lundi 21 mai 2018

les fusillés de 1917-1918


Cette photographie, donnée pour une exécution militaire à Verdun 1917, daterait selon le modèle des uniformes de 1914 ou 1915 : il s'agirait sans doute de l'exécution d'un espion et non d'un soldat.


Février



Henri Le Garrères exécuté le 5 février 1917 à Les Épargnes (Meuse)
né le 28 mars 1895 à Saint-Ouen. Soldat au 36e Régiment d'Infanterie - Tué d'un coup de revolver au cours d'une rébellion à main armé contre ses chefs.

Joseph André Delphin ,222ème RI
Né le 5 décembre 1886, à Voreppe. Tisseur. Domicilié à Saint Jean de Moirans.
Déjà repéré pour " filouterie à l'habillement "... ou " à l'aliment ": illisible sur registre.
Déjà condamné à 5 ans de détention,le 8 novembre 1916, par le même CG, pour " désertion en temps de guerre ", ... peine suspendue le jour même par le Général commandant la 74ème Division.
Condamné à mort,le 11 décembre 1916, par le CG de la 74ème Division, pour     "abandon de poste en présence de l'ennemi ", et fusillé le 7 février 1917, à Verdun (Meuse).

Joseph Livourne 1er Bataillon de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique
Né le 5 juillet 1877, à Vienne. Passementier.
6 désertions. Condamné à mort pour abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l’ennemi, par le CG de la 45ème DI.
Passé par les armes le 22 février 1917, à Wariville (Oise).


André Petit né le 20 décembre 1895 à Escampes ; soldat de 2e classe au 60e Régiment d'Infanterie - Condamné le 12 février 1917 à la peine de mort, pour double abandon de poste en présence de l'ennemi et double désertion à l'intérieur en temps de guerre. - Recours en grâce rejeté le 26/02/1917. Exécuté le 28 février 1917 à Gueux (Marne).


Mai



Edmond Jésus, ne le 19 octobre 1890 à Crépy en Valois, fusillé le 4 mai 1917
à l’âge de 27 ans à Monastir (Tunisie).
Mort par la France.

Auguste Eugène Defis, fusillé le 4 mai 1917 à Montigny (Marne)
né le 10 juillet 1890 à Vincennes. Soldat au 82e Régiment d'Infanterie - Accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi et de désertion à l'intérieur en temps de guerre.

Lucien Jacquot mort à Courteçon (Aisne) le 18 mai 1917
né le 08 décembre1896 à Vincennes Soldat au 9e Régiment de Marche de Zouaves - Déserteur, tué en s'évadant.


Juin



"Les mutineries se manifestèrent essentiellement par des refus de certains soldats de plusieurs régiments de monter en ligne. Ces soldats acceptaient de conserver les positions, mais refusaient de participer à de nouvelles attaques ne permettant de gagner que quelques centaines de mètres de terrain sur l'adversaire.

Le remplacement du général Nivelle par Philippe Pétain comme général en chef des armées ne les calma que progressivement. Le pic d'intensité des mutineries se situe entre le 20 mai et le 10 juin, soit après la nomination du général Pétain (15 mai 1917).

Cette grande crise au sein de l'armée française amena son lot de sanctions contre les mutins. Environ 3 500 condamnations, en rapport avec ces mutineries, furent prononcées par les conseils de guerre avec une échelle de peines plus ou moins lourdes. Il y eut entre autres 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont 49 furent effectives parmi lesquelles 26 l'ont été pour actes de rébellion collective commise en juin ou juillet 1917.

Ce nombre a toujours, compte tenu des enjeux idéologiques, été un sujet de controverses du fait de l'impossibilité d'accéder librement aux archives avant 100 ans. Il varie également en fonction de la période retenue pour les mutineries et de la date des procès, certains mutins ne passent en jugement qu'en 1918 et quelques procès de 1917 se rattachent à des événements des années antérieures. De plus, on estime que 10 à 15 % des archives militaires sont définitivement perdues. Quoi qu'il en soit, le nombre des exécutions de 1917, souvent mis en avant lorsque l'on parle des fusillés pour l'exemple reste relativement faible rapporté au nombre de fusillés des derniers mois de 1914 (près de 200) ou de l'année 1915 (environ 260). On peut l'expliquer par l’utilisation du droit de grâce par le président Poincaré : il gracie 90 % à 95 % des cas qui lui sont présentés."




Emeutes de Beuvardes (2 juin 1917)

Le 12 juin 1917, Joseph Dauphin, né le 10 février 1882, à Tauves, près de la Bourboule  est fusillé après l'échec au Chemin des Dames, car prétendument instigateur d'une mutinerie. Il était cultivateur et cantonnier à Tauves, hameau de la Chaleille, marié et père d'un enfant, né en octobre 1909 ; il mesurait 1,59 m. Il fut mobilisé le 4 août 1914, devint caporal en mars 1915, se distingua lors des combats de juillet 1915 dans les Vosges, en étant cité à l'ordre du Bataillon et en obtenant la Croix de guerre ;  il avait entre autres pour avoir ramené sur ses épaules un lieutenant blessé près des barbelés ennemis ou pour avoir tenu une position jusqu'à l'épuisement des ses cartouches. Il est décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze, pour "sa belle conduite au feu".



Il avait 35 ans en juin 1917. Joseph Dauphin est jugé le 6 juin 1917 pour rébellion à main armée en réunion de personnes et outrages envers ses supérieurs avec cinq autres soldats du 70e Bataillon de chasseurs alpins (ainsi Renauld A., 25 ans, mineur à Valenciennes, père d'un enfant et condamné à mort le même jour ; le 3e condamné à mort est Libert F., 38 ans, garçon livreur à Lille et père de trois enfants) ; deux soldats mobilisés, avocats de métier, ont défendu les accusés. 


Fin mai, le 70e Bataillon (appartenant à la 47e Division d'Infanterie) stationne à Beuvardes, sur la rive droite de la Marne. Dans ce secteur de l'arrière-front, depuis plusieurs jours, des mutineries de soldats ont lieu, dans la 5e Division surtout ; les soldats de cette division sont déplacés en camion encore plus loin du front, par mesure de sécurité ; mais leur action va ainsi se propager par le bouche à oreilles.

C'est dans ce contexte qu'éclate le soir du 2 juin 1917, une révolte dans la 7e compagnie du 70e Bataillon, à laquelle appartient Joseph Dauphin ; elle est relatée par le Journal des marches (p. 15) : au moment de l'appel, une effervescence inhabituelle due à la boisson est remarquée ; dans un local, où se trouve une partie de cette compagnie, une "discussion très agitée ayant un sens révolutionnaire" se fait entendre ; le capitaine intervient mais dès sa sortie du local, cinq ou six hommes des plus agités s'arment de bâtons, cassent les vitres et hurlent "À bas la guerre ! À bas la guerre !". Les officiers s'éloignent alors que des bâtons et des pierres leur sont lancés ; les émeutiers vont dans la rue et crient "À bas la guerre ! Vive la Révolution ! Vive la Russie !".

Un coup de pistolet puis des coups de fusil sont tirés en l'air ; il est 22 h 30 ; alors les émeutiers se dirigent en nombre en direction du bureau du commandant et du local du poste de police militaire, au centre du village ; ce bâtiment est investi en tirant des coups de fusil sur la façade, puis les émeutiers essaient de convaincre d'autres compagnies de les suivre, sans succès ; à h du matin, les émeutiers se dispersent et rentrent dans leur cantonnement. Au matin, on compte trois blessés dont deux par balle. Etant le seul gradé présent dans le groupes d'hommes arrêté après la beuverie le caporal Dauphin  aurait chanté un peu fort "J'ai deux grands bœufs dans mon étable" mais l'accusation  l'accuse d'avoir crié "vive la Révolution ! A bas Poincaré ".

Le 3 juin, le Général de division parla aux compagnies puis le Bataillon fut rapproché du front, mais 21 soldats furent arrêtés. Six prévenus seront jugés le 6 juin par le Conseil de guerre, sans instruction préalable ; sept autres le seront le 10 juin, pour les mêmes faits, dont Brugière François venant lui aussi de Tauves (classe 1906, recrutement de Clermont-Ferrand, matricule 1415).

François Brugière 


Il est pris, sans qu'on connaisse plus de détails le concernant dans les émeutes de Beuvardes du 2 juin 1917. Ces dernières s'inscrivent dans le cadre plus large des mutineries de 17 et s'apparentent à une séance de beuverie au cours de laquelle des insultes seront lancées et des coups de feu tirés une partie de la nuit.
Dégrisés, un peu plus vingt hommes seront traduits devant la justice militaire.
Trois sont condamnés à mort. Deux d'entre eux, le Caporal Joseph Dauphin de Tauves ( Puy-de-Dôme ) et le chasseur Arthur Renauld de Saint Amand ( Nord ) sont passés par les armes le 12 juin 1917 à la ferme de Faité entre les villages Roucy ( Marne ) et de Ventelay ( Aisne ). Le troisième, Libert, père de plusieurs enfants, voit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité.
Une douzaine d'autres soldats sont condamnés à des peines de Travaux Publics pour « révolte à main armée en réunion de personnes »
Les peines vont de 5 ans de travaux forcés à perpétuité et la destination pour la plupart est l'Algérie.

François Bruguière lui est condamné à une peine de 10 ans de déportation.

La tradition familiale voudrait qu'il ait été condamné pour avoir refusé de participer au peloton d'exécution des deux condamnés à mort, le Caporal Dauphin étant un camarade, originaire comme lui de la commune de Tauves.
Incarcéré à Marseille, Oran puis Alger.
Un télégramme avertit sa famille de son transfert à l'hôpital militaire d'Orléanville (Chief) où il décédera (sans doute d'épuisement) le 17 février 1918.

La demande de révision des trois condamnés à mort fut rejetée le 9 juin. Le 12, à h 30 du matin, Dauphin et Renauld sont fusillés dans le ravin de Beaugilet, à Ventalay ; le peloton d'exécution était composé de soldats venant du 70e Bataillon de Chasseurs mais aussi du 30e et du 115e. Le soldat Libert a obtenu une grâce présidentielle : sa peine de mort fut commuée en travaux forcés à perpétuité ; il sera libéré en juillet 1922. Le 14 juin, le 70e Bataillon monte aux tranchées sur le Chemin des Dames. La tombe de Dauphin se trouve dans la nécropole de Cormicy (Marne) ; son décès n'a pas été reconnu mort pour la France. Son nom figure sur le monument aux morts de sa commune, mais, malgré les différentes démarches entreprises dans les années 1920, puis après 1998, il n'a jamais été réhabilité.


Albert Truton (1895-1917) né au Mage (0rne) où il est cultivateur en 1914, Albert Truton a épousé en 1912 Lucienne Cellier dont il a un enfant, Suzanne, née en 1913.


Lors de la mobilisation générale, il est incorporé au 103è R.I. Passé au 75è en juin 1915, il devient caporal le 30 juin 1916. Le 6 août 1916, il est
blessé par un éclat d’obus et il est cité à l’ordre du régiment comme "bon gradé
courageux". Après la mutinerie de Pargnan, il est condamné à mort par le Conseil de guerre de la 27è D.I. le 10 juin 1917 pour " refus d’obéissance, étant commandé pour marcher contre l’ennemi". Il est fusillé le 16 juin à Pargnan. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire français de Cerny-en-Laonnois.


16 juin 1917 Pierre Gaston Lefèvre



Né le 4 juin 1897 à Morfontaine en Meurthe-et-Moselle. A la veille de la guerre, il exerce le métier de cantonnier. Le 7 août 1914, les Allemands prennent son père en otage et le fusillent. Son frère infirme avait été emmené, puis fusillé à son tour. Pour venger les siens, Pierre Lefèvre franchit les lignes ennemies et vient s’engager à la mairie de Mézières  (Ardennes) le 14 août. N’ayant que 17 ans, il avait falsifié son âge pour pouvoir s’engager.
Blessé au printemps 1915, il est alors soigné à l’hôpital de Lyon.
Le 9 juin 1917, à la suite de la mutinerie de Mercin, il est condamné à la peine de mort par le Conseil de guerre de la 13e Division, pour "révolte par prise d’armes sans autorisation et agissements contre les ordres des chefs".
Pierre Lefèvre, âgé de 19 ans, est exécuté le 16 juin 1917 à Soissons. Il est aujourd’hui inhumé au cimetière militaire d’Ambleny.

Lettre testamentaire : seules la signature et la date sont de la main du fusillé (qui écrit d’ailleurs 1916 au lieu de 1917). La lettre, comme en témoignent le style, la composition et l’orthographe, a été rédigée par quelqu’un d’autre dans un but d’intimidation et d’appel au patriotisme. Sans doute une pure contrefaçon :

" Chers Camarades,
Dans quelques instants je vais être fusillé pour avoir pris part aux manifestations et aux actes d’indiscipline auxquels se sont livrés, il y a quelques jours, un trop grand nombre de nos camarades.

Au moment de mourir, je comprends la gravité d’une faute qui en affaiblissant le moral de l’armée, compromettait la victoire de la France.
Je demande pardon à la patrie de la faute commise.
Mais, en même temps, je demande à tous mes camarades de comprendre le sens de mon sacrifice.
C’est devant ma douleur de condamné à mort, devant le désespoir de ma famille si tendrement aimée, devant la France pour l’amour de laquelle j’aurais voulu mourir devant l’ennemi, que je les supplie tous de ne jamais plus se laisser entraîner à des actes d’indiscipline.

Victime de la faute commise, je leur demande d’avoir pitié de la France.
Je leur demande aussi de penser aux malheureux qui pourraient être un jour condamnés comme moi parce qu’ils se seraient laissés prendre une minute aux mensongères paroles de quelques mauvais Français.
Oh ! je vous en supplie, devant ma mort, souvenez-vous toujours, chers Camarades, que tous les soldats de France sont solidaires et qu’une faute commune peut entraîner la mort de quelques-uns.
Que mon sang, versé dans de si effroyables conditions, serve à vous unir tous dans une même volonté de discipline et contribue de cette manière à la Victoire de la France.

Adieu !
Vive la France !
Priez pour moi. De là-haut, je le ferai pour vous.

Lefèvre Pierre Gaston
Le 16 juin 1916"

La quadruple exécution de Chacrisse


Joseph Célestin Bonniot du 97ème RI
Né le 22 février 1884, à Clelles. Boulanger à Pellafol (38)
Brigadier le 28 novembre 1915. Caporal au 97ème RI le 12 juin 1916. “ Cassé de son grade et remis soldat de 2ème classe le 8 août 1916 pour avoir tenu des propos démoralisateurs à une personne étrangère à l’armée. ”
Le 3 juin 1917, le soldat Bonniot et environ 120 hommes du 97ème RI refusent de monter en ligne à Braye-en- Laonnois (Aisne). Le 13 juin, il est déféré avec 7 camarades devant le CG de la 77ème DI. 3 sont condamnés. Seul Bonniot se voit refuser la demande de présenter une grâce présidentielle. Son pourvoi en révision est rejeté le 17 juin.
Condamné à mort pour abandon de poste en présence de l'ennemi.
Fusillé le 20 juin 1917, à Chacrise (Aisne), à 8 heures du matin, avec les soldats Degouet, Vally et Flourac.
“Par décision ministérielle du 22 août 1921, a reçu l’application de l’article 18 de la Loi d’amnistie. Amnistié le 22 août 1921. ”

Louis Flourac 


Soldat au 60è BCP, 8e compagnie, Louis Flourac a 24 ans en 1917. Agriculteur à Saint-Ybars près de Pamiers, il est un des 27 mutins exécutés au printemps 1917.
Le 4 juin 1917, sa compagnie reçoit l’ordre de monter aux tranchées. Le capitaine Daigney, commandant de compagnie et les chefs de section donnent immédiatement l’ordre à leurs hommes de se mettre en tenue. Au rassemblement, 19 chasseurs appartenant à la 3è et 4è sections refusent de monter à la tranchée. Les motifs mis en avant (le repos, les permissions) font de cette affaire un cas emblématique des mutineries de 1917 :


Le capitaine ajoute que "ce chasseur avait déjà pris une part active aux deux manifestations des 1er et 2 juin 1917. Sournois et hypocrite, il jouissait sur ses camarades d’un ascendant qu’il employait mal. Il passait à la Compagnie pour
un peureux et sans se faire remarquer autrement aux tranchées il n’a jamais fait preuve de courage."
Il est donc poursuivi pour "refus d’obéissance pour marcher contre l’ennemi.

Le choix des accusés – 6 sur 19 – fait l’objet d’une enquête après la guerre sur la demande de la veuve d’un des accusés, Charles Vally, le 30 juin 1925. Elle soutient que la désignation s’est faite au tirage au sort. Le capitaine Daigney – auteur du rapport sur Flourac – "déclare tout d’abord qu’il ne fut pas personnellement témoin des refus d’obéissance reproché le 4 juin 1917 aux 19
chasseurs des 3è et 4è sections de son unité, ce groupe se trouvant, ce jour là, sous les ordres du lieutenant Nybelen. Mais il affirme que les faits incriminés donnèrent lieu à une enquête sérieuse faite par ses soins. Il ajoute que "les accusés ne furent nullement désignés par le sort. [...] La désignation
de ceux-ci fut faite en tenant compte de leur attitude, de la violence de leurs protestations, de l’influence qu’ils avaient paru exercer sur leurs camarades en tant que meneurs, en un mot de leur plus grande culpabilité."

Flouras comparaît le 10 juin à 17h aux côtés de cinq autres chasseurs de sa compagnie accusés du même crime. Tous nient d’avoir refusé d’obéir. Les chefs de section témoignent à charge. D’autres sous-officiers ou chasseurs sont plus évasifs : les uns n’ont rien vu, d’autres soutiennent que "personne n’a bougé"

Tous sont jugés coupables à l’unanimité des voix et sont condamnés à la dégradation et la peine de mort. Le 17 juin 1917, le recours en révision est rejeté. Pourtant, seuls Flourac et un de ses camarades, Charles Vally, sont exécutés le 20 juin 1917. Les quatre autres voient leur peine commuée en peine de travaux forcés à perpétuité. Riendans les notes d’audience, le jugement ou
les dossiers de révision ne permet de comprendre la différence de traitement entre les condamnés.
Certains d’entre eux avaient des antécédents judiciaires à la différence de Flourac et plusieurs avaient été décrits dans les rapports de leurs officiers dans des termes au moins aussi durs. Un fonctionnaire du ministère de la Justice note à propos de cette affaire dans les années 1920 : "La
culpabilité de Vally n’est pas contestable. Sans doute, il paraît peu conforme à l’équité que, dans un cas de mutinerie collective, telle que celle à laquelle Vally a participé, quelques hommes seulement considérés comme les meneurs soient poursuivis et sévèrement condamnés (en l’espèce, à la peine de mort, et exécutés) mais juridiquement le fait que tous les coupables n’ont pas été punis ne peut servir de base à une instance en révision."

La rapidité du jugement – moins d’une semaine après les faits –, les zones d’ombre dans le choix des accusés – six sur les dix-neuf mutins – et la différence de traitement entre les accusés témoignent d’une justice militaire qui renoue avec des pratiques en vigueur durant les premiers mois de la guerre.

Louis Flourac fait partie des 27 fusillés sur plus de 500 mutins condamnés à mort.
"L’an 1917, le 20 juin à 5 heures, nous Guyot Amédée, sergent commis greffier  près le conseil de guerre de la 77è division d’infanterie [...], nous nous sommes transportés à Chacrise pour assister à l’exécution de la peine de mort avec dégradation militaire prononcée le 12 juin 1917 par ledit conseil de guerre en réparation du crime de refus d’obéissance en présence de l’ennemi contre le nommé Vally Charles du 60è bataillon de chasseurs à pied, né le 8 février 1892 à Raon-l’Etape (Vosges). [...] Arrivé sur le lieu de l’exécution, nous greffier soussigné, nous avons donné lecture au condamné en présence de M. le commandant Ducimetière, juge audit conseil de guerre [...].Aussitôt après cette lecture, il a été procédé à la dégradation militaire et un piquet d’infanterie, composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné qui est tombé mort, ainsi que l’a constaté le médecin major commis a cet effet.En foi de quoi nous avons dressé le présent procès-verbal..."
Le commis greffier


Arnould Paul, 60è BCP, 20 juin 1917, après l’exécution de Chacrisse :
"L’émotion était tellement forte chez moi que je n’ai pu manger de la journée. Ce n’était pas leur mort [...] puisque j’en vois tous les jours aux tranchées, mais c’était la chose d’avoir tiré dessus, tiré sur les pauvres copains que je connaissais depuis 2 ans."




Gustave dit Maréchal Gaston Hatron, né le 17 février 1898 à Saint-Ouen dans la Somme, soldat au 23e R.I.
Engagé volontaire pour la durée de la guerre le 08 janvier 1915 à la mairie de Belley, évacué blessé de Curlu (80) le 14 septembre 1916, rentré le 28 octobre 1916, condamné par le Conseil de Guerre de la 41e Division dans sa séance du 18 juin 1917 à la peine de mort avec dégradation militaire pour " tentative de refus d'obéissance en présence de l'ennemi et provocation à la désobéissance".
Partisan actif des manifestations pacifistes et révolutionnaire des 1er et 2 juin 1917 à Ville-en-Tardenois, Maréchal Gaston Hatron et 95 autres mutins sont déférés devant le conseil de guerre de la 41e D.I. le 18 juin 1917, seul condamné, recours en grâce rejeté.
Célibataire, mineur (19 ans) il est fusillé à 19 h à L'Épine (51) le 27 juin 1917 au lieu dit Les Gilsons, champ de tir de Chalons.
Evidemment non réhabilité, même son acte de naissance reste introuvable.


Edouard Emile Louis est né à Maintenon le 20 février 1889. Emile est recensé en 1901 et 1906 au hameau de Saun ;  sa famille compte 6 enfants. Il aurait été en réalité élevé par sa grand-mère jusqu’à l’âge de 14 ans, puis "livré à lui-même". A l’âge de 20 ans il exerce la profession de garçon de restaurant.
Il est incorporé au 13e régiment de cuirassiers. Manquant à l’appel le 14 juin 1911, il est déclaré déserteur. Il se présente au poste de police du 2e régiment de cuirassiers à Paris au mois de juillet. Il est alors condamné à 1 an de prison avec sursis, pour désertion en temps de paix. Il rejoint le 13e régiment de cuirassiers. Il est à nouveau condamné à 1 an de prison avec sursis, cette fois pour complicité de vol militaire. Il obtient une remise de peine de 6 mois. En mars 1913 il incorpore le 5e, le 1er puis le 4e bataillon d’Afrique en campagne au Maroc. Le certificat de bonne conduite lui est refusé. Il passe dans la réserve en mai 1914 et est maintenu sous les drapeaux jusqu’au mois de juin.

A la mobilisation, alors qu’il réside à Mamers dans la Sarthe, il est rappelé et affecté à la 3e compagnie du Groupe Spécial. Il est blessé par balle à Roclincourt (Pas-de-Calais) et soigné à Angers. Il passe au 115e régiment d’infanterie le 10 avril 1915 et est promu caporal le 23. Au mois de mai il passe au 8e régiment d’infanterie. Au mois de juin, dans l’Aisne, le 8e régiment reprend aux Allemands des tranchées de première ligne, dans le secteur du Bois de la Mine et du Bois Franco-Allemand. La bonne conduite d’Emile Louis lui vaut une citation à l’ordre de la brigade (12 juin). Décoré de la Croix de guerre, il est promu sergent. Au mois de septembre suivant le 8e régiment est cantonné à Guyancourt (Yvelines). Emile Louis demande un laissez-passer ; il souhaite préparer un mariage par procuration. Le laissez-passer lui est accordé. Le 9 octobre, à Ville-d’Avray, il épouse Marie Taulet, couturière de 16 ans. Il est mentionné sur l’acte de mariage qu’Emile Louis est sergent au 115e régiment d’infanterie, décoré de la Croix de guerre et de la médaille coloniale. Il est domicilié chez ses beaux-parents. Le procureur de la République de Versailles a accordé une dispense de publication et de délai.

Emile Louis ne regagne pas son régiment mais il se rend à Mamers et se présente volontairement au dépôt du 115e régiment. Poursuivi pour désertion et abandon de poste, il est condamné à 60 jours de prison ; une ordonnance de non-lieu lui permet de rejoindre le 8e régiment le 8 décembre. Il est cassé du grade de sergent et, soldat de 2e classe, il est affecté à la 10e compagnie.

Le 8e régiment tient toujours ses positions au Bois-des-Buttes, au Bois Franco-allemand et au Bois de la Mine. La compagnie dont fait partie Emile Louis se trouve en soutien au bois de La Sapinière, à 500 mètres de la première ligne qui est elle-même, dans le secteur du Bois de la Mine, à quelques mètres des Allemands. Emile Louis, considérant que le secteur est "calme", abandonne son poste. Plusieurs raisons l’auraient poussé à cet abandon. Il évoque la contrariété de ne pas avoir changé de régiment après sa cassation. Il aurait reçu des menaces de la part de ses camarades : "ils m’ont dit que puisque j’étais soldat de 2e classe comme eux, ils me feraient la peau". Il affirme lors d’un interrogatoire avoir rejoint son ancien sergent-major qu’il lui devait une somme d’argent, reliquat de sa solde de sous-officier.

Il est arrêté le 20 janvier 1916 à Ville-d’Avray et est retenu à Versailles, au dépôt du 41e colonial, d’où il réussit à s’enfuir, pour retrouver son épouse "qui (le) menaça de demander le divorce". En fait il quitte les Yvelines pour la Loire-Atlantique. A Nantes il est employé officiellement comme courtier. En fait il vend des bicyclettes volées. Il serait "le chef d’une bande voleurs, ou du moins un membre de cette bande". Arrêté pour ce motif et pour vol d’argent au préjudice de son beau-frère à Ville-d’Avray, il est transféré à la prison de Poitiers. Il est condamné à un an de prison. A Poitiers, il organise avec deux complices une évasion. Lors de leur fuite l’un de deux complices tue un gendarme ; les deux hommes réussissent à s’enfuir tandis qu’Emile Louis est rattrapé. Il est transféré à Versailles où, le 24 août, il est condamné par le tribunal à 6 mois de prison pour vol. Le 17 septembre 1916, il adresse une lettre au procureur de la République de Versailles : "je suis déserteur. Je désirerais passer au Conseil de guerre pour retourner au front rachetez ma faute par une bonne conduite. J’ai déserté à la suite d’une cassation de mon grade".

Cette fois il est transféré dans la Somme, afin d’être présenté devant le conseil de guerre. Il est soigné à l’hôpital militaire de Châlons-sur-Marne pour gale. Bien qu’ayant été signalé comme individu dangereux, il n’est pas surveillé. Entré le 13 octobre, …il s’enfuit le 30. Arrêté à Epernay, il est ramené à Châlons le 4 novembre… et s’enfuit à nouveau. Un mandat d’arrêt est lancé contre lui. C’est finalement à Paris qu’il est arrêté, porteur d’un livret militaire au nom du soldat Lequeux, aumônier à Nantes. Le livret, tout comme la permission qu’il présente, a été volé et falsifié. Emile Louis est également accusé de vol de bicyclette. Il est détenu à la Santé à partir du 8 décembre 1916. Lors d’un interrogatoire en date du 19 mai 1917, il "demande à être renvoyé au front si c’est possible pour racheter (s)a faute". Jugé par le conseil de guerre de la 2e division d’infanterie à Ramerupt dans l’Aube le 24 mai suivant, il est condamné, à l’unanimité, à la peine de mort. Les chefs d’accusation retenus contre lui sont abandon de poste en présence de l’ennemi, vol d’un livret individuel, falsification et usage d’une permission. Il aurait également été recherché par le conseil de guerre du Mans comme témoin dans une affaire d’espionnage concernant un sous-officier d’origine allemande.

Emile Louis se pourvoit en révision. Le pourvoi est rejeté le 2 juin. Il demande un recours en grâce, rejeté par le président de la République le 27 juin. Il est exécuté le 28 juin, à Saint-Brice en Seine-et-Marne.


Adolphe Le François, né le 17 janvier 1878 à Londres (Angleterre). Marié, il travaille comme journalier à Marseille.
Engagé volontaire à Tunis le 1er juin 1899, il sert successivement au 1er régiment étranger, 4è, 15è,8è, 23è R.I. 'en Algérie, au Sahara, à Magadascar). Soldat à la 1ère compagnie du 1er bataillon du 129è R.I., il prend part aux plus importantes batailles de 1914 et 1915 (Charleroi, Guise, La Marne, l'Artois). En 1916, il se trouve dans le secteur meurtrier des Eparges et participe à la bataille de Douaumont, dans laquelle le 129è paye le plus lourd tribut en hommes. Il participe activement aux manifestations pacifistes qui éclatent au sein des 129è et 36è R.I., les 28-30 mai 1917, au hameau de Léchelle (Aisne). Adolphe Le François s'y révèle comme l'un des principaux meneurs. Alors que les soldats du 1er bataillon tentent de propager le mouvement aux autre bataillons du 159è, 36è, 74è et274è R.I., un quart du 2è bataillon du 129è qui cantonne à Poisy se joint à la manifestation qui prend la direction de Missy-aux-bois ou cantonne le 3è. Devant la menace d'une extension du mouvement de protestation déjà fort avancé, le commandement prend la décision le 30 au matin  d'éloigner les mutions du 129è en les faisant embarquer en camion pour Roye dans la Somme, ce qui met un terme à l'insurrection?. 22 soldats du 159è sont finalement déférés le 20 juin 1917 devant le CG du QG de la 2è armée siégeant à Heippes (Meuse). Chemin, Lebouc, Mille et Le François sont condamnés à mort pou "abandon de poste et refus d'onéissance devant l'ennemi". Il sont fusillés le 28 juin 1917 à 11h30 à la sortie nord de Rarécourt (Meuse) et enterrés hâtivement dans le cimetière communal.



André René Ozouf, né le 5 septembre 1896 à Saint-Hélier (Île de Jersey, Royaume-Uni), mort le 19 août 1917 à Aïn-Leuh (...), "tué par un indigène en rébellion", Soldat de 2e classe, 2e Bataillon d’infanterie légère d’Afrique, Matricule n° 5.400, classe 1916, n° 1.406 au recrutement de Cherboug [Acte transcrit à Cherbourg (Manche), le 2 janv. 1918].

Le cas des suicidés

Romain Burgan (Gers)

Né le 31 août 1884 à Moncassin, Romain Burgan est boulanger en 1914. Mobilisé dès les premiers jours de la guerre, il est blessé le 8 septembre 1914. Le 8 août 1915, il passe au 14e Bataillon de Chasseurs à pied où il est décoré de la Croix de guerre et deux étoiles de bronze et cité deux fois à l’ordre du bataillon
pour s’être "particulièrement distingué au cours de l’assaut du 1er septembre" en montrant "le plus bel exemple à ses camarades". La seconde citation salue "son courage dans tous les combats auxquels il a pris part et particulièrement le 20 juillet 1916".

La constitution d’un gigantesque fichier fut entreprise à partir de 1920 par le ministère des pensions. Il devait conduire à la réalisation d’un « Livre d’Or » qui ne vit jamais le jour faute de crédits et à cause du second conflit mondial. Il reste de ce travail considérable deux fichiers. L’un contient 1 325 291 fiches de militaires "morts pour la France" L’autre comporte 93 325 fiches : 62 867
fiches vertes de combattant qui n’ont pas eu droit à la mention "Mort pour la France" et 30 458 cas "non statués". Conformément à la loi, ces fichiers couvrent la période qui va du 2 août 1914 au 24 octobre 1919.Les soldats inscrits dans ce fichiers sont considérés comme "non morts pour la France": fusillés, morts de maladie non contractée en service, victimes d'accident, de
rixes, etc. Les suicides sont également mentionnés dans ce fichier à l’instar de ce soldat gersois qui met fin à ses jours le 12 août 1917 dans la Meuse. Ils représentent entre 3828 et 5000 hommes (soit 4,2 % des 93325 soldats inscrits dans le fichier) soit 90 par mois et 1080 par an. Ces chiffres ne prennent pas en
compte ceux qui s’exposent volontairement à la mort en abandonnant toutes les précautions élémentaires à la survie au combat.


Antoine Joseph Buccala, né à Bastia (Corse), collectionne déjà trois condamnations pour vole et violence entre 1898 et 1900. C'est en raison de ces antécédents judiciaires qu(il est incorporé au 3è BMILA, avec lequel il sert un an en Tunisie. Passé au 122è puis 163è R.I., il est libéré de ses obligations militaires le 23 septembre 1905 avec un certificat de bonne conduite. Rendu à la vie civile, il est à nouveau condamné par trois fois pour vol ou violences en 1909, 1911 et 1913.
Rappelé sous les drapeaux il commence la campagne contre l'Allemagne avec le 15è groupe spécial avant de se retrouver à combattre avec le 40è R.I. au secteur du Mort-Homme devant Verdun. Promu caporal le 19 août 1915, Buccala passe successivement au 113è RIT, 114è RIT et 213è R.I. Mais dans la nuit du 15 juillet 1917, il est abattu alors qu'il tente de s'introduire dans le camp militaire  Saint-Charles à Marseille "pour y commettre un vol".

Octobre


Le 18 octobre 1917, Jean Garret, né le 12 avril 1888 à Nohanent, près de Clermont.

En juin 1911, alors qu'il effectuait son service militaire à Roanne depuis 18 mois, il a déserté ; cinq jours après, il fut arrêté puis condamné par le Conseil de guerre permanent du 13e C.A. de Clermont-Ferrand, à un an de prison avec sursis. Au moment du conseil de révision, il s'était déclaré cultivateur  et mesurait 1,71 m. De retour à la vie civile, il est condamné en 1912 à Riom pour "outrages publics à la pudeur", puis le 5 septembre 1914, à Bourges, pour vols à trois mois et un jour de prison ; il ne rejoint pas son régiment au moment de sa mobilisation en janvier 1915 ; en avril 1915, il est condamné pour vol par le tribunal de Riom, puis en juillet par celui de Limoges pour le même motif ; il est affecté au Groupe spécial du 92e RI, rassemblant à l'arrière, les mobilisables ayant un casier judiciaire ; en mars 1917, il est condamné par la Cour d'appel de Nîmes pour "coups et blessures, port d'arme prohibée, usurpation d'identité" à deux ans de prison ; il subit une nouvelle condamnation en juin 1917 à Riom pour vols : il est relégué (c'est-à-dire désigné pour aller dans une section d'exclus métropolitains) ; Jean est finalement déclaré « déserteur » le 22 septembre 1917 ; le 18 octobre, il est tué à Chamalières, à 29 ans, lors d'un échange de coups de feu avec les agents de la police mobile de Clermont-Ferrand. Il n'y a pas de dossier d'instruction à son nom et son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.


Novembre


Eugène Tirard-Guy, 1er Bataillon de Marche d’Infanterie Légère d’Afrique
Né le 9 janvier 1883, à Saint Bueil. Tisseur. Domicilié à Saint Bueil.
Engagé volontaire (par 3 fois). " A reçu un certificat de bonne conduite ".
"Manque à l'appel le 16 août 1917... Déclaré déserteur le 19 août 1917 ".
Déjà condamné à 10 ans de travaux publics, le 7 avril 1916, par le CG de la 16ème DIC.
Condamné à mort par le CG de la 45ème DI, le 28 septembre 1917, pour abandon de poste et désertion en présence de l’ennemi.
Fusillé le 18 novembre 1917, à 6 heures, à Merfy, Marne (51).


Adolphe Rémi Victorien Coudre, né à Canchy (Somme) le 8 mai 1894, cultivateur. soldat au 84e R.I. condamné pour désertion en présence de l'ennemi est fusillé le 18 novembre 1917 à 7h45 au Ravin d'Ivor (Grèce).



espion fusillé à Reims (1917?)




1918

 

Un soldat et son chien blessés par le même obus
 

 

Né en 1893, Henri Camus est étudiant en médecine à Bordeaux en
1914. Il est mobilisé comme caporal au 65èRI jusqu’en 1918. Il réalise des
centaines de croquis sur deux carnets aujourd’hui conservés à la BDIC. "Le Fou" réalisé en 1918 montre un soldat français équipé mais sans armes avancer en titubant, les yeux exorbités, la bouche grande ouverte et le visage apparemment couvert de sang. Faute de décor, la scène a tout aussi bien pu se dérouler dans un poste de secours à l’arrière, dans une position fraîchement bombardée ou sur le champ de bataille lui-même. En quelques traits et en quelques aplats d’aquarelle, Henri Camus parvient à saisir l’accès de folie qui guette les combattants confrontés à une violence extrême.


 

4 janvier 1918 : exécutions sommaires déguisées

Charles Victor Robert né à Parnans dans la Drôme, cultivateur, célibataire à Romans (26) du 131e RI n'a pas été fusillé le 4 janvier 1918 à Bouconville-Vauclair dans l'Aisne quoiqu'il soit inhumé au cimetière de Pontaver. Il n'a pas eu le temps d'être déféré devant un conseil de guerre.

Pas plus que son "complice" Pierre Keraudren  né le 20 décembre 1896 à Brest n'a été fusillé à Craonne.

A la décharge des sous-officiers qui leur ont réglé leur compte, on peut conclure qu'ils ont agi en état de légitime défense. Si toutefois l'état de guerre peut être considéré -en soi- comme légitime. Voici l'exemple de ce qui ne manque pas d'advenir lorsqu'on met légalement entre les mains des hommes des armes létales et qu'on les dresse à tuer !

Le rapport du substitut du commissaire-rapporteur indique :

Le 3 janvier 1918 vers 21h30, le caporal Pingat, du cadre de la section spéciale, sommait le disciplinaire Keraudren, sorti de son abri, d’y rentrer. Au lieu d’obéir, Keraudren lança 2 grenades offensives sur le caporal Pingat, qui éclatèrent sans le blesser. Keraudren gagna alors un dépôt de grenades voisin, et commença à arroser les abris des caporaux et des sous-officiers. Alertés par le bruit, Keraudren fut rejoint par Dapoigny, Colard, Portier et Lenepveu. Après quelques instants d’accalmie, le tir de grenades repris de plus bel sur l’abri des gradés qui se trouvaient ainsi assiégés. Les autres gradés, l’adjudant Ombredane, les caporaux Pingat, Biteur, Vernède tentèrent à plusieurs reprises de les cerner par le sud, le sud-est et l’ouest du dépôt. Mais les mutins ne furent pas surpris et leur envoyèrent des grenades à 3 reprises, qui obligèrent ces sous-officiers à battre en retraite. Les mutins furent ensuite abordés, par le nord du dépôt, par les gradés renforcés par d’autres, ce qui obligea les mutins à regagner leurs abris où ils restèrent calmes, non sans que Keraudren ait essayé de donner un coup de couteau au caporal Pingat. Le tir a duré une vingtaine de minutes. Une centaine de grenades ont été lancées. Trente environ n’ont pas éclaté, on les retrouvera le lendemain matin armées aux abords des abris G et F et du dépôt H.

Le 4 janvier, malgré la surveillance mise en place, en démolissant l’arrière de leurs abris, les 6 disciplinaires ont pu quitter le camp après la soupe du matin en 2 groupes : Colard, Portier, Dapoigny et Keraudren, Robert, Lenepveu.
Ces hommes ont erré, à la recherche de vin, aux environs des coopératives de Tabarin et de Craonnelle. Vers 15h, Dapoigny se laissait arrêter sans difficulté. Colard et Portier regagnaient volontairement leurs abris vers 18heures.
 
La route de Craonnelle étant barrée par les hommes du génie, le 131e reçut l’ordre d’envoyer une forte patrouille de Craonne vers La Hutte. De leur côté, les gradés s’étaient lancés à leur poursuite. Vers 11h45, la patrouille de la section de discipline a rejoint les 3 disciplinaires aux environs du relais des coureurs et non loin du PC Fillot. Les témoins sont unanimes à affirmer que l’attitude de ces 3 hommes était menaçante et qu’ils paraissaient prêts à tout sauf à se rendre. Isolés en tête de la patrouille, les caporaux Pingat et Bileur ont sommé les 3 hommes de se rendre par 3 fois. Ceux-ci, au lieu d’obéir, ont continué à avancer sur eux, à la fois menaçants et gouailleurs. La scène se précipite, 4 coups de feu partent ; Robert tombe mort, Keraudren mortellement blessé fait quelques pas puis succombe, Lenepveu blessé est à terre et demande grâce.

Ces 3 militaires étaient responsables de l’incendie d’un dépôt de récupération situé sur la route de Craonnelle à Pontavert, à 200 mètres environ à l’ouest de son intersection avec la piste de Monaco, contenant 3 à 4 caisses de fusée éclairantes, 6000 cartouches et environ 700 grenades.
La fiche de N-MPLF de Keraudren est plus précise que celle de Robert : « tué au cours d’une mutinerie le 4 janvier à Craonne ».

Les faits sont maintenant établis. Les soldats Keraudren et Robert sont des  "exécutés sommaires". Ils ont été tués par le caporal Pingat. Les événements du 3 janvier ont certainement « pesé » dans le comportement des 2 caporaux, et sans porter de jugement de valeur sur l’article 121, ces 2 caporaux ont, comme le préconisait le colonel de l’Infanterie Divisionnaire 125, agi dans le cadre de ce règlement. Les circonstances générales sont établies. Bien évidemment, les témoignages divergent sur les moments les plus cruciaux des événements du 4 janvier.

Février



Un crime "terroriste"
Philibert Margottin est fusillé le 18 février 1918 à Vincennes.

A 22 ans Philibert Margottin,  était un soldat particulièrement rebelle. Déserteur à quatre reprises, il parvient lors d'une tentative d'arrestation le 18 mai 1917 à frapper le gendarme qui l'a attrapé, et à s'enfuir. Rebelote le 6 juin : il assomme d'un coup de bouteille l'agent venu l'appréhender.

Evadé de prison en compagnie d'un autre déserteur, Camille Pygmalion, 18 ans, ils se rendent le 5 juillet dans un café de Bobigny. Leur allure suscite les soupçons de deux gendarmes qui leur demandent leurs papiers... Margottin, sous des allures dociles, accepte de suivre les policiers, puis sort un pistolet et tire deux balles dans le visage du gendarme Ramade.

Le commissariat de Pantin lance une chasse à l'homme dans les rues de la ville : le brigadier Billon est abattu d'une balle dans le ventre, et le gendarme Boussedayac de deux balles dans la tête. Cinq autres représentants de l'ordre sont plus ou moins gravement blessés.

Tous deux sont condamnés à mort par le deuxième conseil de guerre, le 4 décembre 1917.

Pygmalion voit sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité en raison de son âge (mineur).
 
 photos de l'Identité Judiciaire annotée "Pygmalion Camille"


Jules Eugène Camille Hurier, soldat au 2e B.M.I.L.A.
né me 9 novembre 1898.  Décédé à l'infirmerie ambulance de Beni Mellal (Maroc) le 24 février 1918 à la suite de plusieurs coups de feu tirés par une sentinelle après trois sommations avec tentative de désertion.


Mai


Le 23 mai 1918, Eugène Simonnet, né le 11 septembre 1878, à Paslières, près de Chateldon. Ses parents sont allés s'installer en Haute-Loire, à Allègre ; il fit son service militaire dans ce département ; il mesurait alors 1,59 m (matricule 406 – classe 1898). Avant la guerre, il était célibataire et vivait dans le département du Rhône, à Grigny, comme chef de terrassement. Le 12 mai 1918, au camp de Basse-Chevrie, sur la commune de La Chalade (Meuse), lors d'une revue de détail, Eugène a été ramené dans son cantonnement à la demande de son capitaine de compagnie car il avait une mauvaise tenue en raison de son état d'ébriété (il avait déjà été puni quelques fois pour cela) ; dix minutes après, il revint sur la place, arma son fusil et tira en direction du capitaine d'Aubigny du 305e RI, 25 ans, sans l'atteindre ; mais il blessa mortellement le caporal Manhaudier, 33 ans et il toucha au thorax le soldat Villard ; après son geste, les hommes de la compagnie ont failli lyncher Eugène Simonnet ; lors de l'instruction, on découvrit un carnet sur lequel Eugène avait noté en avril 1917 : « je veux régler le capitaine ; pour moi, il en aura aussi » ; le Conseil de guerre de la 63e division, suite à la demande de la défense, refusa un examen mental de l'accusé avant le début du procès ; les témoignages notés pendant l'enquête signalent qu'il vivait à l'écart de ses camarades. Le 14 mai, après avoir entendu trois témoins, les 5 juges militaires le déclarèrent coupable à l'unanimité sans circonstances atténuantes, de voies de fait envers un supérieur avec préméditation ; selon l'article 221 du Code de justice militaire, un tel verdict entraîne la peine de mort avec dégradation ; de plus, le condamné et sa famille sont condamnés aux frais envers l’État. Le 15 mai, le condamné s'est pourvu en révision, en vain ; il fit alors une demande de grâce auprès du Président de la République : elle fut refusée par message chiffré reçu le 22 mai, à 13 h 15 ; Eugène Simonnet a été fusillé le 23 mai, à h du matin, à l'emplacement même où il avait commis son crime, devant presque tout le régiment ; le peloton d'exécution placé à six mètres du condamné, était composé de 4 soldats, de 4 caporaux et de 4 sergents du 305e RI, commandés par un adjudant ; l'un de ces sous-officiers porta le coup de grâce. Son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.



Un tour de plus en Belgique 

De nombreux soldats français ont été exécutés en Belgique. L'armée et le gouvernement belges se sont-ils montrés aussi indifférents et cyniques face aux pauvres gens qui se battaient pour défendre leurs intérêts financiers?



Cette photo, reproduite de nombreuses fois montre une exécution en présence de quelques officiers anglais. Il s'agirait de la mise à mort le 3 juin 1918 d'Aloïs Walput à Oostduinkerke, reconnu coupable de l'assassinat de son caporal à la prison de De Panne quinze jours auparavant.

Il n'y a eu de 1914 à 1918 "que" 13 soldats belges exécutés.

1. Honoré Doyen  renvoyé dans ses foyers comme inapte au service, arrêté le 10 septembre 1914 pour comportement suspect, convaincu d'espionnage par une cour martiale ; réhabilité, l'erreur judiciaire ayant été reconnue.
2, 3, 4. Trois soldats Elie-Jean De Leeuw, Jean Raes, Alphonse Verdickt furent exécutés le 21 septembre 1914, pour s'être trouvés absent à l'appel.

5, 6, 7, 8. Quatre soldats,  Leopold Noel, Alphons Gielen, Louis De Vos, et Victor-François Remy ont été exécutés pour faits de dé désobéissance, accusés de désertion devant l'ennemi lors de la bataille de l'Yser.

9, 10. Paul Vanden Bosch, Henri Reyns, absents durant deux jours par "peur de monter en 1ère ligne"

11, 12, 13. Exécutés pour meurtre : François-Alphonse Van Herreweghe lancier qui tira sur son lieutenant, le blessant à mort. Aloïs Wulput, engagé volontaire. Emile Verfaille, quartier-maître, reconnu coupable du meurtre de sa fiancée fut, lui, guillotiné.

Un certain nombre de civils furent fusillés également pour faits d'espionnage dont Orphal Simon, magasinier et agent d'assurance, pourtant agent du Service de Renseignement français Bénazet ,cité à l'Ordre de l'Armée française et décoré de la Croix de Chevalier de l'Ordre de Léopold (militaire) avec étoile d'or et palme de vermeil; Croix de guerre avec lion de vermeil et palme de bronze; Croix civique de 1ère classe avec rayures d'or; Médaille du prisonnier politique ; Croix de Chevalier de la Légion d'honneur; Croix de guerre française avec étoile et palme de bronze; Médaille de la Ville de Liège; Médaille de la Ville de Verviers.
Fusillé le 18 octobre 1915 à 06h00 à La Chartreuse à Liège.



Juin


Le soldat Gillet est condamné à mort et fusillé le 2 juin 1918. La Ligue des droits de l'Homme va soutenir le père du soldat Gillet pour obtenir en vain sa réhabilitation. En août 1920, le soldat exécuté recevra une décoration militaire à titre posthume.



Ernest Malgouyard, né le 13 juin 1880 à à Souillaguet (Lot), mort le 28 juillet 1918 à Fez (Maroc) d’un "coup de feu tiré par un chasseur (assassinat) en service commandé", Sergent, 7e Régiment d’infanterie, 17e Groupe spécial.





Octobre




Hyacinthe Augustin Heranval, né le 11 juillet 1883 à Saint-Lubin-des-Joncherets, dans le canton de Brezolles, il est le fils d’un couple de tisseurs,  installé au hameau des Caves puis au hameau de La Leu et travaillant à la manufacture Waddington. Après la naissance de leur 8e enfant, la famille quitte Saint-Lubin-des-Joncherets.
A l’âge de 20 ans Hyacinthe Augustin, qui exerce la profession de journalier, réside à Désnestanville dans la Seine-Maritime. Il est recruté en 1903 à Rouen,  et incorporé comme chasseur de 2e classe, dans le 5e bataillon d’infanterie légère d’Afrique, en Tunisie. Lorsqu’il est libéré du service en août 1907 il obtient un certificat de bonne conduite. En 1911 il est condamné à deux reprises à 3 mois de prison pour vol et passe au 3e groupe spécial. En 1912, d’après sa fiche matricule, il réside à Saint-Lubin-des-Joncherets. L’année suivante il réside au Petit-Quévilly puis à Rouen.
Il est mobilisé en août 1914. Son frère Eugène-Hyppolyte, né à Saint-Lubin-des-Joncherets le 19 octobre 1887, également mobilisé, meurt le 28 août à Guise dans l’Aisne.
Hyacinthe Augustin est incorporé au 116 puis au 319e régiment d’infanterie. Il est déclaré déserteur le 23 septembre 1917. En décembre, il est condamné par le conseil de guerre de la 53e division d’infanterie à 4 ans et 6 mois de travaux publics. Il est à nouveau déclaré déserteur le 30 mars 1918. Il décède le 1er octobre 1918 à La Roche-en-Brenil, dans le département de la Côte-d’Or, où il est détenu. Il aurait été abattu par une sentinelle alors qu’il tentait de s’évader.


Georges Gaillagot du 49e RI fusillé le 3 octobre 1918 à Allemant.



A Riom, dans le département du Puy-de-Dôme, est dédié un monument aux morts à la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple. C'est aux six martyrs de Vingré et à ceux de Flirey, Fleury, Fontenoy, Montauville et Souain qu'est dédié le monument de Riom. Situé à proximité du carré militaire au sein du cimetière des Charmettes, il est inauguré le 11 novembre 1922. Il est inscrit sur le monument : « Aux victimes innocentes des conseils de guerre 1914 - 1918 et à celles de la Milice et de la Gestapo 1939 - 1944 ». Le monument est simple, de type obélisque, avec des inscriptions gravées en lettre d’or, sans aucun élément décoratif.

les fusillés de 1916



1916


Conseil de guerre en séance : Argonne 1916

Janvier


Youcef Ben Ali Ben Tallah El Abasli, né à Bou Azam (Caïdat De Beja) (Tunisie) en 1887, soldat au 3ème B.M.Z.T. tué par une sentinelle le 12 janvier 1916 à Téteghem (59)


Jean Baptiste Chevalier, né le 27 novembre 1886 à Noyelles-Godault (62), mineur,  soldat au 58ème B.C.P. fusillé pour abandon de poste devant l'ennemi et refus d'obéissance à Topci (Grèce) le 15 janvier 1916


Février










Fernand Marius Brun, né à Orange (Vaucluse) 20 février 1895
Célibataire exerçant la profession de cultivateur à Arles (Bouches-du-Rhône).
Incorporé le 17 décembre 1914 dans le 27ème B.C.A., il quitte le dépôt de Menton (Alpes- Maritimes) en avril 1915 et combat dans les secteurs vosgiens du
Vieil-Armand, de Metzeral, du Linge. Son courage au feu vaut à Fernand Brun de recevoir la croix de guerre et d'être cité à l'ordre du bataillon le 5 juillet 1915:  "A fait preuve d'un beau courage pendant les combats du 15 au 22 juin 1915 ; sans cesse aux créneaux, a mis hors de combat de nombreux ennemis. »
Mais le 18 décembre 1915, il est évacué du front pour un problème au genou. Trois jours plus tard, sous la pression des médecins, Fernand Brun reconnaît s'être injecté de l'essence de térébenthine sous la peau dans le but de se faire porter malade. Il est déféré le 1er février 1916 devant un conseil de guerre spécial du 27me B.C.A.

Interrogé, Fernand Brun ne peut que reconnaître les
faits :
- Qu'est-ce que vous avez à dire pour votre défense ?
- Je regrette avoir commis cet acte d'indiscipline.
- Lorsque vous vous êtes piqué, saviez-vous que le bâtaillon devait participer prochainement à une attaque ?
- Non, on m'avait même dit que la compagnie devait re
descendre à Thann.
- Quand vous êtes-vous piqué ?
- Je me suis piqué le 14 décembre au moment où la compagnie était remontée au camp des Dames.
- Comment vous êtes-vous procuré l'essence de térébenthine ?
- Je me suis servi de l'essence de mon briquet que j'avais rapporté de permission.
- Saviez-vous pendant combien de temps cette piqûre vous rendrait indisponible?
- J’ignorais pendant combien de temps durerait l'effet de cette piqûre.
- Depuis combien de temps connaissiez-vous le nommé Julien ?
- Je ne le connaissais que depuis deux ou trois jours lorsqu'il me donna la seringue.
- Est-ce tout ce que vous avez à dire ?
- Je regrette mon acte et demande à faire mon devoir comme par le passé.

Malgré de bons états de service, Fernand Brun est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi par provocation de maladie ».
Il est fusillé le jour même du jugement, à 13 heures 30, dans une carrière située à cent mètres à l'ouest des anciennes usines Scheurer de Bitschwiller-lès-Thann (Haut-Rhin). ce 1er février 1916, âgé de 20 ans.
Aujourd'hui inhumé dans le carré militaire du cimetière de Bitschwiller-lèsThann tombe N° 1, son nom ne figure sur aucun monument aux morts.



Auguste Oudet, né le 13 février 1888, 27 ans, manœuvre dans le civil, 27è RI.
Manquement à l’appel le 3 août 1915 suite à une permission. Arrêté le 4 octobre par la gendarmerie de Couchey en Côte d‘Or, Oudet a été ramené à la compagnie le 16 octobre.  A peine arrivé, le même jour, il quittait sans autorisation sa compagnie en soutien de la première ligne à Tahure.
Arrêté le 20 octobre par la gendarmerie de Foulain en haute Marne, il était ramené à la compagnie qui occupait la tranchée de 1ère ligne à la Butte de Tahure.
Le 3 novembre, en croisant la relève de la 10e Cie du 143e RI et profitant de l’obscurité, Oudet échappait à la "surveillance" du caporal Tuffier chargé de le conduire à sa compagnie qui occupait des tranchées de 1ère ligne.
Arrêté le 24 novembre par la gendarmerie de Dijon, il rejoignait sous escorte sa compagnie en première ligne à la Butte de Tahure.
Le 28 novembre, Oudet faisait partie d’une section du 27e RI chargée de garder un barrage. Le caporal Françon qui commandait la section avait reçu l’ordre de surveiller Oudet de "près" mais celui-ci réussit à échapper à la surveillance de ses camarades.
Arrêté le 13 décembre dans la banlieue de Chalon sur Saône, il a déclaré dans un premier temps, se nommer Vantesse, être décoré de la croix de guerre, être du 27e RI  en convalescence pour 3 mois avant d’avouer aux policiers sa "qualité" de déserteur depuis le 29 novembre. Interrogé, il a déclaré avoir ramené 5 revolvers, 2 jumelles, 6 poignards allemands et un fusil. Il est dirigé sous escorte vers son régiment.
Interrogé par le commissaire-rapporteur, Oudet ne discute pas ses « défections » et les justifie en évoquant le cafard et l’hostilité de certains de ses chefs. Interrogé par la gendarmerie, son père déclare que son fils ayant fait les colonies est dérangé, vantard et menteur, qu’il ignorait ses désertions, qu’il ne l’aurait pas reçu s’il avait su.

Croix de guerre avec étoile de bronze. Mort pour la France (!) Abandon de poste devant l’ennemi et désertion à l’intérieur en temps de guerre. Fusillé à Villotte devant St Mihiel (55) le 13 février 1916.


Eugène Durand le 13 février 1916 à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais)
né le 6 novembre1890 à Saint-Denis.
Soldat au 68e Régiment d'Infanterie - Accusé de voies de fait envers un supérieur à l'occasion du service et outrages par paroles et menaces envers deux supérieurs à l'occasion du service - condamné à l'unanimité à la peine de Mort.

Le canonnier Alfred Mathieu du 114è Rt d'artillerie lourde. Le 19 février 1916 à 6h30 du matin, le soldat Mathieu a été fusillé pour assassinat à Champagney dans la Haute Saône. Quelles que fussent les motivations de Mathieu, avec lui, la terreur change de camp.

Le 17 octobre 1915 le soldat Mathieu, alors canonnier à la 12e batterie du 1er Régiment d’artillerie de campagne, a refusé d’écouter le maréchal des logis Flamand qui voulait lui interdire de continuer à boire et l’a insulté. Convoqué chez le capitaine pour entendre ses explications il arriva " excité, débraillé, malpropre, déboutonné et les 2 mains dans les poches ". Mathieu répondit avec insolence aux remarques du capitaine déclarant : "je veux bien travailler mais je veux pas qu’on m’emmerde". Il refusa violemment de suivre les 2 sous-officiers chargés de le conduire en prison en disant : "je m’en fous, j’ai faim, je ne veux pas qu’on me laisse crever". Maitrisé par plusieurs soldats, il se laissa conduire mais en proférant des menaces. Pour ces faits, le soldat a été inculpé d’outrages par paroles, gestes et menaces à l’occasion du service et de refus d’obéissance sur un territoire en état de guerre et traduit devant le Conseil de Guerre le 25 novembre 1915 qui l'acquitte. On le change de régiment, mais la punition n'est pas levée pour autant.

Le 4 décembre 1915, le lieutenant Bernardot qui commandait sa section lui signifie que la punition attendue est arrivée et qu’elle est de 60 jours de prison dont 15 de cellule. Le lieutenant lui a indiqué qu’il avait jusqu’à 13h00 pour entrer en prison. Le lieu de détention prévu par le lieutenant était une baraque en toile dans un bois mais comme le disait Mathieu : "cela me privera de vin et de tabac". Peu avant 13h00, le maréchal des logis Bouchoux alla chercher le soldat Mathieu dans son cantonnement, celui-ci lui demanda de parler au lieutenant Bernardot. Bouchoux acquiesça, partit chercher le lieutenant qui revint avec deux autres officiers. Soudain, une détonation retentit, le lieutenant Bernardot s’effondra comme foudroyé. Mathieu menaça de mort quiconque s’approcherait en particulier l’adjudant de la section. Puis Mathieu s’enfuit voyant les soldats s’approcher tout autour. Poursuivi, Mathieu tira sur les soldats qui l’encerclaient, tenta sans beaucoup de succès de se suicider en se tirant une balle dans la mâchoire et se rendit.

Dans sa déposition, le maréchal des logis Bouchoux confirma les événements. "Je suis allé chercher Mathieu qui m’a dit vouloir parler au lieutenant, j’ai répercuté à l’adjudant qui m’a dit d’aller rendre compte au lieutenant". J’ai trouvé ce dernier avec 2 officiers qui m’a dit : "ça va bien, je le verrai". Arrivés sur place avec les 3 officiers, j’ai entendu un coup de feu et vu le lieutenant s’effondrer. A ce moment, j’ai aperçu Mathieu qui rechargeait son arme, je me suis avancé en lui disant : "vous êtes fou"et celui-ci répliqua : "il y en a pour tous, sauve-toi parce que si tu avances, il y en a une pour toi". Sur ce, je suis allé prévenir la garde de police". Mathieu a reconnu avoir voulu tuer le lieutenant Bernardot pour se venger des sanctions prises contre lui.


Jean Dulaurans, d’Arbanats, né le 13 novembre 1895 à Virelade (33), soldat au 126 ème R.I. a été exécuté parce qu’il était peu actif à son retour de permission, le 18 janvier 1916. Au lieu de rejoindre directement les tranchées, avec deux de ses camarades, il a traîné deux jours à Hermaville (Pas-de-Calais). Accusés d’avoir désobéi, les trois hommes ont été traduits devant le conseil de guerre qui les a condamnés à mort pour "refus d’obéissance pour marcher contre l’ennemi"
"Si j’ai refusé d’obéir c’est parce que j’étais fatigué et me sentais incapable de monter aux tranchées. Je regrette la faute que j’ai commise, je ne pensais pas que c’était grave. Il a été fusillé le 22 février 1916 à Hermaville (62). Il avait 20 ans. Pour la législation de l'époque, il était mineur.

Jean Faucher, né le1er juin 1889 à Limoges (87) Soldat au 126ème R.I. Conseil de guerre : 24ème D.I. Fusillé le même 22 février  à Tilloy-Lès-Hermaville(62)



René Auguste Erman, né le 8 novembre 1888, ébéniste de son état.
Fusillé à Chaudefontaine, (51) âgé de 27 ans au motif de refus d'obéissance en présence de l'ennemi. (grâce refusée)
Déjà puni de 7 ans de travaux publics, peine suspendue, il traîne une mauvaise réputation : bagarreur, hygiène déplorable ; son chef le capitaine de Grossouvre, cité comme témoin insiste sur le fait qu'Erman était ivre "gesticulait et faisait du tapage, suivait très mal la compagnie... et même la quitta.



Le lieutenant prévenu donna à Erman l'ordre formel de suivre. Il refusa catégoriquement en disant : "Jaime mieux qu'on ne flanque une balle dans la peau".
La justice militaire exauce son vœu le 23 février 1916.

Invoquer l'ivrognerie comme explication aux actes délictueux est une pure hypocrisie : le commandement faisait en sorte que le vin ("le saint Pinard" disait-on) soit copieusement fourni aux soldats afin de les encourager à monter en première ligne. L'eau manqua, parfois la nourriture (l'état major laissait pourrir le blé dans les fermes), le vin jamais. Les débordements liés à sa consommation sont le revers d'une addiction entretenue par les chefs. Ne désignait-on pas déjà au 19è siècle les populations laborieuses comme un ramassis de criminels et d'ivrognes?

distribution de vin 1915


Mars



Maximen Roux, né le 9 janvier 1893, cultivateur,23 ans, fusillé à Wanquetin, (62) le 2 mars 1916 pour "pillage commis en armes, en bande, à force ouverte"
Le pillage jugé le 1er mars 1916 (motif rarement sanctionné en conseil de guerre) de 6 sapeurs du génie, à l'initiative de Maximen Roux et Antoine Fabre qui avaient découvert dans un café d'Arras (leur cantonnement) fermé et barricadé, une cave où se trouvaient empilées un grand nombre de bouteilles de vin et d’apéritif. A la nuit tombée le 16 février, ils se retrouvaient à proximité du café, l’un deux, à la surprise des autres, était venu avec son arme. Très rapidement, on se mettait à l’œuvre pour déclouer les planches qui empêchaient d’entrer dans les lieux. Un chien s’étant mis à aboyer, le porteur de son arme tirait et le tuait. Entre temps, protégé par deux hommes de guet, les 3 autres descendaient dans la cave et entreprenaient de remplir les sacs qu’ils avaient apportés pour emporter les précieux liquides. En plein travail, ils étaient prévenus par les guetteurs d’arrêter et de se cacher car une patrouille de gendarmes arrivait. Les guetteurs s’enfuyaient alors et rentraient à leur caserne par un trou reconnu dans le mur d’enceinte, causé par un obus. Conscient d’avoir laissés leurs camarades dans de sales draps s’ils étaient découverts, ils décidaient, réflexion faite, de revenir sur place, une fois les gendarmes passés et prenaient au passage leurs carabines.
Mais une fois revenus sur place, surpris par l’arrivée d’une autre patrouille, ils protégeaient la fuite de ceux sortis de la cave en tirant sur les gendarmes d’après le compte-rendu de ces derniers. A l’instruction, on se rendit compte qu’on avait affaire à des hommes jamais condamnés, très appréciés de leurs supérieurs. Encore à cette époque de la guerre, le recrutement régional se faisait sentir.  Les 6 avaient pour lieu de naissance Castelsarrasin, Figeac, Rocamadour, Marmande, St Gaudens, Villemur près de Toulouse, cultivateurs et pour l’un facteur de village.
Seul parmi les 6, Roux, convaincu d'avoir tiré n'obtint aucune circonstance atténuante. Fabre écopait des travaux forcés à perpétuité (sa peine réduite il sera renvoyé au front sur la demande de sa femme), Maupomé de 10 ans de travaux forcés. Les comparses sans armes Lafitte, David, Canal, étaient frappés respectivement de 2 ans, 2 ans et 5 ans de réclusion.
Malheureusement pour Roux, les juges refusèrent globalement de signer le recours. La présence parmi les juges du capitaine de gendarmerie prévôt de la 34e DI, a-t-elle pu jouer pour réclamer la fermeté suite à une agression caractérisée contre des gendarmes ?  Dès le lendemain du jugement, le 2 mars, Roux était fusillé. Les 5 autres, dont Fabre et Maupomé, après la parade de la dégradation militaire, étaient dirigés vers leurs lieux d’emprisonnement.

Albert Croize, né à Canny/Thérain ,fusillé le 3 mars 1916 à l’âge de 26 ans à Chaudefontaine (Marne). Mort par la France
Pierre Marie Serre, né le 9 avril 1887 à Saint Christo en Jarez (Loire) 11è Bataillon de Chasseurs alpins.

Témoignage d'Honoré Coudray dans "Mémoire d'un troupier" : "15 mars. L’après midi devait être marqué d’une sale histoire. Voilà qu’un chasseur d’une Compagnie nommé S(erre) ayant bu plus que de raison cherchait querelle à ses camarades et en a blessé plusieurs, oh légèrement, à coups de couteau. Le commandant vient à passer et veut mettre de l’ordre, mais S(erre), aveuglé par la boisson, le bouscule. Immédiatement, réunissant quelques officiers, il appelle cela une cour martiale, pérore un instant, sort l’article X du code militaire et, juge unique et inique, s’appuyant sur sa seule autorité branlante, il condamne gracieusement S(erre) à mort…Qu’a fait cet homme ? Ivre, donc en partie irresponsable, il a frappé ses camarades et heurté le commandant. Il méritait une sévère punition, mais n’ayant tué personne, il est difficile de trouver la raison de ce châtiment. - 16 mars. Ce matin à la pointe du jour, le peloton d’exécution a fait passer le malheureux S(erre) de vie à trépas, et l’on n’a pas oublié l’odieux coup de grâce dans la tête de cet infortuné".  La mairie a reçu l’avis de décès du chasseur Serre Pierre, du 11è bataillon, tué à l’ennemi en mars 1916 'en raison de l'illégalité de la procédure?). Mort pour la France sur le Livre d’Or du ministère des pensions.
Fusillé à Anould, (88) au carrefour du Calvaire le 16 mars (28 ans).






Jean Baptiste Gustave Hordé né le 8 février 1885, maçon. Soldat au 108e R.I. - 8e Cie. Abandon de poste en présence de l'ennemi (désertion en temps de guerre). Fusillé à 5h15 au Bois du Gard à Breteuil (60) le 22 mars 1916


Charles Francis Fournerie né le 4 novembre 1889
Fusillé à Breteuil (60) à l'âge de 26 ans le 22 mars 1916
Condamné une première fois le 10 mars 1915 à cinq ans de travaux publics pour désertion à l'intérieur.
Le 28 janvier 1916, profitant de l’obscurité, Fournerie, montant avec sa compagnie en première ligne, se dissimulait et partait pour l’arrière. Deux jours plus tard, le dépôt de son régiment, le 126e RI, à Brive signalait qu’il venait d’arriver et de se constituait prisonnier. (Les 4 autres qui ont abandonné leur poste ont eux aussi, dans les jours qui ont suivi, rejoint leur corps volontairement.)
Rapport du lieutenant Seurin : "Ramené au front par la gendarmerie, le Soldat Fournerie explique ainsi son geste: "J'ai peur du canon, j'ai beau faire tous mes efforts pour surmonter cette peur, je ne puis y parvenir. Le 28 janvier, j'avais d'autant plus peur que nous allions occuper un secteur qui avait été attaqué par les bombes quelques jours auparavant. Je n'ai pas eu le courage de suivre la Compagnie." Le rapport préconise que le soldat soit jugé pour "abandon de poste sur un territoire en état de guerre, dissipation d'armes, munitions, et autres effets remis pour le service. La requalification par le Colonel dirigeant le CG en désertion "en présence de l'ennemi" vaut au soldat Fournerie la condamnation à mort?









Avril



Antoine Royère né le 21 février 1890 à Saint-André-d’Allas (Dordogne) fut fusillé pour l’exemple à 26 ans le 18 avril 1916 à Méry-Prémecy dans la Marne

Joseph Fortuné Mouriès, né le 27 novembre 1889 à La Destrousse (Bouches-du-Rhône), pupille de l'assistance, jardiner à Montlaux (Basses Alpes), soldat de 2è classe au 163è R.I.
Le 9 avril 1916, son régiment combat dans la tranchée de Rieux devant Avocourt. Les allemands attaquent à midi après un bombardemet intensif de cinq heures. La section est en grande partie faite prisonnière. Joseph Mouriès se réfugie dans une tranchée tenue par une autre compagnie, y passe la nuit et la journée du lendemain puis rentre à sa compagnie.
Déféré le 28 avril devant le CG permanent de la 76è D.I. il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" et fusillé à Naives-devant-Bar (Meuse) le 29 avril 1916. Son nom figure sur le monument aux morts de La Destrousse.


Mai






Les fusillés de Roucy
22 mai 1916
source : http://les-blessures-de-l-ame.over-blog.com/

Émile Lhermenier d'Yvré-l'Evêque, près du Mans, et ses trois camarades du 96ème RI, exécutés le 22 mai 1916 à Roucy pour un mouvement d'humeur qui datait déjà de quelques semaines et qui ne leur avait valu au départ … que 8 jours d'arrêt de rigueur (ils avaient refusé pendant une heure de remonter en première ligne). Tardivement, le commandement de la division  transforme ce banal incident en manquement inexcusable à la discipline militaire et ordonne que les quatre soldats soient déférés devant un conseil de guerre qui les condamna à mort pour "refus d'obéissance en présence de l'ennemi".

Pierre Bellet, adjudant-chef au 96ème R.I. (Journal de guerre, compte d'auteur, pp. 97-98) :
"L'artillerie ennemie ne répondait pas et paraissait inexistante ; tout au plus quelques obus tombèrent sur Pontavert, mais pas un sur Roucy, contrairement à ce que nous attendions. Mais au moment où notre attaque se déclenchait et où nos canons allongeaient le tir pour former barrage, l'artillerie boche déclencha à son tour un formidable tir sur nos premières lignes. Nous apprenions bientôt que le Régt de droite s'était emparé du sud-est du bois et avait fait 200 prisonniers. (...) le Commandement n'était pas du tout satisfait ; il trouva les résultats a peu près nuls pour une si grande dépense de munitions. Il demanda des explications et exigea de connaître les responsables. Tout retomba sur 4 soldats du 96e qui furent exécutés après un jugement qui n'est pas en faveur de la justice militaire. Les victimes appartenaient au 1er Baton. Ce bataillon, relevé de première ligne dans la nuit, était arrivé dans la matinée au repos au camp du Faité, bien en arrière. Comme après chaque relève, on laissait un peu de liberté aux soldats dont beaucoup en profitaient pour se rendre chez le marchand de vin. Mais lorsque le Cdt Riols reçoit l'ordre de remonter en ligne dans la matinée même, le rassemblement fut difficile. Il y eut même des protestations d'abord, puis des cris ensuite et des commencements de désobéissance, car certains avaient du vent dans les voiles. L'intervention des officiers put ramener le calme, et tout le monde monta finalement en ligne. Le Cdt Riols crut devoir signaler les faits au Général de la 55e D.I.. Lorsque le Commandement réclama des responsables, le Général grossit les incidents du 96e. Il ordonna l'arrestation des plus excités, qui furent jugés et exécutés sur le champ, sans même que notre Colonel ait eu le temps d'intervenir. L'affaire eut une répercussion douloureuse dans le Régt. De l'avis même de nos officiers, on avait exagéré, car si une punition exemplaire était nécessaire, la peine de mort était excessive. (...) Un peu plus tard, notre Cdt recevait une lettre d'une pauvre mère demandant des nouvelles de son fils dont elle ne recevait rien depuis quelque temps. Il nous était interdit de donner suite à de telles démarches. C'est ainsi que cette malheureuse devait apprendre la mort de son fils par une affiche collée à la porte de la mairie de son village, proclamant à tous que son fils avait été passé par les armes parce que déserteur. Lorsque nous avons à nouveau rejoint la 31e D.I., le Général Grossetti commandant le 16e C.A. reprit l'affaire en main. Il eut gain de cause contre ceux qui n'avaient pas su gagner la victoire et qui avaient ordonné ce jugement inique. Ils furent limogés, c'est à dire destitués de leur commandement. Notre régiment que l'on avait voulu salir était ainsi réhabilité, mais cela ne changeait malheureusement rien pour ceux qui restaient en terre dans un des jardins de Roucy."
 
Paul Tuffrau était commandant d'une compagnie du 246ème R.I., régiment en ligne près du 96ème R.I.. Il eut connaissance de cette lamentable affaire car les quatre pelotons d'exécution avaient été choisis dans son régiment. "Concevreux, 30 mai 1916 …Dans les premiers jours de la semaine, il y a eu un matin quatre soldats du 96 fusillés près de Roucy, par le 5ème bataillon de chez nous. La veille, on avait commandé de service une compagnie, cantonnée à Concevreux pour 3 heures du matin ; on n’avait pas dit pourquoi, mais les hommes se doutaient, et les groupes étaient nombreux qui discutaient. Je n’ai pas entendu la salve, mais j’ai su, par Bourgeois et par Geoffroy, qu’on avait emmené les condamnés une heure trop tôt avant les troupes ; qu’un d’eux, un fort gaillard de dix-neuf ans, engagé pour la guerre, vitalité de taureau, hurlait d’une voie profonde et puissante : "Me tuer, moi ? allons donc ! C’est impossible !" Bayon dirigeait l’exécution ; il avait fait préparer quatre poteaux, apporter des cordes car il devinait qu’ils se débattraient ; cela a été vite fait, chacun ayant hâte d’en finir ; aussitôt attachés, les quatre pelotons ont fait en ligne face à gauche, visé, et sans même qu’il y ait eu commandement, le premier coup de feu a entraîné les autres. Après quoi Bayon a infligé huit jours d’arrêt à un maréchal des logis qui devait représenter la Division et qui est arrivé avec quatre minutes de retard :    « Vous faites mourir ces hommes deux fois, vous !»."
Le capitaine Tuffrau ajoutera dans son carnet (Sapinière, 3 juin 1916, p. 120) que cette exécution avait beaucoup perturbé certains soldats. Ainsi, dans une compagnie du 246ème R.I., un homme devint pratiquement fou à la suite de ce drame et dut être évacué. Il craignait d'être lui-même fusillé, ayant écrit dans une lettre à sa famille : « Au bout de vingt mois de campagne, il fallait que les chefs soient vraiment cruels pour mettre quatre de nos camarades au poteau » et était persuadé que cette lettre avait été ouverte.

Un soldat du 246ème R.I., Émile Mauny, a aussi été témoin de ce drame (Émile et Léa, lettres d'un couple d'instituteurs bourguignons dans la tourmente de la Grande Guerre, compte d'auteur, 2006, pp. 114-115). Lettre du 23 mai 1916 : « Il s’est passé hier une séance bien peu intéressante. 4 soldats du 96ème ayant été condamnés à mort, les compagnies du 5ème bataillon du 246ème ont été chargées de fournir les 4 pelotons d’exécution. A ma compagnie, il fallait 5 soldats, 4 caporaux, 5 sergents. Par bonheur, je n’ai pas été désigné pour cette horrible besogne. Les camarades nous ont raconté la scène. C’était lugubre, poignant. Tous étaient hébétés d’avoir participé à cette exécution. Peut-être ces 4 malheureux avaient-ils mérité leur sort (je ne sais pas), mais on devrait bien trouver un autre moyen d’exécuter la loi au siècle où nous sommes. L’un d’eux avait paraît-il 18 à 19 ans. Il me semble que moi qui ai l’habitude de vivre avec les enfants et les jeunes gens, je serais devenu fou si on m’avait obligé à participer à ce drame. Je te raconterai ces choses que je n’ai pourtant pas vues mais qui ont hanté mon esprit toute la journée hier. »

Le docteur Veaux, dans son livre Un an sur le Chemin des Dames (Bretagne 14-18, p. 84) évoque ces quatre tombes isolées dans le cimetière de Roucy :        « ... le père Simonet me raconte en quelques mots les circonstances de leur mort, car il les connaissait presque tous ; avant de soigner leurs tombes, il les a vus au cantonnement de Roucy, lorsque les régiments descendaient au repos. Puis ceux qui sont tombés à l’offensive d’avril. - Tenez ! Vous voyez ces petites tombes à part ; ce sont quatre hommes qui ont été fusillés. L’un d’eux, de la classe 1917, appelait sa mère au moment où on le conduisait au poteau ! Ah ! Malheur ! Il faut voir ça à notre époque ! Et tout ça à cause de ces cochons de Boches ! »
Il était alors de bonne guerre de rendre les Allemands responsables de ce jugement sans appel. Dans les documents officiels, seul le J.M.O. de la prévôté de la 55ème D.I. relate succinctement ces exécutions : « 22 mai : 4 soldats du 96ème R.I. (régiment momentanément mis à la disposition de la division), condamnés à mort, sont fusillés à la Motte aux Grillots (Roucy) à 4 heures. 3 soldats du même régiment subissent la dégradation militaire (refus d'obéissance en présence de l'ennemi). » Les J.M.O. de la 55ème D.I. et des 96ème et 246ème R.I. ne font nullement état de cette pénible affaire (le 22 mai, rien à signaler).  Pourquoi un aussi long délai entre la première sanction, bénigne (8 jours d'arrêt vers le 30 avril) et la fatale condamnation (21 mai avec exécution le 22) ? Pourquoi un tel écart de sévérité entre les deux punitions ?

Pourquoi, pour le même motif, quatre soldats condamnés à mort et 3 autres seulement dégradés ? Après le mouvement de grogne de fin avril d'une compagnie harassée par les attaques du Bois des Buttes et du Bois Franco-Allemand du 25 avril et des jours suivants, le 96ème avait connu bien d'autres tourmentes. Elles durèrent de fait jusqu'au 3 mai (les soldats qui rouspétèrent fin avril, ce que retint le conseil de guerre, étaient quand même remontés en ligne et avaient tenu le front) et le régiment enregistra des pertes assez sévères. Alors, pourquoi avoir attendu 3 semaines supplémentaires pour ressortir ce vieil incident contestataire et en prendre prétexte pour emmener au poteau d'exécution quatre pauvres bougres, même considérés comme de fortes têtes ? Nous avons lu qu'il s'agissait d'une « mutinerie ». Bien grand mot pour des protestations de soldats fatigués et peut-être quelque peu éméchés.


A Roucy, l'exemple du 22 mai  n'avait pas suffi.
Le 6 juin, à 4 heures du matin), le soldat Boitteaux du 246ème R.I. (originaire de Paris) fut aussi passé par les armes et le soldat Decombeix fut condamné aux travaux forcés à perpétuité et dégradé. 

 
Dernier point, juridique cette fois, soulevé par Éric Viot : à l’époque où ces 4 hommes ont été fusillés (le 22 mai 1916) la loi promulguée le 27 avril 1916 (loi supprimant les cours martiales et instaurant les conseils de révision) n’était pas appliquée en totalité car les cours martiales étaient supprimées mais rien n’avait été mis en place par le gouvernement pour créer les conseils de révision (la nouvelle loi stipulait que le condamné pouvait faire appel devant ce conseil de révision).
Le 6 juin 1916 suite à l’intervention des parlementaires sur ce vide juridique, le général Roques consentit à l’interdiction des fusillades en attendant la parution prochaine de son décret instituant ces fameux conseils de révision. Sa circulaire parut le 8 juin 1916. Les 4 soldats de Roucy ont été fusillés le 22 mai, entre le 27 avril 1916, date de la promulgation de la loi, et le 8 juin 1916, date de la parution du décret créant les cours de révision …
Avec Émile Lhermenier, les trois autres fusillés furent :

 - Milhau Félix, Louis dont le nom figure sur le monument aux morts de Bessan (Hérault) ;
 - Baleux Lucien qui est inscrit sur le monument aux morts de Burbure (Nord) et sur celui de Loos-en-Gohelle ; cet engagé volontaire de 19 ans (né le 31/01/1897) devait être ce colosse qui se rebella tant au moment d'être attaché au poteau ;
 - Regoudt Paul, Pierre de Dunkerque ; ce journalier célibataire, était l'aîné et le probable soutien d'une famille de 6 enfants ; sa mère était veuve d'un marin péri en mer en 1907 ; Paul Regoudt n'ayant pas reçu la mention de mort pour la France, sa famille ne perçut aucune pension.
Les quatre soldats reposent dans la nécropole de Pontavert, au milieu des autres soldats français morts au combat et y sont présentés comme "Morts pour la France" alors qu'ils n'ont jamais reçu officiellement cette mention.


juin



Maurice Etienne Sergent, né le 9 mars 1894 à Montigny-sur-Canne, recensé à Aunay-en-Bazois, où il était domestique de ferme, il est soldat au 56è Régiment d'Infanterie  lorsqu'il est condamné une première fois par le conseil de guerre de la 15e Division d'Infanterie, lors de la séance du 10 décembre 1915, à un an de prison pour provocation de militaires à la désobéissance. La peine est certainement réduite puisque Maurice Étienne Sergent, qui est revenu au 27e R.I., récidive en mai 1916. Condamné en conseil de guerre le 2 juin, aux motifs de "tentative de désertion à l'ennemi et d'intelligence avec l'ennemi dans le but de favoriser ses entreprises" Sergent n'a pas la possibilité de faire appel. Il est exécuté le 4 juin 1916 à Boncourt (Meuse)  "après l'accomplissement des formalités" : la compagnie du condamné à mort est réunie ; il est dépouillé devant ses camarades de tous insignes militaires, puis passe devant la ligne des autres soldats qui ont le fusil à l'épaule ; il est ensuite amené au poteau d'exécution, attaché, ses yeux sont bandés ; face à lui, le peloton se dispose sur deux rangs, il comprend 4 sergents, 4 caporaux et 4 soldats de rang ; un adjudant commande le feu et donne le coup de grâce.





Les "émeutes" du 3è Bataillon du 64è R.I.   

(récit repris de Yann LAGADEC )

"Ils ne m’auront pas par les balles ni leurs mamites [sic], j’en ai trop souffert, plus tôt [sic] la mort des 12 balles de chez nous que de recommencer ce martyr". C’est par ces mots que François Hénaff, soldat du 64e RI, originaire de Kerfeunteun, près de Quimper, décrit à Fernande, son épouse, dans un courrier du 1er juin 1916, les faits qui l’ont conduit dans les cellules de la prison militaire de Sainte-Menehould l’avant-veille.

Le 26 mai au soir, le 64è R.I. doit regagner Saint-Hilaire-au-Temple – où il a déjà été cantonné les 21 et 22 –, pour y être embarqué au milieu de la nuit dans trois trains en direction de Sainte-Menehould. Les différents bataillons quittent donc Fagnères, où ils sont arrivés le 23, après une marche d’une vingtaine de kilomètres entamée à 3h45 du matin, pour regagner Saint-Hilaire, à nouveau en pleine nuit : le 2e bataillon et l’état-major du régiment doivent par exemple embarquer à 0h30, le 3e à 3h30, après une nuit de marche donc alors même qu’aucune nécessité tactique ne l’impose.
C’est au sein de ce 3e bataillon justement que se produisent les incidents qui vont conduire à la convocation d’un conseil de guerre : "quelques coups de fusil, 15 environ, ont été tirés en l’air", tandis que "9 soldats manquants au départ [en gare de Saint-Hilaire] ne sont pas rentrés à 20 heures" le 27 au soir. Six sont finalement arrêtés par la prévôté et conduit à la prison de la division. 
"J’ai refusé à mon lieutenant de me mettre à ma place en sortant [du village]" concède pour sa part le caporal Bertin, l’un des accusés. Plus précis, Guichard évoque « les compagnies quittant Fagnères en faisant entendre des bêlements semblables à ceux que poussent les moutons menés à l’abattoir. Les officiers ne sont pas écoutés, ni même respectés » poursuit-il. On chante L’Internationale, on fait "du barouf" pour reprendre l’expression du caporal Bertin. 
Après le chahut du départ, les tirs en l’air... la protestation change de nature avec les insultes proférées entre autres à l’égard des officiers, commandant de compagnie ou chefs de section de la 11e, venus identifier les tireurs après avoir remonté la colonne constituée par le 3e bataillon. C’est le sous-lieutenant Gautier, principalement, qui se fait insulter : "gosse, fainéant, enculé" sont les termes que retiennent les différents procès verbaux, insultes lancées à l’encontre d’un jeune officier de 21 ans, par des poilus qui, pour certains, approchent ou ont dépassé la trentaine.  
" On parlait vaguement qu’on allait à Verdun" déclare l’un des inculpés, le soldat Bernard, avant de préciser qu’ "on s’en doutait mais on ne savait rien de sûr".  A la veille d’une montée en ligne, de tels actes d’indiscipline, qualifiés suivant les sources de « révolte » (Guichard) ou de « mutinerie » (Hénaff), ne peuvent être tolérés par le commandement. Le 30 mai, six soldats sont arrêtés et conduits à Sainte-Menehould pour être traduits devant le conseil de guerre de la 21e DI.

Le 31 mai, alors que le 64e RI quitte Sivry pour Sénart, de nouveaux coups de feu sont tirés pendant la marche. "Deux soldats du 1er bataillon sont pris sur le fait". Le caporalEmile Le Pahun et le soldat André Schlosser, de la 3e compagnie, sont jugés le soir même, et "fusillés le lendemain (1er juin) auprès de leur tombe" écrit Guichard. La procédure a été pour le moins expéditive : les archives ne conservent d’ailleurs pas la moindre trace d’une procédure en bonne et due forme les concernant, au contraire des six autres prévenus, jugés eux pour les faits survenus dans la nuit du 26 au 27.

C’est parce qu’ils sont notés comme étant de « mauvais soldats » qu’ils semblent s’attirer les foudres de leur hiérarchie. Deux des six accusés ont en effet un casier judiciaire... Hénaff, le Finistérien, a déjà été condamné trois fois avant-guerre. Quant à Bernard, il est passé par les "bat. d’Af." avant la guerre, et a été condamné par le conseil de guerre de la 21e DI quelques jours à peine après son arrivée à la division, début 1916. Tous sont décrits non seulement comme de "mauvais sujets", mais aussi comme « fais]nt bande à part », se retrouvant fréquemment alors même qu’ils appartiennent à des sections voire des compagnies différentes, ce qui ne vient qu’ajouter au sentiment que les incidents du 26-27 mai ne sont pas dus au hasard, mais ont été préparés.

Le 5 juin à l’aube  le caporal Joseph Bertin, domestique de ferme de Nozay (Loire-Inférieure), les soldats Guillaume Bernard de Pleyben (Finistère), ouvrier riveur à Brest, François Hénaff de Kerfeunteun (Finistère) et Armand Juin de Montoir (Loire-Inférieure), tous deux charpentiers, sont passés par les armes "en réparation du crime de Révolte sous les armes en réunion " à Sainte-Menehould, à 800 m au nord du quartier Valmy, à 6h30 ce 5 juin.


François Antoine Grimaldi, né à Marseille le 27 août 1893, célibataire, cordonnier. Soldat au 75è R.I., il est nommé caporal le 15 octobre 1915. Il reçoit sa première condamnation le 9 mai 1916, 5 ans de travaux forcés pour "outrage par geste envers son supérieur". Sa peine est suspendue, mais il est  dégradé et muté par mesure disciplinaire au 140è R.I. le 11 mai 1916. Le 14 mai à Haudinville, le régiment ayant reçu l'ordre de s'équiper pour monter aux tranchées devant Damloup (Verdun), il est constaté l'absence d'un grand nombre de soldats, dont Feançois Grimaldi qui a quitté sa compagnie pour se rendre sur une des péniches-bar stationnées sur le canal de l'Est, dénommée "Ouvre l’œil".
Arrêté, il refuse d'être réintégré dans un bataillon du 140è sous prétxte que celui-ci doit rejoindre le 75è où se trouve le sergent qui l'aurait fait injustement condamner.
Traduit le 20 mai 1916 devant le CG de la 27è D.I., il est condamné à mort à l'unanimité des voix pour "abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l'ennemi". Son recours en grâce ayant été rejeté, François Grimaldi est fusillé à Rosnes (Meuse), le 10 juin 1916 à 17 h, devant les 1ère et 2è Cies du 145è R.I.


             


Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant du 347e RI pour s'être repliés sur Verdun alors qu'ils étaient dans l'incapacité de recevoir des renforts et à court de munitions,  furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916.




Le Ministre de guerre Louis Barthou écrit aux familles indiquant qu'ils sont " Morts pour la France" alors qu'ils ne sont pas réhabilités juridiquement. Ils le seront en 1926.


stèle à Herduin et Millant à Fleury-devant Douaumont



Emile Ledoux, né à Compiègne, fusillé le 26 juin 1916, à l’âge de 22 ans à Saint-Hilaire-au-Temple (Marne).
Mort par la France.

  Juillet


Pierre Le Mével né le 26 janvier 1888 à Ferrière-en-Bray,  zouave au 2è RMA condamné à mort par le Conseil de guerre de Salonique, exécuté le 11 juillet 1916 à Salonique (Grèce)



Augustin Lacroix du 53e RI, né le 20 septembre 1882 à Viala-du-Tarn, près de Millau (Aveyron)  cultivateur, soldat  au 53è R.I.
Le 22 mai 1916, la Compagnie à laquelle appartient le soldat Augustin Lacroix reçoit l’ordre de quitter le tunnel de Tavannes pour monter en première ligne. Il refuse de s’y rendre en se cachant. Au lieutenant Pélissier qui commande la Compagnie, il explique : "Je n’ai pas eu le courage de partir
avec vous autres ; si tout le monde faisait comme moi, la guerre serait vite finie" puis "si je suis fusillé j’en descendrai d’autres avant".
Plus tard, il confirme être resté au tunnel "parce qu’il avait peur du bombardement".
Incarcéré, il est relâché le 31 mai, "une heure avant le départ de la Compagnie pour les tranchées, afin qu’il s’équipât. Au moment du rassemblement, il avait disparu". Il n ’est ramené que le 9 mai par la gendarmerie après avoir été arrêté. Interrogé par les gendarmes, il répond qu’il a déserté "pour ne pas remonter aux tranchées de première ligne." Il niera ensuite avoir fait cette réponse et déclarera être parti "parce qu’il n’avait pas la tête à lui".

L’homme est considéré comme une forte tête, un "mauvais soldat" : "il a été condamné le 23 février 1916 par le Conseil de guerre de la Division à 5 ans de travaux publics pour "outrages envers des supérieurs et ivresse".

Sa demande au président Poincarré de "commutation de peine" sera rejetée :
 
"J'ai accompli mon acte dans un moment d'égarement pendant la bataille de Verdun et je m'engage à le racheter. Je demande à repartir dans les régiments les plus exposé (sic) et où la discipline sera la plus dure".

Il est fusillé le 15 juillet 1916, à La Neuville (Marne), pour abandon de poste face à l'ennemi.



Adrien Desnoyer né le 17 mars 1896 à La Coquille (Dordogne), fut fusillé pour l’exemple à l’âge de 20 ans le 15 août 1916, à Wally dans la Meuse.


François Jules Vaucel est né le 7 avril 1888 à Saint-Aignan-sur-Erre dans l’Orne. En 1898 sa mère, domestique âgée de 46 ans, décède. Quelques années plus tard, en mai 1905, son père, ouvrier en chaussures, décède à l’hôpital de Dreux.
En mars 1905 François Jules est condamné par le tribunal correctionnel de Dreux à trois mois de prison pour vol, l’année suivante à un mois de prison par le tribunal de Mortagne, également pour vol.
Il est recruté au bureau de Dreux en 1908, sous le numéro matricule 724. Il est alors domicilié à Vernouillet et exerce la profession d’ouvrier agricole.
Il incorpore le 6e régiment de hussards en octobre 1909 et est réformé temporairement en 1911 pour « imminence de tuberculose ».
Il obtient un certificat de bonne conduite. Il passe dans la réserve de l’armée active en 1911 et est reconnu apte au service auxiliaire en 1912. Le 22 novembre 1911 il épouse à la mairie de Dreux une domestique de 29 ans, Joséphine Eugénie Louise Landier.
Il est rappelé à l’activité en 1915 et classé dans le service armé. Il est officiellement porté disparu le 11 janvier 1916, à Massiges. Mais au mois de juin suivant, il est arrêté par les gendarmes de Nogent-le-Roi, au Boullay-Thierry.
Le 10 janvier 1916, le 317e Régiment d’Infanterie se trouve à Maison-de-Champagne. Il subit les attaques des allemands qui projettent des liquides enflammés. Après 24 heures de combat, le caporal demande à deux soldats, dont Vaucel, de ravitailler le régiment en eau. Les deux soldats sont pris sous un bombardement et se séparent. Vaucel est alors porté disparu. En fait, il a été projeté dans la boue.  Il marche, "étourdi", puis monte dans une voiture de ravitaillement qui se dirige vers Valmy. Là, Vaucel monte dans un train de permissionnaires et rentre à Dreux. Il cache ses effets militaires sous le hangar d’un bourrelier, rue Saint-Denis. Il travaille dans des fermes, dans l’Eure et   l’Eure-et-Loir, jusqu’à son arrestation. Le 29 mai, deux gendarmes à la recherche de déserteurs et d’insoumis l’interpellent au Boullay-Thierry. Vaucel donne une fausse identité, affirme être en congé de convalescence et travailler dans une ferme où il propose de se rendre pour récupérer ses papiers ;
 il prend la fuite. Les gendarmes le rattrapent et le soldat révèle alors sa véritable identité : "Je me nomme Vaucel François Jules, âgé de 28 ans, maçon-puisatier (…). J’appartiens au 317e régiment d’infanterie".
Vaucel est jugé le 26 juin 1916 par le conseil de guerre de la 8e division d’infanterie. Lors de son procès son défenseur souligne que Vaucel  n’est pas un déserteur mais que, à cause du bombardement, il "avait eu un véritable moment d’égarement, conséquence d’une violente commotion".  Par conséquent il "n’avait pas eu conscience de la gravité de sa faute". Auparavant, il "avait, en toutes circonstances, accompli vaillamment et courageusement son devoir".
Vaucel est déclaré coupable d’abandon de poste en présence de l’ennemi et de s’être soustrait au devoir militaire jusqu’à son arrestation. Il est condamné à mort. Le 4 juillet le recours en révision formé par Vaucel est examiné. Des témoignages lui sont favorables mais le commandant de la compagnie le considère comme un "soldat moyen au feu et au cantonnement, sa manière de servir était passable". Le pourvoi est rejeté. Son recours en grâce est rejeté le 22 juillet. Vaucel est exécuté le 23, à Nixéville dans la Meuse.
Son acte de décès est transcrit dans le registre d’état civil de Dreux le 24 juillet. Son nom est inscrit sur le monument aux morts.




Août


Victor Fortuné Roy Ferrero, né à Aubagne le 5 janvier 1892, terrassier au civil, soldat au 55è R.I. 
Le régiment est alors engagé dans la bataille de Verdun (sous commandement de Nivelle) dans le secteur d'Esne.Le 13 mai 1916, le soldat Ferrero reste au camp au lieu de monter en ligne à la cote 304 avec ses camarades. Il est condamné à 5 ans de travaux forcés pour "abandon de poste". Mais comme on a besoin de chair à canon on lui laisse une chance de se réhabiliter. Dans la nuit du 29 au 30 juin, sa Cie se rend de la tranchée de Garoupe à la tranchée Champigneul, cote 304. Sur un moment de panique, il quitte son poste. Le 30, après réflexion, il se rend à la gendarmerie de Jubécourt.. Lors de son jugement, il déclare qu'étant en prévention de conseil de guerre il n'aurait pas dû monter en ligne, et qu'il avait agi sur un coup de folie. Malgré un témoignage élogieux sur ses qualités de soldat, il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" le 25 juillet et fusillé 18 jours après sa condamnation, le 12 août 1916 à Jubécourt (aujourd'hui Clermont en Argonne). Son nom ne figure sur aucun monument aux morts.


Septembre








Octobre

 


Baptistin Auguste Antoine Gastaudo, né à Marseille le 26 février 1890, chaudronnier, soldat de 2è classe au 1er BMILA, participe avec trois de ses camarades à une révolte au cours de laquelle il insulte et menace l'un des sergents en lui disant : "Je te connais depuis le Maroc, tu es une peau de vache, un enculé ! Nous nous retrouverons !.. tu es un buveur de sang." Selon des témoins présents, cette révolte faisait suite à des violences perpétrées par trois sergents.
Traduit devant le CG de la 45è D.I., Gastaudo est condamnéà mort par trois voix contre deux pour "révolte à main armée et outrage envers ses supérieurs". Son recours en grace étant rejeté le 8 octobre 1916, il est fusillé à Coxyde (Belgique) le 17 octobre 1916, en compagnie du soldat Debonne.
Son nom ne figure sur aucun monument.

Le caporal Sylvestre Marchetti, 22 ans, de Tagliu Isulacciu (Corse) et le soldat Julien Lançon,24 ans, tous deux du 8e RIC sont fusillés le 22 octobre à 6h30 au lieu-dit La Cavé d'Hayon à Sarcus dans l'Oise, devant le cimetière de Sarcus où ils seront rapidement enterrés, comme des parias Fusillés pour l'exemple pour avoir pris part à deux mutineries au cœur des tranchées de la bataille de la Somme, en août 1916. Leur tombe y est toujours visible.



Le 1er juillet, 19 240 soldats sont tués. Membres de la 2e Division d'infanterie coloniale, les 4e et 8e RIC, considérés comme des corps d'élite, sont de tous les combats. Après plus d'une semaine d'assauts, les officiers accordent un repos bien mérité à leurs troupes. Nous sommes le 9 août. Mais à peine redescendus de première ligne, contre-ordre : il faut déjà remonter au feu. Malades, éreintés, ils sont 300 soldats à refuser. Ce repos promis et repris, les gars se l'accordent eux-mêmes. Il n'y a ni injure ni coup, juste des hommes qui posent à terre leur barda de fatigue, de terreur et d'armes. Certains se cachent dans les tranchées ; d'autres filent se baigner dans la rivière qui coule non loin.
D'abord qualifiée "d'enfantillage", leur escapade fera grand bruit. "Il y a lieu de réprimer les fautes commises, même par les fatigués, les égarés, les demi-conscients", lit-on dans les rapports militaires. Cinquante-sept hommes sont traduits devant le conseil de guerre pour "désertion et refus d'obéissance", dix-neuf condamnés à mort. Si dix-sept voient leur peine commuée en travaux forcés, deux, "considérés comme meneurs", Julien et Sylvestre, sont passés par les armes. "Il faut faire un exemple, marquer les esprits."

 Julien Lançon en 1913. petit cultivateur, Julien Lançon, né le 11 février 1893 à la Bastide-des-Jourdains (Vaucluse), fils de Marius Lançon, de Mollégès et Marie-Louise Figuière.


Le soldat Louis Xavier Le Dû, né le 21 juin 1890 à Pais 15è, fumiste à Paris, canonnier au 34è R.A.C. exécuté pour rébellion le 31 octobre  1916 à Moreuil dans la Somme.  Condamné à mort pour "voies de fait et outrages envers un supérieur, rébellion en réunion avec armes et instigation" par le CG du quartier général de la Xè armée. On me sure à la fois le mépris, l'affolement et l'imbécillité de la hiérarchie ne parcourant le PV d'instruction.

Cité par Offenstadt Les fusillés :

Au cantonnement de canonniers de La Hérelle, dans l'Oise, en septembre 1916, un refus de ce type conduit à une petite rebellion. Le commissaire-rapporteur écrit ; "sans cesse en révolte contre l'autorité [...] ces canonniers ont formé une sorte de bande [...] tout à coupe Le Dû (arrêté) cria " A moi les amis", c'est alors que se produisit une scène telle qu'il s'en passe dans le monde des appaches (sic) sur les boulevards extérieurs de Paris." Le prisonnier est en effet délivré par ses acolytes. Le rapport du chef d'escadron précise ; " La plupart de ces canonniers n'ont aucune valeur au feu, notamment Le Dû et Mons se sont fait porté malades au cours des dernières actions pour ne pas aller aux tranchées. Pa contre, par leur menaces du couteau ou du revolver, ils sont la terreur des cantonnements."
Le Dû, seul, est condamné à mort. Dans ce dernier cas la résistance à la discipline semble plus organisée mais son expression est la même que les actes individuels [...] : tout est parti de l'injure lancée par Le Dû au lieutenant qui lui avait collé huit jours de prison pour absence à une revue d'armes.


Le docteur Destemberg pour sa part dispose d’une série de trois clichés pris par un artilleur du 53è R.I. lls concernent, ainsi que Denis Rolland a pu l’établir
par recoupements, l’exécution d’un soldat du 364è R.I. à Conchy-les-Pots (Oise) le 28 août 1916. Trois instantanés qui illustrent trois moments (La mise au poteau/L’exécution/Le défilé) du rituel de l’exécution capitale par fusillade tel qu’il est fixé par l’article 52 du décret d’octobre 1909 portant sur le Règlement du service de place.



Exécutions sommaires 

Les exécutions sommaires n’apparaissent souvent  pas dans les rapports officiels et sont donc très difficiles à dénombrer. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :
- En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P.... a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,....aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur.
- En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque, lui dit : "monte sur le parapet", et le tue d’une balle dans la tête.


Deux exemples d'assassinat "gratuit" ou le début d'une solution devant l'oppression.

Le caporal Legendre tue le 31 août 1916 un de ses supérieurs, il sera fusillé.
Il semblerait que le caporal Legendre, ce père de deux enfants, n’avait rien de particulier contre le sergent qu’il a tué. 
Il se trouvait dans un état de révolte par rapport aux événements : la guerre, son frère tué, sa femme seule sur le point d’accoucher. Un raz le bol qu’il a fait payer à un sous officier en sachant très bien qu’il terminerait au mur comme il disait.

Novembre

Justin Marius Jean Follis , né à Gardanne le 1er juillet 1896 (le dossier de révision de son procès donne 1897), boulanger. Condamné pour délit  de droit commun, il fut comme le soldat Botte envoyé au bagne d'Aniane du 11 décembre 1913 jusqu'à sa mobilisation le 10 avril 1915. 
Le 14 mars 1916, après avoir terminé son service de soldat au dépôt du 24è BCA à Villefranche sur Mer, il s'introduit au domicile d'un civil italien, l'abat d'un coup de revolver et lui dérobe son argent. Le dossier de révision mentionne "vol commis le 14 mars 1916 sur la personne d'un marchand d'œufs." Un des rapports relatant les faits donne une version légèrement différente de "l'introduction au domicile" puisqu'on y lit : 
"Le 13 mars 1916, un crime était commis sur la personne d'un nommé Parodi par le soldat Follis... celui-ci avait fait depuis trois semaines environ la connaissance de Parodi, connu pour être un pédéraste et avait eu plusieurs fois avec lui des relations contre nature. Le jour du crime, après s'être livré une fois de plus à son acte anormal..."
L'arrêt de condamnation prononcé le 20 juillet 1916 par le CG de Marseille fut annulé par le conseil de révision de Lyon le 14 août 1916. Le CG de Lyon condamna néanmoins Follis à la peine capitale le 10 octobre 1916 pour "assassinat suivi de vol qualifié" et rejeta le recours en grâce le 14 novembre 1916. En conséquence, Justin Follis 20 ans, fut fusillé au camp de La Doua, à Villeurbanne, le 21 novembre 1916.


Décembre


Le cas Claude Victor Magnouloux,  4 décembre 1916.
Claude Victor Magnouloux naît le  1er février 1883 au village de Souvignet situé sur le territoire de la commune de Saint-Julien-Molhesabate.
Son frère jumeau prénommé Joseph Marius ne participe pas à la Grande Guerre en raison de problèmes de santé .
Claude Magnouloux présente également des problèmes de constitution physique puisqu’il est ajourné dès 1904 pour se retrouver classé « service auxiliaire » en 1908, ce qui lui évite la conscription et le service militaire obligatoire.
En 1914, célibataire, il habite à Saint-Etienne et c’est à cette période que l’armée, qui a besoin d’hommes, le convoque devant la Commission Spéciale de Réforme du département de la Loire le 1er décembre de la même année.

En novembre 1915, il écope de 8 jours de prison pour "être arrivé à la compagnie avec 24 heures de retard sur le détachement dont il faisait partie et ayant perdu son képi, sa musette et les vivres de réserve". Le 6 janvier 1916, il s’esquive après la douche et rentre en retard au cantonnement.
Le 13 avril 1916, il est muté au 20è Bataillon de Chasseurs à Pied et c’est dans ce régiment, à 33 ans, qu’il va mettre être confronté à la réalité de la guerre.
Le 17 juin 1916, au retour d’une permission de 6 jours, il écope de 4 jours de prison pour 24 heures de retard. Le 26 août suivant, au cours d’une discussion au cours d’un repas, il blesse involontairement un camarade ce qui lui vaut 4 jours de prison. En septembre 1916, Magnouloux accumule une trentaine de jours de prison.

L'après-midi du 22 septembre 1916, à l’initiative du Sous-lieutenant Verdier une revue de la compagnie est mise en place à laquelle Magnouloux se soustrait. Il est apostrophé vers les 16 heures par le Sous-lieutenant qui lui inflige 4 jours de prison pour cette absence momentanée. Dans ses premières déclarations le chasseur Magnouloux avoue avoir consommé au moins trois litres de vin.
Dans une des ses poches Magnouloux conserve un revolver chargé trouvé quelques jours auparavant dans une tranchée conquise aux allemands. Ce pistolet dira-t-il, est un souvenir qu’il tient à rapporter chez lui. Magnouloux ne connaît pas le Sous-lieutenant. A l’interpellation de l’officier, il murmure quelques mots, sort son arme et fait feu en sa direction. L’officier fuit, poursuivi par Magnouloux qui l’atteint encore deux fois.
Des témoins maîtrisent l’agresseur, dont l’un est légèrement blessé tandis que l’officier est pris en charge par les médecins. Dans son rapport le médecin-major précise que le soldat Lerousseau René est blessé par un projectile, et qu’après une prescription d’une dizaine de journées de repos, les blessures "n’auront aucune conséquence grave".
Le Sous-lieutenant Verdier dont les organes vitaux ont été touchés décède le 23 septembre à 9 heures du matin dans l’ambulance de Cayeux en Santerre
officiellement " des suites de blessures de guerre". Il inhumé au cimetière de la localité le lendemain. Cette mention du motif de décès mensonger est-il un indice de la peur qui règne d'ébruiter les faits ?

A l'inverse de la volonté de la hiérarchie de maintenir le secret, les officiers les plus directement concernés s'empressent de monter un dossier à charge le plus rapidement possible : le 24 septembre, le sergent responsable de la section déclare : "c’était un homme violent qui cherchait souvent des discussions avec ses camarades et même avec ses gradés."

L’audience du Conseil de Guerre se tient le 27 septembre à Harbonnières. Le défenseur de Magnouloux présente une requête visant à ce qu’il soit procédé à la
nomination d’expert pour examiner l’accusé "du point de vue mental" (sans
suite). Aucun des témoins cités n’est présent à l’audience, Magnouloux est
condamné à la peine de mort à l’unanimité du jury.
On s’empresse de désigner le membre du Conseil de Guerre qui sera présent à
son exécution.
Le 28 septembre 1916 : Magnouloux, par la voix de son défenseur se pourvoit en révision contre le jugement.
Le 8 octobre 1916 : Le Conseil de Révision de la 10 Armée examine le recours et "casse et annule à l’unanimité" le jugement du 27 septembre 1916 pour défaut de procédure. Le destin de Magnouloux va être confié au Conseil de Guerre
de la 120è Division d’Infanterie, qui siège le 26 octobre. A l’unanimité des membres du jury, Magnouloux est condamné à la peine de mort et dispose d’un délai de 24 heures pour se pourvoir en "Conseil de Révision"(rejeté le 4 novembre).

Dans un document classé « SECRET » l’état-major de la 120è Division, diffusé le 3 décembre 1916, on apprend que l’exécution aura lieu à Châtenois dans le département des Vosges le 4 décembre 1916. La "parade d’exécution" sera commandée par le commandant du 38e R.I, le peloton d’exécution sera fourni par ce même régiment. Assisteront à l’exécution et seront en place pour 6 h 45 : deux compagnies du 38è R.I., deux compagnies du 408è R.I avec un Chef de Bataillon, le 3è Escadron du 3è Régiment de Chasseurs à cheval, une section commandée par un officier de chacune des compagnies 26/3 et 26/56 du Génie, une demi-batterie du groupe Baudica. Seront également présents un capitaine du 3è Régiment de Chasseurs à cheval comme juge désigné par le Président du Conseil de Guerre, le Médecin Aide-Major du 3è Régiment de Chasseurs à cheval, un abbé.
Une voiture avec quatre brancardiers sera rendue à la prison à 6 heures, elle sera escortée par un peloton du 3è Régiment de Chasseurs à cheval et accompagnera le condamné à proximité du lieu d’exécution et transportera "le corps du supplicié" au cimetière.L’exécution terminée, les troupes défileront devant le corps et regagneront leurs cantonnements.

L’exécution a lieu au sud de la sortie de Châtenois en direction de Mirecourt , à l’ouest de la voie ferrée. Le procès-verbal mentionne :
"Un piquet de chasseurs à cheval composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné, qui est tombé mort". Dans son rapport, le médecin témoin de l’exécution écrit : "la mort résulte de huit balles qui ont touché le corps, sept dans la région du cœur et une dans la tête. Il n’a pas été nécessaire de donner le coup de grâce."

Contrairement à l'extravagante publicité du cérémonial observé, le document ministériel mentionne curieusement comme "motif de la mort" : "tué à l'ennemi" ce qui permettra de taire la réalité des faits pendant environ une centaine d'année. Pourquoi cette accumulation de mensonges et de contradictions dans une affaire criminelle qui n'aurait pas dû prêter à polémique au détriment des autorités ?




Alexandre Gaston Simon, soldat au 8e R.I. fusillé à Saint-Memmie (51)
né le 19 août 1889 à Amiens.
Jugé et condamné le 21 novembre 1916 pour " abandon de poste en présence de l'ennemi et dissipation d'armes et d'effets militaires à lui remis pour le service" par le conseil de guerre de la 1ère D.I., appel rejeté le 8 décembre 1916
Fusillé le 16 décembre 1916


http://lp67.dyndns.org/Ils-ont-ete-fusilles-pour-l-exemple
https://www.scoop.it/t/autour-du-centenaire-14-18/?&tag=fusill%C3%A9
http://www.chtimiste.com/
http://cantereine80.free.fr/indexguerre_fichiers/fusillesc.htm

https://fr.calameo.com/books/00500287807a654b5075c