lundi 21 mai 2018

les fusillés de 1917-1918


Cette photographie, donnée pour une exécution militaire à Verdun 1917, daterait selon le modèle des uniformes de 1914 ou 1915 : il s'agirait sans doute de l'exécution d'un espion et non d'un soldat.


Février



Henri Le Garrères exécuté le 5 février 1917 à Les Éparges (Meuse)
né le 28 mars 1895 à Saint-Ouen. Soldat au 36e Régiment d'Infanterie - Tué d'un coup de revolver au cours d'une rébellion à main armé contre ses chefs.

Joseph André Delphin ,222ème RI
Né le 5 décembre 1886, à Voreppe. Tisseur. Domicilié à Saint Jean de Moirans.
Déjà repéré pour " filouterie à l'habillement "... ou " à l'aliment ": illisible sur registre.
Déjà condamné à 5 ans de détention,le 8 novembre 1916, par le même CG, pour " désertion en temps de guerre ", ... peine suspendue le jour même par le Général commandant la 74ème Division.
Condamné à mort,le 11 décembre 1916, par le CG de la 74ème Division, pour     "abandon de poste en présence de l'ennemi ", et fusillé le 7 février 1917, à Verdun (Meuse).

Joseph Livourne 1er Bataillon de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique
Né le 5 juillet 1877, à Vienne. Passementier.
6 désertions. Condamné à mort pour abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l’ennemi, par le CG de la 45ème DI.
Passé par les armes le 22 février 1917, à Wariville (Oise).


André Petit né le 20 décembre 1895 à Escampes ; soldat de 2e classe au 60e Régiment d'Infanterie - Condamné le 12 février 1917 à la peine de mort, pour double abandon de poste en présence de l'ennemi et double désertion à l'intérieur en temps de guerre. - Recours en grâce rejeté le 26/02/1917. Exécuté le 28 février 1917 à Gueux (Marne).

Mars

François Louis Ulliac, né le 1er mars 1887 à Lanvenegen où il réside. Affecté au ererl est tué à Taza au Maroc par une sentinelle le 19 mars 1917 au moment où il tentait de déserter. Il avait 30 ans. Son nom est pourtant gravé sur le monument à mort.




Mai



Edmond Jésus, ne le 19 octobre 1890 à Crépy en Valois, fusillé le 4 mai 1917
à l’âge de 27 ans à Monastir (Tunisie).
Mort par la France.

Auguste Eugène Defis, fusillé le 4 mai 1917 à Montigny (Marne)
né le 10 juillet 1890 à Vincennes. Soldat au 82e Régiment d'Infanterie - Accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi et de désertion à l'intérieur en temps de guerre.

Lucien Jacquot mort à Courteçon (Aisne) le 18 mai 1917
né le 08 décembre1896 à Vincennes Soldat au 9e Régiment de Marche de Zouaves - Déserteur, tué en s'évadant.


Juin




"Les mutineries se manifestèrent essentiellement par des refus de certains soldats de plusieurs régiments de monter en ligne. Ces soldats acceptaient de conserver les positions, mais refusaient de participer à de nouvelles attaques ne permettant de gagner que quelques centaines de mètres de terrain sur l'adversaire.

Le remplacement du général Nivelle par Philippe Pétain comme général en chef des armées ne les calma que progressivement. Le pic d'intensité des mutineries se situe entre le 20 mai et le 10 juin, soit après la nomination du général Pétain (15 mai 1917).

Cette grande crise au sein de l'armée française amena son lot de sanctions contre les mutins. Environ 3 500 condamnations, en rapport avec ces mutineries, furent prononcées par les conseils de guerre avec une échelle de peines plus ou moins lourdes. Il y eut entre autres 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont 49 furent effectives parmi lesquelles 26 l'ont été pour actes de rébellion collective commise en juin ou juillet 1917.

Ce nombre a toujours, compte tenu des enjeux idéologiques, été un sujet de controverses du fait de l'impossibilité d'accéder librement aux archives avant 100 ans. Il varie également en fonction de la période retenue pour les mutineries et de la date des procès, certains mutins ne passent en jugement qu'en 1918 et quelques procès de 1917 se rattachent à des événements des années antérieures. De plus, on estime que 10 à 15 % des archives militaires sont définitivement perdues. Quoi qu'il en soit, le nombre des exécutions de 1917, souvent mis en avant lorsque l'on parle des fusillés pour l'exemple reste relativement faible rapporté au nombre de fusillés des derniers mois de 1914 (près de 200) ou de l'année 1915 (environ 260). On peut l'expliquer par l’utilisation du droit de grâce par le président Poincaré : il gracie 90 % à 95 % des cas qui lui sont présentés."




Témoignage extrait des carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier de Béziers, sur les mutineries du 30 mai au 6 juin 1917 :

"La révolution russe eut une répercussion sur le front français et un vent de révolte souffla sur presque tous les régiments. Il y avait d'ailleurs des raisons de mécontentement ; l'échec douloureux de l'offensive du Chemin des Dames qui
n'avait eu pour résultat qu'une effroyable hécatombe, la perspective de longs mois encore de guerre, enfin, c'était le très long retard des permissions c'était cela je crois qui irritait le plus le soldat.
Un soir, un caporal chanta des paroles de révolte contre la triste vie de la tranchée, de plainte, d'adieu pour les êtres chers qu'on ne reverrait peut-être plus, de colère contre les auteurs responsables de cette guerre infâme, et les riches embusqués. Au refrain, des centaines de bouches reprenaient en choeur et à la fin des applaudissements frénétiques éclataient auxquels se mêlaient les cris de " Paix ou révolution ! A bas la guerre ! Permission ! Permission ! ". Un soir, patriotes, voilez-vous la face, l'Internationale retentit, éclata en tempête. Cette fois, nos chefs s'émurent, notre capitaine-adjudant-major-flic vint lui-même escorté par tout le poste de police. Il essaya de parler avec modération mais dès les premiers mots des huées formidables l'arrêtèrent. [...] Je rédigeai un manifeste protestant contre le retard des permissions. Dans l'après-midi l'ordre
de départ immédiat fut communiqué ; la promesse formelle était faite que les permissions allaient reprendre dès le lendemain. Les autorités militaires, si arrogantes, avaient dû capituler. Le lendemain soir, à sept heures, on nous rassembla pour le départ aux tranchées. De bruyantes manifestations se produisirent : cris, chants, hurlements, coups de sifflet. Bien entendu, L'Internationale retentit. Si les officiers avaient fait un geste, dit un mot contre ce chahut, je crois sincèrement qu'ils auraient été massacrés sans pitié. Ils prirent le parti le plus sage : attendre patiemment que le calme soit revenu. On ne peut pas toujours crier, siffler, hurler et, parmi les révoltés, n'ayant aucun meneur capable de prendre une décision, ou la direction, on finit par s'acheminer vers les tranchées, non cependant sans maugréer et ronchonner. Bientôt, à notre grande surprise, une colonne de cavalerie nous atteignit et marcha à notre hauteur. On nous accompagnait aux tranchées comme des forçats qu'on conduit aux travaux forcés. »



Emeutes de Beuvardes (2 juin 1917)

Le 12 juin 1917, Joseph Dauphin, né le 10 février 1882, à Tauves, près de la Bourboule  est fusillé après l'échec au Chemin des Dames, car prétendument instigateur d'une mutinerie. Il était cultivateur et cantonnier à Tauves, hameau de la Chaleille, marié et père d'un enfant, né en octobre 1909 ; il mesurait 1,59 m. Il fut mobilisé le 4 août 1914, devint caporal en mars 1915, se distingua lors des combats de juillet 1915 dans les Vosges, en étant cité à l'ordre du Bataillon et en obtenant la Croix de guerre ;  il avait entre autres pour avoir ramené sur ses épaules un lieutenant blessé près des barbelés ennemis ou pour avoir tenu une position jusqu'à l'épuisement des ses cartouches. Il est décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze, pour "sa belle conduite au feu".



Il avait 35 ans en juin 1917. Joseph Dauphin est jugé le 6 juin 1917 pour rébellion à main armée en réunion de personnes et outrages envers ses supérieurs avec cinq autres soldats du 70e Bataillon de chasseurs alpins (ainsi Renauld A., 25 ans, mineur à Valenciennes, père d'un enfant et condamné à mort le même jour ; le 3e condamné à mort est Libert F., 38 ans, garçon livreur à Lille et père de trois enfants) ; deux soldats mobilisés, avocats de métier, ont défendu les accusés. 


Fin mai, le 70e Bataillon (appartenant à la 47e Division d'Infanterie) stationne à Beuvardes, sur la rive droite de la Marne. Dans ce secteur de l'arrière-front, depuis plusieurs jours, des mutineries de soldats ont lieu, dans la 5e Division surtout ; les soldats de cette division sont déplacés en camion encore plus loin du front, par mesure de sécurité ; mais leur action va ainsi se propager par le bouche à oreilles.

C'est dans ce contexte qu'éclate le soir du 2 juin 1917, une révolte dans la 7e compagnie du 70e Bataillon, à laquelle appartient Joseph Dauphin ; elle est relatée par le Journal des marches (p. 15) : au moment de l'appel, une effervescence inhabituelle due à la boisson est remarquée ; dans un local, où se trouve une partie de cette compagnie, une "discussion très agitée ayant un sens révolutionnaire" se fait entendre ; le capitaine intervient mais dès sa sortie du local, cinq ou six hommes des plus agités s'arment de bâtons, cassent les vitres et hurlent "À bas la guerre ! À bas la guerre !". Les officiers s'éloignent alors que des bâtons et des pierres leur sont lancés ; les émeutiers vont dans la rue et crient "À bas la guerre ! Vive la Révolution ! Vive la Russie !".

Un coup de pistolet puis des coups de fusil sont tirés en l'air ; il est 22 h 30 ; alors les émeutiers se dirigent en nombre en direction du bureau du commandant et du local du poste de police militaire, au centre du village ; ce bâtiment est investi en tirant des coups de fusil sur la façade, puis les émeutiers essaient de convaincre d'autres compagnies de les suivre, sans succès ; à h du matin, les émeutiers se dispersent et rentrent dans leur cantonnement. Au matin, on compte trois blessés dont deux par balle. Etant le seul gradé présent dans le groupes d'hommes arrêté après la beuverie le caporal Dauphin  aurait chanté un peu fort "J'ai deux grands bœufs dans mon étable" mais l'accusation  l'accuse d'avoir crié "vive la Révolution ! A bas Poincaré ".

Le 3 juin, le Général de division parla aux compagnies puis le Bataillon fut rapproché du front, mais 21 soldats furent arrêtés. Six prévenus seront jugés le 6 juin par le Conseil de guerre, sans instruction préalable ; sept autres le seront le 10 juin, pour les mêmes faits, dont Brugière François venant lui aussi de Tauves (classe 1906, recrutement de Clermont-Ferrand, matricule 1415).

François Bruguière 


Il est pris, sans qu'on connaisse plus de détails le concernant dans les émeutes de Beuvardes du 2 juin 1917. Ces dernières s'inscrivent dans le cadre plus large des mutineries de 17 et s'apparentent à une séance de beuverie au cours de laquelle des insultes seront lancées et des coups de feu tirés une partie de la nuit.
Dégrisés, un peu plus vingt hommes seront traduits devant la justice militaire.
Trois sont condamnés à mort. Deux d'entre eux, le Caporal Joseph Dauphin de Tauves ( Puy-de-Dôme ) et le chasseur Arthur Renauld de Saint Amand ( Nord ) sont passés par les armes le 12 juin 1917 à la ferme de Faité entre les villages Roucy ( Marne ) et de Ventelay ( Aisne ). Le troisième, Libert, père de plusieurs enfants, voit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité.
Une douzaine d'autres soldats sont condamnés à des peines de Travaux Publics pour "révolte à main armée en réunion de personnes".
Les peines vont de 5 ans de travaux forcés à perpétuité et la destination pour la plupart est l'Algérie.

François Bruguière lui est condamné à une peine de 10 ans de déportation.

La tradition familiale voudrait qu'il ait été condamné pour avoir refusé de participer au peloton d'exécution des deux condamnés à mort, le Caporal Dauphin étant un camarade, originaire comme lui de la commune de Tauves.
Incarcéré à Marseille, Oran puis Alger.
Un télégramme avertit sa famille de son transfert à l'hôpital militaire d'Orléanville (Chief) où il décédera (sans doute d'épuisement) le 17 février 1918.

La demande de révision des trois condamnés à mort fut rejetée le 9 juin. Le 12, à h 30 du matin, Dauphin et Renauld sont fusillés dans le ravin de Beaugilet, à Ventalay ; le peloton d'exécution était composé de soldats venant du 70è Bataillon de Chasseurs mais aussi du 30è et du 115è. Le soldat Libert a obtenu une grâce présidentielle : sa peine de mort fut commuée en travaux forcés à perpétuité ; il sera libéré en juillet 1922. Le 14 juin, le 70è Bataillon monte aux tranchées sur le Chemin des Dames. La tombe de Dauphin se trouve dans la nécropole de Cormicy (Marne) ; son décès n'a pas été reconnu mort pour la France. Son nom figure sur le monument aux morts de sa commune, mais, malgré les différentes démarches entreprises dans les années 1920, puis après 1998, il n'a jamais été réhabilité.

Conséquence de la multiplication des mouvements de protestation et par la crainte de la contagion révolutionnaire, le 8 juin 1917, le gouvernement de la France décrète la suspension du droit de  révision des condamnations militaires à la peine de mort, rendant les pleins pouvoirs aux conseils de guerre, et permettant à nouveau la perpétration immédiate des décisions d’exécution  sans recours en grâce possible. Cette abdication du pouvoir politique aurait dû plonger les français dans la guerre civile, si la rupture de la triple entente par l'effondrement de l'empire russe n'avait permis l'entrée en guerre officielle des Etats-uniens en avril 1917.



10 juin 1917 : les victimes de la mutinerie de Grisolles

Il s’agit du caporal René Brunet, inhumé à Neuilly-Saint-Front et d’Émile Buat, enterré dans son village natal de la Marne où son nom figure aussi sur le monument aux morts.   " Ces deux soldats avaient brandi un drapeau rouge pour la paix lors d’une mutinerie, mais à leur procès, ils ont été chargés par un des meneurs, lui aussi condamné mais vite gracié" (Philippe Delfosse) . Décoré et cité à l’ordre de l’armée, le caparol Brunet avait même eu un comportement héroïque avant les troubles de 1917 dans l’Aisne.  Le 26 septembre 1915 à Souchez dans le Pas-de-Calais, seul dans une tranchée ennemie, il avait fait 83 prisonniers allemands. Les deux soldats des 21e et 20e brigades de chasseurs à pied ont été passés par le peloton d’exécution, après une lettre insistante d’un certain général Philippe Pétain.


Albert Truton (1895-1917) né au Mage (0rne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913.
Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103è R.I. Passé au 75è en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est
blessé par un éclat d’obus et il est cité à l’ordre du régiment comme "bon gradé
courageux". Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27è D.I. le 10 juin 1917 pour " refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi". Il est fusillé le 16 juin à Pargnan. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.




12 juin 1917 : exécution des "meneurs" de la révolte Villers sur Fère


L’incident a lieu, dans la soirée du 27 mai, à Villers-sur-Fère, à une cinquantaine de kilomètres au sud des premières lignes. Il a pour origine l’annonce de la montée en ligne du 18e RI. Une centaine de soldats du 2e bataillon manifestent par des cris et des menaces avec arme leur refus de remonter au Chemin des Dames, d’où le régiment a été relevé le 8 mai, après avoir perdu plus de 1 000 hommes. Le régiment est cité à l'ordre de l’armée, puis mis au repos quelques jours. Le 27 mai au moment de repartir vers Craonne, plusieurs incidents graves se déroulent.

Après une nuit d’agitation, au petit matin du 28 mai, le calme est revenu. L’incident a été court, mais émaillé de coups de feu. Des menaces ont été proférées. La prévôté a dépêché sur place trente gendarmes. Et la population de Villers-sur-Fère a été témoin du défilé dans la rue d’un cortège de militaires entonnant L’Internationale et brandissant un drapeau rouge.

Le 7 juin, 14 hommes inculpés de révolte sous les armes passent en Conseil de Guerre. Cinq condamnations à mort sont prononcées:
Fidèle Cordonnier, né dans le Pas-de-Calais a obtenu une grâce de Poincaré, Président de la République. La peine de mort a été commuée en 20 ans de prison par décret du 11 juin.

Le 12 juin 1917, sont fusillés à Maizy dans l’Aisne :
Casimir Canel né le 1er mars 1896 à Avesnes-le-Comte dans le Pas-de-Calais,
Alphonse Didier, vosgien, employé de commerce,
Jean-Louis Lasplacettes né le 26 août 1887 à Aydius ,canton d'Accous (64)


Jean-Louis LASPLACETTES présente de très bons états de service. Son registre de matricule contient cette appréciation : « excellent soldat depuis le début de la campagne, toujours volontaire pour des missions périlleuses ». Le 19 avril 1917, un mois avant les incidents de Villers-sur-Fère, il obtient une citation à l’ordre du régiment pour avoir « le 16 avril, faisant partie d’une patrouille, fait dix-sept soldats et un officier prisonniers ». Quand débute l’offensive du Chemin des Dames, à la mi-avril 1917, il a à son actif trente mois de campagne. 


Avant-guerre, il exerce le métier de cultivateur à Aydius. Son village natal, situé à 788 mètres d’altitude, aux confins de la vallée d’Aspe, non loin de la frontière espagnole, compte alors près de 500 habitants (une centaine aujourd’hui). Célibataire et sans enfant, sa fiche militaire le mentionne comme soutien de famille, vraisemblablement parce que son père étant malade, il subvient aux besoins de ses parents dont il est le fils aîné. LASPLACETTES possède un niveau d’instruction 3, selon sa fiche militaire, il sait lire et écrire.



Pour Moulia et pour les soldats Canel, Didier et Lasplacettes, la sanction tomba : le peloton d’exécution.
"Aujourd'hui, 5 juin 1916, Le Conseil de guerre de la 36è division... a déclaré le susnommé Moulia Germain (son surnom), caporal au 18è R.I. àl'unanimité coupable d'avoir participé comme instigateur à une révolte commise sous les armes en réunion de plus de quatre".


A l’aube du 12 juin, à Maizy, un quatrième homme, condamné à mort lui aussi, n’est pas dans le pré. Il s’agit du caporal Vincent MOULIA, parvenu à s’évader la veille de l’exécution, favorisé dans son entreprise par le hasard d’un bombardement allemand sur le secteur de la ferme de Maizy, lieu de détention des condamnés.

Blessé par baïonnette dès 1914 à la bataille de Charleroi, à nouveau blessé par balle le 24 mai 1916 à Verdun et promu caporal après avoir refusé de se faire évacué, Mouria avait surpris et fait prisonnier huit officiers allemands tapis dans une tranchée. Il avait encore sauvé d’une mort certaine son capitaine blessé en le charriant sur son dos hors du champ de bataille. A Craonne, il avait montré tant d’ardeur au combat qu’il devait recevoir sa croix de guerre.
le 12 juin, Vincent Moulia ne pensait qu’à une chose : s’évader. A peine enfermé dans ce silo à betteraves, il avait repéré une petite trappe au plafond. La veille, il s’était porté volontaire pour nettoyer les restes de deux soldats déchiquetés par un obus dans la cour de la ferme. Il en avait profité pour inspecter les lieux. Le coup était jouable. Restait à se débarrasser de la sentinelle enfermée avec eux.
– J’ai envie de pisser, lui dit-il.
Le soldat ouvrit la porte sur l’aube naissante et sortit dans la cour. Mais personne ne le suivit.
– Qu’est-ce que tu fous, Moulia ?
– J’arrive, le temps de mettre mes chaussures…
Mais Vincent Moulia avait déjà verrouillé la porte de l’intérieur, enfermant la sentinelle dehors. Il se saisit d’un long bâton, fit jouer la trappe du silo et se hissa à l’extérieur. Là, une deuxième sentinelle s’interposa. Moulia l’envoya à terre d’une ruade et se lança, pieds nus, dans une course éperdue. D’un bond prodigieux, il franchit la clôture de la ferme. Des coups de fusil claquèrent dans la nuit. Une balle siffla au-dessus de sa tête. Moulia détala sans se retourner et s’évanouit dans la forêt.

Le jour était à présent levé sur Maizy. Tapi au bord du canal latéral de l’Aisne, Moulia entendit trois salves retentir au loin. La quatrième aurait dû être pour lui. On verra plus loin, ce qu'il devint.


Henri Désiré Valembras, né le 15 octobre 1887 à Avernes-Sous-Exmes (61)
Cultivateur, célibataire  domicilié à Survie, arrondissement d’Argentan dans l’Orne, célibataire, soldat au 313è R.I.

Son "crime".
Extraits des Carnets de guerre du sergent Granger 1915-1917 :

"28 (mai 1917 à Brouillet)… brusquement on nous apprend notre départ pour demain matin… il faut se coucher de bonne heure car demain matin réveil à 3 heures. Manifestations par quelques Poilus agissant sous l’influence du pinard ; nuit mouvementée, tout se calme avec un maigre résultat pour les auteurs de ce désordre ; ils s’en repentiront à bref délai.
C’est au 313è RI, où pourtant les incidents semblent avoir été plus limités et qui a été décoré 3 jours plus tôt après avoir durement combattu pendant près de 3 ans, que survint la peine la plus lourde ; une condamnation à mort exécutée (…) Le soldat Henri Valembras, de la classe 8, cultivateur, célibataire, va servir d’exemple. Il a frappé un capitaine à coups de pieds et de poings…"

La sanction.
Condamné à mort le 8 juin, fusillé le 13 juin 1917 à l’âge de 33 ans.


16 juin 1917 Pierre Gaston Lefèvre



Né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Pierre Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient s’engager à la mairie de Mézières  (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.
Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.
Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour "révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs".
Pierre Lefèvre, âgé de 19 ans, est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

Lettre testamentaire : seules la signature et la date sont de la main du fusillé (qui écrit d’ailleurs 1916 au lieu de 1917). La lettre, comme en témoignent le style, la composition et l’orthographe, a été rédigée par quelqu’un d’autre dans un but d’intimidation et d’appel au patriotisme. Sans doute une pure contrefaçon :

" Chers Camarades,
Dans quelques instants je vais être fusillé pour avoir pris part aux manifestations et aux actes d’indiscipline auxquels se sont livrés, il y a quelques jours, un trop grand nombre de nos camarades.

Au moment de mourir, je comprends la gravité d’une faute qui en affaiblissant le moral de l’armée, compromettait la victoire de la France.
Je demande pardon à la patrie de la faute commise.
Mais, en même temps, je demande à tous mes camarades de comprendre le sens de mon sacrifice.
C’est devant ma douleur de condamné à mort, devant le désespoir de ma famille si tendrement aimée, devant la France pour l’amour de laquelle j’aurais voulu mourir devant l’ennemi, que je les supplie tous de ne jamais plus se laisser entraîner à des actes d’indiscipline.

Victime de la faute commise, je leur demande d’avoir pitié de la France.
Je leur demande aussi de penser aux malheureux qui pourraient être un jour condamnés comme moi parce qu’ils se seraient laissés prendre une minute aux mensongères paroles de quelques mauvais Français.
Oh ! je vous en supplie, devant ma mort, souvenez-vous toujours, chers Camarades, que tous les soldats de France sont solidaires et qu’une faute commune peut entraîner la mort de quelques-uns.
Que mon sang, versé dans de si effroyables conditions, serve à vous unir tous dans une même volonté de discipline et contribue de cette manière à la Victoire de la France.

Adieu !
Vive la France !
Priez pour moi. De là-haut, je le ferai pour vous.

Lefèvre Pierre Gaston
Le 16 juin 1916"

La quadruple exécution de Chacrisse


Joseph Célestin Bonniot du 97ème RI
Né le 22 février 1884, à Clelles. Boulanger à Pellafol (38)
Brigadier le 28 novembre 1915. Caporal au 97ème RI le 12 juin 1916. “ Cassé de son grade et remis soldat de 2ème classe le 8 août 1916 pour avoir tenu des propos démoralisateurs à une personne étrangère à l’armée. ”
Le 3 juin 1917, le soldat Bonniot et environ 120 hommes du 97ème RI refusent de monter en ligne à Braye-en- Laonnois (Aisne). Le 13 juin, il est déféré avec 7 camarades devant le CG de la 77ème DI. 3 sont condamnés. Seul Bonniot se voit refuser la demande de présenter une grâce présidentielle. Son pourvoi en révision est rejeté le 17 juin.
Condamné à mort pour abandon de poste en présence de l'ennemi.
Fusillé le 20 juin 1917, à Chacrise (Aisne), à 8 heures du matin, avec les soldats Degouet, Vally et Flourac.
“Par décision ministérielle du 22 août 1921, a reçu l’application de l’article 18 de la Loi d’amnistie. Amnistié le 22 août 1921. ”

Louis Flourac 


Soldat au 60è BCP, 8e compagnie, Louis Flourac a 24 ans en 1917. Agriculteur à Saint-Ybars près de Pamiers, il est un des 27 mutins exécutés au printemps 1917.
Le 4 juin 1917, sa compagnie reçoit l’ordre de monter aux tranchées. Le capitaine Daigney, commandant de compagnie et les chefs de section donnent immédiatement l’ordre à leurs hommes de se mettre en tenue. Au rassemblement, 19 chasseurs appartenant à la 3è et 4è sections refusent de monter à la tranchée. Les motifs mis en avant (le repos, les permissions) font de cette affaire un cas emblématique des mutineries de 1917 :


Le capitaine ajoute que "ce chasseur avait déjà pris une part active aux deux manifestations des 1er et 2 juin 1917. Sournois et hypocrite, il jouissait sur ses camarades d’un ascendant qu’il employait mal. Il passait à la Compagnie pour
un peureux et sans se faire remarquer autrement aux tranchées il n’a jamais fait preuve de courage."
Il est donc poursuivi pour "refus d’obéissance pour marcher contre l’ennemi.

Le choix des accusés – 6 sur 19 – fait l’objet d’une enquête après la guerre sur la demande de la veuve d’un des accusés, Charles Vally, le 30 juin 1925. Elle soutient que la désignation s’est faite au tirage au sort. Le capitaine Daigney – auteur du rapport sur Flourac – "déclare tout d’abord qu’il ne fut pas personnellement témoin des refus d’obéissance reproché le 4 juin 1917 aux 19
chasseurs des 3è et 4è sections de son unité, ce groupe se trouvant, ce jour là, sous les ordres du lieutenant Nybelen. Mais il affirme que les faits incriminés donnèrent lieu à une enquête sérieuse faite par ses soins. Il ajoute que "les accusés ne furent nullement désignés par le sort. [...] La désignation
de ceux-ci fut faite en tenant compte de leur attitude, de la violence de leurs protestations, de l’influence qu’ils avaient paru exercer sur leurs camarades en tant que meneurs, en un mot de leur plus grande culpabilité."

Flourac comparaît le 10 juin à 17h aux côtés de cinq autres chasseurs de sa compagnie accusés du même crime. Tous nient d’avoir refusé d’obéir. Les chefs de section témoignent à charge. D’autres sous-officiers ou chasseurs sont plus évasifs : les uns n’ont rien vu, d’autres soutiennent que "personne n’a bougé"

Tous sont jugés coupables à l’unanimité des voix et sont condamnés à la dégradation et la peine de mort. Le 17 juin 1917, le recours en révision est rejeté. Pourtant, seuls Flourac et un de ses camarades, Charles Vally, sont exécutés le 20 juin 1917. Les quatre autres voient leur peine commuée en peine de travaux forcés à perpétuité. Riendans les notes d’audience, le jugement ou
les dossiers de révision ne permet de comprendre la différence de traitement entre les condamnés.
Certains d’entre eux avaient des antécédents judiciaires à la différence de Flourac et plusieurs avaient été décrits dans les rapports de leurs officiers dans des termes au moins aussi durs. Un fonctionnaire du ministère de la Justice note à propos de cette affaire dans les années 1920 : "Laculpabilité de Vally n’est pas contestable. Sans doute, il paraît peu conforme à l’équité que, dans un cas de mutinerie collective, telle que celle à laquelle Vally a participé, quelques hommes seulement considérés comme les meneurs soient poursuivis et sévèrement condamnés (en l’espèce, à la peine de mort, et exécutés) mais juridiquement le fait que tous les coupables n’ont pas été punis ne peut servir de base à une instance en révision."

La rapidité du jugement – moins d’une semaine après les faits –, les zones d’ombre dans le choix des accusés – six sur les dix-neuf mutins – et la différence de traitement entre les accusés témoignent d’une justice militaire qui renoue avec des pratiques en vigueur durant les premiers mois de la guerre.

Louis Flourac fait partie des 27 fusillés sur plus de 500 mutins condamnés à mort.
"L’an 1917, le 20 juin à 5 heures, nous Guyot Amédée, sergent commis greffier  près le conseil de guerre de la 77è division d’infanterie [...], nous nous sommes transportés à Chacrise pour assister à l’exécution de la peine de mort avec dégradation militaire prononcée le 12 juin 1917 par ledit conseil de guerre en réparation du crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi contre le nommé Vally Charles du 60è bataillon de chasseurs à pied, né le 8 février 1892 à Raon-l’Etape (Vosges). [...] Arrivé sur le lieu de l’exécution, nous greffier soussigné, nous avons donné lecture au condamné en présence de M. le commandant Ducimetière, juge audit conseil de guerre [...].Aussitôt après cette lecture, il a été procédé à la dégradation militaire et un piquet d’infanterie, composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné qui est tombé mort, ainsi que l’a constaté le médecin major commis a cet effet.En foi de quoi nous avons dressé le présent procès-verbal..."
Le commis greffier

Arnould Paul, 60è BCP, 20 juin 1917, après l’exécution de Chacrisse :
"L’émotion était tellement forte chez moi que je n’ai pu manger de la journée. Ce n’était pas leur mort [...] puisque j’en vois tous les jours aux tranchées, mais c’était la chose d’avoir tiré dessus, tiré sur les pauvres copains que je connaissais depuis 2 ans."




Gustave dit Maréchal Gaston Hatron, né le 17 février 1898 à Saint-Ouen dans la Somme, soldat au 23e R.I.
Engagé volontaire pour la durée de la guerre le 08 janvier 1915 à la mairie de Belley, évacué blessé de Curlu (80) le 14 septembre 1916, rentré le 28 octobre 1916, condamné par le Conseil de Guerre de la 41e Division dans sa séance du 18 juin 1917 à la peine de mort avec dégradation militaire pour " tentative de refus d'obéissance en présence de l'ennemi et provocation à la désobéissance".
Partisan actif des manifestations pacifistes et révolutionnaire des 1er et 2 juin 1917 à Ville-en-Tardenois, Maréchal Gaston Hatron et 95 autres mutins sont déférés devant le conseil de guerre de la 41e D.I. le 18 juin 1917, seul condamné, recours en grâce rejeté.
Célibataire, mineur (19 ans) il est fusillé à 19 h à L'Épine (51) le 27 juin 1917 au lieu dit Les Gilsons, champ de tir de Chalons.
Evidemment non réhabilité, même son acte de naissance reste introuvable.


Edouard Emile Louis est né à Maintenon le 20 février 1889. Emile est recensé en 1901 et 1906 au hameau de Saun ;  sa famille compte 6 enfants. Il aurait été en réalité élevé par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 14 ans, puis "livré à lui-même". A l’âge de 20 ans il exerce la profession de garçon de restaurant.
Il est incorporé au 13e régiment de cuirassiers. Manquant à l’appel le 14 juin 1911, il est déclaré déserteur. Il se présente au poste de police du 2e régiment de cuirassiers à Paris au mois de juillet. Il est alors condamné à 1 an de prison avec sursis, pour désertion en temps de paix. Il rejoint le 13e régiment de cuirassiers. Il est à nouveau condamné à 1 an de prison avec sursis, cette fois pour complicité de vol militaire. Il obtient une remise de peine de 6 mois. En mars 1913 il incorpore le 5e, le 1er puis le 4e bataillon d’Afrique en campagne au Maroc. Le certificat de bonne conduite lui est refusé. Il passe dans la réserve en mai 1914 et est maintenu sous les drapeaux jusqu’au mois de juin.

A la mobilisation, alors qu’il réside à Mamers dans la Sarthe, il est rappelé et affecté à la 3e compagnie du Groupe Spécial. Il est blessé par balle à Roclincourt (Pas-de-Calais) et soigné à Angers. Il passe au 115e régiment d’infanterie le 10 avril 1915 et est promu caporal le 23. Au mois de mai il passe au 8e régiment d’infanterie. Au mois de juin, dans l’Aisne, le 8e régiment reprend aux Allemands des tranchées de première ligne, dans le secteur du Bois de la Mine et du Bois Franco-Allemand. La bonne conduite d’Emile Louis lui vaut une citation à l’ordre de la brigade (12 juin). Décoré de la Croix de guerre, il est promu sergent. Au mois de septembre suivant le 8e régiment est cantonné à Guyancourt (Yvelines). Emile Louis demande un laissez-passer ; il souhaite préparer un mariage par procuration. Le laissez-passer lui est accordé. Le 9 octobre, à Ville-d’Avray, il épouse Marie Taulet, couturière de 16 ans. Il est mentionné sur l’acte de mariage qu’Emile Louis est sergent au 115e régiment d’infanterie, décoré de la Croix de guerre et de la médaille coloniale. Il est domicilié chez ses beaux-parents. Le procureur de la République de Versailles a accordé une dispense de publication et de délai.

Emile Louis ne regagne pas son régiment mais il se rend à Mamers et se présente volontairement au dépôt du 115e régiment. Poursuivi pour désertion et abandon de poste, il est condamné à 60 jours de prison ; une ordonnance de non-lieu lui permet de rejoindre le 8e régiment le 8 décembre. Il est cassé du grade de sergent et, soldat de 2e classe, il est affecté à la 10e compagnie.

Le 8e régiment tient toujours ses positions au Bois-des-Buttes, au Bois Franco-allemand et au Bois de la Mine. La compagnie dont fait partie Emile Louis se trouve en soutien au bois de La Sapinière, à 500 mètres de la première ligne qui est elle-même, dans le secteur du Bois de la Mine, à quelques mètres des Allemands. Emile Louis, considérant que le secteur est "calme", abandonne son poste. Plusieurs raisons l’auraient poussé à cet abandon. Il évoque la contrariété de ne pas avoir changé de régiment après sa cassation. Il aurait reçu des menaces de la part de ses camarades : "ils m’ont dit que puisque j’étais soldat de 2e classe comme eux, ils me feraient la peau". Il affirme lors d’un interrogatoire avoir rejoint son ancien sergent-major qu’il lui devait une somme d’argent, reliquat de sa solde de sous-officier.

Il est arrêté le 20 janvier 1916 à Ville-d’Avray et est retenu à Versailles, au dépôt du 41e colonial, d’où il réussit à s’enfuir, pour retrouver son épouse "qui (le) menaça de demander le divorce". En fait il quitte les Yvelines pour la Loire-Atlantique. A Nantes il est employé officiellement comme courtier. En fait il vend des bicyclettes volées. Il serait "le chef d’une bande voleurs, ou du moins un membre de cette bande". Arrêté pour ce motif et pour vol d’argent au préjudice de son beau-frère à Ville-d’Avray, il est transféré à la prison de Poitiers. Il est condamné à un an de prison. A Poitiers, il organise avec deux complices une évasion. Lors de leur fuite l’un de deux complices tue un gendarme ; les deux hommes réussissent à s’enfuir tandis qu’Emile Louis est rattrapé. Il est transféré à Versailles où, le 24 août, il est condamné par le tribunal à 6 mois de prison pour vol. Le 17 septembre 1916, il adresse une lettre au procureur de la République de Versailles : "je suis déserteur. Je désirerais passer au Conseil de guerre pour retourner au front rachetez ma faute par une bonne conduite. J’ai déserté à la suite d’une cassation de mon grade".

Cette fois il est transféré dans la Somme, afin d’être présenté devant le conseil de guerre. Il est soigné à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne pour gale. Bien qu’ayant été signalé comme individu dangereux, il n’est pas surveillé. Entré le 13 octobre, …il s’enfuit le 30. Arrêté à Epernay, il est ramené à Châlons le 4 novembre… et s’enfuit à nouveau. Un mandat d’arrêt est lancé contre lui. C’est finalement à Paris qu’il est arrêté, porteur d’un livret militaire au nom du soldat Lequeux, aumônier à Nantes. Le livret, tout comme la permission qu’il présente, a été volé et falsifié. Emile Louis est également accusé de vol de bicyclette. Il est détenu à la Santé à partir du 8 décembre 1916. Lors d’un interrogatoire en date du 19 mai 1917, il "demande à être renvoyé au front si c’est possible pour racheter (s)a faute". Jugé par le conseil de guerre de la 2e division d’infanterie à Ramerupt dans l’Aube le 24 mai suivant, il est condamné, à l’unanimité, à la peine de mort. Les chefs d’accusation retenus contre lui sont abandon de poste en présence de l’ennemi, vol d’un livret individuel, falsification et usage d’une permission. Il aurait également été recherché par le conseil de guerre du Mans comme témoin dans une affaire d’espionnage concernant un sous-officier d’origine allemande.

Emile Louis se pourvoit en révision. Le pourvoi est rejeté le 2 juin. Il demande un recours en grâce, rejeté par le président de la République le 27 juin. Il est exécuté le 28 juin, à Saint-Brice en Seine-et-Marne.


Adolphe Le François, né le 17 janvier 1878 à Londres (Angleterre). Marié, il travaille comme journalier à Marseille.
Engagé volontaire à Tunis le 1er juin 1899, il sert successivement au 1er régiment étranger, 4è, 15è,8è, 23è R.I. 'en Algérie, au Sahara, à Magadascar). Soldat à la 1ère compagnie du 1er bataillon du 129è R.I., il prend part aux plus importantes batailles de 1914 et 1915 (Charleroi, Guise, La Marne, l'Artois). En 1916, il se trouve dans le secteur meurtrier des Eparges et participe à la bataille de Douaumont, dans laquelle le 129è paye le plus lourd tribut en hommes. Il participe activement aux manifestations pacifistes qui éclatent au sein des 129è et 36è R.I., les 28-30 mai 1917, au hameau de Léchelle (Aisne). Adolphe Le François s'y révèle comme l'un des principaux meneurs. Alors que les soldats du 1er bataillon tentent de propager le mouvement aux autre bataillons du 159è, 36è, 74è et274è R.I., un quart du 2è bataillon du 129è qui cantonne à Poisy se joint à la manifestation qui prend la direction de Missy-aux-bois ou cantonne le 3è. Devant la menace d'une extension du mouvement de protestation déjà fort avancé, le commandement prend la décision le 30 au matin  d'éloigner les mutions du 129è en les faisant embarquer en camion pour Roye dans la Somme, ce qui met un terme à l'insurrection?. 22 soldats du 159è sont finalement déférés le 20 juin 1917 devant le CG du QG de la 2è armée siégeant à Heippes (Meuse). Chemin, Lebouc, Mille et Le François sont condamnés à mort pou "abandon de poste et refus d'onéissance devant l'ennemi". Il sont fusillés le 28 juin 1917 à 11h30 à la sortie nord de Rarécourt (Meuse) et enterrés hâtivement dans le cimetière communal.



André René Ozouf, né le 5 septembre 1896 à Saint-Hélier (Île de Jersey, Royaume-Uni), mort le 19 août 1917 à Aïn-Leuh (...), "tué par un indigène en rébellion", Soldat de 2e classe, 2e Bataillon d’infanterie légère d’Afrique, Matricule n° 5.400, classe 1916, n° 1.406 au recrutement de Cherboug [Acte transcrit à Cherbourg (Manche), le 2 janv. 1918].

Le cas des suicidés

Romain Burgan (Gers)

Né le 31 août 1884 à Moncassin, Romain Burgan est boulanger en 1914. Mobilisé dès les premiers jours de la guerre, il est blessé le 8 septembre 1914. Le 8 août 1915, il passe au 14e Bataillon de Chasseurs à pied où il est décoré de la Croix de guerre et deux étoiles de bronze et cité deux fois à l’ordre du bataillon
pour s’être "particulièrement distingué au cours de l’assaut du 1er septembre" en montrant "le plus bel exemple à ses camarades". La seconde citation salue "son courage dans tous les combats auxquels il a pris part et particulièrement le 20 juillet 1916".

La constitution d’un gigantesque fichier fut entreprise à partir de 1920 par le ministère des pensions. Il devait conduire à la réalisation d’un « Livre d’Or » qui ne vit jamais le jour faute de crédits et à cause du second conflit mondial. Il reste de ce travail considérable deux fichiers. L’un contient 1 325 291 fiches de militaires "morts pour la France" L’autre comporte 93 325 fiches : 62 867
fiches vertes de combattant qui n’ont pas eu droit à la mention "Mort pour la France" et 30 458 cas "non statués". Conformément à la loi, ces fichiers couvrent la période qui va du 2 août 1914 au 24 octobre 1919.Les soldats inscrits dans ce fichiers sont considérés comme "non morts pour la France": fusillés, morts de maladie non contractée en service, victimes d'accident, de
rixes, etc. Les suicides sont également mentionnés dans ce fichier à l’instar de ce soldat gersois qui met fin à ses jours le 12 août 1917 dans la Meuse. Ils représentent entre 3828 et 5000 hommes (soit 4,2 % des 93325 soldats inscrits dans le fichier) soit 90 par mois et 1080 par an. Ces chiffres ne prennent pas en
compte ceux qui s’exposent volontairement à la mort en abandonnant toutes les précautions élémentaires à la survie au combat.


Antoine Joseph Buccala, né à Bastia (Corse), collectionne déjà trois condamnations pour vole et violence entre 1898 et 1900. C'est en raison de ces antécédents judiciaires qu(il est incorporé au 3è BMILA, avec lequel il sert un an en Tunisie. Passé au 122è puis 163è R.I., il est libéré de ses obligations militaires le 23 septembre 1905 avec un certificat de bonne conduite. Rendu à la vie civile, il est à nouveau condamné par trois fois pour vol ou violences en 1909, 1911 et 1913.
Rappelé sous les drapeaux il commence la campagne contre l'Allemagne avec le 15è groupe spécial avant de se retrouver à combattre avec le 40è R.I. au secteur du Mort-Homme devant Verdun. Promu caporal le 19 août 1915, Buccala passe successivement au 113è RIT, 114è RIT et 213è R.I. Mais dans la nuit du 15 juillet 1917, il est abattu alors qu'il tente de s'introduire dans le camp militaire  Saint-Charles à Marseille "pour y commettre un vol".

Octobre


Le 18 octobre 1917, Jean Garret, né le 12 avril 1888 à Nohanent, près de Clermont.

En juin 1911, alors qu'il effectuait son service militaire à Roanne depuis 18 mois, il a déserté ; cinq jours après, il fut arrêté puis condamné par le Conseil de guerre permanent du 13e C.A. de Clermont-Ferrand, à un an de prison avec sursis. Au moment du conseil de révision, il s'était déclaré cultivateur  et mesurait 1,71 m. De retour à la vie civile, il est condamné en 1912 à Riom pour "outrages publics à la pudeur", puis le 5 septembre 1914, à Bourges, pour vols à trois mois et un jour de prison ; il ne rejoint pas son régiment au moment de sa mobilisation en janvier 1915 ; en avril 1915, il est condamné pour vol par le tribunal de Riom, puis en juillet par celui de Limoges pour le même motif ; il est affecté au Groupe spécial du 92e RI, rassemblant à l'arrière, les mobilisables ayant un casier judiciaire ; en mars 1917, il est condamné par la Cour d'appel de Nîmes pour "coups et blessures, port d'arme prohibée, usurpation d'identité" à deux ans de prison ; il subit une nouvelle condamnation en juin 1917 à Riom pour vols : il est relégué (c'est-à-dire désigné pour aller dans une section d'exclus métropolitains) ; Jean est finalement déclaré « déserteur » le 22 septembre 1917 ; le 18 octobre, il est tué à Chamalières, à 29 ans, lors d'un échange de coups de feu avec les agents de la police mobile de Clermont-Ferrand. Il n'y a pas de dossier d'instruction à son nom et son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.


Novembre


Eugène Tirard-Guy, 1er Bataillon de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique
Né le 9 janvier 1883, à Saint Bueil. Tisseur. Domicilié à Saint Bueil.
Engagé volontaire (par 3 fois). " A reçu un certificat de bonne conduite ".
"Manque à l'appel le 16 août 1917... Déclaré déserteur le 19 août 1917 ".
Déjà condamné à 10 ans de travaux publics, le 7 avril 1916, par le CG de la 16ème DIC.
Condamné à mort par le CG de la 45ème DI, le 28 septembre 1917, pour abandon de poste et désertion en présence de l’ennemi.
Fusillé le 18 novembre 1917, à 6 heures, à Merfy, Marne (51).


Adolphe Rémi Victorien Coudre, né à Canchy (Somme) le 8 mai 1894, cultivateur. soldat au 84e R.I. condamné pour désertion en présence de l'ennemi est fusillé le 18 novembre 1917 à 7h45 au Ravin d'Ivor (Grèce).

Décembre


Jean Marie Cario
, né le 17 mai 1887 à Saint-Tugdual. Affecté au 4è bataillon de marche d'infanterie légère d'Afrique. Détenu au camp de Souk-Arhas (Algérie), il est tué le 21 décembre 1917 au cours d'une évasion. Il avait 30 ans.


espion fusillé à Reims (1917?)




1918

 

Un soldat et son chien blessés par le même obus
 

 

Né en 1893, Henri Camus est étudiant en médecine à Bordeaux en
1914. Il est mobilisé comme caporal au 65èRI jusqu’en 1918. Il réalise des
centaines de croquis sur deux carnets aujourd’hui conservés à la BDIC. "Le Fou" réalisé en 1918 montre un soldat français équipé mais sans armes avancer en titubant, les yeux exorbités, la bouche grande ouverte et le visage apparemment couvert de sang. Faute de décor, la scène a tout aussi bien pu se dérouler dans un poste de secours à l’arrière, dans une position fraîchement bombardée ou sur le champ de bataille lui-même. En quelques traits et en quelques aplats d’aquarelle, Henri Camus parvient à saisir l’accès de folie qui guette les combattants confrontés à une violence extrême.


 

4 janvier 1918 : exécutions sommaires déguisées

Charles Victor Robert né à Parnans dans la Drôme, cultivateur, célibataire à Romans (26) du 131e RI n'a pas été fusillé le 4 janvier 1918 à Bouconville-Vauclair dans l'Aisne quoiqu'il soit inhumé au cimetière de Pontaver. Il n'a pas eu le temps d'être déféré devant un conseil de guerre.

Pas plus que son "complice" Pierre Keraudren  né le 20 décembre 1896 à Brest n'a été fusillé à Craonne.

A la décharge des sous-officiers qui leur ont réglé leur compte, on peut conclure qu'ils ont agi en état de légitime défense. Si toutefois l'état de guerre peut être considéré -en soi- comme légitime. Voici l'exemple de ce qui ne manque pas d'advenir lorsqu'on met légalement entre les mains des hommes des armes létales et qu'on les dresse à tuer !

Le rapport du substitut du commissaire-rapporteur indique :

Le 3 janvier 1918 vers 21h30, le caporal Pingat, du cadre de la section spéciale, sommait le disciplinaire Keraudren, sorti de son abri, d’y rentrer. Au lieu d’obéir, Keraudren lança 2 grenades offensives sur le caporal Pingat, qui éclatèrent sans le blesser. Keraudren gagna alors un dépôt de grenades voisin, et commença à arroser les abris des caporaux et des sous-officiers. Alertés par le bruit, Keraudren fut rejoint par Dapoigny, Colard, Portier et Lenepveu. Après quelques instants d’accalmie, le tir de grenades repris de plus bel sur l’abri des gradés qui se trouvaient ainsi assiégés. Les autres gradés, l’adjudant Ombredane, les caporaux Pingat, Biteur, Vernède tentèrent à plusieurs reprises de les cerner par le sud, le sud-est et l’ouest du dépôt. Mais les mutins ne furent pas surpris et leur envoyèrent des grenades à 3 reprises, qui obligèrent ces sous-officiers à battre en retraite. Les mutins furent ensuite abordés, par le nord du dépôt, par les gradés renforcés par d’autres, ce qui obligea les mutins à regagner leurs abris où ils restèrent calmes, non sans que Keraudren ait essayé de donner un coup de couteau au caporal Pingat. Le tir a duré une vingtaine de minutes. Une centaine de grenades ont été lancées. Trente environ n’ont pas éclaté, on les retrouvera le lendemain matin armées aux abords des abris G et F et du dépôt H.

Le 4 janvier, malgré la surveillance mise en place, en démolissant l’arrière de leurs abris, les 6 disciplinaires ont pu quitter le camp après la soupe du matin en 2 groupes : Colard, Portier, Dapoigny et Keraudren, Robert, Lenepveu.
Ces hommes ont erré, à la recherche de vin, aux environs des coopératives de Tabarin et de Craonnelle. Vers 15h, Dapoigny se laissait arrêter sans difficulté. Colard et Portier regagnaient volontairement leurs abris vers 18heures.
 
La route de Craonnelle étant barrée par les hommes du génie, le 131e reçut l’ordre d’envoyer une forte patrouille de Craonne vers La Hutte. De leur côté, les gradés s’étaient lancés à leur poursuite. Vers 11h45, la patrouille de la section de discipline a rejoint les 3 disciplinaires aux environs du relais des coureurs et non loin du PC Fillot. Les témoins sont unanimes à affirmer que l’attitude de ces 3 hommes était menaçante et qu’ils paraissaient prêts à tout sauf à se rendre. Isolés en tête de la patrouille, les caporaux Pingat et Bileur ont sommé les 3 hommes de se rendre par 3 fois. Ceux-ci, au lieu d’obéir, ont continué à avancer sur eux, à la fois menaçants et gouailleurs. La scène se précipite, 4 coups de feu partent ; Robert tombe mort, Keraudren mortellement blessé fait quelques pas puis succombe, Lenepveu blessé est à terre et demande grâce.

Ces 3 militaires étaient responsables de l’incendie d’un dépôt de récupération situé sur la route de Craonnelle à Pontavert, à 200 mètres environ à l’ouest de son intersection avec la piste de Monaco, contenant 3 à 4 caisses de fusée éclairantes, 6000 cartouches et environ 700 grenades.
La fiche de N-MPLF de Keraudren est plus précise que celle de Robert : « tué au cours d’une mutinerie le 4 janvier à Craonne ».

Les faits sont maintenant établis. Les soldats Keraudren et Robert sont des  "exécutés sommaires". Ils ont été tués par le caporal Pingat. Les événements du 3 janvier ont certainement « pesé » dans le comportement des 2 caporaux, et sans porter de jugement de valeur sur l’article 121, ces 2 caporaux ont, comme le préconisait le colonel de l’Infanterie Divisionnaire 125, agi dans le cadre de ce règlement. Les circonstances générales sont établies. Bien évidemment, les témoignages divergent sur les moments les plus cruciaux des événements du 4 janvier.

Février



Un crime "terroriste"
Philibert Margottin est fusillé le 18 février 1918 à Vincennes.

A 22 ans Philibert Margottin,  était un soldat particulièrement rebelle. Déserteur à quatre reprises, il parvient lors d'une tentative d'arrestation le 18 mai 1917 à frapper le gendarme qui l'a attrapé, et à s'enfuir. Rebelote le 6 juin : il assomme d'un coup de bouteille l'agent venu l'appréhender.

Evadé de prison en compagnie d'un autre déserteur, Camille Pygmalion, 18 ans, ils se rendent le 5 juillet dans un café de Bobigny. Leur allure suscite les soupçons de deux gendarmes qui leur demandent leurs papiers... Margottin, sous des allures dociles, accepte de suivre les policiers, puis sort un pistolet et tire deux balles dans le visage du gendarme Ramade.

Le commissariat de Pantin lance une chasse à l'homme dans les rues de la ville : le brigadier Billon est abattu d'une balle dans le ventre, et le gendarme Boussedayac de deux balles dans la tête. Cinq autres représentants de l'ordre sont plus ou moins gravement blessés.

Tous deux sont condamnés à mort par le deuxième conseil de guerre, le 4 décembre 1917.

Pygmalion voit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité en raison de son âge (mineur).
 
 photos de l'Identité Judiciaire annotée "Pygmalion Camille"


Jules Eugène Camille Hurier, soldat au 2e B.M.I.L.A.
né me 9 novembre 1898.  Décédé à l'infirmerie ambulance de Beni Mellal (Maroc) le 24 février 1918 à la suite de plusieurs coups de feu tirés par une sentinelle après trois sommations avec tentative de désertion.


Mai


Le 23 mai 1918, Eugène Simonnet, né le 11 septembre 1878, à Paslières, près de Chateldon. Ses parents sont allés s'installer en Haute-Loire, à Allègre ; il fit son service militaire dans ce département ; il mesurait alors 1,59 m (matricule 406 – classe 1898). Avant la guerre, il était célibataire et vivait dans le département du Rhône, à Grigny, comme chef de terrassement. Le 12 mai 1918, au camp de Basse-Chevrie, sur la commune de La Chalade (Meuse), lors d'une revue de détail, Eugène a été ramené dans son cantonnement à la demande de son capitaine de compagnie car il avait une mauvaise tenue en raison de son état d'ébriété (il avait déjà été puni quelques fois pour cela) ; dix minutes après, il revint sur la place, arma son fusil et tira en direction du capitaine d'Aubigny du 305e RI, 25 ans, sans l'atteindre ; mais il blessa mortellement le caporal Manhaudier, 33 ans et il toucha au thorax le soldat Villard ; après son geste, les hommes de la compagnie ont failli lyncher Eugène Simonnet ; lors de l'instruction, on découvrit un carnet sur lequel Eugène avait noté en avril 1917 : « je veux régler le capitaine ; pour moi, il en aura aussi » ; le Conseil de guerre de la 63e division, suite à la demande de la défense, refusa un examen mental de l'accusé avant le début du procès ; les témoignages notés pendant l'enquête signalent qu'il vivait à l'écart de ses camarades. Le 14 mai, après avoir entendu trois témoins, les 5 juges militaires le déclarèrent coupable à l'unanimité sans circonstances atténuantes, de voies de fait envers un supérieur avec préméditation ; selon l'article 221 du Code de justice militaire, un tel verdict entraîne la peine de mort avec dégradation ; de plus, le condamné et sa famille sont condamnés aux frais envers l’État. Le 15 mai, le condamné s'est pourvu en révision, en vain ; il fit alors une demande de grâce auprès du Président de la République : elle fut refusée par message chiffré reçu le 22 mai, à 13 h 15 ; Eugène Simonnet a été fusillé le 23 mai, à h du matin, à l'emplacement même où il avait commis son crime, devant presque tout le régiment ; le peloton d'exécution placé à six mètres du condamné, était composé de 4 soldats, de 4 caporaux et de 4 sergents du 305e RI, commandés par un adjudant ; l'un de ces sous-officiers porta le coup de grâce. Son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.



Un tour de plus en Belgique 

De nombreux soldats français ont été exécutés en Belgique. L'armée et le gouvernement belges se sont-ils montrés aussi indifférents et cyniques face aux pauvres gens qui se battaient pour défendre leurs intérêts financiers?



Cette photo, reproduite de nombreuses fois montre une exécution en présence de quelques officiers anglais. Il s'agirait de la mise à mort le 3 juin 1918 d'Aloïs Walput à Oostduinkerke, reconnu coupable de l'assassinat de son caporal à la prison de De Panne quinze jours auparavant.

Il n'y a eu de 1914 à 1918 "que" 13 soldats belges exécutés.

1. Honoré Doyen  renvoyé dans ses foyers comme inapte au service, arrêté le 10 septembre 1914 pour comportement suspect, convaincu d'espionnage par une cour martiale ; réhabilité, l'erreur judiciaire ayant été reconnue.
2, 3, 4. Trois soldats Elie-Jean De Leeuw, Jean Raes, Alphonse Verdickt furent exécutés le 21 septembre 1914, pour s'être trouvés absent à l'appel.

5, 6, 7, 8. Quatre soldats,  Leopold Noel, Alphons Gielen, Louis De Vos, et Victor-François Remy ont été exécutés pour faits de dé désobéissance, accusés de désertion devant l'ennemi lors de la bataille de l'Yser.

9, 10. Paul Vanden Bosch, Henri Reyns, absents durant deux jours par "peur de monter en 1ère ligne"

11, 12, 13. Exécutés pour meurtre : François-Alphonse Van Herreweghe lancier qui tira sur son lieutenant, le blessant à mort. Aloïs Wulput, engagé volontaire. Emile Verfaille, quartier-maître, reconnu coupable du meurtre de sa fiancée fut, lui, guillotiné.

Un certain nombre de civils furent fusillés également pour faits d'espionnage dont Orphal Simon, magasinier et agent d'assurance, pourtant agent du Service de Renseignement français Bénazet ,cité à l'Ordre de l'Armée française et décoré de la Croix de Chevalier de l'Ordre de Léopold (militaire) avec étoile d'or et palme de vermeil; Croix de guerre avec lion de vermeil et palme de bronze; Croix civique de 1ère classe avec rayures d'or; Médaille du prisonnier politique ; Croix de Chevalier de la Légion d'honneur; Croix de guerre française avec étoile et palme de bronze; Médaille de la Ville de Liège; Médaille de la Ville de Verviers.
Fusillé le 18 octobre 1915 à 06h00 à La Chartreuse à Liège.



Juin


Le soldat Gillet est condamné à mort et fusillé le 2 juin 1918. La Ligue des droits de l'Homme va soutenir le père du soldat Gillet pour obtenir en vain sa réhabilitation. En août 1920, le soldat exécuté recevra une décoration militaire à titre posthume.



Ernest Malgouyard, né le 13 juin 1880 à à Souillaguet (Lot), mort le 28 juillet 1918 à Fez (Maroc) d’un "coup de feu tiré par un chasseur (assassinat) en service commandé", Sergent, 7e Régiment d’infanterie, 17e Groupe spécial.


Septembre


Au 53e RIC, le 9 septembre 1918 JMO P 100 : “ Le soldat musicien Lagriffoul Maurice ( déclaré MPF suites blessures de guerre) est tué par le soldat Diop Samba de la 2e Cie” . Sa fiche N-MPF indique : “En état de rébellion armée après s’être rendu coupable de meurtre d’un de ses camarades à Belrupt (Meuse). L'exécution quasi consécutive au meurtre laisse a penser qu'il n'y a pas eu de jugement …


Octobre




Hyacinthe Augustin Heranval, né le 11 juillet 1883 à Saint-Lubin-des-Joncherets, dans le canton de Brezolles, il est le fils d’un couple de tisseurs,  installé au hameau des Caves puis au hameau de La Leu et travaillant à la manufacture Waddington. Après la naissance de leur 8e enfant, la famille quitte Saint-Lubin-des-Joncherets.
A l’âge de 20 ans Hyacinthe Augustin, qui exerce la profession de journalier, réside à Désnestanville dans la Seine-Maritime. Il est recruté en 1903 à Rouen,  et incorporé comme chasseur de 2e classe, dans le 5e bataillon d’infanterie légère d’Afrique, en Tunisie. Lorsqu’il est libéré du service en août 1907 il obtient un certificat de bonne conduite. En 1911 il est condamné à deux reprises à 3 mois de prison pour vol et passe au 3e groupe spécial. En 1912, d’après sa fiche matricule, il réside à Saint-Lubin-des-Joncherets. L’année suivante il réside au Petit-Quévilly puis à Rouen.
Il est mobilisé en août 1914. Son frère Eugène-Hyppolyte, né à Saint-Lubin-des-Joncherets le 19 octobre 1887, également mobilisé, meurt le 28 août à Guise dans l’Aisne.
Hyacinthe Augustin est incorporé au 116 puis au 319e régiment d’infanterie. Il est déclaré déserteur le 23 septembre 1917. En décembre, il est condamné par le conseil de guerre de la 53e division d’infanterie à 4 ans et 6 mois de travaux publics. Il est à nouveau déclaré déserteur le 30 mars 1918. Il décède le 1er octobre 1918 à La Roche-en-Brenil, dans le département de la Côte-d’Or, où il est détenu. Il aurait été abattu par une sentinelle alors qu’il tentait de s’évader.

Georges Gaillagot du 49e RI fusillé le 3 octobre 1918 à Allemant.

Après Novembre



On pense à tort qu'après l'armistice, le cauchemar est fini... Par pour tout le monde :

Gustave Paul Joseph Roy, né le 3 février 1894 aux Magnils-Reigniers, domestique
cultivateur, soutien de famille incorporé au 137èRI, soldat de 2è classe arrivé au corps le 8 septembre 1914 est condamné par le conseil de guerre de la 21èDI le 20 mai 1916 à 10 ans de travaux publics. Pour s’être absenté de son corps sans autorisation, la condamnation pour désertion à l’intérieur en temps de guerre estlourde. Arrêté, sa peine est suspendue et Gustave Roy est affecté au 93è RI fin mai 1916. En 1916 le 93è et le 137è sont à Verdun et là encore, les pertes sont énormes. Le 4 juillet 1916, le conseil de guerre le condamne à la peine de mort pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion en présence de
l’ennemi mais la peine est commuée en 20 ans de prison le 24 juillet et suspendue en août. Il passe au 137è RI, en section disciplinaire. Blessé le 18 avril 1917 à Troyon dans l’Aisne par des éclats de grenade avec des plaies multiples, il est à nouveau condamné à 5 ans de travaux le 18 décembre 1917 par le conseil de guerre permanent de la XIè région militaire (de Nantes) pour désertion, le jugement est exécutoire le 29 décembre 1917. Gustave Roy est écroué à la maison d’arrêt de Fontenay le 25 avril 1918 puis définitivement à u Montrevault le 3 octobre 1918. Il y meurt le 14 décembre.


René Désiré Saumureau, soldat né le 24 novembre 1887 à Saint Lambert des Levées.fut jugé le 11 janvier 1917. Sa fiche militaire décrit qu’il portait des « cicatrices à quatre travées de doigts dans le tibia droit, côté externe, côté droit du métatarse au pied droit » : précision, cet homme boitait. A noter aussi qu’il portait des tatouages représentant une femme nue et un papillon sur l’avant bras droit. Au 166ème régiment d’infanterie, il commit insultes et surtout une tentative d’assassinat et voies de faits pendant le service, du 10 août 1907 au 7 juin 1918 diverses condamnations lui furent signifiés. Les actes de son jugement et de son recours rejeté (31 octobre 1919) sont arrivés jusqu’à nous. Le plus grave est qu’il avait tiré deux coups de pistolet automatique occasionnant une blessure grave sur le Sergent Sarda. Enfin, pour résumer, le recours rejeté, il mourut le 3 janvier 1920. Le coût sur ses biens présents ou à venir se montait à 327 francs 40.


Vincent le survivant
source évadé pour l'exemple






Commença alors une aventure qui allait sceller sa légende, une folle cavale où son ingéniosité et sa bravoure lui sauvèrent plus d’une fois la mise.
Pieds nus, avec en poche les sept francs qu’on laisse aux condamnés à mort, il erra d’abord dans le vacarme des combats. Ici il trouva un uniforme. Là il vola un fusil. Ailleurs, il dénicha une carte de la région. Son but : gagner Paris. Une tante y habitait, elle l’aiderait. Sautant à l’arrière des camions qui rentraient du front, arpentant de nuit les bois et les champs, déjouant d’innombrables dangers, Vincent parvint à la capitale en une quinzaine de jours. Il toqua au 17, avenue de Breteuil. Une femme ouvrit, qu’il ne connaissait pas.
« – Mme Moulia n’habite plus ici », lui répondit-elle en claquant la porte. Bien plus tard, sa tante avouera à Vincent qu’elle était cachée derrière la porte, qu’elle savait qu’il avait fait « une bêtise » et qu’elle avait appelé sa voisine pour l’éconduire.
Moulia reprit alors son vagabondage dans cette grande ville qu’il ne connaissait pas. La capitale foisonnait de soldats en permission mais celui-ci, avec son fusil en bandoulière et son uniforme en haillons, ne passait pas inaperçu. Au détour d’une rue, un garde républicain l’apostropha :
« – Hé le militaire, ne sais-tu donc pas qu’il est interdit de se promener en ville avec son fusil ?
– Ce que je sais, c’est qu’un soldat doit se présenter à l’appel avec son équipement », répondit-il sans ciller.
Le coup était passé près. Moulia abandonna son fusil peu après dans les toilettes d’une gare. En tendant l’oreille, il saisit alors quelques mots de gascon. Sûrement des soldats qui rentraient au pays. Le groupe monta dans un train, Moulia leur emboîta le pas, l’air de rien. Après de longues heures d’angoisse, le paysage devint familier. La Garonne, les longues étendues de pins : la gare de Dax n’était plus très loin. Mais il s’y savait attendu. Il sauta du train à Laluque et termina à pied. A Dax, il patienta jusqu’à la tombée de la nuit et se rendit chez le père de Berthe. Requis par l’armée, celui-ci travaillait et logeait dans le quartier du Sablar. Mais là encore, la porte resta close.
« – Les gendarmes sont venus. Tu vas tous nous faire prendre ! » Le fantassin Moulia reprit alors sa marche clandestine jusqu’à la seule porte qu’il savait devoir s’ouvrir : celle de sa mère à Nassiet.


Marie Moulia manqua défaillir lorsqu’elle entendit gratter à son volet au beau milieu de la nuit. Puis la peur fit place à la joie la plus intense. Son fils était de retour. Et vivant. Elle lui aménagea une cache dans le vieux four à pain. Elle aussi avait déjà reçu la visite des gendarmes d’Amou. Ils allaient revenir, c’était certain. Vincent passa l’été 1917 dans sa cache. Mais la tentation de revoir Berthe était trop grande. Il prit des risques et certains, à Nassiet, finirent par remarquer cette silhouette qui s’évanouissait dans les rues du village à la tombée de la nuit. Le manège ne pouvait plus durer.
Vincent connaissait un roncier impénétrable dans un bosquet en contrebas de la ferme des parents de Berthe, au lieu-dit « Landré ». Il y creusa un tunnel de verdure et dégagea une clairière au milieu. Là, il se construisit un véritable fortin : une cabane en bois au toit de chaume équipée d’une couche, d’une table, d’un fauteuil et même d’une cheminée pour réchauffer sa soupe. Autour, il aménagea un petit potager et entoura l’ensemble d’une puissante clôture derrière laquelle il guettait les intrus son fusil à la main. Débutée à l’automne 1917, sa vie de Robinson se prolongea jusqu’au printemps 1918. Pendant cette période, quelques poulets, légumes et miches de pain disparaissaient mystérieusement dans les fermes alentours. Et fatalement, la rumeur enfla à Nassiet.
Un matin, Vincent Moulia distingua une silhouette qui tournait autour de son roncier. La nuit suivante, alors qu’il revenait de son marché nocturne, il s’approcha prudemment du bistrot du village pour y écouter les conversations. C’était bien de lui qu’on parlait :
« – Il faut le dénoncer, dit une voix. Demain je préviens les gendarmes d’Amou. »
Vincent était anéanti. « J’ai cru entendre à nouveau les salves du peloton d’exécution », dira-t-il plus tard. Pour la première fois, il songea à siffler la fin de la partie. Mais à sa manière : toutes ses balles pour les gendarmes, et la dernière pour lui. Berthe, inquiète, mit l’abbé Verdier dans le secret. Le curé de Nassiet promit de les aider. Mais d’abord, il fallait fuir à nouveau.
Quelques jours plus tard, lorsque la compagnie de gendarmerie d’Amou encercla le roncier du Landré, Vincent Moulia était déjà loin. Sa cavale reprit de plus belle : le jour il se terrait dans les bois, la nuit il avalait les kilomètres de son pas de fantassin. Il traversa le Pays basque, franchit les Pyrénées et passa la frontière en mai 1918, plus d’un an après sa condamnation à mort. A Saint-Sébastien, l’attendait une connaissance de l’abbé Verdier. Enfin en sécurité, il reprit le cours de sa vie. Berthe le rejoignit quelques mois plus tard. Ils se marièrent le 19 octobre 1919, devant l’abbé Verdier qui s’était déplacé pour l’occasion. Vincent travaillait comme charpentier, Berthe devint couturière dans un pensionnat de jeunes filles. Leur premier fils Robert naquit en 1923, Hélène deux ans plus tard.
Mais l’Histoire attendait encore Vincent Moulia au tournant. En 1936, la guerre civile éclata en Espagne et Vincent, qui soutenait les Républicains, fut extradé en France. La justice militaire ne l’avait pas oublié : il fut cueilli à son arrivée au port de Bordeaux et emprisonné au fort du Hâ. Deux semaines d’angoisse plus tard, il était libre de rentrer à Nassiet. Cette fois en héros.

Depuis cette date, de nombreuses initiatives ont été lancées pour la réhabilitation de l’ancien poilu. L’historien montois André Curculosse fut le premier à recueillir son récit en 1968. Pierre Durand, journaliste à L’Humanité, lui consacra un livre en 1978 (1). L’année suivante, Alain Decaux diffusa à la télévision un documentaire d’une heure à sa gloire qui lui offrit une notoriété nationale. Les témoignages d’anciens compagnons affluèrent, les actions en sa faveur se multiplièrent, Moulia fit la une de France-Soir du 13 juillet 1979 sous le titre : « Rendez sa croix de guerre à ce héros de 14-18 ». Michel Rocard, alors député, interpella le ministre des Armées à son sujet dans l’Assemblée. Mais rien n’y fit. Jamais l’institution militaire ne se déjugea sur le cas de Vincent Moulia.
Le 11 novembre 1979, devant le monument aux morts de Nassiet où sont gravés les noms des 26 enfants du village tombés dans les tranchées de 14-18, la croix de guerre de Vincent Moulia, celle qu’il avait obtenue à Craonne, fut finalement agraphée à son veston. Mais c’est Alain Decaux qui lui avait offert la breloque et, à défaut de ministre, c’est M. Artaud, le poilu le plus décoré de France, qui la lui remit devant sa famille et tout le village de Nassiet au cours d’une cérémonie informelle.
Cinq ans plus tard, en 1984, Vincent Moulia s’éteignit auprès des siens à l’âge de 96 ans. Sur les 600 mutins de 14-18 condamnés à mort, il demeure le seul à avoir échappé au peloton d’exécution. Lui que l’institution avait condamné pour l’exemple, est finalement devenu le symbole de la résistance à l’arbitraire. Ajoutant à son défi contre l‘institution, comme un dernier pied de nez à ceux qui voulaient sa peau, une extraordinaire longévité.

Vincent Moulia demeure un exemple. Son extraordinaire destinée montre qu'avec beaucoup de patience, de chance, et des convictions inébranlables dans la justice face aux oppresseurs, il persiste un espoir de résister au fascisme, pas seulement celui des bellicistes de 1914, ni à celui des franquistes et des guestapistes, mais à celui qui nous piétine au quotidien, 35 ans après sa disparition. Lui, le dernier mutin est le symbole-même, que quand toute lutte sociale ou politique semble condamnée, la solution persiste de faire un doigt d'honneur à l'histoire, d'être le grain de sable qui enraye la machine, le va-nu-pied qui survit aux chiens de l'enfer en leur répétant, même d'outre tombe "je vous emmerde !"




A Riom, dans le département du Puy-de-Dôme, est dédié un monument aux morts à la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple. C'est aux six martyrs de Vingré et à ceux de Flirey, Fleury, Fontenoy, Montauville et Souain qu'est dédié le monument de Riom. Situé à proximité du carré militaire au sein du cimetière des Charmettes, il est inauguré le 11 novembre 1922. Il est inscrit sur le monument : « Aux victimes innocentes des conseils de guerre 1914 - 1918 et à celles de la Milice et de la Gestapo 1939 - 1944 ». Le monument est simple, de type obélisque, avec des inscriptions gravées en lettre d’or, sans aucun élément décoratif.




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