54) le 27 août 1915, à 5h30.



Adolphe Dewasmes, né le 30 juillet 1894 à Billy-Montigny (62),aide-mineur à Bruay, soldat au 164è R.I.
Relevé de punitions : 
26 ocotobre 1914 "était légèrement pris de boisson à l'appel du soir"
4 mars 1915 Autorisé à quitter son service pour voir un parent, en a profité pour se mettre en état d'ivresse, a souillé son uniforme et a été arrêté dans un état portant au renom du régiment".
9 mars, "étant puni de prison s'est fait porter malade et n'a pas été reconnu"
5 juillet "Ayant reçu l'ordre d'exécuter une corvée, s'est esquivé. Retrouvé par son sergent qi lui renouvela l'ordre, répondit "je n'irai pas tant que je n'aurais pas mangé, vous pouvez me porter le motif je m'en fous. N'ayant point été mis au poste de police... en a profité pour quitter sa grange avant le réveil et faire une absence illégale de 6 à 20 heures."
Considéré comme un ferment d'indiscipline Dewasmes a été changé 3 fois de compagnie avant les faits en raison de la mauvaise influence exercée sur ses camarades.
Rapport du Lt Rougier pour servir au CG spécial de la 72è DI : "voies de fait commises sous les armes envers un supérieur"
Le 22 août à 13h45, comme la compagnie allait aux douches... Dewasmes s'attira des observations du sergent Pirlot au sujet de sa mauvaise tenue dans le rang ; y ayant répondu par une attitude irrespectueuse... L'adjudant-chef Roussin intervint et le menaça d'une punition. A l'annonce de cette sabction, le soldat Dewasmes entra dans une vive colère et il répondit en montrant ses parties génitales qu'"il se foutait de la prison comme de ses couilles". Ordre fut donné par l'Adjudant chef de conduire cet homme au poste de police pour faire cesser le scandale. Le soldat Dewasmes sortit alors du rang, le fusil à la main, en traitant les gradés de "bande de vaches et de fainéants". Il ouvrit la culasse de son fusil et regardant l'adjudant-chef dans les yeux il lui signifia, par son attitude et ces paroles : "qu'on aille seulement à l'attaque!.."  son intention de" tirer le coup de fusil dans le dos". Le caporal Person s'étant approché avec les soldats Drez et Leblan pour l'amener au poste de police, cet individu leva la crosse de son fusil come s'il voulait le frapper, l'écarta et se sauva dans les champs en disant : "si tu veux m'avoir, suis-moi, je vais chez les Boches." Il traversa le ruisseau à gué, revint vers le village et comme le Caporal et ses deux hommes le rejoignaient il se retourna vers eux, ouvrit la culasse mobile de son arme, prit une cartouche de la cartouchière et dit : "foutez-moi la paix ou je vous fous tous en bas". Le Caporal person lui arracha la cartouche de la main.
Le sous-Lt Schneider attiré par le bruit s'approcha. Il désarma le soldat Dewasmes et lui signifia ... l'ordre de le suivre au poste de police... En cours de route, ce soldat esssaya de reprendre son fusil que portait le Sous-Lt, il bouscula cet officier qui dut résister à des voies de faits et qui fut dégagé par les sous-lieutenant Mangin et Juhlin... Cet individu ayant été ligotté il proféra à l'égard du Sous-Lt Scneider en présence du sergent de garde [Chvallier, rajouté par une autre main] des outrages en le traitant de "lâche".
La lecture des témoignages, tous identiques, rédigés dans un style procédural qui ne reflète sans doute pas le langage des soldats (même Dewasmes se dit "excité par l'ingestion de vin" comme si on lui avait suggéré la bonne formule) laisse la pénible impression que toute la procédure s'est focalisée sur l'incident avec Schneider, alors que les voix de faits deviennent à l'audience le simple geste de "lui avoir posé violemment la main sur l'épaule". Quant aux paroles, certains les ont entendues, d'autres pas, mais on oublie complètement la fuite à travers les prés et les Boches. Si la conviction ne finissait par s'établir à force de répétition, on dirait qu'il n'y a guère matière qu'à une condamnation à quelques années de prison au grand maximum, des menaces certes, mais aucun acte fermement établi, le tout ayant lieu à l'arrière, et pas vraiment "à l'occasion du service". Moralité : quitte à être fusillé, autant descendre tout de suite ceux qui veulent ta peau.

L'ordre d'exécution présente lui aussi une variante qui semble aller dans le ses d'une dissimulation suspecte :"par application de la depêche n°4074 du Général commandant en chef en date du 15 février 1915, les troupes ne défileront pas devant le mort. Toutes les mesures seront prises pour que n'assistent à l'exécution aucun curieux, ni civil ni militaire, en particulier ni femmes ni enfants".
Deswasmes est donc passé par les armes à Charny-Sur-Meuse le 29 août 1915, à 5 h.


Septembre


Célestin Petit né le 7 août 1882 à Pontigny, soldat au 37e Régiment d'Artillerie est passé par les armes le 1er septembre 1915 à Wesserling (Haut-Rhin). Motif inconnu.

 Douaniers allemands et Français de part et d'autre de la frontière à Wesserling


Le 5 septembre 1915, Gabriel Annet Carton, né le 4 janvier 1880, à Chabreloche, près de Thiers. En 1900, il était cultivateur mais dans le département de la Loire, à Saint Romain d'Urfé, et vivait avec sa mère ; en avril 1914, il travaillait à Arconsat dans le Puy-de-Dôme ; le 4 août 1914, Gabriel fut mobilisé (matricule 1212 - Roanne) à 34 ans, au 86e Régiment d'infanterie de Roanne. En novembre 1914, il fut condamné par le Conseil de guerre de Clermont-Ferrand à trois d'emprisonnement pour vol au préjudice d'un militaire ; l'exécution du jugement fut suspendu pendant la durée de la guerre mais Gabriel fut muté au 286e R.I. du Puy, qu'il rejoint dans les Hauts de Meuse, où ce régiment sera engagé jusqu'à la fin septembre 1915. En juillet et en août, ce secteur du front, près d'Apremont, est relativement calme : le régiment n'aura qu'un tué par balle en août. Le 4 septembre, le Conseil de guerre de la 64e division condamne Gabriel Carton de la 22e compagnie, pour tentative de désertion à l'ennemi (il a sans doute, essayé de franchir le no man's land pour atteindre les tranchées allemandes). Il est passé par les armes le lendemain, à 4 h 30, dans le cimetière de Jouy, à l'Est de Commercy ; deux sections de la 18è compagnie étaient présentes. Il n'y a pas de dossier d'instruction à son nom et son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.



Marc Emmanuel, né le 15 décembre 1893 à Nancy, garçon de café,chasseur au 3è BMILA
CG de la 45è DI "vol qualifié, double tentative de meurtre, outrage pendant le service. Dossiers joint à ceux de Marcel Mogenet (qui s'évadera du bagne de Guyane en 1934), Georges Laforêt et Auguste Rolla. Laforêt sera mis hors de cause du vol qalifié (car retrouvé ivre-mort dans le fossé) mais condamné à 10 ans de prison pour avoir "outragé" le médecin major Reynaud en lui disant: "vous n'êtes bon qu'à faire passer les gens en conseil de guerre". Les chasseur Mogenet, Rolla et Emmanuel sont accusés d'avoir le 20 août 1915 à Westeleteren ensemble et de concert soustrait un cheval au préjudice du sieur Auguste Bory, sur un chemin public avec menace de faire usage de leurs armes.
Emmanuel seul est aussi prévenu d'avoir tenté d'assassiner les chasseurs Godard et Cazenave, d'avoir menacé l'adjudant-chef Pouzeau en le mettant en joue avec son fusil et en le traitant de boche et de cochon.
Marc Emmanuel est fusillé à Crombeke (Belgique) le 5 septembre 1915 à 7 heures.


Joseph Jules Perret, né le 15 mars 1889 à plancher-bas (Haut de Saône) canonnier du 2e R.A.M. est fusillé à l'arrière du cimetière de Wesserling le 7 septembre 1915. CG de la 66è DI, archives disparues.


Ben M'Hamed Driss, né le 5 août 1890 à Ouled Fkhar M'Hamed, 2è canonnier à la 1ère section d'artillerie marocaines, CG des troupes d'occupation du Maroc occidental : désertion à l'ennemi et vol militaire.
Dans la soirée du 7 juillet 1914 , Driss disparaît de sa section en emportant un mousqueton, un sabre baïonnette, 24 cartouches et les effets qu'il portait sur lui. (Un cuisinier se plaint d'un vol de 50 francs à ces dépens mais les faits sont abandonnés pour insiffisance de preuves) Lui-même originaire de la tribu de AouÏas, il a porté ces armes chez les Riaras, ennnemis de la France, avec lesquels il a fait le coup de feu au combat de Bab-ou-Amara le 25 juillet 1914. Plusieurs soldats délarent l'avoir entendu crier dans les rangs ennemis "C'est moi le 121 de l'artillerie marcoaine. J'ai déserté." Arrêté à Fez le 12 janvier 1915.
Recours en révision rejeté le 21 août 1915.
Fussilé lors d'une impresionnante parade au nord du cimetière de Bab Segma (Maroc) le 8 septembre 1915 à 7 heures.


Ben Abdelkérim Ahmed, né en 1897 à Tunis, soldat du 21è régiment de marche du 2è Etranger. CG des Armées de la division du Maroc : accusé de meurte et de tentative de meurtre.
Ahmed est ramené à sa compagnie après un premier examen "mental" en date du 1er juin.
Lettre d'Ahmed au Général Joffre: "mon général, je ne veux plus rester à la
Légion, le médecin, la soeur, m'ont dit que j'allais me marier. Je veux donc me marier et ensuite retourner aux tranchées avec le 36è ou un autre régiment parce que à la légion, on veut me tuer et on me fait des misères."
Le 4 juin 1915, parce qu'il est très agité dans la tranchée et demande à la quitter, le capitaine Joliet fait conduire Ahmed par son ordonnance non armé, le légionnaire Kling, au poste de police, mais celui-ci lui fausse compagnie ; retrouvé, accepte finalement de suivre Kling si celui-ci passe devant [il déclarera plus tard que son assassinat avait été décidé dans le boyau sur ordre du capitaine]. Selon le rapport, à peine se sont-ils mis en marche qu'Ahmed tire sur Kling à bout portant et le tue. Ahmed gravit le parapet s'enfuit, crosse en l'air vers les tranchées allemandes. Le sergent Séchaud et le légionnaire Ferrari le poursuivent : Ahmed blesse le sergent à la cuisse, celui-ci riposte et le touche, passe son fusil à Ferrari qui tire à son tour à deux reprises, le touchant au bras et à l'aine. On le retrouve le soir, couché là, à côté de son fusil chargé.



Ahmed dit le 13 juillet au soir en faisant le plan du boyau par lequel il s'est enfui: "Monsieur le bon Dieu, lui, s'il veut parler peut dire la vérité, je ne veux pas retourner à la légion, bande de vaches, de cochons, de boches... Pourquoi, il ne cause pas dis? pourquoi il laisse faire, donner 2 coups de fusil à moi."
Interné quelques jours, reconnu saint d'esprit malgré des déclarations bizarres comme "Pourquoi le nouveau lieutenant être ici, lui gros,lui pas malade... [on peut penser qu'il a cru reconnaitre le lieutenant Kling sur qui il a tiré] Je vais écrire au Général Bassard qui a fait fussiler tant de monde à Oudja, il était mon colonel."Il écrit effectivement une lettre en arabe (que personne ne se préoccupe de faire traduire). Ahmed demande de l'absinthe au major, propose de guérir un de ses camarades en faisant un gri-gri, voit la nuit des hommes envoyés pour le tuer, se réveille en sursaut, comme écrasé par un poids. Le médecin expert conclut qu'Ahmed est simple d'esprit, mais non aliéné et que ses idées de persécussion "s'expliquent bien par sa mentalité spéciale d'arabe".
Ahmed est exécuté à Giromagny- Terriroire de Belfort le 11septembre 1915


Eugène Alfred Gasciarini, né à Marseille le 29 mai 1893, journalier, soldat au 201è R.I. 4è bataillon est exécuté sommairement par son caporal, le 13 septembre 1915, lors d'une offensive devant Sapigneul (Marne).


Pierre Honoré Rosalie Servel, né le 14 mai 1893 à Beaulieu (Haute Loire), garçon de café à Clermont-Ferrand, soldat de 2è classe au 17è R.I. (1,58m, brun aux yeux noirs, front large, nez droit)
Le 13 août 1915 Pierre Servel, alors Caporal quitte sa compagnie promise à une attaque imminente en avant de Notre-Dame de Lorette une heure avant l'appel. Il couche dans le bois de Verdrel. Le lendemain matin il passe la journée à Barlin, et dans les bois avoisinants. Le quinze il travaille chez un cultivateur qui lui donne à manger et se dirige vers Rebreuve (dans le but de se rendre dit-il) où il est arrêté par les gendarmes. Ramené au cantonnement de sa compagnie, il comparaît devant le capitaine Colonna, qui le dégrade et signifie aux hommes présents qu'ils n'hésitent pas à tirer sur Servel s'ils le voient s'enfuir.
Le 18 août Servel quitte sa compagnie et se présente au commandant Schlosser, prétendant que des boutons aux cuisses l'empêchent de marcher. Schlosser le renvoie à son poste, mais le retrouve un peu plus tard couché dans la niche d'un boyau. Après le passage du Commandant, il repart vers l'arrière et passe la nuit au poste de police de Vervel. Il y abandonne son fusil et son équipement et se rend à nouveau aux gendarmes de Rebreuve le lendemain matin. Il dit avoir choqué au mois de juin par deux blessures légères, et vouloir attirer l'attention sur lui pour se faire muter dans la marine
Devant le CG spécial de la 13è DI, Servel est chargé par le caporal Champerol, qui évoque un troisième abandon de poste précédent les deux autres et accuse Servel de jouer la comédie, voulant se faire passer pour fou depuis juin.
Servel est fusillé le 14 septembre 1915 à Fresnicourt (62). En décembre 1920, le député de la Loire demande la commucation du dossier "car d'après une lettre (la dernière) adressée par ce malheureux enfant à sa famille, Servel ne serait pas un lâche."

Joseph Louis Houlley, né le 1er janvier 1886 à Evreux, terrassier, soldat de 2è classe au 43è RIC
Déjà condamné à 5 ans d'emprisonnement pour "rébellion" le 3 mai 1915 (peine suspendue), le soldat Houlley manque à l'appel le 6 septembre 1915 à la suite de l'annonce d'une punition de 4 jours de prison. Le sous Lt Martin estime qu'il a dû se diriger sur Proyard, où se trouve son camarade Rouselle, ou sur Rennecourt, localité pour laquelle il avait demandé la beille une permission qui lui avait été refusée. Il aurait cherché à rejoindre 41è colonial où il était avant sa condamnation et où se trouvait encore son beau-frère.
Le CG spécial du 43è R.I. le condamne à mort : "l'exécution a lieu le même jour à 18h30", le 14 septembre 1915 Chuignes (80)

Xavier Paul Boizel, né le 8 octobre 1884 à Douera (département d'Alger), cocher, chasseur au 1er BMILA
Condamné en 1912 et 1913, deux fois pour vol, port d'armes, infraction à l'interdiction de séjour, grivèlerie. Le 17 mai 1915, puni de 30 jours de prison "ayant manqué volontairement le départ du bateau et s'étant enivré au point d'être ramené par la police, a tenu des props injurieux envers la France" selon le Lt Harion. Aucun relevé de punition ne vient à l'appui de cette déclaration...
Le fait que Boizel ait abandonné son poste le 26 août vers 15h apparaît rétrospectivement comme une interprétation quelque peu spécieuse des faits. Pour les soldats présente, il n'a fait que se soustraire, comme les autres aux minnenwerfen qui ne cessaient d'écrouler le parapet. Il a d'ailleurs rejoint à 150m la section voisine. Les gradés, eux, s'accordent tous à dire qu'il s'est enfui, et n'a repris son poste que sous la menace du sergent Barges de lui brûler la cervelle avant de déclarer "Je ne suis pas venu ici pour me faire tuer, j'en ai marre et d'ailleurs quand j'arriverai au repos, je me tresserai [?] en absence" (ce qu'il nie, et que personne d'autre que les sergents n'a entendu.
Le CG de la 45è DI obtient l'exécution de Boizel le 21 septembre 1915 à Krombeke (Belgique) 7 heures.


Léo Sander, né le 5 avril 1893 à Heven (Allemagne) où il est serrurier, légionnaire au 1er Rgt de marche du 1er etranger, employé comme tailleur.
1er CG de L'amalat d'Oudja
Le 5 avril 1915, à M'soun, à l'appel du matin, le sergent Meister constatait l'absence du tambour Welhöfer et du légionnaire Sander. L'inventaire du paquetage de ce dernier apprenait qu'il avait emporté, à son départ; un fusil, modèle 86, soixanteèquatre cartouches, une ceinture de laine, un képi, une bretelle de fusil, une paire de bretelles de pantalon, une chemise, un couvre-nuque, un étui-musette, un mouchoir, une serviette, un quart, une paire de brodequins, une veste kaki, un pantalon kaki, un bonnet de police, un paquert de pansements. Le 10 juillet Sander était arrêté aux environs de Meknassa-Foukaria. Il avait pour tout vêtement un burnous. Il reconnaît avoir passé à l'ennemi, dans une tribue des Beni-Ouarcin, au lieut dit Tlajdout, au sud de Doula, où il était employé, à son dire, comme berger. Il se défend d'avoir pris les armes contre la France et il prétend que son fusil et ses munitions lui ont été enlevés, pendant son sommeiul, par son complice Welhöfer [orthographié Wellhofer, Frédéric en certains endroits ; (rapport du Lt Prevet): Wellhofer compte actuellemtn 9 ans et 8 mois de service, c'est une forte tête, ayant beaucoup d'influence sur ses camarades, d'une rare violence en état d'ivresse... Wellhofer très vraisemblablement a des relations contre nature avec l'homme qu'il a entraîné avec lui et qui ne le quittait presque jamais.Rien dans sa conduite en pouvait faire prévoir ce coup de tête de sa part]. Il déclare aussi que ses autres effets lui ont été enlevés par les arabes. Quand il a été arrêté, il se disposait à gagner la zone espagnole , en traversant la tribue des Brans', pour se rendre auprès du colonel allemand à Mélilla. Les conditions dans lesquelles Sanders a déserté, démontrent son idée bien arrêtée d'abandonner le service, suivant ainsi l'exemple d'autres légionnaires allemands accueillis avec enthousiasme dans les rangs des tribues ennemies."
Il faut noter que l'inculpé ne parle ni ne comprend le français. On lui donne pour interprète le sergent Lichthorn, du même régiment :
Toute la défense repose sur la responsabilité de Welhöfer qui aurait fait boire Sander pour fêter son anniversaire : "Welhöfer faisait plusieurs fois l'allusion de partir avec moi en me montrant du geste la Casbah; moi; je croyais qu'il voulait faire une escapade au boxon et j'étais d'accord en principe"
Sander est fusillé à Oujda le 22 septembre 1915 ; le dossier ne dit rien de son camarade qui a sans doute résussi à fuir. Le PV d'exécution ne mentionne pas l'heure, la procédure n'est facturé que 18,40 francs.

Arthur Jean Baptiste Lhotel, né le 26 mars 1878 à Chauvency-Saint-Hubert (Meuse), ouvrier agricole, célibataire, soldat de 2è classe au 73è RIT (1,59m, blond, yeux bleus, menton pointu, teint coloré)
CG de la 857è DIT le 18 septembre : inculpé d'assassinat, coups envers supérieur, outrages envers supérieur, coups et blessures. La prévention d'assassinat n'étant pas suffisamment établie est abandonnée au profit de menaces de mort.
Condamné 16 fois dans la vie civile, Lhotel est décrit comme "ivrogne, violent et brutal...craint de tous, il inspire une véritable terreur à ses camarades et même à beaucoup de gradés... La rumeur publique va jusqu'à l'accuser d'un crime".
Le 14 juin à Quaedypre, alors qu'on l'emmène au poste de poslice, il dit au sergent Lagrange à propos du sergent major Caron :"Il n'a qu'à bien se tenir; si je trouve l'occasion je ne le raterai pas" puis parlant du sergent Tessier: "La première fois qu'il ira aux tranchées, il n'en reviendra pas." (mêmes proposconcernant le caporal Poisson).
Fin avril "Lhotel chercha querelle au Sergent-major Caron et l'outragea publiquement en prétendant que ce sous-officier n'avait pas dait son devoir pendant les journées d'avril à Boesinghe et qu'il avait été boire pendant que les autres se battaient." L'aurait frappé si on ne l'avait pas maîtrisé. Un soir, répond "je t'emmerde" au caporal Poisson qui a allumé une bougie que Lhotel veut éteindre. Le 15 mai, à Lagrange qui essaye de lui donner quelques conseils car il a été puni pour absence : "Si tu veux t'en mêler maintenant, enlève ta capote, quand tu n'auras plus de galons nous règlerons cela tous les deux".
On voit que le rapporteur a du mal à trouver des propos suffisamment séditieux pour être convaincant.
Le 14 juin, ivre, après uen observation du sergent Lagrange, se précipite sur le soldat Bombony et le frappe d'un violent coup de poing à l'oeil droit en disant: "c'est ta faute, tu nous fais attendre pour l'appel". Le 14 juillet, au poste de police de la ferme du Canada, descendant du grenier où il couchait, Lhotel sans un mot gifle un garde qui parlait breton avec un de ses pays. Indignz par la brutalité le soldat passel intervient. Lhotel bondit sur lui, le prend à la gorge en disant: "toi, tun'es qu'une petite vache,je ne te raterai pas".
Le 20 avril, suite à une remarque d'un gradé qui lui intime l'ordre de marcher, Lhotel se jette sur un caporal couché qui mange sa soupe et le frappe d'un coup de pied à l'oeil droit, lui mettant le visage en sang, et occasionnant une cicatrice toujours visible.
Le 22 avril, le soldat Stephan est tué dans les tranchées de Boeringue, par une balle qui l'atteind derrière la tête. On accuse Lhotel, qui avait eu quelques jours avant le dessous lors d'une rixe avec le même Stéphan.
Voilà ce que dit le rapport. Les témoignages restent assez vagues, personne ne semble avoir entendu la même chose, et ceux qui déposent (car plus d'une trentaine de soldats de la section déclarent n'avoir rien vu) répètent des formules stréotypées ou ce que d'autres leur ont rapporté. Certains se contredisent. Tous s'accordent à dire que Lhotel était bien capable d'avoir commis les crimes et délits qu'on lui reproche. Enfin presque tous car il se trouve un sergent Eugène Roger pour témoigner qu'il n'a eu qu'à se louer de Lhotel :"il était sérieux dans son service et faisait tout ce que je lui demandais".

Lhotel nie toutes les accusations : "En réalité mes camarades et mes gradés m'en veulent parce que je ne suis pas breton, et que je ne parle ni ne comprends leur langue. C'est pour cela qu'ils m'ont tous pris en grippe".
"Je n'ai pas menacé le sergent Texier, et ne l'ai pas traité de grosse paillasse... C'est le sergent Lagrange, et non moi qui critiquait le sergent Texier. Les propos qu'on me prête sur le sergent major Caron sont aussi inexacts que le reste. C'est lui qui, un jour étant à Quaedypre, me menaça d'un coup de revolver, ajoutant qu'il n'avait qu'un regret, celui de ne l'avoir pas fait... Les propos rapportés par le caporal Poisson sont inexacts. La vérité est que ce dernier m'en veut depuis le 22 avril, jour où je lui ai reproché de ne pas m'aider à panser les blessés et de se désintéresser de ceux-ci." Lhotel prétend, parce qu'il était ivre, avoir trébuché sur le caporal, ivre aussi, et ne lui avoir donné un coup de pied que par maladresse. Au caporal Poisson il a simplement fait remarquer qu'il leur était interdit à tous d'allumer des lumières le soir. Les hommes du poste de garde étaient ivres aussi, il ne les a ni frappés, ni giflés (il a en revanche été giflé par un tambour major comme le confirment des témoins), il n'a pas menacé Cassel, ivre qui se précipitait sur lui, baïonnette en avant. Avec Stephan, "nous sortions ensemble, jamais nous n'avons eu de querelle ni de dispute. Jamais nous ne nous sommes battus, ni même bousculés"..."j'ai été l'objet de menaces de la part de mes camarades qui m'ont averti qu'ils me chargeraient tant qu'ils pourraient".
Lhotel est fusillé devant les troupes rassemblées le 23 septembre 1915 à Stavele (Belgique) à 6 heures du matin (frais de procédure :13,70F)
 

Maurice Vasseur, né le 25 octobre 1894, coupeur en chaussures. Soldat au 45e RI. - 7e Cie. Abandon de poste en présence de l'ennemi au Bois du Grand Bellay à Bouffignereux (02) . Fusillé le 24 septembre 1915 à 5h 30 à 200m de Guyencourt (02)

Ernest Adolphe Fouquerelle, né le 16 mars 1889 à Conteville dans la Somme, enfant non reconnu, ouvrier agricole, soldat au 5e R.D.
Condamné le 26 septembre 1912 à une peine de 2 ans de prison par le conseil de guerre pendant son service militaire au 21e Dragons, passé au 5e Dragons le 29 mars 1914 et rayé des contrôles - Passé par les armes sur sa fiche MdH,  fusillé à Haute-Avesnes (59) le 25 septembre 1915. Mention mort pour la France et tué à l'ennemi sur sa fiche matricule.


Octobre


Henri Pierre Cren, né le 7 octobre 1890 à Saint-Brieuc, célibataire, ajusteur, soldat au 2è R.I.
Le 26 septembre, le soldat Cren se présente à son régiment avec un ordre de conduite de la gendarmerie, après s'être rendu au 156è R.I. -auquel il a tenté de se faire rattacher, en vain-, déclarant avoir perdu son régiment. Il donne de son emploi du temps durant les trois jours de son absence une explicaiton peu crédible, invoquant son passage par Ste Ménéhould où il est allé rencontré une ami dont il ne connaît pas le nom.
"Il me paraît hors de doute que Cren a déserté le bivouac pour éviter de participer à une attaque. Les 3 boites de conserve qu'il avait eu la précaution d'emporter indiquent qu'il avait l'intention de rester absent plusieurs jours. A la réflexion, il a dû penser à la gravité de son cas : en se rendant à Somme-Bionne, il a essayé de donner le change sur le vrai motif de son absence. Il a d'ailleurs atteint son but puisqu'il a échappé aux dangers du combat. C'est un mauvais sujet, un ivrogne et un lâche. Dans l'intérêt de la discipline, il est désirable qu'un conseil de guerre spécial règle rapidement son sort ; il ne mérite aucune pitié. D'autre part un châtiment exemplaire et immédiat serait des plus salutaires pour faire réfléchir  eux qui seraient tenter de l'imiter."
Le caporal Pinel rapporte le témoignage du soldat Emile Gasser, à qui Cren aurait fait part de son intention de partir, allégation invérifiable car le soldat Gasser a été blessé et évacué pendant l'attaque que Cren a fuie.
L'avocat, le sergent Jules Boudard a le courage de souligner toutes les irrégularités de la procédure, réunion d'un conseil spécial sous la présidence du rédacteur du rapport à charge (Pinon chef du bataillon) lequel a non seulement soumis au commandement des faits erronnés de nature à nuire au prévenu, mais" préjugé de l'espèce à examiner ... en déclarant formellement que la peine capitale sera très probablement appliquée". Rien n'y fait : le CG spécial de la 20è DI se réunit le 30 septembre pour condamner dans la  précipitation le soldat Cren au motif d'"abandon de poste en présence de l'ennemi". Il est fusillé le lendemain 1er octobre 1915 à Vienne-Le-Château aux Abris "Didier", 5 h du matin.



Louis Benoît, né le 6 décembre 1880 à Salviac (Lot), cultivateur, soldat de 2è classe au 7è R.I. Le 8 septembre au camp Deville, le soldat Benoît, malade, refuse de suivre sa compagnie ; le lendemain, il refuse à nouveau de monter aux tranchées, et ne reste que sous la menace à main armée de son chef de section (lequel admet avoir été tenté de faire sur le champ un exemple), ce qui constitue pour le CG de la 131è DI un double refus d'obéissance en présence de l'ennemi passible de la peine de mort.
Benoît est fusillé à Florent (51) le 4 octobre 1915.


Henri Pascal, né  le 25 novembre 1880 à Robion (Vaucluse) où il exerce la profession de journalier. Conscrit de la classe 1900, il effectue son service militaire au sein du 55ème R.I. en 1901- 1904. Rappelé sous les drapeaux au dixième jour de la mobilisation générale, il participe avec le 58ème R.I. aux premières offensives françaises en Lorraine (bataille de Dieuze,le 20 août 1914), ainsi qu'au repli qui s'ensuit sur la région de Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et la Marne (5- 13 septembre 1914).
Henri Pascal combat par la suite en forêt d'Argonne ainsi que dans le Saillant de Saint-Mihiel (secteur de Malimbois). Légèrement blessé en 1915 à Verdun (Meuse), il retrouve le front un peu plus tard avec le 415ème R.I. Condamné le 24 juillet 1915 à deux mois de prison pour « abandon de poste », il est versé trois jours plus tard à la 2ème compagnie du 52ème R.I. avec laquelle il combat dans la Somme (Lihons, Maucourt) et en Champagne (Perthes). Porté manquant le 25 septembre 1915 au soir (20 h 00), jour de déclenchement d'une attaque d'envergure sur la cote 193 (Tahure), Henri Pascal est arrêté deux jours plus tard par des gendarmes à cheval sur la commune de Tilloy-Bellay (Marne). Ramené le 29 septembre 1915 au cantonnement de son corps à Cabane et Puits, il est suspecté d'abandon de poste et déféré, le 4 octobre 1915 (8 h), devant un conseil de guerre spécial du 52ème R.I.

Interrogé, Henri Pascal livre quelques explications à propos de son escapade :
- À quel moment avez-vous quitté la compagnie ?
- Je suis sorti avec la compagnie au moment de l'attaque et me suis arrêté à la deuxième tranchée allemande. Là, j'ai perdu la compagnie et suis revenu à Cabane et Puits où j'ai accompagné des prisonniers.
- Qui vous avait donné l'ordre d'accompagner des prisonniers.
- Personne.
-Qu'avez-vous fait à partir de ce moment-là ?
-Je suis resté un certain temps à Cabane et Puits, ensuite je suis allé à l'arrière et les gendarmes m'ont pris.
- Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez quitté la compagnie ?
- Quand j'ai vu tomber des hommes, je n'ai plus eu le courage de marcher en avant.

Condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi", Henri Pascal est fusillé le jour-même du jugement (10 h 30), à Cabane et Puits (Somme-Suippe). Aujourd'hui inhumé dans la nécropole nationale de Somme-Suippe
(Marne), son nom ne figure sur aucun monument aux morts.


Alfred théodore Bleuse,né le 18 novembre 1891 à Saint-Ouen, chaudronnier à Saint-Denis, soldat au 163è R.I.
GG de la 76è DI inculpé de refus d'obéissance de marcher contre l'ennemi et d'ivresse publique et manifeste. Bleuse s'est lui-même conduit au poste de police, annonçant avoir quitté son détachement, et disant au sergent de jour : "si vous ne voulez pas me foute dedans, j'irai dans le pays et à la gendarmerie faire du pétard pour qu'on m'y mette". Le soldat Bleuse semble avoir collectionné les punitions (dès 1911) en général pour absence illégale.
Exécuté à Ansauville (54) le 5 octobre 1915 à 8h.

Émile Ferdinand Roux, né le 15 août 1885 au Pompidou. Ce Lozérien est maçon à Saint-Hilaire-de-Brethmas avant d'être appelé dans 111e régiment d'infanterie pour combattre en forêt d'Argonne, dès le mois d'octobre 1914. Mais le 29 août 1915, alors qu'il se trouve en état d'ivresse, il menace de casser la figure à un sergent ("Ne me touchez pas, sinon gare à vous. Si vous ne me laissez pas tranquille je vous casse la figure"). Roux se vante de son casier chargé (déjà condamné pour outrage en 1911, contrebande de tabac, à peine sortie de prison en 1914) est craint de ses camarades à qui il a la réputation de promettre très calmement et régulièrement de leur "faire la peau", fait de grandes dépenses en vin et en bière. C'est un élément perturbateur dont ses supérieurs souhaient se débarrasser à tout prix. Déféré le 5 octobre devant le CG de la 29è DI, il est condamné à mort pour outrage par menace envers un supérieur, vol militaire (de vin aux dépens de l'ordinaire) et refus d'onéissance. Il est fusillé le lendemain à Dombasle devant les troupes rassemblées.


Alfred Audegond, né le 1er juin 1893 à Bucquoy, briquetier (62) et Félix Albert Vayssié, né le 17 mai 1880 à Boussac (Lot), tous deux du 11è R.I, condamnés par le.sont éxécutés le 8 octobre 1915 à Dainville (62) CG de la 33- DI :
Audegond est accusé d'avoir quitté sa compagnie le 25 septembre dans les tranchées de Rouville, au moment de l'assaut et de n'être reparu que le lendemain au soir. Blessé le 10 octobre 1914 d'une balle à la jambe droite ayant nécessité 18 jours de dépôt, Audegond est remonté comme volontaire au front. Son chef de section de février 1915, le sous-lieutenant Vonot, déclare que c'est un bon soldat : "il a bien marché aux attaques de mai. Je dois dire que son état de santé est précaire à cause de son ancienne blessure." Au moment où lui est reproché d'avoir abandonné son poste, Audegond dit avoir été frappé consécutivement de deux éclats d'obus, jugé sans gravité par les infirmiers du poste de secours qui l'envoient se reposer aux cuisines.
Le 15 septembre, Félix Vayssié aide les soldats qui transportent le lieutenant Lalanne, blessé, au poste de secours, en portant son équipement. C'est alors qu'il aurait disparu soixante-quatre heures. Il explique qu'étourdi par un éclat d'obus, il se serait reposé deux heures dans une guitoune, arrêté ensuite par un tir de barrage tandis qu'il regagnait sa section. Recueilli au poste de secours il n'aurait pas retrouvé son régiment, relevé à Arras, où il aurait passé deux nuits dans une cave. Le maire de Boussac tentera d'introduire une requête en révision, arguant que Vayssié, simple d'esprit, aurait été incorporé après une instruction expéditive. Dans un esprit tout militaire, on retourne alors les témoignages à décharge qui le désignaient comme un "soldat de confiance" "très travailleur, brave homme dévoué" afin de discréditer le requête.
Tout porte à croire que ces deux hommes sont morts pour faire régner la terreur tout en masquant les fautes stratégiques de leurs supérieurs.


Diara Bakary, né à Téléko (cercle de Kita), Mali (ex-Soudan), caporal au 26è bataillon de tirailleurs sénégalais. Sa fiche de décès nous apprend qu'il a été "tué par un adjudant, ce sous-officier étant en état de légitime défense" le 8 octobre 1915 à Gafsa (Tunisie)


Alfred Durand, né le 10 juin 1886 à Albi, soldat de 2è classe au 153è régiment
fusillé le 9 octobre 1915 à Hans (51)
La cour d'appel de Montpellier examine le recours formé par le sieur Paul Durand (père du condamné) contre le jugement du CG spécial du 153è R.I. et rappelle les faits : le 1er octobre, se sentant malade après un violent bombardement, Durand est autorisé par le médecin Tourette à se reposer jusqu'au soir. Dans l'intervalle il rencontre le sergent-fourrier Gérard, qui lui demande de garder le lot de couvertures neuves qu'il vient de recevoir.
"Attendu que le témoin Godefroy qui a assisté Durand en sa qualité d'aumonier et l'a accompagné jusqu'au lieu de l'exécution a déclaré que Durand lui avait dit à son dernier moment avec l'accent d'une grande sincérité que le sergent-fourrier Gérard l'avait autorisé à garder le dépôt de couvertures jusqu'à la relève de sa compagnie ;
Mais attendu que Gérard a affirmé devant le conseil qu'il n'avait pas donné pareille autorisation...
Attendu que la condamnation prononcée n'a tenu compte ni des bons antécédents de Durand, ni de sa conduite courageuse à l'attaque de Ripont, ni de sa naïveté, ni de l'état de dépression ou de fièvre qui avait paru justifier une consultation ;
Que plusieurs témoins de l'enquête, se souvenant de ces circonstances favorables, ont pu conserver de la sévérité de la condamnation une impression pénible...
Par ces motifs, la cour... dit n'y avoir lieu d'accueillir le recours formé par le sieur Durand (Paul)" !..
Lettre de l'aumônier Godefroy à Paul Durand le 26 octobre 1915 :
Monsieur, J'accomplis en vous écrivant un pénible devoir pour remplir la promesse que j'ai faite à votre fils. Le samedi 9 octobre, il a fait courageusement et chrétiennement le sacrifice de sa vie. Je l'ai assisté à ses derniers moments : sa grande préoccupation était alors la pensée de ses parents qu'il laissait dans la douleur. je lui ai promis de vous avertir au bout de quelques temps ; je le fais aujourd'hui. C'est un bien grand sacrifice que le bon Dieu vous demande mon cher monsieur. Mais je suis l'interprête des sentiments de votre fils en vous demandant de l'accepter avec courage comme lui-même l'a fait. Du haut du ciel qu'il a mérité par ses souffrances et sa mort, il vous protège et vous bénit. Dieu veuille vous inspirer les sentiments de foi qui ont adouci les derniers moments de votre fils"
Dieu l'a voulu, Amen, si les militaires se sont trompés, ne faites pas trop de bruit... la honte et l'opprobe retombe sur les six génération à venir issues des assassins, serait-on tenté d'ajouter en bonne justice catholique.


Léon François Peyrical, né le 27 décembre 1880 à Albussac (Corrèze) soldat au 47è R.I. 2è Cie, selon sa fiche de décès "Fusillé" le 9 octobre 1915 à Saint-Thomas-En-Argonn. Pas de trace de procès.



Emmanuel Pairault, né le 17 février 1892 à Loudun (Vienne), serrurier, sapeur-mineur au 6è Rgt du Génie, condamné par le CG de la 23è DI est fusillé le 9 octobre 1915 à Duisans (62) à 8h.
Le troisième recours en révision (les deux premiers écartés en 1921 et 1924) est rejeté le 6 janvier 1934 quoiqu'y figure le témoignage du caporal Martial Point certifiant : "Je me souviens très bien qu'il était à ce moment derrière moi, il avait été touché, parti au poste de secours, je ne me suis plus occupé de lui, il est quand même resté en ligne tout pendant l'attaque" et celui de son ancien sergent Victor Rouger, qui écrivait en juillet 1933 au frère survivant, Germain Perrot, auteur du premier recours: "Votre frère Emmanuel Pairault n'a pas quitté la colonne d'attaque le 25 septembre 1915, il a été commotionné par un obus et resté là sans connaissance, quand il est revenu à lui, il n'a pas réussi à retrouver son unité.


Admettant qu'il y a eu blessure le rapporteur du CG sous-entend, contre l'avis du médecin, qu'elle aurait bien pu être le résultat d'une mutilation volontaire. Prfitant de l'othographe incertaine du nom de famille, le commissaire du gouvernement, réclame, dans le but de faire obstruction et de mettre la demande hors-délai quantité d'actes d'état-civil, naissance et mariage des parents, frères, soeur. Devant tant de ridicule et de constance à nier l'évidence, il ne semble pas nécessaire de lire plus avant le dossier manipulé par un CG spécial ayant besoin de sa parade d'exécution, "en présence d'un détachement, le plus gros possible".

Lucien Louis Eugène Mallais, né le 5 février 1893, Le Havre, marié, père d'un enfant, journalier au Havre, soldat au 36è R.I.
Alors qu'il se trouve devant Neuville-Saint-Vaast (62) il déserte pour la 3e fois (novembre 1914 et février 1915) ; arrêté, il est déféré le 12 octobre 1915 devant le conseil de guerre ordinaire de la 5e D.I.et condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" ; le témoignage d'un infirmier qui l'a croisé le charge lorsqu'il déclare : "Il ne paraissait pas du tout ennuyé de se trouver séparé de ses camarades". Fusillé le 13 octobre 1915 à Ivergny (62)


Jules Victor Fabre, né le 21 mars 1892 à Montpellier, artiste-peintre à Paris 14è, sergent-major au 153è R.I., rétrogradé caporal dans la deuxième quinzaine de février 1915.
"a quitté sa compagnie en contact avec l'ennemi le 27 septembre à 21 heures. Est rentré le lendemain 28 deptembre après que le sous liteutenant Bigotte l'ait rencontré à l'arrière vers 16 heures. Prétend être parti au ravitaillement alors qu'aucun ordre ne lui avait été donné à ce sujet" précise le rapport bâclé et anonyme. Il n'est même pas fait mention que le soldat et le caporal désignés pour partir avec lui, n'ont fait que manger les restes, le ravitaillement n'étant pas parvenu depuis deux jours. Le PV d'exécution, lui aussi griffonné au crayon sur un bout de papier sale sort de la routine désormais établie et des formules consacrées :


Le greffier du CG de la 39è DI en produit ensuite la version ronéotypée préremplie habituelle. Fusillé pour abandon de poste en présence de l'ennemi le 15 octobre 1915 à Gizaucourt, (51) 7h

Arthur Gustave Vanderheyden, né le 16 novembre 1889 à Lille, chasseur de 2è classe au 30è BCA, (CG spécial du 30è : le 13 octobre, après la corvé de distribution de 13h, Vanderheyden obtient la permission de se reposer dans un abri. Quand le feu reprend, on ne le retrouve pas. Il est arrêté le lendemain errant dans la région du Calvaire. Le seul témoin à charge ne parvient pas à fournir d'explication à son geste) fusillé pour abandon de poste en présence de l'ennemi le 16 octobre 1915 à 7h à Mulmenwald (Alsace)

Raymond Curunet, né en 1893, soldat au 168è R.I., apparait sur sa fiche de décès comme "fusillé" décédé le 17 octobre 1915 à Toul (aucun détail)


Maurice Jules Alfred Dizay, né le 16 août 1895 à Ryes (Calvados), domestique à Sanneville, soldat de 2è classe au 403è R.I.
CG de la 151è DI  "abandon de poste étant en faction en présence de l'ennemi sans avoir rempli la consigne, et refus d'obéissance" Le 7 septembre 1915, après avoir entendu une fusillade et un cri, Dizay court se réfugier dans un abri et refuse au sergent comme au caporal de reprendre la faction, dit qu'il y est allé la veille en remplacement d'un camarade, que ce n'est plus son tour. Il reconnaît que c'est sous le coup de la peu qu'il a agi ainsi. Le rapprot du capitaine Bablot qui n'a pas l'air de très bien savoir de qui il s'agit, le charge, très mauvais soldat, ne songe qu'à s'enivrer, mauvais guetteur, préférant aller en corvée que s'exposer... Maurice Dizay, 20 ans est fusillé le 18 octobre 1915 au pré du Moulin au nord est de à Chaudefontaine (51) à 6h en compagnie d'André Saturnin Louis Talbot né le 20 décembre 1892 au Havre, garçon de salle à Sanvic (même régiment même CG, même motif, en récidive). On s'aperçoit qu'un brouillon de l'interrogatoire de Talbot figure, rayé, au dos de déclarations de Dizay...



Keita Sabou, né en 1893 en Guinée, cultivateur à Dingyraye, tirailleur au 58è RIC, condamné à l'unanimité pour injures et voies de faits sur un supérieur à l'occasion du service.
Le 15 octobre, alors que les Anglais doivent occuper l'emplacement, le brancardier Keita Sabou met de la mauvaise volonté à exécuter l'ordre d'évacuation, le sergent Guéroult juge bon de le pousser contre le parapet de la tranchée. Sabou le traite de "cochon" se jette sur lui, lui arrache les joues et la barbe en tentant de le prendre à la gorge. Les autres tirailleurs et caporaux indigènes s'éclipsent tandis que seul le sergent Sina Sidibé vient à la rescousse. Un tirailleur finira au dernier moment par témoigner contre Sabou qui est fusillé
le 20 octobre 1915 à Sedd-Ul-Bahr, 5h30 plaine de Mosko-Bay (Turquie)

Edouard Marie Nowé, né le 10 février 1888 à Saint-Servan (Ile-et-Vilaine), commis de ferme à Saint-Malo, soldat au 5è BMILA
Jugé par le CG de la division d'occupation de Tunisie en compagnie de Henri Krakowska pour meurtre, tentative de meurtre, et vol d'une barque au préjudice d'un indigène. Les frais de procédures, dus aux indemnités de déplacement des témoins se montent à 450,70 Francs.
Nowé, condamné à mort est exécuté le 21 octobre 1915 à Tunis. Son complice, Krakowska, condamné à 20 ans de travaux forcés, meurt le 5 août 1917 à l'hôpital de Souk-Akras [?]

François Marsaleix, né le 19 novembre 1896 à Saint-Jal (Corrèze), employé de commerce à Paris, chasseur au 22è BCA 3è Cie
Condamné par le
le 21 octobre, le médecin appelé à la ferme Cyrille constate la mort du Chasseur Léon André Schlier atteint d'une balle de fusil Lebel qui a fracassé les quatre premiers doigts de la main droite avant de sectionner la carotide. Attirés par un coup de feu dans le bois de la ferme Ory, quatre hommes trouvent le meurtrier, terré dans un trou à proximité. ils reconnaissent le chasseur Marsaleix qui avait déserté le matin-même. Le chasseur Schlier l'ayant mis en joue et lui intimant l'ordre de ne pas bouger, Marsaleix avoua qu'il venait de tuer une des sentinelles parties à sa recherche pour l'arrêter.
Devant le CG spécial réuni immédiatement, il avoue tous les faits qui lui sont reprochés et son intention de déserter à l'ennemi : il ne fournit aucune explication. Il est fusillé devant les régiments rassemblés le 22 octobre 1915 à Le Bonhomme (68) camp de Tinfronce (7h30).


Jacques Bonnabot,né le 14 mai 1889 à Artaix (71), soldat de 2è classe au 24è RIC, CG de la XVè région de Marseille.
Le 24 avril au soir, François Demonte trouve sa femme étranglée dans la vigne où elle avait travillé le matin. A sa droite se trouve un sac de toile bleue, sa pioche, une bouteille, un autre sac à sa gauche contient ses sabots, une gourde de vin, vidée flotte dans le canal d'arrosage. Les soupçons se portent immédiatement sur un soldat colonial qui a été vu rodant aux alentours, leong su champs vers sept heures, puis au village de Marquixane même.
Le 26 avril, Pierre Vernet fait arrêter un colonial aux allures louches à qui il avait offert l'hospitalité et qui venait de lui voler 8 à 9 francs dans une tirelire. Il s'agit de Jacques Bonnabot, signalé comme déserteur depuis le 19 de son régiment stationné à Montpellier. Il est confondu par la plainte d'un certain Izern à qui appartenait le sac de toile bleue, contenant une gourde de vin, une omelette et du pain, qui lui a été volé le matin du 24. Bonnabot passe alors aux aveux ; il raconte en substance, qu'après avoir assouvi sa faim il est passé par hasard le long du champs où une femme l'a interpellé, liant conversation pendant une heure avec lui qui s'est fait passer pour un blessé en convalescence. Vers onze heures, la femme a posé sa pioche et changé ses sabots contre des espadrilles. Bonnabot "pris de folie" s'est alors jeté sur elle, tentant de la violer ; ne parvenant à rien en raison de la résistance énergiaque qu'elle oppose il lui serre le cou jusqu'à l'évanouissement. Il la traîne sous les genets et les oliviers, fait son affaire, mais sa victime revenant à elle sous l'effet du coït ; il saisit une corde qui traîne à côté. La femme dit "j'ai 3 enfants ne me tuez pas!". Il l'étrangle avec toute la force que sa propre peur lui communique.
Le casier et le relevé de punitions de Bonnabot confirment sa dangerosité : six fois condamné pour vol simple et miitaire, vagabondage, voies de faits sur des camarades de régiment. Jugé le 11 septembre 1915,son pourvoi rejeté le 29 septembre (frais 1184,31 F) Bonnabot est fusillé le 23 octobre 1915 à Marseille, champ de tir du Pharo, 5 h.
En février 1924, François Demonte, cultivateur à Marquixane, comptant profiter de la loi sur les victimes des conseils de guerre réclame une pension l'indemnisant de l'assassinat de sa femme par un militaire français (mais la loi précise qu'il ne sera versé aucune compensation au titre de réparations civiles.)


Toussaint Besnard, né le 4 mai 1883 à Pléneuf (22), cultivateur, soldat au 47è R.I.
et François-Marie Denes, né le 15 avril 1889 à Plusquellec (22), employé de magasin à Paris, tous deux condamnés par le CG de la 20è division pour abandon de poste et ivresse manifeste et publique (second motif abandonné par le CG) commis dans la nuit du 24 au 25 septembre 1915 sont fusillés le 26 octobre à Vienne-Le-Château.A noter qu(aucun autre témoin que les accusés n'ont été entendus lors de l'audience.
Extrait du mémoire de demande en révision de 21 février 1933 (demande rejetée). "Le témoignage de M. Nedelec [signalé par le frère du condamné et qui a assisté à l'exécution] a cependant un certain intérêt ; il révèle que le 24 septembre une bonne partie du 3è bataillon s'était enivrée, et que Denes a été fusillé en même temps qu'un autre soldat de sa compagnie. Il semble donc que par cette double exécution, l'autorité militaire ait voulu réprimer une sorte de maniestation collectivedont le résultat avait été de priver le 3è bataillon d'un certain nombre d'hommes pour l'attaque du 25 qui était connue d'avance de tous." Et qui échoua lamentablement, la contre attaque allemande au bois "en dents de scie" ayant ramené les français à leur position de départ.
On se trouverait donc dans le premier cas de révolte quoique non concertée et spontanée, réprimée selon le vieux système de coupables choisis "au hasard" faute de pouvoir identifier des meneurs.



Barthélémy Cristini, né à Nice (Alpes-Maritimes) 10 février 1890 meurt à Montzéville (Meuse) le 27 octobre 1915, à l'âge de 25 ans. Célibataire, il exerce à Nice (Alpes-Maritimes) la profession de maçon.
Le 18 mai 1915, à Avocourt (Meuse), Barthélémy Cristini est évacué vers le poste de secours arrière suite à l'apparition d'un abcès à la surface de sa peau. Soupçonné de s'être lui-même provoqué cet abcès en s'injectant du pétrole, une plainte en conseil de guerre est établie contre lui.
Déféré le 26 octobre 1915 devant le conseil de guerre ordinaire de la 29ème DI, il est condamné à mort pour " complicité d'abandon de poste en présence de l'ennemi et abandon de poste sur un territoire de guerre". abandon de poste en présence de l'ennemi par suite de mutilation volontaire." Barthélemv Cristini est fusillé le lendemain du jugement (8 h), au camp de Lambéchamp (situé dans le bois du même nom au sud-ouest de Montzéville), en compagnie de Pierre André Barbelin, soldat du 111e régiment d'infanterie fusillé  pour abandon de poste en présence de l'ennemi et Cristini pour complicité d'abandon de poste en présence de l'ennemi et abandon de poste sur un territoire de guerre.


Julien Brignon, né le 4 février 1887 à Vakenbach (Bas-Rhin), bûcheron, célibataire, soldat de 2è classe au 149è R.I.
Le CG de la 43è DI fait état de quatre condamnations pour abandon de poste (les premières à l'intérieur, dont Brignon a été dispensé "pour se racheter". Il est inculpé d'abandon de poste en territoire en état de guerre, filouterie d'aliments (grivèlerie), désertion en présence de l'ennemi. Aucun témoin n'a été entendu à l'audience. Brignon écrit à M.Landerich, son ancien patron resposable des Vosges occupées au quai d'Orsay qui l'accable (par le biais d'un sous-fifre. Il rédige néanmoins un témoignage à décharge). La lettre en réponse est saisie par le commissaire rapporteur. Le reste de sa correspondance personnelle aussi notamment des lettres de son frère Jean-Baptiste, cantonné en Algérie, qui lui conseille de faire la demande pour être, en tant qu'alsacien, retiré du front, comme l'y autorise la circulaire de mars 1915. Au-delà de ce à quoi la justice militaire a voulu faire servir ces lettres, on y découvre la situation de ces alsaciens qui se font traiter de boches et sont toujours soupçonnés d'être de mauvais français.

Le défenseur demande la commutation de la peine au regard du fait que Brignon, très déprimé, a toujours donné satisfaction, qu'il est fils d'un combatttant de 1870 et que ses quatre frères, alsaciens, combattent aussi pour la France. Il est exécutéle 27 octobre 1915 à Hersin-Coupign.



Novembre

Le 1er novembre 1915, le caporal Frédéric (Friedrich) Marky, le légionnaire Louis Cadar (né le 21 février 1893 à Pamerols dans l'Héraut), Abdelkader Ben Thoumir, né le 13 mars 1895, à Gemmorah (arrdt d'Oran), charretier Légionnaire au 1er R.M.A. 12è Cie, sont condamnés par le CG spécial du 1er régiment de marche d'Afrique et exécuté à Kalukovo à 6 heures devant les troupes rassemblées dans cette localité. Les trois hommes, chargés d'aller établir un avant-poste de nuit faisant partie d'un réseau implanté devant les lignes ennemis, abandonnent leurs armes et se rendent au village où il sont rencontrés par l'ajudant Gallan qui les oblige à retourner au service. Sans plus d'explications.

Eugène Jean-Marie Bellanger, né le 28 mars 1869 à Placé (Mayenne), cultivateur à Caen, 1,69m cheveux et yeux chatain clair, nez dévié à gauche, tatoué sur l'avant-brasdroit d'une ancre de marine et de "classe 1899", condamné plusieurs fois pour vol et récidive d'ivresse puis en juillet 1915 à 5 ans de travaux pour abandon de poste, soldat au 119è R.I. Le 25 septembre 1915, montant aux tranchées, Bellanger s'arrête pour réparer les courroies de son sac. L'adjudant Vallée revenu en arrière pour le chercher ne le trouve pas. Il ne reparaît à sa Cie que le 5 octobre.
Le CG de la 6è DI le condamne pour double abandon de poste. Il est fusillé le
1er novembre 1915 Méricourt-Sur-Somme (80)

Théodore Arghiridis, né en juillet 1892 à Alexandrie (Egypte), caporal au 3è BMILA (CG spécial du 1er rgt de marche d'Afrique) condamné avec les 27 légionnaires (russes). Le dossier de procédure, très incomplet, ne concerne que ceux-ci. Il est fusillé le 1er novembre 1915  à Stroumitza (Serbie)
Michel Vincent, né le 18 avril 1892 Rive-de-Gier, journalier, soldat au 157è R.I, décrit par ses supérieurs comme sournois et narquois, estcondamné par le CG de la 76è DI pour désertion et refus d'obéissance à marcher contre l'ennemi, exécuté le 8 novembre 1915 à Bouconville-Sur-Madt (Meuse) le 8 novembre, 7 h. Il est probable qu'il ne se faisait aucune illusion sur son sort à venir, ayant déclaré à un soldat "qui exprimait de bonnes résolutions" : "Pour moi, c'est dans le sang, ça finira par douze balles dans la peau".


Ben Moussa Messal Slimane, né en 1891 à Ténier-el-Haad (Algérie), soldat de 2è classe au 9è RMTA, passé par les armes 'selon sa fiche de décès) au Bois des Loges à Conchy-Les-Pots (60) le 8 novembre 1915. Pas de dossier de procédure.

Louis Adrien Langarel, né à Marseille le 22 novembre 1886, marié, au civil chaudronnier est engagé volontaire dans l'équipage de la flotte à 17 ans. Il entre à l'école des ouvriers mécaniciens de Lorient le 3 novembre 1903. Passé dans la réserve de la Marine le  3 septembre 1909, il est inscrit légalement et définitivement sur le matricule des gens de mer, quartier de Marseille, le 14 mai 1910.
Mobilisé au 11è R.I., il combat en 1915 sur le front de l'Argonne, bien noté par son commandant de compagnie.
Le 14 août 1915, Langarel s'injecte sous la peau de l'épaule droite de la térébenthine dans le but de provoquer des abcès afin de se faire hospitaliser. Dénoncé par deux de ses camarades à qui il avait injecté du pétrole, il est écroué le 4 octobre 1915. Le 12 novembre, il est déféré devant le CG de la 27è D.I. à Dombasle. Il est condamné à mort pour "complicité d'abandon et abandon de poste en présence de l'ennemi" et fusillé le lendemain, 13 novembre 1915 au camp de Lambèchamps prèq de Montzeville dans la Meuse.



Ernest Charles Alexandre, né le 31 octobre 1893 à Paris 17è, mécanicien, célibataire, soldat au 8è RIC. Le 26 septembre ordre est donné à Alexandre de se re,dre au poste des téléphonistes chercher des munitions en vue d'une attaque imminente. Il ne revient pas. Il prétend avoir passé quelques jours dans un abri pour échapper aux bombardement puis avoir rencontré un camion qui l'a conduit à Paris, où il est demeuré dans sa famille jusqu'au 17 octobre. A l'issue de cette "permission" illégale, Alexandre vient de lui-même se constituer prisonnier à la prison du Cherche-Midi. Jamais condamné au civil, engagé volontaire en 1912, espérait-il la clémence de ses juges? On peut remarquer l'insistance perfide du commissaire rapporteur à questionner mes supérieurs sur les pertes en hommes durant l'absence d'Alexandre, comme s'il l'en estimait responsable.
Le CG de la 2è DIC le condamne pour abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi et fusillé à Ante (51) le 18 novembre à 7h.



Tamboura Bedary-Korka, né en 1890 à Gouma (Sénégal), cultivateur, tirailleur au 57è RIC
Le 18 novembre à 10h30 dans la trancgé d'Amadeau cours d'une discussion le tirailleur Bedary-Korka tirait sur le tirailleur Diarra Kamara et le tuait. Se retournant vers Dié Formaké, étranger à la dispute Bedary-Korka tira sur lui sans l'atteindre avant d'être désarmé. Il donnait pour motif que depuis plusiers jours Diaeea Kamara le moquait en disant qu(il passerait certainement en Conseil de guerre. Selon son caporal, le meurtrier avait l'intention de tirer sur les camarades qui se trouvaient à ses cotés.
Le CG spécial du 57è ne cherche pas à en savoir plus (les interrogatoires ne figurent pas au dossier) ni au fait que l'inculpé sortait de l'hôpital. Ramboura Bedary-Korkaest fussilé sur la plage de Morto-Bay (Tuquie) le 20 novembre 6h30


Joseph Marie Le Parc, né le 14 Janvier 1882 à  Ménémeur, Prizia. Recruté à Lorient, incorporé au 328 eme RI
1914 : à Abbeville du 20 octobre 1914 à juin 1915
Octobre 1914: secteur des Eparges.
Au 1er novembre rejoint le cantonnement de repos qu'il gardera jusqu'en janvier 1916.
Pas de dossier : le soldat Le Parc Joseph Marie Le parc est fusillé, "passé par les armes", le 21 novembre 1915 à Vienne le Chateau (51 Meuse)
 



Jean Roger Evariste Frétillier, né le 16 mai 1892 à Champniers (Charente), cultivateur, soldat de 2è classe au 158è R.I, Le rapport de la cour spéciale de justice militaire résume les faits comme suit/ le 12 octobre 1915, alors que sa Cie doit quitter Aix-Noulette pour se rendre en 1ère ligne au bois en Hâche, Frétillier revient vers l'arrière, souffrant d'une blennhragie avec commencement d'orchite contractée durant une récente permission. Il ne se rend que le surlendemain à la visite médicale où après l'avoir soigné, le médecin major Houchard lui donne l'ordre formel et par écrit de rejoindre sa Cie. Frétillier au contraire se rend à Bouvigny et ne reparait que 4 jours plus tard, alors que son unité est au repos. Son état s'étant aggravé faute de soins,le médecin n'accède pas à la demande d'évacuation pronocée 29 octobre, arguant que la seule cure état le rpos, Fretillier en aurait à satiété en prison. Condamné le 22 novembre  par le CG de la 43è DI pour abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l'ennemi ; ce même jour, son défenseur Roux, fait une demande de grâce arguant de l'asence de casier, de sa pésence au combat depuis le débyt du conflit, et du fait qu'il est en train de légitimer une union dont est né un enfant de quelques mois seulement. Le soldat Frétillier est fusillé à Vedrel (62) le lendemain, 23 à 7h30.
La requête en révision introduite par sa mère en 1935 est rejetée pour absence de faits nouveaux.

Jean Simon Vachet du 12ème BCP
Né le 19 janvier 1880, à Genève. "Fils naturel de Marie Vachet ".
Manœuvre, domicilié à Sassenage. "A reçu un certificat de bonne conduite ".
Condamné à mort le 26 novembre 1915, par le CG de la 47ème DI, à la "peine de mort avec dégradation militaire, pour trahison et espionnage".
Fusillé le 27 novembre 1915, à Gérardmer (Vosges).

Marie Ange Sylvain, né le 2 juillet 1885 à Lamballay (22) célibataire, menuisier, casier judiciaire vierge, soldat au 272è R.I. Envoyé pour creuser une tranchée le 29 septembre, Sylvain quitte son unité. Ramené le 3 octovez ç sa compagnie, il s'évade (le mot est du caporal Lobel, son supérieur) de nouveau. "Aux différentes question qui lui ont été posées, le soldat Sylvain a répondu par des grossièretés et des injures : Je ne veux pas me faire tuer. Ce n'est pas mon métier. Je ne suis pas soldat." Ses supérieurs le décrivent comme "dangereux". Sylvain menace les gendarmes qui le ramènent de leur casser la gueule s'ils le reconduisent aux tranchés. Il demande à être conduit à un poste médical pour faire reconnaître une maladie de peau incurable. Son défenseur demande une expertise mentale.
Le CG de la 3è DI le condamne pour abandon de poste en présence de l'ennemi, et recommande en même temps la clémence pour "présence d'un fait inavouable". Qu'est-ce à dire, sont-ce les mots de la procédure usuelle? Le recours en grâce estrejeté le 28 novembre et Sylvain fusillé à Souilly (55) le 28 novembre 1915 à 16 heures.

Maurice Valluet, né à Mont-L‘Evêque, fusillé le 29 novembre 1915 à l’âge de 24 ans à Manheulles (Meuse). Mort par la France


Décembre


Jean Thérin, né le 24 mai 1889 à Plédan (22), mineur sur l'ile de Gerset,  1,65, cheveux noirs, yeux gris, tatoué d'une fleur au bras deoit et de ses initiales au gauche, soldat de 2è classe au 168è R.I. 10è Cie

Déposition du soldat Laurent (brancardier):
Le soldat Thérin, rentré au cantonnement vers 20h30, et qui semblait pris de boisson, chercha qurelle, en arrivant à tous ses camarades de la section, et me prit particulièrement à partie . J'eus vite fait de le maîtriser. Il se mit alors à pleurer. Brusquement, il descendit du grnier, prit au ratelier d'armes un fusil...mais l'enraya. Il en prit un autre qu'il chargea et s'assit sur l'escalier, nous tenant en respect. La lumière s'est éteinte, il sortit avec son fusil et disparut dans l'obscurité.
Extrait de l'interrogatoire :
D : Avant le 2 décembre... avez-vous eu des disputes avec le soldat Laurent?
R : ce n'était pas des disputes graves ; je parlais de certaines parties du monde et il se moquait de moi, ce qui me mettait e colère.
D : combien avez-vous vu de litres de vin ?
R : J'ai bu avec Gielen deux litres l'après midi dans un sceau et quatre litres au cabaret.
D : Pourquoi avez-vous chargé votre fusil, et combien aviez-vous de cartouches?
R : je ne sais pas, je ne savais pas ce que je faisais.
D : Le soldat Delacroix déclare dans sa déposition, que vous l'avez menacé de lui brûler la cervelle s'il ne vous laissait pas passer. (...) Pourquoi avez-vous tiré sur le soldat Launoy.
R : Je ne me rappelle pas.
Le sergent Dumée et le soldat Lepelletier sont accourus aux cris de la victime, mais ils déclarent n'avoir entendu ni bruit de dispute, ni coup de feu.

CG spécial du 168è, inculpé de violences à main armée sur une sentinelle le 2 décembre à l'entrée du village de Roville (12,55F)
Le soldat Thérin, arrivé au corps en provenance du 167è après une condamnation pour outrages envers ses supérieurs était perdu d'avance. Après avoir blessé à la cuisse la sentinelle, Thérin s'enfuit vers Saint Maurice et passe la nuit dans les prés. Il est arrêté le lendemain par une patrouille à laquelle il n'oppose aucune résistance. Malheureusement, Launoy, fémur fracturé doit être évacué et meurt des suites de sa blessure. Il avait été décoré de la médaille militaire.
Thérin est fusillé le 4 décembre 1915 à Saint-Maurice-Sur-Mortagne (88), 15h30.
Le 8 décembre le soldat Delacroix Pierre écope de 8 jours de prison pour"manque de vigilance et de présence d'esprit", Gielen à 15 jours pour "s'être enivré et avoir fait du scandale dans le cantonnement", et le caporal Pépineau est cassé pour n'avoir pas montré assez d'énergie à le faire cesser.


Louis François Lepenant, né le 21 juillet 1894 à Virey (Manche), domestique agricole à Marcilly, célibataire, soldat au 25è R.I.
Le 3 juillet, dans une tranchée du labyrinthe, à 50m de l'ennemi, Lepenant part chercher de l'eau, emportant deux bidons, abandonnant son fusil et son sac. Il reconnaît plus tard avoir fui sous l'effroi du bombardement adverse et principalement par le fait que les explosions d'obus l'ont enterré par deux fois. Il a erré, sonné, pendant huit jours. Le 9è, il rencontre un soldat qui lui conseille de se rendre, mais il n'ose pas, il demeure à Habarcq, travaillant occasionnellement dans des fermes passant d'un cantonnement et d'un régiment à l'autre, avec une bicyclette qu'il a trouvée anadonnée par des chasseurs cyclistes.. Il est "repris" le 3 octobre.
Le 9 décembre, le CG de la 20è DI le déclare coupable d'abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi. Il est fusillé le 10 décembre 1915 à 7h à Moiremont (51). Sa fiche de décès porte la mention "tué à l'ennemi" . Mort pour la France

Maurice Sloutwisky, né le  5 mai 1883 à Tchénnikov (Russie), fabricant de casquettes à Paris, soldat au 92è R.I.
A Assainvillers, le 3 décembre pendant une revue d'armes, l'adjudant Risse fait deux observations à Sloutwisky, qui charge son fusil de deux cartouches tirées de sa poche (habitude hérité de la Légion car Sloutwisky était arrivé au régiment en juillet 1915 après la dislocation du 3è étranger), et tire sur l'adjudant en criant des mots inintelligibles. Le lieutenant Fourcade lui saute dessus pour l'empêcher de se suicider, un homme le frappe d'un casque pour le maîtriser.
Selon un témoin qui lui demandait pourquoi il avait tiré sur Risse, il aurait répondu surpris "c'est l'adjudant?", prétendant ensuite vouloir se venger des brimades de ses camarades en tirant au hasard ou sur le soldat Chalupt qui lui faisait des remontrances sur sa paresse ; un autre témoin dément que Sloutwisky ait été un souffre-douleur et dit "Tout le monde l'aimait". Un autre déclare "on ne le taquinait pas plus que les autres".
Touché dans la région de la carotide gauche par la balle ressortie sous l'omoplate, l'adjudant Risse meurt des suites de ses blessures à l'Ambulance de Mondidier le 5 décembre.
Le CG de la 26è DI le juge pourvoies de fait envers un supérieur sous les armes, on s'étonne que le chef d'inculpation ne mentionne pas la mort de la victime. Sloutwisky est fusillé le 14 décembre 1915 à 15h à Sains-Morainvillers (60)

Albert Brousse, né le 12 avril 1885 à Paris 19è, soldat au 348è R.I.
A Reims, le 3 février, Brousse répond au Caporal Merrien qui le réveille, selon le supérieur
selon le témoin Broujou
Brousse refuse de prendre la faction et se promène dans le boyau. Il prend la garde deux heures, au lieu des six prévues.
Conduit ivre au poste de police le 8 février, son escorte croise le Commandant Billard, chef d'Etat-Major de la Division qui demande où vont les hommes. Il intime deux fois à Brousse l'ordre de se taire, et le saisit par le col. Son fusil glisse, croyant qu'il veut en faire usage, le Commandant le frappe à coups de poings, et comme il tente de répondre, le menace de son revolver. Maîtrisé par les gendarmes Brousse aurait traité tout le monde à son tour de "fainéant" ajoutant à l'intention du Commandant "tu n'es pas un homme, tu n'es qu'un lâche, va aux tranchées devant les boches". Le soldat Salomé exprime l'avis que "rien ne serait arrivé si le Commandant n'avait pas bousculé Brousse".
Le CG de la 52è DI le condamne pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi, outrages envers son supérieur dans le service et en dehors du service, rebellion envers la force armée et ivresse. Il est fusillé le 19 décembre 1915 à Tinqueux (51) à 6h30. On trouve au dossier un véritable rapport médico-légal, stipulant que la mort a été foudroyante et le coup de grâce inutile, une des balles tirées par le piquet ayant traversé l'aorte et fait éclater l'occiput.

Marcel Alexandre Barthélémy Paisant, né le 9 août 1895 à Cherbourg-Octeville (50), journalier, soldat de 2è classe au 270è R.I.

Le CG de la 19è DI délivre un avis de plus informer, visant à savoir  si  les soldats Raymond Prosper Pécot (11 août 1892, Canteleu, ouvrier en filature) et Paisant accusés d'abandon de poste en présence de l'ennemi étaient ou non informés de l'ordre de se replier dans les sapes en cas de bombardement et de résister jusqu'au bout en cas d'attaque, leur position étant le centre de résistance de tout le système de tranchées du régiment. Les deux soldats, après un bombardement qui a bouché leur sape dans la tranchée Jubineau, se retirent dans la tranchée Battaglini. L'absence dure pour Pécot de 11h le matin au soir 17h : il refuse en rentrant de dire où se trouve Paisant (apparemment coûtumier des absences irrégulières), ne révélant que le lendemain matin qu'il est réfugié à la 23è Cie, moment où celui-ci reparait à la tranché Jubineau. Pécot, qui jouit d'une meilleure réputation, quoique illettré et peu intelligent, mais docile aurait été entraîné par son camarade au regard de ses chefs. ("Arrivé au front pour la première fois le 26 septembre, ce n'est qu'entraîné par un de ses camarades qu'il a cédé au mouvement de peur que lui donnait le feu qu'il n'avait pas encore vu" rapport Verniot).
La peine de mort est commuée en dix ans d'emprisonnement par le président pour Pécot le 22 janvier 1916
Le 21décembre 1915, 8h, Paisant est fusillé à Florent (51). Sa fiche de décès, porte simplement la mention "pas mort à l'ennemi".

Taraoré Mory, tirailleur au régiment de marche du Cameroun, 6è Cie est décédé le 22 décembre 1915 à Akak, Cameroun (aucun document, exécution sommaire?)







Quelques civils :


Dunkerque, le 7 juillet 1915, Henri Pierre Geeraert
Exécutés le 8, Emile Cyrille Cauvelier et Marie Ghyselin (alias épouse Cauvelier) sujets belges. Tous trois contrebandiers en tabac abandonnent dans leur fuite devant les douaniers un sac contenant des fusées éclairantes.


Ben El Maati Larbi, né en 1868, caïd résistant aux forces coloniales françaises
condamné par le 1er conseil de guerre des troupes d'occupation du Maroc occidental et exécuté le 29 juillet 1915 à El Boroudj (Maroc)

Émile Drude, né le 9 avril 1890 à Anette en Russie, voyageur de commerce à Paris, convaincu d'espionnage par le CG de la XXè région, pourvoi en révision rejeté, est fusillé à Troyes Route d'Auxerre le 1er septembre 1915

Rodolphe Niederer né le 17 mars 1863 à Zurich Condamné pour espionnage et tentative d'espionnage (sous la menace,à Paris, Dijon, Bar sur Aube, Marseille)
Villeurbanne le 20 septembre 1915. Encore une fois la dégradation militaire prononcée envers un civil est une spécificité quelque peu risible.

Moktar Ben Samet Riad, né vers 1887 à Béni Indel (Algérie) et Mohamed Seghir Ben Tahar Kamel, né en 1884 à Béni Boukhammons (dpt d'Alger), tous deux désignés  selon les pièces comme "indigènes musulmans" jugés par le CG de la division territoriale d'alger pour assassinat suivi de vol sur la personne du commerçant français Jean Brun sont fusillés à la prison militaire de Fort l'Empereur à Alger le 25 septembre 1915.

Auguste Georges Marius Sofus Petersen (alias Daoul), né au Danemark employé de cirque, jugé à huis clos par le CD du gouvernement militaire de Lyon, condamné à mort pour espionnage est fusillé le 29 octobre à 6h à Villeurbanne, butte de tir de la Doua.

Alexandre Armand Pierre Heck, né le 28 août 1876 à Labroque "sujet alsacien, serrurier, demeurant à Nancy" inculpé d'espionnage, dénoncé par un agent secret disparu depuis septembre 1915 (français qu'on suppose fusillé par les allemands). Heck, un temps détenu avec Emile Drude lui aurait avoué son apprtenance aux services secrets allemands mais Drude, comme on l'a vu est mort quand se tient le premier procès.
Figure aussi au dossier une inculpation de vol militaire (de chaussures?) concernant le soldat Pignot (?)





Le jugement du CG de Troyes est cassé à Bourges, et Heck renvoyé devant le CG de la XXIè région. Son recours en grâce est rejeté le 18 octobre 1915. Après avoir fait tourner en bourrique les autorités françaises, Heck est fusillé à La Vendue, Chaumont (10) le 15 novembre à 6h, en présence d'un service d'ordre de 400 hommes! Il est fait interdiction à la presse de relater les circonstances des faits survenus. Les question posées au conseil font remonter l'action de Heck jusqu'en 1913 ; on l'accuse d'avoir servi à encourager "les puissances étrangères à entreprendre la guerre et à commettre des hostilités".
Heck était marié, il avait deux enfants, l'un caporal à la légion, condamné pour intelligence avec l'ennemi, l'autre membre des services secrets allemands.


Ould Ahmed Naceur, né en 1889 à Ouled Bondoya (Algérie) condamné le 15 septembre par le CG de la division militaire d'Oran pour vol (de 42 ovins) avec violences, assassinat coompagné d'actes de barbarie, recours en révision rejeté le 15 octobre, fussilé à Oran le 22 novembre 1915. (le dossier d'instruction n'existe plus).

Ali-Mousa, sujet turc accusé d'espionnage : commandé par un ingénieur bulgare et revêtu d'une veste d'unifrome Serbe par lui fourni, AlièMousa est arrêté porteur de 18 francs, il avoue. Il est exécuté le 7 décembre 1915 à 17h30 à Stroumitza Station (Serbie) avec cérémonial réduit.

Paysans fusillés pour l'exemple, prétendument francs-tireur, en août 1915 à Dannevoux près de Sedan.



Fraternisations de1915 

Hiver 1915: un soldat allemand sort de la tranchée, un sapin à la main
Un exemple fameux est connu par les carnet de Raoul Monier, brancardier au 159è R.I.
 Monier, debout au centre

Au nord d'Arras, entre le dimanche 26 décembre 1915 et le mercredi 5 janvier 1916, pas un coup de feu n’est tiré, de part et d'autre les tranchées sont inondées, tout le monde se promène à découvert à 20 mètres de distance.
"D’une tranchée à l’autre, l’ennemi a pris un visage. Cet ennemi était un homme comme vous ; comme vous et moi, à la moindre pause, il boit, il rigole... ". "Les Allemands regardent nos cuisiniers qui nous servent à manger et à boire, ils font signe de leur en porter. On ne se croirait plus en guerre." (Extraits tirés des carnets de Raoul Monier).. 
Quelques photos ont été prises par le docteur Paul Minvielle qui, pour avoir envoyé un des clichés les moins compromettant à L'Illustration, sera mis 60 jours aux arrêts.

soldats français et allemands

D'autres photos prises par Georges Tardy resteront plus confidentielles. A Noël 1914, une note de Nivelle demandait à ce que les appareils photographiques soient confisqués dans les tranchées de 1ère ligne.

 poste français au premier plan et allemand au second (photo de Georges Tardy)


Certain commandants donnaient l’ordre de tirer sur n’importe quel soldat qui tenterait un quelconque projet de fraternisation avec le camp opposé. Certaines zones, jugées trop calmes, ont même été bombardées pour éviter une éventuelle tentative de fraternisation.
Lettre d'Albert Dauré à son ami Charles Anrigo (de Rivesaltes) le 1er janvier 1916:

Dauré en 1911
Nous sommes dans un très mauvais secteur, il pleut tous les jours et l’artillerie y est d’une activité plutôt désagréable. Pendant les 8 derniers jours que nous avons passés ici, il avait tellement plu qu’il était impossible de circuler dans les tranchées et boyaux, qui étaient pleins d’eau. Boches et français se résignèrent à passer en rase campagne et on conclut le contrat tacite de ne pas se tirer dessus. Les tranchées étant distantes de 30 à 60 mètres, certains allèrent entre les lignes et communiquèrent avec les boches, on échangea des cigares, mais surtout du pain dont les boches se montrent très friands. On fraternisa ainsi plusieurs jours, mais comme il y eu des exagérations dans ces relations, le 75 [canon] intervint et dispersa tous les groupes qui se formaient entre les lignes. Nous en avons marre de la guerre mais les boches encore plus que nous. Ils sont très mal habillés et souffrent plus que nous. Ils regardaient avec envie les peaux de mouton que l’on nous donne et nous disaient bon, bon pas froid franssous. Tout cela va te paraître invraisemblable, et pourtant il y a plutôt lieu de s’étonner que boches et français n’abandonnent pas de concert toutes leurs tranchées.

Le 10 décembre 1915, le tonnelier Louis Barthas, caporal au 280è R.I. est dans la tranchée du Moulin de Neuville Saint-Vaast. La tranchée est noyée par les pluies : les hommes s’en extraient pour ne pas y périr, les deux camps baissent alors les armes, échangent propos, poignées de mains, tabac et alcool.
Extrait du 8è carnet:
"Français et allemands se regardèrent, virent qu'ils étaient des hommes tous pareils, ils se sourirent, des propos s'échangèrent, des mains se serrèrent et s'étreignirent, on se partagea le tabac, un quart de jus ou de pinard.
Ah, si l'on avait parlé la même langue!
Un jour, un grand diable d'allemand monta sur un monticule et fit un discours dont les allemands seuls saisirent les paroles, mais dont tout le monde comprit le sens car il brisa sur un tronc d'arbre son fusil en deux tronçons dans un geste de colère, des applaudissements éclatèrent de part et d'autre et l'Internationale retentit.
Ah que n'étiez-vous là, rois déments, généraux sanguinaires..."

"Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient l’horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté".

L'Etat-Major, en répression de cette fraternisation dissout le 280è le 19 décembre.


Le vœu de Barthas a été exaucé le 17 décembre 2015.

Le monument de Saint-Vaast sur le site de la tranchée du moulin

Pour une vision de synthèse de la même période voir ici 
La vision d'une justice militaire plus clémente ou plus respectueuse  du pouvoir politique reste malgré les statistiques un effet de perpective qui masque la peur d'un embrasement généralisé des troupes (même si la propagande tient à l'écart les témoins de l'arrière) voire de la multiplication d'actes isolés visant directement à l'éradication des instances de commandement, de plus en plus fréquemment qualifiées d'attentat.

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