vendredi 17 août 2018

1916 Documents sur l'affaire Follis

Le crime de Villefranche

Justin Marius Jean Follis , né à Gardanne le 1er juillet 1896 (le dossier de révision de son procès donne 1897), boulanger. Condamné pour délit de droit commun, il fut comme le soldat Botte envoyé au bagne d'Aniane du 11 décembre 1913 jusqu'à sa mobilisation le 10 avril 1915, pour avoir, en compagnie de deux autres jeunes gens agressé un étranger de passage à Gardanne afin de le voler.
Le 14 mars 1916, après avoir terminé son service de soldat au dépôt du 24è BCA à Villefranche sur Mer, il s'introduit au domicile d'un civil italien, l'abat d'un coup de revolver et lui dérobe son argent. Le dossier de révision mentionne "vol commis le 14 mars 1916 sur la personne d'un marchand d'œufs." Un des rapports relatant les faits donne une version légèrement différente de "l'introduction au domicile" puisqu'on y lit : 
"Le 13 mars 1916, un crime était commis sur la personne d'un nommé Parodi par le soldat Follis... celui-ci avait fait depuis trois semaines environ la connaissance de Parodi, connu pour être un pédéraste et avait eu plusieurs fois avec lui des relations contre nature. Le jour du crime, après s'être livré une fois de plus à son acte anormal, Follis tira sur Parodi plusieurs coups d'un revolver dont il avait eu soin de se munir, puis l'acheva en l'étranglant. Enfin il s'empara de son portefeuille et d'une cassette qu'il fut obligé de fracturer..."
Le soldat Follis n'avait pas agi seul ; joint à la procédure un certain Justin Marius Félix Gilly, 20 ans, est jugé pour complicité. Un certain Marius Gleize de 19 ans est également soupçonné de complicité (mais obtient le non lieu, n'ayant connu le crime que par le récit de Gilly. Lors de la révision Gilly n'est plus prévenu que de recel, n'ayant fait que prêter puis cacher le revolver qu'il avait prêté à Follis, et quoiqu'il ait partagé avec lui le butin du vol (aucun argent retrouvé, du vin et des oeufs).
Gilly est finalement condamné à 10 ans de travaux forcés (peine commuée en 1920 en détention simple) et détenu à la maison centrale de Melun. Un avis défavorable à la mise en liberté conditionnelle de Gilly sera rendu le 6 mars 1924.
L'arrêt de condamnation prononcé le 20 juillet 1916 par le CG de Marseille fut annulé par le conseil de révision de Lyon le 14 août 1916. Le CG de Lyon condamna néanmoins (à huit clos, l'affaire étant unanimement qualifiée de "dangereuse pour les mœurs") Follis à la peine capitale le 10 octobre 1916 pour "assassinat suivi de vol qualifié" et rejeta le recours en grâce le 14 novembre 1916. En conséquence, Justin Follis 20 ans, fut fusillé au camp de La Doua, à Villeurbanne, le 21 novembre 1916. Sa fiche de décès est assez unique ; "corps déposé à l'hopital, genre de mort : justice militaire"          


***


Le dossier de procédure est constitué de 445 pages. C'est dire combien cette affaire a occupé pour ne pas dire fasciné (ou terrifié, c'est selon) à la fois la police et les deux juridictions militaires auxquelles il a été soumis. En voici quelques extraits:

Les protagonistes

Follis, Justin Marius Jean, célibataire, 19 ans, boulanger à Gardanne
1,66m châtain foncé, yeux roux, visage ovale, tatoué d'un cor de chasse, 24è chasseur sur le bras gauche, une pensée et une hirondelle messagère au bras droit


Entre autres bizarreries du dossier, on trouve sur le relevé de punition du soldat Follis, au milieu des absences illégales, le curieux motif en date du 27 septembre 1915 "Malgré les ordres répétés du capitaine, s'est fait raser la moustache". Un certain Dr Latil d'Aix établit un certificat attestant avoir soigné Follis, âgé de 16 ans pour une typhoïde grave "avec complications pulmonaires et cérébrales violentes -que depuis cet atteinte, il manifestait des moments d'absence ou d'impulsions irraisonnés".


Follis déclare le 13 mars :
"Le lundi 13 courant, je suis sorti du quartier vers 5 heures et j'ai passé une partie de la soirée au bar du Globe, quai Amiral Courbet. J'ai fait ensuite une promenade sur le chemin de la gare, seul, mais chemin faisant, un individu que je ne connais pas, âgé d'environ 40 ans et de petite taille m'a pris familièrement par le bras en me disant: "où vas-tu chasseur, viens m'accompagner à la gare!" Comme j'allais dans cette direction j'ai accepté et c'est ainsi que nous sommes entrés à la gare. Là, l'inconnu s'est rendu dans le bureau du chef et je me suis assis sur un banc (...) Quelques instants après l'inconnu est sorti, s'est occupé d'un colis d'oeufs, puis il est passé devant moi en me disant simplement bonjour, après quoi il a traversé la voie pour aller attendre sans doute le train pour Nice qui est arrivé sur ces entrefaites. J'ai quitté la gare, suis rentré au quartier pour répondre à l'appel de 9 heures et n'ai plus revu mon compagnon d'occasion.(...)
Après l'appel du soir, c'est-à-dire vers 9 h15, je suis sorti de la chambrée pour aller au lavabo, car je suis atteint d'une maladie vénérienne et me suis couché un quart d'heure après." (Ce détail ne semble pas avoir été vérifié... alors qu'au mois de février Follis avait séjourné à l'infirmerie pour se guérir de la gale.)

C'est ce même jour vers 19h que le chasseur Eugène Lieutaud, chef de poste à la gare, voit "M.Parodi que je connaissais bien en compagnie d'un chasseur".

"Ce chasseur qui est de taille assez élevée m'a paru âgé de 20 à22 ans, presque imberbe ou peut-être rasé, portant le béret sur le front, en avant et en "bec de canard". (...)
A ce sujet, je dois dire que Domergue, alors qu'il était de service avec moi s'est absenté deux nuits, la dernière il y a une quinzaine de jours, pour aller coucher chez Parodi qui paraît-il lui cédait un lit."

Caserne du Lazaret (construite sur un ancien cimetière musulman, détruite, a fait place à un cantonnement de gendarmes): le seul bâtiment restant est le tout petit édifice carré à l'extrême-gauche, surnommé Chapelle Paganini, parce que le corps du violoniste, mort à Nice y resta plusieurs mois, personne ne voulant l'enterrer.

Caserne de la Darse (caserne Dubois), détruite, seule demeure au rez de chaussée, la corderie, sous les arcades du 17è siècle

Interrogé le 15 mars, le chasseur Jules Henri Domergue, 21 ans, déclare :
Vers le milieu de février dernier, alors que j'étais de garde à la gare, le sieur Parodi, que je ne connaissais pas encore, vint s'asseoir auprès de moi et il engagea la conversation sur le guerre. Il m'invita ensuite à aller boire un verre chez lui, invitation que j'acceptai, et ce premier soir je demeurai chez lui de 9h à 10h30.(...) Par la suite, Parodi vint encore me voir à la gare à 3 ou 4 reprises et à chaque fois il me conduisit chez lui où il m'offrit à dîner et à coucher. (...) Chez Parodi, j'occupais la plus belle chambre de l'appartement, la première en entrant, tandis que lui couchait dans la chambre obscure située entre la cuisine et la salle à manger. J'affirme de la façon la plus catégorique que je n'ai jamais eu de "relations intimes" avec un homme, que je n'ai jamais couché avec Parodi et que ce dernier ne m'a jamais fait la moindre proposition obscène. C'est pas pure sympathie que ce commerçant m'a invité plusieurs fois chez lui. D'ailleurs je n'y suis plus retourné depuis environ 15 jours.(...)
Le lundi 13 courant, j'ai quitté la caserne du Lazaret vers 5 heures du soir et me suis rendu en compagnie du chasseur Beaumont à la répétition de la chorale Caserne de la Darse, que nous avons quitté vers 6h30 pour aller en ville (...) Je me suis alors rendu au bar restaurant Continental, quartier de l'Octroi pour y rechercher une femme qui m'a communiqué une maladie vénérienne. J'ai quitté le bar Continental ... vers 8h20 et suis rentré aussitôt à mon casernement, chambre 19."


Procès- verbal du commissaire de police mobile Marius Pupet, le 16 mars :
Nous chargeons ensuite, vu la déposition précise du chasseur Lieutaud, l'inspecteur Pomarola de se rendre avec le témoin à la caserne de la Darse, à l'effet d'y rechercher le militaire qui avait été vu à la gare le soir du crime, en compagnie de Parodi. Et ce même jour à cinq heures du soir, Lieutaud ayant reconnu le nommé Follis comme étant le chasseur en question, nous recevons... la déposition de ce dernier. (...) Assisté de M. le Capitaine Guesquin qui spontanément s'est mis à notre disposition pour nous faciliter notre entrée de nuit dans la caserne des Chasseurs, d'autant plus qu'il est le Commandant de Compagnie de Follis, nous retournons à ladite Caserne , où (...) nous recevons les dépositions des chasseurs [composant la chambrée de Follis] Gilly Justin, Vague Marius, Ligeoli Emile, Maillan Léon.
Apprenant sur ces entrefaites que Follis avait été en possession d'un revolver quelques jours auparavant (arme appartenant, parait-il à Gilly Justin), nous entendons sur ce point les chasseurs Paul Augustin et Remy Roger. Vu les dépositions de ces derniers nous entendons à nouveau Follis Justin sur la question du revolver et des oeufs qu'il a distribués à ses camarades. Après quelques réticences, Follis avoue avoir tué Parodi, aveu que nous considnons à la suite de cette déposition."

Interrogatoire de Follis le 19 mars :
- Dans la journée du lundi 13 vous avez déclaré au chasseur Gilly que vous vous proposiez de sortir le soir du quartier après l'appel.(...)
- Je lui ai dit que me proposais de sortir le soir parce que j'avais un rendez-vous avec une femme. Je ne voulais pas lui avouer en effet que je sortais avec un homme. Un aveu semblable m'aurait quelque peu gêné.

Interrogatoire du 24 mars :

La 1ère version des aveux

- N'étiez-vous pas allé déjà à plusieurs reprises chez Parodi? N'étiez vous pas fixé sur les mœurs de ce dernier
- Avant le crime je m'étais déjà rendu une fois chez cet individu. La date de ma première visite se place 5 ou 6 jours avant la scène. Je m'étais rendu chez lui vers six heures ou six heures et demie du soir, il m'avait reçu dans son magasin il avait fermé les portes et il m'avait sucé la verge. Il m'avait reùis pour cela une somme de six francs. Le soir du crime il m'avait demandé de consentir à ce que j'ai (sic) des relations avec lui. Sa proposition me prouva qu'il était un pédéraste passif. J'avais refusé de consentir à sa demande.


Si l’on considère que la solde d’un chasseur en casernement à l’arrière (hors prime de feu donc) est en 1916 de 0,25 francs par jour voire de 0,40 (en station avec le pain seulement) ou 0,50 (en marche avec le pain), 6 francs sont l’équivalent de 12 à 20 jours de salaire.


Lors de l'interrogatoire du 25 mars, Follis prétend avoir rencontré Parodi en février, dans le train, alors qu'il revenait d'une permission à Gardanne :
- Comme je vous l'ai dit précédemment je ne le rencontrai que quelques jours avant le crime environ cinq ou six jours avant. Ce jour-là il me conduisit dans son magasin sous le prétexte de m'offrir à boire. C'est ce jour-là qu'il me porta la main aux parties sexuelles et qu'il se livra aux attouchements que j'ai indiqué précédemment. Il me remit six francs.
- Dans une lettre que vous écriviez à votre maîtresse à Brignolles, vous indiquez qu'en revenant de permission vous avez fait la rencontre dans le train d'un individu de mœurs spéciales et que pour vous débarrasser de ses assiduités, vous avez dû menacer cet homme de votre revolver. De quel individu s'agit-il?
- J'ai rencontré cet homme le jour même où j'ai voyagé également avec Parodi mais ce n'est pas de ce dernier qu'il s'agit dans la lettre. La rencontre à laquelle je fais allusion s'est produite entre Carnoules et Les Arcs.




Interrogatoire du 30 mars :
- Je puis affirmer cependant que je n'ai pas eu de relations de ce genre avec Parodi. Je dois avouer toutefois que Parodi m'avait proposé ce soir-là d'avoir des relations avec lui, d'abord comme sujet actif et ensuite comme sujet passif : mais j'avais repoussé ses propositions, d'ailleurs au moment du crime j'étais atteint de blénoragie (sic), l'expert n'aurait pas manqué de faire des constatations tout à fait spéciales sur le produit qu'il a été appelé à analyser.


Gilly, Justin Marius, célibataire, 20 ans, boucher à Aix
1,64m châtain, yeux roux verdâtre, menton saillant, tatoué "Pas de chance", une hirondelle, cœur et flèche 1914-1915, une pensée, un demi bracelet au bras gauche, un serpent, un cœur traversé d'un poignard sur le bras droit



Déposition de Gilly le 22 mars 1916 :
J'ai été incorporé dans un bataillon de chasseurs de Villefranche en avril 1915. Quelques jours après mon incorporation je fis la connaissance de Follis qui appartenait au même régiment. Notre bataillon fut expédié tout d'abord à Turini puis ensuite à Brignolles. Après un séjour de quelques mois dans cette première ville, un groupe de chasseurs dont je faisais partie en même temps que Follis fut dirigé par mesure disciplinaire sur Villefranche. Ce groupe était composé  de Rémy Roger, Journot, Gleize, Melot, Martini, Follis et moi. J'arrivai à Villefranche le 16 janvier 1916. Comme j'étais déjà puni de prison, je fus incarcéré dès mon arrivée et je ne fus libéré que le 10 mars. Avant de rentrer en prison, j'avais confié le revolver Browning dont j'étais propriétaire à Follis. Il me restitua cette arme dès ma sortie. Follis il y a quelques temps m'avait confié qu'il avait fait la connaissance d'un marchand d’œufs de Villefranche. Je ne saurais dire à quel moment il m'avait fait cette confidence, peut-être est-ce après ma sortie de prison, peut-être est-ce pendant que j'étais en prison car il était souvent de garde aux locaux disciplinaires et communiquait facilement avec moi. Il m'indiqua même qu'il connaissait le marchand d’œufs depuis longtemps c'est-à-dire depuis notre premier séjour à Villefranche. Il me raconta qu'il était allé plusieurs fois chez lui, il m'avoua que cet individu avait des mœurs spéciales et que chaque fois qu'il avait des relations avec lui il lui donnait de l'argent? Follis me confia que Parodi était un pédéraste passif. Cette confidence ne m'étonna pas outre mesure car j'avais appris par ailleurs que cet individu avait la réputation d'attirer les militaires chez lui.

Gilly ment alors en racontant l'histoire de la femme que Follis devait raccompagner à Nice et en affirmant ne pas s'être levé de toute la nuit du 13 mars, puisqu'on apprendra par ailleurs qu'il se trouvait de garde à la porte principale de la caserne. Il dit qu'il n'a pas entendu Follis alors que ce dernier précise le sur-lendemain l'avoir réveillé et avoir montré les oeufs et le vin volés, qu'il ne lui aurait rendu le revolver qu'à 5 heures du matin au réveil, moment où il lui aurait enfin avoué avoir tiré sur Parodi à la suite d'une dispute.

A preuve que Parodi avait d'autres relations militaires :
Lettre adressée à M. Parodi, Oeufs,  rue de la gare à Villefranche  par Urbain Baudru, 24è chasseur, temporairement à l'hôpital d'Aix :
Cher Amie,
J'ai voulue attendre quelques jours pour savoir à peut près quelques résultat sur ma Diagnostic qui j'espère me permettra d'allez pour quelques jours en permission dans peux de temps dicie pour allez reprendre un tout petit peu du sang de la maison?..


Gleize, Marius Joseph, célibataire, 20 ans, garçon de café à Avignon :
1,61m blond moyen, yeux jaune pâle, nez rectiligne sinueux


Le chasseur Servella témoigne que le soir du crime il aurait du prendre la garde à neuf heures et que le caporal Vague a fait retardé son tour pour mettre Gleize à sa place. Il ajoute (sur demande) :" Vague était intime avec Follis, Gleize et Gilly avec lesquels il sortait fréquemment le soir. Dans la cour du quartier ils étaient aussi très souvent ensemble ainsi que je l'ai constaté."

Le garde-champêtre de Brignolles signale que durant le séjour de la garnison dans cette ville "Faulis (sic)... avait pour intimes camarades, chasseurs au même bataillon, les nommés Martini [dit Le Matou d'après la femme Gaou, sa maîtresse, qui raconte que Follis ne quittait jamais un petit Browning qu'il lui avait appris à charger] , Glaise, Gilli ou Gilly. Trois autres individus connus sous les sobriquets de Le napolitain, Kiki, Foufou qui ont quitté la garnison en même temps que Follis."

Selon diverses dépositions, notamment celle de Clerico (beau-frère de la victime qui trouvera le corps le 14), Parodi avait pris le train le 13 la veille pour avertir sa sœur qu'il lui ferait livrer le lendemain matin -n'ayant pas eu le temps de les charger par le train de 19h45 car il venait de les recevoir- un colis d’œufs dont elle faisait également le commerce à Nice. Il serait rentré à Villefranche par le train passant à la gare de Riquier à 20h40.

Premières constatations de police:

 NB : la rue de la Gare est aujourd'hui dénommée rue du Poilu

Si la numérotation ancienne n'a pas été modifiée, le magasin Parodi devait se trouver à gauche à la sortie de l'arche qui enjambe le rue, juste avant l'escalier du Pountin.


Le n°31 serait alors la deuxième porte après l'arche, aujourd'hui un immeuble d'habitation de quatre étages, le 1er, vu de la rue présentant un plafond très haut.

Le lit se trouve à gauche en entrant (...) Le cadavre de Parodi est en travers de ce lit, la tête est contre le mur, les pieds pendent en dehors du lit. Le sang a coulé de la bouche, le visage en est maculé, la région du cou est congestionnée et semble porter des traces d'ongles. Les couvertures cachent en partie le corps. En relevant ces couvertures on constate que le cadavre n'est revêtu que d'une chemise et d'un tricot. Ces vêtements sont relevés jusque sous les aisselles (...)
Sur la table de nuit on remarque une boite ouverte paraissant contenir de la vaseline.

 Plan de la scène du crime

Rapport d'autopsie du Dr Rozières : "le criminel a dû déployer une forte somme d'énergie pour arriver à ses fins; à tel point que je me suis demandé, tant la lutte a été acharnée, s'il était bien seul pour accomplir un tel acte.(...)
La balle... n'a pas été la cause principale de la mort. Celle-ci a eu lieu par compression des gros troncs vasculaires du cou et par compression du larynx amenant l'asphyxie. Avant cet acte ultime, Parodi pour être maîtrisé a dû être saisi par les testicules et, au cours de la lutte, pour étouffer ses cris, une main criminelle s'est fortement appliquée sur sa bouche, d'où les lésions précitées."

Mme Mangiapan (née Arnulph), 31 rue de Gare; déclare : "Mon amie Massa Marie et moi avons été éveillées en même temps par des gémissements provenant de l'appartement Parodi. Nous avons ouvert ensuite la fenêtre de notre chambre mais n'ayant plus rien entendu nous avons regagné notre lit. A ce moment-là 11 heures sonnaient à l'horloge de la ville."


"Follis, qui tout d'abord prétendait n'avoir fait la connaissance de Parodi que le jour du crime, semble, bien au contraire, l'avoir fréquenté depuis un an environ (avril 1915). Follis lui-même, a fait des concessions : "Cinq ou six jours avant le crime, dit-il Parodi m'avait sucé la verge, il m'avait remis, pour cela, 6 francs. Mais malgré tout, il ne fait remonter qu'à trois semaines environ auparavant la date de sa première entrevue.
Follis soutient énergiquement que, le soir du crime, Parodi serait venu le chercher à la caserne, à 9h moins le quart et qu'il l'aurait attendu jusqu'à 9h15... Les déclarations des témoins Parega, Dunan, Bruno [montrent que] Follis est bien allé chez Parodi après avoir répondu à l'appel de 21 heures. En outre, il y est allé avec l'intention de le tuer, puisqu'il reconnaît, lui-même, avoir demandé le revolver de Gilly une demi-heure avant l'appel. Et il apparaît qu'il l'a tué après avoir satisfait son vice ; car d'une part, Follis a déclaré à plusieurs reprises que Parodi était un pédéraste passif ; d'autre part, l'expert dit : il semble que le coup de feu a été tiré au moment où Parodi était couché sur le ventre, le visage face à l'oreiller. L'expertise de la substance extraite de l'anus de Parodi confirme cette hypothèse."

Analyse du physicien-chimiste le 25 mars :


Cette expertise est-elle suffisante pour établir ce que tous les rapports d'instruction vont tenir pour acquis? à savoir que le meurtrier aurait perpétré son acte "après avoir satisfait son vice".


Déclaration de Gilly le 22 mars : "Follis m'a tenu à peu près le langage suivant. "Hier soir, je suis allé où j'étais allé l'autre fois, chez le marchand d’œufs. Nous avons couché ensemble, et dès le début nous nous sommes disputés ; nous nous sommes même frappés et finalement je lui ai tiré une balle. Je suis parti en emportant seulement des oeufs et du vin, car je n'ai pas trouvé de l'argent. Je te rends ton revolver et si on te demandait si tu me l'as prêté, tu répondrais non. D'ailleurs je ne serai pas pris."
Comme je vous l'ai déjà déclaré je reconnais avoir mangé quelques œufs le 14 mars à 7 heures du matin sous un platane de la cour du quartier, en compagnie de Follis qui me les avait donnés. Je suis complètement étranger au crime et lorsque Follis m'a tout avoué, j'ai été tellement interloqué que je ne lui ai même pas reproché de m'avoir menti le soir lorsqu'il a pris le revolver.(...) Gleize est aussi complètement étranger à l'affaire dont il connaissait les détails par moi. Il a menti tout d'abord pour m'être agréable et m'éviter des ennuis. Je suis persuadé qu'il va vous dire aussi la vérité." Gleize répond "je n'ai rien à ajouter ni à retrancher des dernières déclarations de mon ami Gilly"...
Curieux étalage d'affection de deux hommes qui cherchent à se dédouaner l'un l'autre sans charger au-delà de l'évidence leur ami commun.

Déclaration de Flora Arrigoti, 19 ans, domestique au bar du Globe, situé quai Amiral Courbet à Villefranche :
Le lundi 13 courant, vers 8 heures, Follis que je connaissais comme client du bar depuis quelques jours seulement est entré dans l'établissement et y a retrouvé 3 autres chasseurs avec lesquels il venait fréquemment, le soir, boire de la bière. L'un est âgé de 20 ans environ, replet, figure ronde, rasé. L'autre à peu près du même âge petite moustache châtain clair, visage clair. Le troisième, âgé de 32 ans environ, taille plutôt au-dessous de la moyenne, forte moustache blonde(...)
Ces 3 chasseurs, je m'en souviens très bien étaient au bar vers 6h30 en compagnie de Follis, mais ce dernier était sorti presque aussitôt et n'est venu les rejoindre qu'à 8 heures(...)
Quelques instant après son retour au bar, Follis s'approcha de moi alors que je me trouvais sur le seuil de la porte et me demanda si je voulais bien consentir à devenir sa maîtresse. Je lui répondis négativement, ajoutant qu'ayant été déjà trompée, je n'avais pas envie de recommencer. Il insista, mais comme je repoussais énergiquement sa proposition il me déclara que nous resterions amis, qu'il m'écrirait, car il partait disait-il en permission le soir-même et finalement il me laissa son adresse au bataillon, adresse que j'ai déchirée (...)
Après m'avoir fait cette proposition que j'ai repoussée, je le répète, Follis m'a fait cadeau d'un oeuf et j'ai remarqué qu'il en avait plusieurs autres dans la poche de sa vareuse. Il est allé rejoindre ensuite ses camarades attablés et vers 8h12 ou 8h30, tous quatre ont quitté le bar. Je suis absolument certaine de la date. Il s'agit bien du lundi 13 courant, car le lendemain 14 on a découvert le crime. D'ailleurs, depuis ce soir-là, je n'ai plus revu aucun de ces quatre chasseurs au bar du Globe.

Ce témoignage est très intéressant, dans la mesure même où il n'en a été tenu aucun compte. Sachant que, le jour du crime, Follis a été vu avec Parodi vers 18h30, chargeant un colis d’œufs à la gare (proche du domicile de la victime) il serait à supposer que Follis serait passé plusieurs fois chez Parodi le jour du meurtre. Les oeufs étaient-ils la récompense de quelque service? A supposer que les deux jeunes chasseurs soient Gleize et Gilly, le quatrième, plus âgé, pourrait être le caporal Vague, celui qui plaça Gleize de garde à 21 heures, alors que ce n'était pas son tour. Mais Vague n'est âgé que de 25 ans. Comment la serveuse du bar peut-elle avec précision estimer l'âge du 4è chasseur? Parmi les témoins interrogés qui ont consommé les oeufs à la cantine le 14 se trouve un certain Léon Maillan, âgé de 32 ans. Ce témoignage relance les suspicions de complicité (et n'est-ce pas pour cette raison que le scandale était plus énorme qu'on n'a pas voulu savoir?). Follis aurait-il songé à s'enfuir après l'appel ? pourquoi les 4 hommes ne sont-ils plus rencontré au bar du Globe après cette date. Pourquoi est-ce Gleize qui creuse le trou pour enterrer le revolver sur le Mont-Boron ? arme dont il n'est pas sûr du tout qu'elle ait appartenu à Gilly qui en revendique la possession et prend l'initiative de la faire disparaître. On peut se demander si ce retour de Follis vers 20h n'aurait pas eu pour motif d'élaborer le scénario du crime, en prévision d'un partage du butin assez élevé sans doute pour le diviser en quatre parts, puisque selon la sœur de Parodi, la cassette en zinc retrouvée fracturée devait contenir plus de 2000 francs. Et même, est-ce bien Follis l'auteur du crime, et pourquoi se serait-il chargé de la faute, tentant d'écarter les soupçons pesant sur Gilly, et sur l'alibi de Gleize, peut-être caduque? Gilly qui est au courant des relations de Follis et Paroli (qu'il fait remonter avant le passage par Brignolles) et ne s'en offusque guère, n'aurait-il pas pratiqué le même commerce que son camarade qui le visitait régulièrement à la prison? Enfin, qu'est-il advenu du Matou, le chasseur Martini? Aucune somme d'argent n'ayant été retrouvée, quelqu'un de non compromis dans l'affaire l'aurait-il emporté pour le mettre en lieu sûr?

Louise Novaro, épicière place de la Paix se souvient très bien que quinze jours avant l'affaire, elle avait été frappé par le portefeuille de Parodi, bourré de billets (lui disant même "vous ne feriez pas mal de m'en faire cadeau") et que son fournisseur était passé encore le dimanche 12 encaisser une facture de 12 francs, alors qu'il n'était jamais pressé de se faire payer.
Ce témoignage est corroboré par l'agent de police auxiliaire Paul Audibert qui a vu le 12 mars Parodi, place de la Paix, déposer le permis de séjour qu'il lui remettait dans un portefeuille généreusement garni de billets de banque.Que sont-ils devenus ? Il faudrait admettre, si Follis a agi seul, qu’une fois le crime commis, il est retourné à la boutique fracturer la cassette, ce que nul n’a cherché à élucider, ou bien l’argent est-il tombé entre les mains de quelqu’un qui possédait un double de la clé de la porte du magasin (déjà subtilisée à l’été précédent) ?
Gilly, enfermé à la Maison Centrale de Melun, n'est pas admis à bénéficier de la liberté conditionnelle le 19 août 1924, ayant reçu un mois avant une remise de peine d'un an (en vertu du décret de novembre 1920) : "condamné une première fois par le CG de Marseille, Gilly comparut de nouveau après cassation devant le CG de Lyon. Celui-ci dans sa séance du 10 octobre 1916, écartait l'accusation de complicité d'assassinat, et, ne retenant que le recel qualifié, le condamnait à la peine de de dix ans de travaux forcés... peine commuée plus tard en réclusion. Gilly n'a pas d'antécédent judiciaire ; il n'a jamais été dans une unité combattante."


On décèle dans l’affaire Parodi les balbutiements de la police scientifique dans l’affaire. Le premier laboratoire de police scientifique a été établi à Lyon en 1910 par Edmond Locard. L’identification par empreintes digitales ne s’est imposé que tardivement (par rapport à son « invention » dans les années 1880) parce que Bertillon craignait qu’elle ne rende obsolète son système de description anthropométrique (basé entre autre sur la forme des oreilles). Outre le recours au chimiste, la police a tenté d’identifier le meurtrier par ses empreintes digitales. Il s’en trouvait en effet sur les verres à liqueur trouvés dans la salle à manger et surtout de sanglantes sur un verre de lampe de la suspension, appartenant vraisemblablement au véritable auteur du crime. Ainsi après avoir relevé les empreintes du cadavre, les enquêteurs se rendent à la caserne de la darse le 21 mars 1916 pour relever les empreintes de quelques chasseurs qu’ils considèrent sans doute comme suspects. Si celles de Follis ne figurent pas au dossier, on trouve celles de Gleize, Melot, Long, Paul, Ladi (proche de Follis à Brignolles et que sa maîtresse connaissait comme « l’adi »), Pons, Domergues, Genasi, Martini (le Matou)




Malheureusement pour la production de la vérité, ces pistes sont abandonnées dès les aveux partiels de Follis. Lorsque le parquet des Alpes Maritimes se dessaisit de l’affaire le 11 avril 1916, il n’est évidemment plus question d’y revenir pour la justice militaire, qui tenant son coupable ne montre aucune volonté de s’aventurer plus avant. Ainsi les rapporteurs militaires se recopiant les uns les autres prétendent-ils (de façon on l’a vu erronée, puisque Follis avoue être revenu sur ses pas pour fouiller le magasin) que la cassette en zinc a été retrouvée dans l’appartement. Selon le vieil adage, n’aurait-il pas fallu se demander à qui avait profité le crime ? Assurément à aucun des deux condamnés.

Gilly, enfermé à la Maison Centrale de Melun, n'est pas admis à bénéficier de la liberté conditionnelle le 19 août 1924, ayant reçu un mois avant une remise de peine d'un an (en vertu du décret de novembre 1920) : "condamné une première fois par le CG de Marseille, Gilly comparut de nouveau après cassation devant le CG de Lyon. Celui-ci dans sa séance du 10 octobre 1916, écartait l'accusation de complicité d'assassinat, et, ne retenant que le recel qualifié, le condamnait à la peine de de dix ans de travaux forcés... peine commuée plus tard en réclusion. Gilly n'a pas d'antécédent judiciaire ; il n'a jamais été dans une unité combattante."





fusillé de 1916 juillet à décembre

 

 1916- deuxième semestre

Coup de grâce

Comme on a fait le choix de retracer chronologiquement le sort des fusillés, il ne faut pas s’attendre à ce que leur histoire suive, sans décalage, le déroulement des faits de guerre, ce décalage étant rendu plus important encore par les atermoiements des autorités militaires et politiques qui hésitent à endosser la responsabilité de la sauvagerie de leurs décisions et tentent souvent à contre-temps d’endiguer le mécontentement.


Ainsi la loi du 27 avril 1916 qui supprime les CG Spéciaux, disposition tombée dans les faits en désuétude, autorise à présenter des circonstances atténuantes à décharge des prévenus. Le décret du 8 juin autorise le droit, suspendu en début de guerre du pourvoi en révision, mais celui-ci ne concerne que l’annulation pour vice de forme qui renvoie les condamnées devant une nouvelle juridiction. Ces décisions ne changent rien au fond, elles ne font qu’ajouter quelques délais. Il faudra plus d’un mois et six sessions de CG pour liquider les prévenus potentiellement passibles de la peine capitale, notamment à la suite des mouvements de résistances passives consécutifs à la désastreuse stratégie de reprise en main de Nivelle et Mangin, pour assurer la reconquête des forts de Douaumont et de Vaux, et à celle de Pétain promu qui a rompu le principe d’égalité en accordant des permissions aux seuls soldats jugés méritants. En témoignent les notes du Lt-Colonel de Barescut, chef d’état-major de Nivelle : « Nos troupes s’usent de plus en plus. Nous recevons de nouvelles troupes que nous engageons dans la fournaise où elles flambent comme des fétus de paille. Aussi, à peine engagées, il faut les remplacer.(12 mai) Leconte est découragé et ses troupes aussi.Ses hommes sont montés au front en rechignant ; quelques-uns avaient manifesté leur mauvais moral en hurlant l’Internationale. Ils avaient même tiré un coup de fusil sur un gendarme. Il n’a pas pris de sanction immédiate et voilà le résultat.(28 mai) » Quelques jours après, le 27 mai, le général Nollet qui est dans le même secteur met en garde de Barescut disant « que ses troupes en avaient assez, qu’elles étaient décimées, qu’elles se rendaient en faisant camarade, qu’on ne pouvait plus compter sur elles, qu’il était de son devoir de rendre compte. » (cité par Prisme 1418)

 

   Juillet

 
Jean Léonard Hughes Bougenot, né le 26 novembre 1886 à Marcheseuil (Côte-d’Or), 2è classe au 170è R.I. Ne reste que la fiche de décès assez éclairante : « tué par une sentinelle (étant en état d’ivresse, tentait de violer une consigne) » Décédé à Cumières le 2 juillet 1916.

François Xavier Louis Barikosky, né le 23 février 1887 à Lyon 3è, ouvrier tôlier à Paris, célibataire,chasseur de 2è classe au 31è BCP, 1ère Cie, 1,55m chatain foncé, yeux bruns, nez relevé, bpouche grande, menton rond, tatoué « un trèfle à 4 feuilles », initiales L.B. sur l’avant-bras droit ; entourage d’une pensée sur l’avant-bras gauche ; un cercle sur l’épaule gauche.

jugé par le CG de la 43è DI, audience du 8 juin 1916, en compagnie de Paul Jacques Hipollyte Pinet du même régiment, lequel condamné à dix ans de travaux n’est pas recommandé pour bénéficier d’une mesure de clémence en 1917 en raison de ses antécédents judiciaires.

Notes d’audience : « le 1er avril 1916 mon bataillon était au tunnel de Tavannes. Nous avons été coupés au Ravin de la Mort du reste de notre bataillon. Nous nous sommes mis à l’abri. Nous étions très nombreux, il y avait même avec nous un nouveau sous-lieutenant… Personne n’a pu nous indiquer notre direction ; c’était la première fois que je venais dans cette région. Puis j’ai soigné, le lendemain, un camarade blessé. Le 2 avril j’ai volulu rejoindre ma compagnie ; je n’ai fait que 20 ou 25 mètres dans le boyau car j’ai été enterré par un obus. J’ai rencontré peu après 4 hommes du 226è… ils m’ont montré le chemin du tunnel de Tavannes. J’y suis allé ; là je me suis reposé 3 jours car j’avais mal à la jambe. En rentrant à la Cie, mon commandant m’a fait porter malade [Malheureusement, celui-ci dément, affirmant que Baikosky s’est fait porter malade de son propre chef.] … Je reconnais mes condamnations. Mais si j’ai fait des fautes dans le civil, je suis brave au feu, jamais je ne me suis sauvé. »

Pinet et Barikosky n’ont rejoint leur compagnie que six jours après son engagement sur village de Vaux. Le premier parti en corvée d’eau vers 20h30, n’a pu rejoindre, la corvée de ravitaillement étant arrêtée pendant trois jours par les bombardements. Vers le 4è jour il va au poste de secours. Il lui sera reconnu des circonstances atténuantes peut-être à cause de la maladie anasarque dont il souffre bien qu’il ne soit évacué que postérieurement (ses condamnations civiles sont insignifiantes, celles de Barikosky ne sont guère plus grave, infraction aux chemin de fer, mendicité, vagabondage, la dernière remontant à 1908).

Rejet du recours en grâce le 8 juillet 1916. Barikosky est fusillé à Saint-Jean-sur-Tourbe (51) le 10 juillet à 4h30.



Les 4 de Commercy

On imagine que les autorités ont voulu écraser dans l’œuf ce qui prenait les allures d’une révolte larvée, ou de refus d’obéissance collectif. Ils ont toutefois pris grand soin de ne pas les faire comparaître simultanément.


Henri-Joseph Herbaux, né le 3 décembre 1893 à Mons-en-Baroeil, terrassier à Crouy (Aisne), 2è classe au 154è R.I . 2è Cie.

Alors que sa compagnie est cantonnée à Fains, Herbaux la quitte et prend le train pour Paris, il est arrêté le 12 à Pontoise avant l’expiration du délai légal autorisant à le déclarer déserteur et ramené le 16 mai. Le 24 mai, alors que sa compagnie doit prendre position aux tranchées de Mort-Homme, il l’abandonne dans la traversée des bois Bourrus. Il ne la rejoindra que le 1er juin, après la relève. Il aggrave son cas en refusant -à cause d’un bombardement survenu lo- de suivre le caporal fourrier Bernardeau, malencontreusement rencontré aux cuisines roulantes du Bois Boucher où il est venu en corvée de ravitaillement. Il l’aggrave encore en refusant de répondre aux questions de l’officier instructeur, qui l’accuse de vouloir ainsi protéger son existence ! Il n’y parviendra pas devant le CG des la 40è DI qui le condamne à l’unanimité pour désertion en présence de l’ennemi. Son pourvoi en révision est rejeté le 26 juin 1916, et Herbaux fusillé au terrain de manœuvres de Commercy (Meuse) le 10 juillet 1916 à 14 h, avec (circonstances identiques) Marcel Henri Paul Sabatry, né le 22 mai 1894 à Châlons-en-Champagne (Marne), charretier, 2è classe au 154è R.I., 12è Cie, aucune punition, casier vierge. Il déclare devant le conseil ; « Je reconnais les faits. Je ne voulais pas remonter en ligne parce que l’on ne m’avait pas donné de permission. Ayant rencontré des camarades qui ne remontaient pas, je ne suis pas remonté non plus. J’avais dit précédemment et publiquement que je ne remonterai pas. » Ce culot qui équivaut à un camouflet, lui est évidemment fatal. Son courage ne s’arrête pas à cela, puisqu’il refusera de livrer les noms des camarades du 154è qui l’ont encouragé à désobéir, prétendant qu’il ne les connaissait pas.



Trois autres dossiers sont néanmoins réunis, l’autorité militaire entendant cette fois démontrer qu’il y a eu complot (en langage militaire un complot est une entente illicite entre plus de deux militaires ; ça tombe bien, ils en tenaient trois!), ce que nient tous les prévenus, admettant seulement qu’ils sont remontés vers l’arrière et retrouvés par hasard sous un pommier aux environs de Bois-Bourru, où un territorial leur avait donne de l’alcool. Arrivés à Germonville le 25 mai, il abandonnent leurs armes et équipement. « Punis pour punis, autant partir » aurait dit Kervégant. Ils s’en vont à pied droit devant eu sans destination précise. Ils arrivent ainsi à Fleury où ils rencontrent un quatrième compagnon (Teuchandeau du 150è) , puis à Laimont, où les gendarmes, qu’ils avaient vu venir, les retrouvent couchés dans un ravin.



François Kervegant, né le 8 septembre 1890 à Malguénac (Morbihan), poseur sur bois à L'Echantillon, caporal au 154è, 3è Cie. Casier vide, très peu de punitions, blessé deux fois.

« Les circonstances de la cause (?) et son grade de caporal en font incontestablement le chef du complot qui a abouti à la désertion collective de 3 militaires… Le caporal Kervegant, très coléreux est signalé comme étant d’un vilain exemple pour ses camarades. Il a cependant toujours été très courageux. »

Interrogatoire de Kervegant : « j’avais peur de monter au Mort-Homme...C’est Luce et Dorange qui m’ont dissuadé de monter : puisqu’ils m’ont vendu je veux les vendre aussi… Personnellement j’aurais voulu resté dans le Bois Bourru. Il y a d’ailleurs un tiers des soldats de la Cie qui y sont restés et qui n’ont pas été poursuivis."

Antoine Maximilien Luce, né le 22 juin 1885 à Paris 13è, plombier-gazier, marié, un enfant, est signalé comme un « entraîneur d’hommes ». Il avait clamé haut et fort qu’il ne remonterait pas sans avoir eu de permission au préalable, dans la chambrée « propos qui étaient de nature à provoquer la désertion de ses camarades. » Il aurait le premier émis l’idée de revenir vers l’arrière, disant : « puisque nous ne voulons pas remonter, ce n’est pas la peine de rester là. »

Henri Antoine Georges Dorange, 22 juin 18893, Graville, charpentier « assez bon soldat, faible d’esprit, se laissant facilement entraîner » dit avoir été influencé par Kervegant et l’ivresse. La peine de mort prononcée contre lui est commuée en 20 ans de prison avant remise complète en vertu du décret du 2 juin 1917. Réhabilité le 24 avril 1917


Pierre Le Mével né le 26 janvier 1888 à Ferrière-en-Bray, serrurier, mécanicien à Rennes, 1,64m, châtain aux yeux bleus, tatouages sur le visage, et sur tout le corps, zouave au 2è RMA (sans matricule)

Condamné continuellement depuis 1907 (coups et blessures, outrages à plusieurs officiers hors service, évasion par bris de prison) Le Mével a passé son temps entre sections disciplinaires, ateliers de travaux publics, prison d’Alberville et d’Orléanville. Ecroué au pénitencier de Douéra le 27 janvier 1915, il passe à la prison d’Alger. Le sursus provisoire pour l’exécution de sa peine l’amène le 16 mars 1916 au 3è Régiment de Zouaves.

Sergent-Major Febvay Marcel : « Le 6 juin, le zouave Le Mével devait partir pour le front par mesure disciplinaire. Ce zouave, qui était en prison, fut conduit à la tente qui servait de magasin à la Cie pour compléter son habillement et son équipement… Le Mével faisait preuve de mauvaise volonté et je lui dis de se dépêcher. Il me répondit textuellement « Je ne partirai pas aujourd’hui. Si j’avais voulu aller au front, j’y serais depuis longtemps. J’ai manqué deux fois le bateau volontairement ».

Goezlan Gaston, zouave : « J’étais commandé par l’adjudant de Cie pour accompagner à la gare, avec un homme d’escorte et le caporal-fourrier Dansi, le zouave Le Mével, désigné pour partir au front et qui faisait des difficultés pour quitter le camp. Le Mével quitta le camp et marcha jusqu’au poste de l’essence. Arrivé à cet endroit-là, Le Mével jeta son sac… Malgré toutes les objurgations du Caporal fourrier, Le Mével s’obstina à refuser à marcher. Nous rentrâmes au camp et Le Mével fut reconduit en prison. »

Le Mével : « Je n’ai rien à dire, je ne parlerai que devant le conseil de guerre. » On en sait pas s’il eut l’occasion de le faire. Le Mével fut condamné à mort par le CG de la base et des camps de Salonique, en ayant réussi l’exploit de ne jamais se trouver confronté au feu pendant 9 années consécutives, depuis la campagne d’algérie en 1907. Son recours en révision rejeté le 10 juillet 1916, il est exécuté le 11 juillet 1916 à 4 h à Salonique (« camp de Zeitenlik »,Grèce)


Augustin Lacroix du 53e RI, né le 20 septembre 1882 à Viala-du-Tarn, près de Millau (Aveyron)  cultivateur, soldat  au 53è R.I.
Le 22 mai 1916, la Compagnie à laquelle appartient le soldat Augustin Lacroix reçoit l’ordre de quitter le tunnel de Tavannes pour monter en première ligne. Il refuse de s’y rendre en se cachant. Au lieutenant Pélissier qui commande la Compagnie, il explique : "Je n’ai pas eu le courage de partir
avec vous autres ; si tout le monde faisait comme moi, la guerre serait vite finie" puis "si je suis fusillé j’en descendrai d’autres avant".
Plus tard, il confirme être resté au tunnel "parce qu’il avait peur du bombardement".
Incarcéré, il est relâché le 31 mai, "une heure avant le départ de la Compagnie pour les tranchées, afin qu’il s’équipât. Au moment du rassemblement, il avait disparu". Il n ’est ramené que le 9 mai par la gendarmerie après avoir été arrêté. Interrogé par les gendarmes, il répond qu’il a déserté "pour ne pas remonter aux tranchées de première ligne." Il niera ensuite avoir fait cette réponse et déclarera être parti "parce qu’il n’avait pas la tête à lui".

L’homme est considéré comme une forte tête, un "mauvais soldat" : "il a été condamné le 23 février 1916 par le Conseil de guerre de la Division à 5 ans de travaux publics pour "outrages envers des supérieurs et ivresse".

Sa demande au président Poincarré de "commutation de peine" sera rejetée :
"J'ai accompli mon acte dans un moment d'égarement pendant la bataille de Verdun et je m'engage à le racheter. Je demande à repartir dans les régiments les plus exposé (sic) et où la discipline sera la plus dure".
Il est fusillé le 15 juillet 1916, à La Neuville (Marne), pour abandon de poste face à l'ennemi.


Ben Mohamed Amar, né en 1896 à Bou-Saâda (département d’Alger), cultivateur à Aïn Melah, tirailleur de 2è classe au 1er RM de tirailleurs algériens.

Dans la nuit du 11 au 12 juin Amar reçoit dans la tranchée du Chamois (au N.E. de Badonviller) un coup de fusil au poignet droit. Il jure qu’il a été atteint par une balle ennemie. Son fusil est retrouvé dépourvu de baïonnette une douille vide dans le canon. Le tirailleur Chaouche affirme que la balle a été tirée de la tranchée française et qu’il a même réprimandé Amar pour avoir tiré. Le Médecin-major expert Paître décrit la blessure, constate qu’elle n’est pas grave, qu’elle a probablement été causée par un tir à courte distance quoiqu’il n’y ait pas de traces de poudre dans les tissus et refuse de s’engager plus loin.

En dépit d’un relevé de punition vide le CG de la 45è DI le 4 juillet 1916 condamne à mort Amar, pour abandon de poste en présence de l’ennemi par mutilation volontaire, son pourvoi en révision étant rejeté le 17 juillet il est exécuté à Neufmaisons, route du champ de tir, au four crématoire, (54) le 20 juillet 1916 à 5 heures en présence de trois détachements de trois régiments différents.


François Jules Vaucel est né le 7 avril 1888 à Saint-Aignan-sur-Erre dans l’Orne. En 1898 sa mère, domestique âgée de 46 ans, décède. Quelques années plus tard, en mai 1905, son père, ouvrier en chaussures, décède à l’hôpital de Dreux.
En mars 1905 François Jules est condamné par le tribunal correctionnel de Dreux à trois mois de prison pour vol, l’année suivante à un mois de prison par le tribunal de Mortagne, également pour vol.
Il est recruté au bureau de Dreux en 1908, sous le numéro matricule 724. Il est alors domicilié à Vernouillet et exerce la profession d’ouvrier agricole.
Il incorpore le 6e régiment de hussards en octobre 1909 et est réformé temporairement en 1911 pour « imminence de tuberculose ».
Il obtient un certificat de bonne conduite. Il passe dans la réserve de l’armée active en 1911 et est reconnu apte au service auxiliaire en 1912. Le 22 novembre 1911 il épouse à la mairie de Dreux une domestique de 29 ans, Joséphine Eugénie Louise Landier.
Il est rappelé à l’activité en 1915 et classé dans le service armé. Il est officiellement porté disparu le 11 janvier 1916, à Massiges. Mais au mois de juin suivant, il est arrêté par les gendarmes de Nogent-le-Roi, au Boullay-Thierry.
Le 10 janvier 1916, le 317e Régiment d’Infanterie se trouve à Maison-de-Champagne. Il subit les attaques des allemands qui projettent des liquides enflammés. Après 24 heures de combat, le caporal demande à deux soldats, dont Vaucel, de ravitailler le régiment en eau. Les deux soldats sont pris sous un bombardement et se séparent. Vaucel est alors porté disparu. En fait, il a été projeté dans la boue.  Il marche, "étourdi", puis monte dans une voiture de ravitaillement qui se dirige vers Valmy. Là, Vaucel monte dans un train de permissionnaires et rentre à Dreux. Il cache ses effets militaires sous le hangar d’un bourrelier, rue Saint-Denis. Il travaille dans des fermes, dans l’Eure et   l’Eure-et-Loir, jusqu’à son arrestation. Le 29 mai, deux gendarmes à la recherche de déserteurs et d’insoumis l’interpellent au Boullay-Thierry. Vaucel donne une fausse identité, affirme être en congé de convalescence et travailler dans une ferme où il propose de se rendre pour récupérer ses papiers ;
 il prend la fuite. Les gendarmes le rattrapent et le soldat révèle alors sa véritable identité : "Je me nomme Vaucel François Jules, âgé de 28 ans, maçon-puisatier (…). J’appartiens au 317e régiment d’infanterie".
Vaucel est jugé le 26 juin 1916 par le conseil de guerre de la 8e division d’infanterie. Lors de son procès son défenseur souligne que Vaucel  n’est pas un déserteur mais que, à cause du bombardement, il "avait eu un véritable moment d’égarement, conséquence d’une violente commotion".  Par conséquent il "n’avait pas eu conscience de la gravité de sa faute". Auparavant, il "avait, en toutes circonstances, accompli vaillamment et courageusement son devoir".
Vaucel est déclaré coupable d’abandon de poste en présence de l’ennemi et de s’être soustrait au devoir militaire jusqu’à son arrestation. Il est condamné à mort. Le 4 juillet le recours en révision formé par Vaucel est examiné. Des témoignages lui sont favorables mais le commandant de la compagnie le considère comme un "soldat moyen au feu et au cantonnement, sa manière de servir était passable". Le pourvoi est rejeté. Son recours en grâce est rejeté le 22 juillet. Vaucel est exécuté le 23, à Nixéville dans la Meuse.
Son acte de décès est transcrit dans le registre d’état civil de Dreux le 24 juillet. Son nom est inscrit sur le monument aux morts.




Mathieu Vocanson, né le 25 novembre 1886 à Lapte en Haute-Loire, soldat au 11è BCA, 3è Cie, abattu froidement par son commandant le 23 juillet 1916 à Curlu dans la Somme (« passé par les armes » sur sa fiche de décès qui n’orthographie même pas correctement son nom) Le témoignage de Louis Bobier est pourtant sans équivoque puisqu’il rapporte que le commandant du bataillon Pichot-Duclos tuaVocanson, accusé de vol, sans jugement. Son acte de décès a été transcrit à la mairie de Saint-Etienne et son nom figure sur le monument aux morts de Côte Chaude.

Exécutions sommaires 

Les exécutions sommaires n’apparaissent souvent  pas dans les rapports officiels et sont donc très difficiles à dénombrer. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins raconte une exécution sommaire à laquelle il dit avoir assisté :

- En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P.... a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,....aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur.


Louis Mironet né le 22 avril 1888 à Angers , journalier, 2è classe au 92è R.I.portait des tatouages au bras et à la poitrine. 

Le 8 mai 1916 à 3 heures, près d’Esnes la 1ère Cie reçoit l’ordre de se reporter en arrière et de creuser une nouvelle tranchée. Le lieutenant Jamet désigne à Mironet un emplacement où faire un trou. Celui-ci frappe avec violence la crosse de son fusil sur le sol en déclarant : C’est malheureux de se voir mener ainsi et de se faire massacrer ! J’aime mieux me rendre que de rester ici ! » Puis il s’enfuit à 500 mètres en arrière, passant la journée du 9 à l’abri d’un chemin creux. Le 10 aux cuisines roulantes il rencontre deux soldats de sa Cie qui ont reçu l’ordre de le ramener s’ils le croisaient. Il les suit pendant 2 km puis déclare qu’il ne peut aller plus loin, son bandage herniaire ayant craqué. Le 10 dans la matinée, il se présente à la visite médicale, où l’on reconnaît que son bandage est brisé mais que cela n’aurait pas provoqué son remplacement si sa Cie n’avait été entre temps relevée. Rapport : « L’inculpé est un très mauvais soldat qui s’adonne à la boisson et est d’un fâcheux exemple pour la Cie. Il a été condamné 2 fois pour coups et blessures en 1906 et en 1909... » en 1910 pour outrage à supérieurs, et de nouveau en 1915 pour outrage envers ses supérieurs et violence sur une sentinelle (ivresse publique ajouté entre parenthèses par une autre main).

Mironet : « Je ne suis pas le seul à avoir quitté cette position qui était intenable, en raison de sa situation découverte à proximité de l’ennemi. Nous sommes partis peut-être une trentaine dans la Cie, je ne sais pas ce que les autres soldats sont devenus. »

Ce qui reste surprenant dans cette affaire c’est l’impression que tous, témoins comme inculpé, du 2è classe au général, font preuve d’une remarquable mauvaise foi. Dans ces conditions que valaient la parole d’un repris de justice ivrogne contre celle de bienveillants et incompétents officiers . Condamné à mort par le CG de la 18è DI pour "abandon de poste en présence de l’ennemi" Mironet est exécuté à Suippes (Marnes) le 26 juillet 1916.


Ben Touati Ahmed, né en 1885 à Oulad Laouar, cercle de Djelfa, berger, marié, un enfant, accusé
CG de la division territoriale d’Alger (recours en révision rejeté le 31 mars 1916, pourvoi en cassation rejeté le 25 avril 1916) accusé d’assassinat sur la personne de deux mokhazni (supplétifs militaires), agents de l’autorité dans l’exercice de leur fonction -tous meurtrier et victime appartenant à la même tribu des Oulad Laouar. Cette affaire est « militaire » car elle provient d’une réquisition de chameaux ordonnée par l’armée française. Le 13 octobre 1915, prévenu au marché de Messad où il est allé vendre son grain de la réquisition de 20 chameaux, Touati rentre au campement mettre le troupeau à l’abri. Apercevant 2 mokhazni, il vole un fusil à double détente qui sera saisi sur lui lors de son arrestation ; il est aperçu par la femme de son propriétaire Ben-Alia. Il tente de rejoindre le troupeau caché à une demi-heure de là dans l’intention de le pousser plus loin, mais il est rattrapé par les deux « gendarmes » indigènes qu’il tente de soudoyer avant de tirer sur le premier qui s’était jeté sur lui avec un bâton, puis sur le deuxième lancé à sa poursuite. Cette affaire ayant eu un grand retentissement, aux dires des autorités françaises, elle risque de compromettre de futures réquisitions et d’encourager à l’insoumission. Il convient donc de réprimer, et sur place : c’est ce qu’ils font au champ de tir de Djelfa (Algérie) le 28 juillet : le condamné a déclaré ce jour « Je ne demande rien que la grâce de Dieu » ; les juges et officiels requis comme témoins de l’exécution durent effectuer individuellement le trajet en raison des difficultés et dangers de circuler au-delà de Bogdhari, alors que dans le même temps le condamné était transporté en automobile d’Alger à Djelfa ! Le PV d’exécution sort du modèle officiel ordinaire mentionnant que « le coup de grâce a été donné par un sergent du 5è bataillon territorial de zouaves »



Août

 
Paul Auguste Lebrech, né le 8 janvier 1885 à Poncé-sur-le-Loir (Sarthe), papetier à La Chapelle-Gaugain, 2è classe au 161è R.I.,1ère Cie
Condamné pour coups et violences et viol en 1905, trois fois pour vol en 1910.
Le 22 mai au matin, alors que sa compagnie doit remonter au secteur de Mort-Homme, Lebrech a quitté dans la nuit son cantonnement d’Haironville. Ne pouvant passer à cause de la surveillance de la zone par la gendarmerie, il se rend à Vitry-le-François, le 25 accompagné d’un nommé Delonghai appartenant à la 2è Cie, raison pour laquelle il insistera devant le conseil sur le fait qu’il a agit seul, poussé par le désir de se rendre au chevet de ses enfants malades. Il est ramené à sa Cie le 31 mai à 16 heures et conduit aux tranchées le soir-même avec la corvée d’ordinaire. Profitant de l’obscurité il S‘esquiva de nouveau et redescendit à Froméréville où il rencontre Delonghai. Ils restèrent là, vivant inaperçus parmi des territoriaux jusqu’au 6 juin, tentant de se mêler à leurs compagnies alors qu’elles redescendaient. Son commandant fait remarquer qu’en dépit de ses punitions antérieures (ivresse, qurelleur, très mauvais soldat etc) il a tenté de se racheter depuis le 7 juin par son empressement à exécuter les ordres et les corvées.

Le CG de la 40è DI condame Lebrech à mort pour abandon de poste et désertion en présence de l’ennemi et signent un recours en grâce « ...les juges, considérant que Lebrech est père de trois enfants en bas-âge, qu’il a de plus tant au Maroc que pendan 19 mois de guerre fait tout son devoir, estiment qu’il y a lieu de recommander ledit Lebrech à la clémence de Monsieur de Président de la République » apparemment sans suite.Le pourvoi en révisio nétant rejeté le 30 juillet 1916, Lebrech est exécuté au terrain de manœuvres de Commercy (Meuse) le 2 août 1916 à 7 h


Félix Clery-Quillot, né de père inconnu le 31 janvier 1885 à Lyon, teinturier (jugé « laborieux et sérieux par son employeur »), marié sans enfant , 2è classe au 17è R.I.
Faute de détenir les pièces matricules et le relevé de punition, tout le monde peut y aller de ses « impressions » :
Adjudant Luneau : « C’était un mauvais soldat que je surveillais particulièrement... »
Soldat Chevalier (il y a toujours des premiers de la classe!) : « il faisait à peu près son service sans y mettre beaucoup de bonne volonté… Nous n’avions pas beaucoup d’estime pour lui… Il buvait assez souvent quand il revevait de l’argent. »
Le 12 mars 1916, la Cie de Clery-Quillot par pour fort de Vaux (bois du Chapitre). Il porte une caisse de grenades qu’il passa à un camarade, prétextant être fatigué. La colonne ayant subi un violent bombardement, il est porté disparu quand elle arrive à destination. Clery-Quillot est arrêté à Souilly cinq mois plus tard, porteur d’une somme de 686, 40 francs, qu’il aurait gagné en faisant commerce dans la zone de Verdun, Souilly et Senoncourt, en faisant commerce de journaux, briquets, papier à lettres, etc.
Service de sûreté de la Iiè armée : «  Cléry Quillot répond à nos observations au sujet de la faute qu’il a commise : «  J’ai fait ma part, que d’autres fassent la leur ». Il nous est impossible d’en tirer la moindre parole de repentir, et Cléry nous donne l’impression d’être un individu sournois, ayant pris l’armée en grippe, une mauvaise tête enfin. » [en jargon militaire, sournois signifie suffisamment intelligent pour déjouer les manœuvres grossières de la hiérarchie.] Le 5 juillet, le gendarme Paysant réclame que sa prime de capture lui soit allouée…
Cléry-Quillot : « J’ai déserté parce que j’en avais assez, mais ni le rigueurs du service ni les traitements de mes chefs et de mes camarades ne m’y avaient poussé. » Une main bienveillante a noté en rouge et souligné « Dangereux » sur son ordre de conduite de Souilly à Bar-le-Duc.
CG de la 13è DI, recours en révision rejeté le 5 août 1916, exécuté à Cluvigny (Marne) le 7 août 1916. 
Mort pour la France, sa fiche de décès portant la mention « tué à l’ennemi ».

Claude Émile Aristide Coudert, né le 18 juillet 1874 à Dampierre-sur-le-Doubs (25), soldat au 49è R.I.T., fusillé le 10 août 1916 à Fricamps (Somme). En l’absence d’autres documents que sa fiche de décès, tous autres renseignements doivent être considérés comme suspects.

Ben Tidjani Ben Salem Moktar, né en 10883 à Tual el Fedhoual (Tunisie), étudiant en arabe à Lala, tirailleur de 2è classe au 3è RMT algériens, 8è Cie (teint basané, oreilles ourlées, lobes collés, cicatrice verticale et tatouage au milieu du front)
« Je n’ai jamais voulu tuer Babaî avec qui je suis comme un frère depuis des années. J’avais confié à Ould Ali toute ma prime que j’avais touchée aux tranchées, parce que c’éatit mon ami. Il m’avait dit que je dépensais trop vite mon argent mais que si je le lui donnais il me le garderait et me le rendrait au repos. - Un jour dans le bois, j’ai vu Ould Ali se faisant embrasser par Lakdar. Or je n’ai pu supporter que mon ami à qui j’avais donné mon argent se fît embrasser devant tout le monde. Je lui ai réclamé mon argent. Il m’a dit « Va te faire raser la moustache » et puis chaque fois que tu viendras avec moi je te donnerai dix sous et ainsi tu rentreras dans ton argent. Lakdar m ‘a dit à ce moment que c’était lui qui avait l’argent et qu’il ajouterait deux sous aux dix que me promettait Ould Ali. C’était la suprême injure qu’il pouvait me faire. L’expression « Va te faire raser la moustache » signifiait « va te déguiser en putain ». - alors j’ai perdu la tête et je me suis dit « je ne puis que le tuer… Cela se passait avant la soupe, puis je me suis fait raser les moustaches devant tout le monde ; je n’avais plus ma tête à moi. Ould Ali m’a traité comme le dernier des hommes en m’offrant des « relations » avec lui, avec mon propre argent… Les paroles d’Ould Ali ont été plus excitantes pour moi que du vin. Je ne sais pas comment j’ai pu atteindre Babaï… J’ai bien voulu tuer Ould Ali et Lakdar, mais je n’avais plus ma raison. »
Ould Ali : « Il n’est jamais venu en mes mains un sou de la part de Moktar ; d’ailleurs s’il m’en avai donné toute la section l’aurait su et surtout les gradés. Noue étions autrefois à la même Cie et nous étions parfaitement amis. Il me poursuivai de ses assiduités et j’ai demandé à changer de Cie. On me l’a accordé et depuis ce moment il m’en voulait à mort. Ce qui est vrai c’est qu’un jour je lavais mes chemises en compagnie d’un autre tirailleur ; Moktar est arrivé en état d’ivresse, ayant encore son bidon en bandoulière et il m’a dit des injures, je lui ai répondu sur le même ton et ça a été tout. Quand je l’ai vu arriver dans la tranchée avec son fusil, j’ai dit qu’il allait me tuer parce que je le savais ivre depuis quelques temps et qu’il m’en voulait. »
Le commissaire rapporteur à Ould Ali Hamou : « Moktar a-t-il eu avec vous des relations contre nature ?
Réponse : - Je ne sais pas

CG de la 37è DI : Le 18 juin 1916, Moktar se rend au bivouac de la 5è compagnie. Ould Ali qui travaille à la tranchée, le voyant approcher fusil à la bretelle, s’enfuit et se cache derrière une barraque. A peine Moktar a-t-il tirer sur lui sans l’atteindre qu’il se retourne et « poursuit un tirailleur qui se sauve et qu’il prend pour Lakdar. Il le blesse mortellement d’une balle en pleine poitrine. On le désarme. Son fusil était encore approvisionné à 6 cartouches. En fait de regrets il n’a manifesté que celui d’avoir donné la mort à un camarade à l’égard duquel il n’avait aucun sujet de haine. Le mobile de ce double crime est d’origine immonde… Moktar est un ivrogne et un pédéraste invétéré. Son titre d’étudiant démontre que plus qu’un autre il a pu se rendre compte de la portée de son acte… A l’unanimité les juges ont refusé de signer un recours en grâce en sa faveur. Le commissaire Rapporteur soussigné s’associe entièrement à l’avis exprimé par les juges. La vie humaine a trop de prix, surtout en temps de guerre, pour servir d’enjeu à d’immondes passions. »
Pourvoi en révision rejeté le 24 juillet 1916.

Bouzid Ouasdi, né en 1876 à Ouled Marsa (département de Constantine, Algérie), cultivateur, tirailleur de 2è classe au 2è RMTA
On comprend mal le raisonnement qui a poussé les autorités à réunir ces deux affaires dans la même session de CG, si ce n’est pour se débarrasser d’un même coup de deux « crimes » commis par des africains du nord.
Extraits du rapport final : «  Le tirailleur Ouazdi Bouzid a été condamné, à l’unanimité des vois , le 17 juin 1916, pour abandon de poste en présence de l’ennemi, à la peine de mort. Cet homme condamné le 13 décembre 1915 par le CG de Constantine pour désertion à l’intérieur en temps de guerre… avait été envoyé au front pour racheter sa faute. Il a été affecté le 12 février au 2è RMTA. Quelques jours après, alors que son régiment marchait au canon dans la direction de Verdun, il fallait employer la force pour l’obliger à suivre ses camarades. Le 23 février, le 2è tirailleur étant engagé dans la zone nord-est de Verdun, Ouasdi se fit porter malade. Il avait des furoncles et il est permis de se demander s’il n’avait pas volontairement aggravé cette éruption… Ouasdi profit de ce qu’on le conduisait à la caserne Marceau… pour s’esquiber. Il prit, on ne sait comment un train qui le conduisit à Langres… Au dépôt d’éclopés de Chaumont, il obtint une permission de six jours, avec prolongation de même durée pour l’Algérie. Ceci paraît très naturel quand on connaît l’art de dissimulation de certains tirailleurs indigènes qui sont l’objet d’égards tout particulier de la part de ceux qui ne comprennent pas leur langue…
Rentré de permission le 24 avril, moins de 10 jour après, le 5 mai, il s’est esquivé en direction de l’arrière ; son sergent a réussi à le ramener sur les rangs et, comme il était désigné pour la corvée de soupe, il refusa d’obéir ; il aurait même menacé son caporal de son arme, puis il se sauva encore une fois dans la direction de l’arrière… [ramené deux fois en première ligne il réussit encore à filer dans le boyau] Le lendemain, 7 mai le caporal d’ordinaire de sa Cie le rencontra couché dans l’herbe et fumant tranquillement une cigarette à la lisière du bois d’Avocourt. [Il réusiit à tromper encore la surveillance, tente de se faire porter malade à Récicourt, où le Caporal parti à sa recherche le retrouve terré dans u n grenier. Sous la menace de son arme, il parvient à le conduire aux locaux disciplinaires]… Le Commissaire rapporteur soussigné, considérant qu’il convient de déjouer les infâmes calculs d’un lâche qui par la fuite, a tenté de sauver sa vie ; qu’une mesure de clémence serait mal comprise de nos troupes, spécialement de nos troupes indigènes qui versent si généreusement leur sang pour la France ; que cette mesure est susceptible de porter atteinte à la valeur combative de l’armée et, qu’au surplus, le châtiment suprême est seul en rapport avec l’énormité du crime commis… [etc, etc, etc.]. Pourvoi en révision rejeté le 3 juillet 1916.
Ben Tidjani ben Salem Moktar et Bouzid Ouasdi sont exécutés à Saint-Lumier-La-Populeuse (Marne), le 11 août 1916 à 15 h.


Gustave Dieudonné Helstroffer, né le 28 décembre 1888 à Reims (51), verrier, marié, trois fils, soldat au 132è R.I., 6è Cie
Le 6 octobre 1915, dans le secteur de Souain, la 6è Cie du 132è trçoit l’ordre de se porter en avant. A l’appel dans le boyau d’Essling, Hellstrffer est absent et porté disparu. Le 9 octobre à 22h il arrive à Troyes par un train sanitaire ; en raison d’une plaie légère à la main gauche, il est envoyé au dépôt d’éclopés de Songis, d’où il s’enfuit le 25 octobre. Déclaré déserteur, il se constitue prisonnier le 12 novembre. Dirigé sur son corps, il est remis au poste de police de Mourmelon-le-petit dont il s’évade dans la nuit du 15 au 16 novembre. Le 25 novembre, les gendarmes d’Etapes prévenus qu’un soldat rôde dans les environs du cimetière de Troyes, trouvent Helstroffer couché entre deux meules de paille. Tandis qu’il est ramené à son corps sous escorte, il profite du désordre que cause le grand nombre de permissionnaires en gare de Châlons pour s’évader à nouveau le 23 vers minuit. Cette fois les gendarmes ne le retrouvent que le 15 mai 1916 dans le Jura, au village des Rouges Truites. Il s’évade du camp Berthelot dans la nuit du 29 au 30 mai. Arrêté le 4 juin par la gendarmerie d’Ecollemont dans la Marne, il est conduit le 12 juin à la prison militaire du QG de la 12è division.
Il parvient encore en compagnie de trois co-détenus à s’évader en passant à travers les barreaux d’une fenêtre de la pièce où il est détenu/ Arrêté par le garde-champêtre de Pagny-le-Chateau (Côte d’Or) il est ramené à la prison du QG.

Les explications d’Helstroffer, (maladie de sa femme et de ses enfants, blessure au pied) sont à la mesure du ridicule que met l’autorité à les démonter : « Au témoignage de son Commandement de Cie, « son égoïsme et sa lâcheté sont connus de tous ses chefs qui le tiennent en suspicion et aussi de ses camarades qui le méprisent ». A voir ! S’il avait mis plus de détermination à s’éloigner de sa famille, femme, sœur et mère, au lieu de narguer ses supérieurs, Helstroffer serait peut-être arrivé à échapper aux filets dans lesquels il n’a cessé de se faire reprendre.

CG de la 12è DI, recours en révision rejeté le 8 août 1916 ; fusillé à Ville-En-Tardenois (Marne) le 11 août 1916 à 5h30.



Joseph Marius Annuel, né le 11 octobre 1891 à Chalon-sur-Saône (Haute-Saône), 99è R.I. 4è Cie

Le 7 mai 1916, il s’agit pour la 4è Cie du 99è R.I. de se préparer à reprendre « ce qui restait de nos premières lignes » c’est-à-dire de s’inscrire dans la stratégie suicidaire d’offensive à outrance adoptée par le commandement. Dans la matinée du 10, Annuel se fait porter malade pour une plaie au pied. Le médecin le renvoie à son poste après l’avoir badigeonné de teinture d’iode. Annuel disparaît alors pour ne reparaître que le 14 à son unité étant « resté caché deux jours et trois nuits dans la redoute du matériel pendant que ses camarades faisaient leur devoir. »
CG de la 28è DI, 22 juin 1916, (jugement annulé en raison de la complexité des questions posées aux juges) CG de la 154è DI 13 juillet 1916, peine de mort prononcée à 3 voix contre deux, recours en révision rejeté le 8 août. Le plus intéressant dans cette affaire reste les contorsions des juges militaires pour parvenir à leurs fin et contrer la défense habile du sergent Barnier, lequel soulève des points de nullité dont il devient difficile de ne pas tenir compte, le fait entre autre que le Capitaine Prat s’est présenté pour faire une déclaration spontanée le 2 juillet tout en prévenant que ses obligations de services ne lui permettraient pas d’assister au conseil et qui n’avait valeur que d’information (on invente pour s’en tirer une saisine du CG antidatée au 30 juin), celui que deux au moins des pièces n’ont pas été lues à l’inculpé (dont la déposition de Prat, constituan, dans les mots du défenseur « plus un véritable réquisitoire qu’un témoignage ») . Hélas le sergent Marcel Barnier est blessé et évacué le 7 août, et ne pourra paraître devant le conseil de révision, au probable grand soulagement des rapporteurs. Ajoutons à cela afin que le tableau de cette amputation soit complet que tous les documents afférents au CG de la 154è DI ont disparu par « faits de guerre » réunissant en une « liasse unique » les soldats réhabilités (Rappold, Leroux, Blanchet, Brun, Monier, Toffin , Staut, Shaguene, Schweitzer etc.), quand et bien même ils n’auraient pas bénéficié des mesures d’amnistie de 1919, voire de 19121 : en date de 1950 à 1957, c’est-à-dire bien après que leurs familles puissent bénéficier financièrement de ces mesures ; le procédé est si grossier qu’on s’étonne qu’il ait pu demeurer quelques traces du plus énorme naufrage de la justice militaire depuis 1914 ! Ainsi, sans qu’on puisse en savoir quoi que ce soit de plus, confondus par l’incompétence et la stupidité des tribunaux militaires faut-il constater que le soldat Annuel fut fusillé à Ancemont (Meuse) le 12 août 1916. Le dossier existant aux archives montre à quel point il est vain de rechercher à établir des statistiques sur cette période, tant d’autres disparus ou morts à l’ennemi n’apparaissant pas dans les documents conservés.



Lucien Ernst, né le 14 janvier 1887 à Paris 13è, maçon à Arcueil, zouave de 2è classe au 4è RMTZ
CG de la 38è DI,(29 juillet 1916) recours en révision rejeté le 8 août 1916 :
L’accès aux pièces d’instruction ne laisse pas de rendre cette affaire des plus suspectes, le procès ayant encore été mené, sur déposition, en l’absence de témoins capitaux, avec une légèreté qui prouve que le résultat des débats était acquis d’avance. Les raisons en seraient à rechercher dans le contexte et la volonté, dans la panique, de continuer à exercer la terreur.

Le 9 juin 1916, le caporal Brochet ordonne aux zouaves Ernst et Doussin, responsables de la corvée de soupe, de rester à garder l’équipement et les vivres en leur disant qu’on viendrait les chercher quand la compagnie se serait portée en avant de la cote 304. Au bout de 3/4 d’heure, des hommes se présentent effectivement. Ernst s’apprête à les suivre quand il s’aperçoit qu’il n’a plus son fusil ni sa musette à grenades. Il va les chercher mais ne retrouve pas ses camarades à son retour. Il essaye de les rejoindre mais il fait nuit, et au moment où il sort du boyau un obus éclate près de lui. Il se croit blessé, souffrant aux reins. Il se dirige alors vers le poste de secours du 412è où il passe la nuit puis la journée du lendemain. Doussin vient ce même jour au poste avec un billet du major qui lui a permis de se reposer. Ils devaient repartir ensemble mais Doussin s’en retourne sans qu’Ernst s’en soit aperçu. Le 16 il apprend par des soldats qui passent que son bataillon avait été relevé. En essayant de les rejoindre il est arrêté par un bombardement, il échoue aux cuisines du 1er tirailleur puis au bois St Pierre au 4è mixte et retrouve sa compagnie le 19 juin à Beurey. Doussin confirme qu’on l’a attendu un quart d’heure le 9 (5 minutes dit le zouave Esnault), et que ne l’ayant pas retrouvé le 12, il est reparti seul, par un autre chemin que celui qu’il avait emprunté à l’aller, pensant qu’Ernst pouvait rejoindre de lui-même, quoi que celui-ci lui ait effectivement demandé de l’accompagner. « L’accusé est mal noté, il a subi plusieurs punitions » (En réalité 3 seulement depuis janvier 1916, les deux autres remontant à 1910 et 1911 ; une condamnation au civil pour tentative de vol qui provoqua, en échange, son incorporation aux bataillons d’Afrique). Son insoumission du 13 octobre 1913 au 2 août 1914, a-t-elle joué dans la prévention du Rapporteur à son encontre qui souligne, qu’en son absence sa Cie a subi de nombreuses pertes ?

Le Commissaire-rapporteur au Général de la 38è DI  « Le 4è Mixte étant en ligne, il me paraît difficile de procéder en ce moment à cette exécution. Il y aurait lieu d’en référer à l’armée pour être autorisé à attendre le moment où l’exécution sera possible. Cette exécution -si elle doit avoir lieu, ne peut être utile, au point de vue de l’exemple, que si elle est faite en présence du corps auquel appartient le condamné -. Vous apprécierez s’il y a lieu de faire descendre une Cie du 4è Mixte pour procéder à l’exécution ou s’il y a lieu d’attendre. Vous avez seul le droit de transmettre un recours en grâce au Président de la République si vous le jugez utile… Vous avez le droit d’ordonner l’exécution sans en référer à l’autorité supérieure, le CG n’ayant pas signé de recours en grâce. »
Ernst est fusillé à Souhesmes (Meuse) le 12 août 1916.
« Je soussigné, Docteur en médecine, aide-major de 1ère classe au 4è Rgt de marche de zouaves, certifie que le zouave Ernst Lucien a succombé le 12 août 1916 à 5h45 du matin, aux blessures produites par 12 balles layant atteint en pleine poitrine, à la face et aux mains. »


Victor Fortuné Roy Ferrero, né à Aubagne le 5 janvier 1892, terrassier au civil, soldat au 55è R.I. 
Le régiment est alors engagé dans la bataille de Verdun (sous commandement de Nivelle) dans le secteur d'Esne.Le 13 mai 1916, le soldat Ferrero reste au camp au lieu de monter en ligne à la cote 304 avec ses camarades. Il est condamné à 5 ans de travaux forcés pour "abandon de poste". Mais comme on a besoin de chair à canon on lui laisse une chance de se réhabiliter. Dans la nuit du 29 au 30 juin, sa Cie se rend de la tranchée de Garoupe à la tranchée Champigneul, cote 304. Sur un moment de panique, il quitte son poste. Le 30, après réflexion, il se rend à la gendarmerie de Jubécourt.. Lors de son jugement, il déclare qu'étant en prévention de conseil de guerre il n'aurait pas dû monter en ligne, et qu'il avait agi sur un coup de folie. Malgré un témoignage élogieux sur ses qualités de soldat, il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" le 25 juillet et fusillé 18 jours après sa condamnation, le 12 août 1916 à Jubécourt (aujourd'hui Clermont en Argonne). Son nom ne figure sur aucun monument aux morts.
Adrien Desnoyer né le 17 mars 1896 à La Coquille (Dordogne), boulanger, soldat au 12è R.I. passé par mesure disciplinaire (10 ans de détention pour deux désertions différentes en présence de l’ennemi, peine suspendue) au 6è R.I. 1ère Cie, accusé d’avoir aux tranchées près d’Esnes, abandonné son poste en présence de l’ennemi, condamné par le CG de la 123è DI, le 20 juillet 1916 fut fusillé pour l’exemple à l’âge de 20 ans le 15 août 1916, à Wally dans la Meuse. Le rapport joint aux minutes du conseil de révision (qui prit une décision batarde, n’annulant que la disposition de contrainte par corps pour éviter la cassation du jugement) nous apprend que Denoyer se porta vers l’arrière, s’étant enfui vers 4 heures du matin, le 21 mai 1916 de la tranchée de soutien alors que sa compagnie montait en 1ère ligne. Il prit le train à Bar-le-Duc et parvint jusqu’à Maintenon où il fut arrêté le 25 mai et conduit à la Place de Paris.

Armand Aimé Mercier, né le 19 septembre 1886 à Apremont, de parents journaliers, célibataire, lui-même domestique de ferme depuis ses 13 ans. son service militaire au sein des 150ème et 137ème R.I., ne se passe pas sa,s incidents ; un caporal lui inflige deux jours de consigne, qui sont doublés par le capitaine, pour avoir caché ses chaussettes sales dans sa paillasse. Le 3 avril 1908, il est réformé pour rhumatisme chronique, mais l’Armée le rattrape le 17 février 1909 et le renvoie au 137e RI, puis au 93e RI. Cela va aller de mal en pis jusqu’à sa libération le 25 septembre 1910. Il ne reçoit pas moins de neuf punitions et va écoper de 93 jours de salle de police pour différents motifs : retard au retour de permission, matériel cassé, paquetage sale, refus de marcher, etc. Il est affecté soldat de 2ème classe au corps du 93ème R.I . le 5 août 1914, il prend part aux premiers combats.
À l’appel du 10 et à celui du 11 décembre 1915, il est absent. C’est sa première désertion. Il ne reparaît à la compagnie que le 25 janvier 1916. Qu’a-t-il fait durant plus d’un mois ? Depuis le 14 décembre 1915, il était soigné dans une ambulance. De retour au régiment, il est mis emprisonné et condamné à 4 ans de travaux publics, par un premier conseil de guerre réuni le 10 avril 1916, pour "désertion à l’intérieur, en temps de guerre, sur un territoire en état de siège ou de guerre ."
Condamné aux travaux publics, Armand Mercier y aurait été à l’abri du danger, mais l’Armée a besoin de lui. Renvoyé au 137e R.I., il ne se presse pas : devant intégrer le corps le 18 avril 1916, il arrive le 22 pour la soupe ! Nouveau conseil de guerre, le 26 mai 1916, il est condamné cette fois à 5 ans de travaux publics. Toutefois le général commandant la 21e division suspend la peine et renvoie Armand Mercier au 93e RI ! Il combat sur le front de Verdun mais il manque à l’appel le 11 juin 1916 et donc, porté déserteur. Armand Mercier rejoint sa famille en Vendée et ne reparaît au dépôt de La Roche-sur-Yon que le 23 juin, revêtu d’une capote portant les galons de caporal !
Le 30 juin, Armand Mercier interrogé par le rapporteur près du conseil de guerre déclare : "Je reconnais avoir abandonné la compagnie et ce par peur. Je suis parti à peine arrivé au Bois des Vignes […] Je suis rentré sur Verdun, où j’ai trouvé une automobile qui m’a conduit à Bar-le-Duc. J’ai pris de là le train des permissionnaires […] et suis arrivé chez moi en descendant à la gare de La Roche-sur-Yon. […] Je suis allé chez ma mère qui habite Apremont. Je suis resté 8 jours avec elle, puis je suis allé au dépôt pour demander une feuille pour rejoindre."  Il ajoute avoir reçu la capote au moment où son groupe montait sur Verdun et qu’il ignorait ne pas avoir le droit de la porter. Mais la suite est contradictoire, lorsqu’on lui rappelle : "Interrogé au corps, vous paraissez avoir déclaré que cette capote vous avait été remise à une ambulance où vous avez été soigné après avoir été commotionné par un obus à la Côte du Poivre. Tout cela n’est évidemment pas la vérité puisque vous avez reconnu qu’en quittant la compagnie en présence de l’ennemi, vous étiez parti directement dans votre famille." Il déclare : "Je n’ai jamais dit tout cela " . Déféré le 4 juillet 1916 devant le conseil de guerre de la 21ème DI, il est chargé par son lieutenant Crignon qui le traite de "mauvais soldat, mauvais Français et de lâche" et demande "que la condamnation qui le frappera soit impitoyable et serve d’exemple". Le jugement du 1er août qui le condamne à mort pour "abandon de poste et désertion en présence de l’ennemi" est exécutoire, le recours en grâce rejeté.
Le général Dauvin, commandant la 21e division d’infanterie, ordonne que l’exécution ait lieu le 20 août 1916 à 6 heures du matin, à Dieue (Meuse), dans les carrières situées au nord de la route de Sommedieue, et que le peloton d’exécution soit fourni par le bataillon du 93e R.I.
Bonamy, greffier du conseil de guerre, rédige le procès-verbal de l’exécution et le médecin aide-major constate la mort : "Le piquet ayant fait feu sur le condamné, je me suis approché et ai constaté qu’il était tombé mort, la majeure partie des balles ayant pénétré dans le cœur et la région du cœur, le coup de grâce donné derrière l’oreille ayant traversé le cerveau ."

Pierre Marie François Mathurin Lagrée, né le 20 novembre 1896 à Quesnoy (Côtes-du-Nord), chauffeur d’automobile à Arcade, canton de New-York USA, célibataire, 2è classe au 1er R.I.C., registre de punition vide.
CG de la 10è région de corps d’armée, 25 juillet 1916
Crimes du Quessoy et de Fermanville et prison militaire de Rennes (4 assassinats et vols qualifiés, violences à sentinelle et tentative d’assassinat), recours en grâce rejeté le 21 août
« Le 2 décembre 1915, un jeune soldat du 1er colonial, le nommé Bitel, connu pour sa conduite exemplaire, disparaissait du cantonnement de sa Cie à Fermanville, près de Cherbourg. Deux jours après, il était découvert dans vie dans un champs. A l’évidence, il avait péri de mort violente et avait été dépouillé des modestes valeurs qu’il avait coutume de porter sur lui. Il fallait, suivant l’usage procéder à la reconnaissance et à l’identification du corps. Cette triste mission était confiée à un jeune soldat nommé Pierre Lagrée désigné comme ayant été le camarade et l’ami de la victime. L’information s’ouvre… on apprend que le soir du jour où Bitel a disparu, celui-ci devait dîner avec Lagrée. Rendez-vous avait été pris dans un cabaret situé à quelques mètres de l’endroit où la dépouille de la victime avait été découverte… Lagrée manifeste une grande affliction, et se fait l’actif collaborateur de l’information. Au moment des funérailles, Lagrée est en première place, c’est à lui qu’est échu l’honneur de porter la couronne offerte par le détachement. C’est lui qui se fait auprès de la famille Bitel, l’organe des regrets laissés par leur fils et console sa peine en l’assurant que le meurtrier sera découvert et châtié. Il s’offre à renouer avec les parents les liens d’affection ayant existé avec leurs fils, l’échange de photographies devra être le signe et le gage de ces sentiments.
Un mois après, un village des Côtes du Nord, Quessoy, était le théâtre d’une émouvante tragédie : Trois personnes y étaient trouvées égorgées et leurs cadavres étaient essaimés par les champs . C’étaient ceux d’une dame Mouvieux, femme d’un cultivateur alors mobilisé et absent, ainsi que ses deux enfants âgés de huit et quatre ans. Le vol paraît avoir précédé ou suivi l’assassinat… Au nombre des assistants à la veillée funèbre, on remarque un jeune soldat venu en permission au pays pour les fêtes du premier de l’an. C’est ce même Lagrée qui déjà s’était trouvé mêlé à la mort tragique de son camarade Bitel. C’est lui qui, cette fois encore, assume les fonctions de maître des cérémonies et règle la marche des obsèques.

Pierre Lagrée est né à Quessoy le 20 novembre 1896, il n’a donc pas encore vingt ans. Il est issu d’une modeste famille qui comporte, outre lui, deux autres enfants encore vivants dont il est l’aîné. Son père est fréquemment malade [enquête de gendarmerie : « son père est malade depuis sa sortie du régiment. Il est épileptique. Quelqufois il court les routes sans savoir où il va. S’il rencontrait quelqu’ub qu’il n’aime pas, il pourrait le frapper sans motif. »] et c’est surtout à sa mère qu’incombe le soin de son éducation. Dès sa plus tendre enfance, il fait montre d’une très grande intelligence, d’une exceptionnelle aptitude à apprendre. Bien que n’ayant fréquenté l’école que jusqu’à l’âge de 11 ans, il possède une culture relativement surprenante, usant d’un langage correct et précis, ayant une attitude et des manières pouvant permettre de lui prêter une origine sensiblement plus relevée… Mais tout aussitôt que son intelligence, se révèle son caractère, ses goûts d’indépendance et de vie facile et l’impossibilité de se plier à une règle… Son ancien maître l’a toujours considéré comme sournois et enclin au vol… il déserte fréquemment l’école, préfère pour employer une expression trouvée sur les lèvres des témoins, « faire le renard », aller courir la campagne, se livrer à de petites rapines, et victimiser les autres enfants… Il est mis en place dans des fermes dans des régions où des relations de famille lui promettent un appui ; mais de suite il décourage les meilleures volontés : il ne se trouve bien dans aucune place et quitte à chaque instant… une vie plus libre ne tarde pas à le séduire ; il attend ses quinze ans pour entrer dans la marine. Le 1er janvier 1912, il se fait mettre, à Dinan, dans les rôles de l’inscription maritime. Le 21 mars suivant, il part pour la grande pèche à Terre-Neuve s’étant engagé comme mousse sur le voilier La Georgette… A bord la vie n’est pas telle qu’il l’avait rêvée, irrité, prétend-il, par les brimades qu’il aurait eu à subir, et se libère, suivant sa méthode, par la fuite. Le 18 août 1812, dans un port de Nouvelle Ecosse, il déserte son bord et réussit à profiter d’un autre bateau pour passer au Canada (…) Entré comme garçon d’hôtel à Buffalo, il se hausse jusqu’aux fonctions de conducteur d’automobiles… Des correspondances suivies après son retour en France avec des relations laissées aux Etats-Unis démontrent qu’il avait su se lier avec des personnes d’un milieu fort supérieur à sa propre condition. Ses lettres font par ailleurs foi de ses invincibles tendances au mensonge. Il y parle de sa présence aux armées et ne manque pas de faire allusion à la rude vie des tranchées qu’il n’a jamais connue.(…) Le 13 avril 1915, il est incorporé au 1er Rgt d’infanterie coloniale dont le dépôt est à Cherbourg… Son intelligence le fait distinguer pour le peloton des élèves caporaux… son relevé de punitions porte la mention « néant » … Auprès de ses chefs, il passe plutôt pour bon soldat. Ses camarades n’ont pas plus à se plaindre de lui. A leurs yeux il se trouve dans une position aisée, dépensant largement. »

A Frémanville, alors qu’ils sont brièvement voisins de chambrée, Lagrée réussit à obtenir de Bitel quelques confidences, entre autre qu’il est assez richement entretenu par sa famille, et que son père, bijoutier, lui a confectionné un « porte-or », constitué de deux médailles saintes accolées qu’il porte dans une pochette intérieure de son gilet, l’objet permettant de dissimuler (en prévention d’une possible captivité) cinq louis de 10 francs-or. Edouard Bitel n’était sans doute pas d’un naturel méfiant puisqu’au moins un de ses camarades du cantonnement témoignerait qu’il connaissait le dispositif du porte-or et ce qu’il contenait.
Le 1er décembre, revenant de permission, Lagrée doit remettre ses camarades un colis à un soldat originaire de la même région que lui, Victor Auffray, avec lequel il se rend dans un débit de boisson, chez la veuve Haineville où il trouve par hasard Bitel en train de réparer une horloge. Il l’entend dire qu’il reviendra vérifier le mécanisme. Selon Auffray, Bitel et Lagrée ne se sont pas parlé, pas plus qu’il n’a spécifié être ami avec Bitel. Tout juste lui a-t-il dit que Bitel lui avait réparé une montre qui ne marchait pas mieux depuis.
Le lendemain, avisant Bitel sur le terrain d’exercice, Lagrée lui propose de dîner avec lui à la cantine de la dame Bertrand. Quand Bitel vient le rejoindre dans sa chambrée vers 17h, Lagrée lui dit qu’il est en train d’écrire une lettre et désirerait finir ; Bitel dit qu’il va profiter de ce délai pour visiter l’horloge du café Haineville qui se trouve à deux pas. Mme Haineville se souvient que tout allant bien elle a fixé les yeux sur l’horloge au départ de Bitel. Il était 17h15. C’est décembre, il fait nuit, il pleut. Lagrée a suivi Bitel qu’il retrouve devant le café, lequel est séparé de la cantine Bertrand où ils doivent dîner par un chemin creux passant à travers champs et landes, sans une habitation, et bordé de haies. C’est là que Lagrée fait à Bitel une demande d’argent que celui-ci refuse ; une discussion s’engage, et ils parviennent « à une distance d’environ 40 mètres du débit Bertrand, à hauteur d’un champs dit « la châsse de l’Eglise ». Lagrée frappe Bitel d’un vigoureux coup de poing à la tempe, lui lance en même temps un coup de pied dans l’abdomen, la victime tombe et va donner de la tête sur les pierres qui sont sur la banquette du chemin. L’agresseur s’acharne sur lui, et pour employer une expression en usage dans le monde de la criminalité, le « sonne » en lui frappant la tête sur les pierres voisines. La victime crie et exhale sa plainte. Il faut de suite l’achever. Saisissant un caillou, Lagrée frappe à la tête l’infortuné Bitel ; il faut aussi mettre sa dépouille à l’abri et procéder en dehors des regards à la fouille de ses vêtements. Bitel respire encore. Le meurtrier avise un mouchoir qui dépasse de la poche de la victime et s’en sert pour l’étrangler. Tandis que Bitel donne encore des signes de vie, Lagrée le prend dans ses bras, et passant par une brèche du champ voisin, le transporte jusqu’à une haie séparative de deux propriétés, dans un endroit dissimulé par des ajoncs. Il visite les vêtements, s’empare des objets de quelque valeur, va droit au porte-or placé dans la pochette de la chemise, ainsi qu’au portefeuille qu’il connaît bien, mais il ne lui suffit pas d’avoir recueilli le butin, et il lui faut organiser une mise en scène qu’il suppose devoir donner le change et faire croire à un suicide ou à une rixe… » Lagrée se rend alors -aux environs de dix-huit heures- à la cantine Berttrand, pour conforter son alibi, où il se fait servir deux consommations coup sur coup, donnant le spectacle de son inquiétude aux soldat Le Goff et Legall (qui ne l’avaient jamais vu parmi les habitués de cet établissement) avant de s’en aller, inquiet, à la recherche de son camarade avec qui il avait rendes-vous. « Le cadavre est découvert, seulement deux jours après le crime par le propriétaire du champ. »
Les soupçons ne se portent sur Lagrée qu’après l’affaire du Quessoy, et l’on se souvient qu’il a donné en paiement en décembre une pièce de 10 francs or, monnaie devenue rare. Quatre soldats du 1er colonial -dont Auffrzy- se souviennent avoir vu Lagrée débarquer le soir du 2 décembre dans le débit de boisson Guerrand (voisin de la maison Haineville) «  et avaient remarqué qu’il étalait sur la table un portefeuille, qui, prétendait-il, venait de lui être restitué après une disparition de quelques jours. »

Témoignage de Bitel père : « Le lieutenant Pition et le sergent-major nous informèrent qu’Edouard avait un ami du nom de Lagrée et nous tenions à le voir… mais nous ne pûmes le voir dans la journée du lundi 6 décembre, mais seulement le jour des obsèques. Il était venu peu avant la lebvée du corps et il portait la couronne. Il vint nous trouver avec un autre soldat. Il me souvient qu’il avait un tremblement que nous avons alors attribué à l’émotion… On a remarqué (mon autre fils) que pendant le service religieux Lagrée souriait. »

Lettre de Lagrée à Edouard Bitel père, le 7 décembre 1915 (orthographe conservée) :
Malgré tous les ennuis D’aujourd’hui je m’empresse de vous faire ces quelques mots, en vous envoyant cette photographie, qui n’est pas très bien. Mais si toutfois celle-là ne vous plais pas vous me direz et quand je me ferai rephotographier je vous en envoyerais une autre car je sais que celle-là n’est pas bien ma figure. J’ai bien des photographies en civils mais je sais que ce n’est pas cela que vous Désireriez comme Souvenir. Celà me fait du chagrin à moi-même qu’il a fallut que cela arrive comme ça ? Enfin Cher Monsieur Bitel Celà est bien ennuyant mais prenez toujours bien Du courage et Pourtant je sais que cela est Dure pour vous, et je vous assure que cela en est bien ainsi pour moi, var je me voit encore une fois De plus isolé au régiment que De Dire que depuis 8 mois que je connaissais Edouard que jamais nous n’avions eu seulement un mot de dispute Ensemble. Et maintenant à qui m’adressé pour avoire un camarade toujours trouvé des mauvaises rencontres Des Soulards et des Arsouilles. Oui je peut franchement vous le dire que cela me fait de la peine. Si toutefois Mr Bitel bous désiriez connaître quelques renseignements Et que je pourrai vous les faires N’ayez aucune crainte de me demander. Je vous serais toujours bien Reconnaissant sur toutes choses que vous voudrez et j’espère bien Mr Bitel vous souhaiter une Meilleurs chance que vous n’avez eu jusqu’ici. Je vous quitte En vous serrant Cordialement La main
D’un ami tout dévoué P. Lagrée

Extraits de la lettre du 18 décembre :
hier vendredi je me suis fait exanter de service pour aller me renseigner sur toutes les choses que vous me demandiez… Et pour le nom du petit camarade dont vous me demandiez C’est Chartier Paul mais lui pour le moment il est partit au front depuis deux ou trois jours. Et je croit que moi aussi mon tour approche nous devont partire en Permission de 4 jours et je croit bien que cesseras la dernière pour peut être d’ici longtemps. Enfin personne ne sai encore.
Recevez Monsieur Bitel mes Sincères Salutations et je vous remercie a nouveau pour ce petit portrait Un ami tout dévoué Lagrée Pierre

Tandis qu’il cherche encore à se disculper de l’assassinait de Bitel, Lagrée écrit plusieurs lettres au commissaire-rapporteur, forgeant une invraisemblable histoire de deux soldats qui auraient commis le crime et l’auraient menacé s’il révélait quoi que ce soit, le payant même pour son silence. Quoiqu’il les représente comme masqués, il prétend pouvoir identifier l’un des deux si on le transfère à Cherbourg. Ces lettres sont paraphées en guise de formule de politesse « Truly Yours ».


Crime du Quessoy :


Langrée n’arrive au Quessoy en permission que le 2 janvier, après s’être arrêté en plusieurs endroits. Le lendemain 3 janvier est le jour fixé par le percepteur de Moncontour pour le paiement des allocations aux femmes des mobilisés du canton. Lagrée le sait puisqu’une voisine de sa mère, la dame Mouvieux est venue offrir à celle-ci de faire de compagnie la route. La dame Mouvieux part finalement seule, très tôt le 3. « Ce même jour Lagrée s’est mis en route de bonne heure (6h et demi), il doit aller faire viser sa permission à la gendarmerie du chef-lieu de canton. » Vers 18h après une visite chez des parents dans une localité assez éloignée, il rentre chez ses parents vers 18h, « prend un repas sommaire qu’il se prépare lui-même, et ressort au bout d’une demi-heure pour ne rentrer que deux heures environ après ». Les premières constatations du parquet de Saint-Brieuc, le 4 janvier établissent que les environs de la maisonnette Mouvieux sont jalonnés des traces du massacre, flaques de sang, morceaux de cuir chevelu, une pelle-pioche portant des touffes de cheveux collés, des empreintes de chaussure sans clou sont relevées dans la venelle où les enfants ont été poursuivis. L’autopsie établit que la mère a sans doute été frappée à l’intérieur avant de s’enfuir, le meurtrier (car on remarque que c’est la même main qui a égorgé les trois victimes, de droite à gauche, assez ferme pour trancher larynx et trachée d’un seul mouvement) ne s’est pas attardé à fouiller les lieux, n’emportant que l’allocation de 50 francs versée le matin puisqu’on trouve entre des piles de draps 400 francs cachés, en billets de banque. Contrairement à ses concitoyens, Lagrée évite de se rendre sur les lieux des meurtres, filant à bicyclette chercher les traces d’une caisse égarée à son arrivée à la gare voisine. Il accepte néanmoins à son retour de participer à la veillée funèbre ; il y fait même une apparition éminemment théâtrale, vêtu d’un pourpoint rouge et armé d’un sabre-épée dont il prétend pourfendre les meurtriers s’ils revenaient. Il prend en main l’organisation de l’enterrement, désignant à chacun son rôle. Certains remarquent tout de même qu’il a le coup et le bas du visage couverts d’égratignures assez fraîches, qu’il attribuera bien sûr avant qu’on lui en fasse la demande à une chute de vélo dans un buisson de ronces. Il se rend même chez le charpentier afin d’accélérer le travail de confection des cercueils, soulignant qu’il doit reprendre le train le dans l’après-midi du lendemain. Il fait partie des porteurs du cercueil de Mme Mouvieux et se rend au café pour le pot d’enterrement et reprend effectivement le train en direction de Cherbourg, non sans avoir acheté les journaux où il découpe les articles relatifs aux crimes -on les retrouvera dans ses affaires plus tard- afin de se renseigner sur les indices découverts.


 A ses camarades qui le questionnent sur le drame auquel il a assisté, il répond négligemment que c’est l’œuvre d’un fou qu’il va jusqu’à désigner nommément. Il ignore cependant que les langues vont se délier et que des voisins révèlent avoir vu sa mère laver des pièces d’uniforme le 4, en pleurant, et qu’une perquisition chez elle va bientôt permettre de découvrir les bottines sans clous qu’elle avait cachées, et qu’il avait revêtu afin de ne pas laisser de traces de ses godillots militaires. Lagrée est arrêté le 11 janvier, interrogé pour la première fois le 15. Dans le rapport du commissaire on ne peut s’empêcher de relever une certaine admiration pour le système de défense, et la dialectique longtemps imparable élaboré par le suspect : « A part quelques défaillances de détail, le système de dénégation adopté reste parfaitement cohérent ». Le 16, la maîtrise de soi et les parfaites apparences de sincérité commencent à se lézarder lorsqu’on lui révèle les résultats de la perquisition et l’identification des chaussures. Il avoue alors, non sans avoir dans un premier mouvement assuré « c’est elle qui m’a donné un coup de poing ».
« Les premiers coups ont été portés à la dame Mouvieux en se servant de la pelle-bêche ; pour l’achever il lui a tranché la gorge de façon à faire cesser ses appels et ses cris. Pour se faire il a employé le couteau qu’il porte habituellement et qu’il a conservé jusqu’au jour de son arrestation, c’est un coteau dit de l’Armée Suisse, qui s’est vulgarisé surtout depuis la guerre. Une fois son premier crime commis, il s’est mis à la poursuite des deux enfants qui, témoins des premiers sévices exercés sur leur mère se sont enfuis, effrayés à travers champs. Il les gagne de vitesse et les rejoint au moment où la fillette atteint le café Boulaire vers lequel elle s’est instinctivement dirigée pour demander du secours. Lagrée interpelle l’enfant, lui enjoint de venir vers lui, obtient qu’elle renonce à sa tentative d’entrée dans le café. Elle reprend sa course qui l’amène à l’entrée du chemin creux où son petit frère a dû lui-même s’arrêter. La fillette s’engage dans la venelle en proférant des cris qui peuvent être entendus des maisons voisines. Il faut agir vite : Lagrée s’empare du garçonnet qu’il ne veut pas laisser derrière lui, le prend sous son bras et se met sur les pas de la jeune Marie qu’il rejoint à 40 mètres de là. Il se débarrasse de son fardeau, jette le garçon sur le rebord du talus et va au plus pressé, la fillette… Il la renverse, la bâillonne d’une main, lui serrant le cou, et tirant son couteau de sa poche, lui tranche net la gorge. Il reprend le jeune Joseph, le transporte quelques mètres plus loin et lui fait subir le même sort. Les cadavres sont, qui jeté, qui transporté, près des haies qui doivent les dissimuler… Il peut revenir à loisir vers la maison de sa victime et réaliser le but de son expédition. Il lave ses ùains sanglantes dans la marmite qui contient les restes du bouillon qui a servi à tremper la soupe de la famille et procède à la visite de l’armoire. Le billet de 50 francs reçu le matin du percepteur est encore dans le tiroir, Lagrée s’en empare et… ç’aurait été là son seul butin. » Rentré chez lui il se serait, aux dires de sa mère, paisiblement endormi. « Il a d’abord soutenu que sa victime l’aurait attiré chez elle dans un but galant qui se serait réalisé. La dame Mouvieux aurait ensuite voulu lui fiare payer ses faveurs et c’était… cette exigence qui aurait amené une rixe dans laquelle il n’aurait fait que se défendre.

On voit que le rapporteur, quoiqu’il dénonce au passage l’influence pernicieuse des romans policiers, ne résiste pas à la tentation d’en écrire un lui-même, et cela dans le style le plus fleuri que lui permette les circonstances d’un rapport d’enquête. Lagrée serait-il l’un de premiers serial-killers à l’américaine du 20è siècle (« ses agissements en Amérique restent inconnus »), fascinant son auditoire par son intelligence et sa froideur de psychopathe, sans cesse tenté, pour exercer son sentiment de toute-puissance, de jouer avec enquêteurs et proches de ses victimes, souhaitant jusqu’à son arrestation afin de faire les premières pages des journaux, voire son exécution comme seul moyen de mettre un terme à sa folie meurtrière ?

L’affaire Lagrée ne s’arrête pas tout à fait là, les faits suivant prouvant que la cupidité n’était peut-être pas le seul motif de ses crimes antérieurs comme on l’a trop vite déclaré :
« Le 14 juillet vers 13 h il [Lagrée] est extrait de sa cellule pour être conduit dans une cour intérieure de la prison afin d’y jouir d’une demi-heure de préau à l’air libre, conformément au règlement. Vers 13h30 le maréchal des logis Le Bourdonnec invitait le détenu à le suivre pour réintégrer sa cellule, et ne rencontrait aucune opposition ; aussi bien, dans la demi-heure qui venait de s’écouler rien d’anormal ne s’était produit et Lagrée s’était montré très calme selon son habitude… Au moment où le maréchal des logisest venu ouvrir la porte du préau pour en faire sortir le détenu la sentinelle a dû s’effacer, laisser passer le sous-officier, puis Lagrée, et fermer lui-même la marche, de façon à encadrer le détenu. Le factionnaire, le soldat Redon est de petite taille, d’aspect plutôt chétif et débonnaire. Au cours de la séance de préau Lagrée était parvenu à engager la conversation avec lui ; et avait pu se rendre compte qu’il était de faible intelligence et incapable d’une sérieuse résistance. Profitant que le sous-officier qui précède le cortège est hors de vue, ayant dû tourner à gauche dans le couloir des cellules, Lagrée se jette sur Redon, lui assène sur le crâne un vigoureux coup de poing de la main droite pendant que de la gauche il s’empare du fusil de l’homme de garde et parvient à le lui arracher… Le coup qui a visé Redon à la tête n’est pas un simple coup de poing ; ce coup a, en effet, entaillé le cuir chevelu… [Lagrée] avoue avoir réussi à dissimuler une cuillère aiguisée dont il se servait pour couper son pain… Redon a été plus ou moins abasourdi par ce coup… il a cependant lâché un cri qui a été entendu du maréchal des logis qui se retourne pour revenir sur ses pas à travers les détours du couloir, mais son pied glisse sur le sol, qui, devant le lavabo est humide. Lagrée le rejoint avant que le Bourdonnec ait eu le temps de se relever. Le sous officier est bien porteur d’un revolver mais l’étui se trouve sous lui, et avant qu’il ait pu le dégager, Lagrée armé du fusil… qui a la baïonnette au canon, pointe cette baïonnette sur le corps du maréchal des logis et lui en porte notamment des coups qui l’atteignent à l’abdomen dans les régions droite et gauche. Le Bourdonnec est gisant, seul , et sans défense. Une fois atteint et désarmé, Redon a plus ou moins perdu la tête et a instinctivement franchi la porte qui fait communiquer le lavabo avec la cour de la cuisine où il va chercher du secours. Providentiellement, le sergent-major Level, qui n’est point de service, survient à cette même porte et aperçoit son collègue que Lagrée est en train de larder de la baïonnette. Il se jette sur le détenu et engage, non sans éprouver une vive résistance, une lutte pour le désarmer. C’est à cette intervention fortuite que Le Bourdonnec a dû d’avoir la vie sauve. » Level appelle à l’aide, et c’est un détenu qui travaille à la lampisterie qui vient porter main-forte, permettant de désarmer et maîtriser Lagrée. « Ce n’est qu’alors que, se rendant compte de son impuissance, il se laisse conduire à sa cellule. Durant quelques instants, son gardien l’entend prononcer des mots incohérents, comme s’il craignait l’arrivée d’un agresseur. Les assistants ont l’impression qu’il n’y a là qu’une simulation [NB : la schizophrénie n’est identifiée, et confidentiellement, que depuis 1911 par le psychiatre zurichois Eugen Bleuler, mais peut-être faut-il croire les experts et ne voir dans cette « crise » qu’une nouvelle tentative de manipulation en vue d’une tentative d’évasion] D’ailleurs Lagrée revient tout aussitôt à son état normal, et quand les actes qu’il vient de commettre lui sont reprochés, il dit ne s’en point souvenir… L’inculpé prétend que déjà, au cours de sa détention, il aurait été en proie à des troubles lui enlevant la possession et la conscience de soi-même. »
Pierre Lagrée est fusillé à Rennes Terrain du Polygone, le 21 août 1916 à 6h.

 

Jean (John) Lestage, né le 12 mai 1880 à Bordeaux, matelot, gabier breveté des Equipages de la Flotte à bord de la « Gascogne », précédemment pêcheur (à la dynamite) mineur de charbon (avec compétences d’artificier) à Glace Bay, Nouvelle Ecosse, Canada, marié, père de deux enfants.
CG de la Base et des Camps de Salonique, le 19 août 1916, jugé pour trahison (désertion et espionnage), avec les civils Schabati, Nahoun, Pelekanakis.
Cette affaire concerne-t-elle des civils, un ou des militaires ? Difficile de trancher, le principal protagoniste, dont la nationalité réelle paraît compliquée à établir étant malgré tout employé par l’armée française, dans une zone neutre ; sur un territoire en guerre… Le nombre de personnages qu’elle implique ne facilite pas sa compréhension. Lestage était-il un anarchiste rusé, anti-militariste radical comme on tente de le faire croire ou un opportuniste fantasque jouant avec le feu ?

Le 6 janvier 1916, le matelot Lestage déserte, quittant la rade de Salonique pour se rendre au Pirtée où il rentre en relations avec le consul allemand, puis à Athènes où il se met au service de l’attaché naval allemand de Grancy, chargé du service des renseignements. Il leur transmet des informations sur le déplacement des troupes l’armement, certains recueilli par ses complices. Schabati, lui rendant visite dans la chambre (sous louée par Nahoun) où il se cachait a pris pour lui le billet à bord du vapeur « Delfini » en partance pour le Pirée, favorisant sa désertion. Les deux auraient formé le projet de partir pour l’Amérique, où Lestage pensait faire fortune en exerçant son métier de contremaître aux mines de charbon. Les deux hommes se sont rencontrés à de nombreuses reprises, Lestage se montrant toujours très généreux, même quand Shabati n’avait rien à lui apprendre. Au travers de leurs lettres codées, Lestage propose également à son ami de vendre du « savon » (de l’opium qui lui aurait été fourni par un cuisinier -Pélékanakis ; naturalisé américain demeurant en Crête- à bord d’un navire grec).

« C’est le besoin d’argent qui m’a poussé à faire ce que l’on me reproche. Mais j’ai toujours donné des renseignements imaginaires… J’ai été torturé sur l’ordre de l’attaché naval d’Athènes ; on m’a mis des œufs bouillants sous les aisselles et l’on ne s’est arrêter de me flageller que sur les protestations de l’équipage. Le médecin de la Gascogne m’a bien soigné mais les plaies sont encore à vif. »
Lettre manuscrite (crayon) de Lestage au consul américain, interceptées par Le commissaire à la sûreté de l’armée d’Orient Vignolles comme adressées frauduleusement au consul. Dans la version anglaise Lestage proteste qu’il est citoyen américain et entend le rester, qu’il est tenu au secret dans la zone neutre et que ses tortionnaires le savent : « suis été enlevé du quai au Pirée , Grèce, le 14 juin après avoir été drogué par deux marins qui me fréquentaient depuis huit jours. J’ai été menacé, maltraité continuellement, puis le 15 juillet on me transporta à bord du « Goéland ». le détaché naval de l’ambassade française est venu avec quatre aides et commencerent par me torturer à coups de cordes pour répondre à des questions que je ne connaissais pas. Puis me chatiairent avec des œufs bouillants, qu’ils me mirent sous les aisselles à plusieurs fois ils me laissèrent comme mort le chatiment commença à 10h du soir et termina à 2h20 du matin ceci se passait en rade su Phalère. J’étais pourtant satisfait de répondre à leurs questions. Le 16 au soir menaces puis suis transporté par un autre chalutier le « Cordouan » qui me ramena sur l’Henri IV ou le docteur me soigna les brulures puis sur la Gascogne a Salonique se fut pareil. Please treat me well »


 
André Noël Humilier, né le 6 septembre 1882 à Boisemont (Meurthe et Moselle), mécanicien à Longwy, soldat au 51è R.I., 1,72m chatain aux yeux bleus, tatouages : lutteur au bras gauche, ancre à la main droite.
Déclaration de l’adjudant Edouard Delamare :
« Etant au repos dans les tranchées au Nord Ouest de Dampierre, le 4 août 1916 vers 18h15, j’entends plusieurs coups de revolver. Je me porte du côté d’où viennent les coups, et ayant fait une cenatine de mètres, je vois le soldat Humilier se précipiter vers moi, me menaçant de son revolver, et criant :  « Toi, cette fois-ci je t’aurai, tu ne m’échapperas pas ». Je saute dans la tranchée pour lui échapper, et à ce moment, le sous-lieutenant Debeugny, qui se trouvait derrière le soldat Humilier, se précipite sur lui, et le maîtrise. J’aide le sous-lieutenant Debeugny à le ligoter et pendant ce temps, il m’injurie, me traitant de « Vache, Fumier etc. » Puis il me dit : « si j’avais encore mon pétard, je te brûlerais, mais tu ne pers rien pour attendre, tu ne verras pas l’année 1917, je t’aurai avant ». Puis il invective grosiièrement le capitaine Henry, le traitant de « lâche, vache etc. » et profitant de ce qu’on venait de lui détacher les pieds, il frappe le capitaine Henry de plusieurs coups de pieds. Je n’avais eu que très peu de rapport avec le soldat Humilier, ne l’ayant jamais eu dans ma section. Je le connaissais cependant pour un soldat vindicatif et sournois, très craint de ses camarades. »
Sous-lieutenant Paul Picard, qui s’empare du revolver : « Lorsque le soldat Humilier me reconnut, il m’insulta et me traita de « vache, vendu, fainéant » et me fit cette menace : « je connais ton adresse à Paris, si je ne peux t’avoir maintenant, je saurais te retrouver, pour t’étriper » ; Ce soldat était dans ma section depuis décembre 1915, il avait très mauvais caractère, très rancunier, et peu ami de ses camarades, avec lesquels il se disputait constamment. »
Sous-lieutenant Omer Debeugny : « je me dirige immédiatement vers cette tranchée, quand Humilier, tête basse, revolver au poing, apparaît devant moi. Brandissant son revolver, il change de direction pour se mettre à la poursuite de l’adjudant Delamare. Tou en courant, il criait : « Ah ! La vache ! Ah le juteux, je l’aurai ta paillasse » Votant l’adjudant en danger avec un tel individu, je saute au cou d’Humilier, et lui tenant les bras, j’attends l’arrivée du sous-lieutenant Picard… pour le désarmer. J’apprends alors qu’il venait de tirer sur le capitaine. A l’arrivée du Capitaine Henry, le soldat Humilier crie bien haut : « Je t’ai raté, mais je t’aurai. Tiens, si je l’avais encore mon pistolet, comme je te la ferais sauter ! Lâche ».
Interrogatoire du soldat Emile Picard :
D : - Avez-vous entendu le soldat Humilier dire en parlant de son capitaine : « J’ai eu cinq ans de réclusion, ce n’est pas pour des prunes, je n’ai pas peur de mes os ; s’il vient je le démolis. Ce n’est pas un capitaine de 26 ans qui viendra ma faire chier » ?
R : – Oui, il a dit cela avant que le capitaine n’arrive.
D : - Le soldat Humilier était-il ivre ?
R : - Non. Il était simplement un peu surexcité.
Extraits du rapport du capitaine Henry : « Le 4 août 1916, le soldat Humilier, fusilier mitrailleur à ma 11è Cie, s’étant pris de querelleavec le soldat Gouel, son acamarade, je me portai vers eux pour les inviter au calme et appelai le soldat Humilier qui, à ce moment, était porteur de son pistolet automatique. Humilier s’avança vers moi très calme, d’une vingtaine de pas, son arme à la main dirigée vers le sol. Arrivé sur moi, sans un mot il braqua son revolver contre moi et tira six coups à bout portant. Etant sans arme je m’abritai dans un boyau. Humilier me poursuivit le long du parapet en criant : « Je t’aurai » […] Un moment après, alors que je lui déliais les pieds pour le faire mener sous escorte au poste du Colonel, Humilier m’envoya de toutes ses forces deux coups de pied qui m’atteignirent aux jambes alors qu’il me visait aux parties. » (devant le CG « en me disant « gare à tes couilles ! »
Remarquons seulement qu’avant le conseil, aucun soldat du rang n’a vu Humilier tirer. En admettant qu’il n’était pas ivre, aurait-il raté sa cible à bout portant à six reprises ?
Notes d’audience CG de la 3è DI :
L’inculpé : Il m’est impossible de me rappeler les faits. Je n’étais pourtant pas pris de boisson… Je n’ai jamais eu mon revolver dessus et je ne m’explique pas comment il était en ma possession. Je ne m’explique absolument rien, ni dispute avec mes camarades, ni coups de revolver, ni coups de pied au Capitaine, ni injures aux officiers.
Le président : Aviez-vous des raisons particulières d’en vouloir à votre Capitaine ?
L’inculpé : Absolument aucune, et depuis que je suis à la 11ç Cie, je n’ai jamais eu de punition.
- Vous avez été condamné à cinq ans de travaux publics ?
- Oui, pour outrages à un Caporal avec qui j’avais bu et j’ai demandé à racheter ma faute en demandant à partir volontairement sur le front. Je ne m’explique pas mon acte, je suis très nerveux et j’ai dû subir un accès de folie passagère.

Recours en révision rejeté le 23 août 1916, le défenseur nommé d’office in extremis en remplacement du précédent « indiposé » n’ayant présenté aucun « moyen », Humilier est fusillé àVarmaise, commune de Bonvillers (60) le 25 août 1916, 5h.
  
Julien Arthur Gastien Brillant, né le 18 décembre 1880 à Bonnétable (Sarthe), magasinier d’épicerie à Paris, soldat au 362è R.I.
Condamné en 1913 et juillet 1914 pour vagabondage et mendicité en réunion.

Le 15 juillet 1916, au bois Désiré près Biaches, la 20è section qui équipait un boyau reçoit l’ordre de s’équiper pour se porter en avant en vue d’une contre-attaque. Contrairement aux mensonges du rapport officiel, les témoignages prouvent que Brillant s’équipa comme les autres après une remarque de son supérieur direct. Dès que la section arrive en terrain découvert, les sous-officiers s’aperçoivent de l’absence de Brillant. Le lendemain il est aperçu près du poste de commandement, le sergent Triplet lui ordonne de rejoindre avec les brancardiers qui montent en première ligne. Il dit n’avoir pas été réveillé pour partir ses camarades. Après avoir suivi Triplet, il disparaît.
Le 21 le sergent sapeur Vuiche ayant constaté la présence d’un homme du 362è parmi ses hommes au 365è l’interroge. Il se dit malade, va à la visite et disparaît de nouveau. Il est ramené le 24 au soir au Lt Colonel commandant le 365è par un soldat qui lui dit : « Cet homme meurt de faim et de soif, voilà trois jours qu’il est dans un trou, on le voyait bien en passant dans le boyau. » Le Lt colonel répond : « Comme homme, je vous fais la charité d’un verre d’eau et d’un morceau de pain, comme soldat, vous êtes un saligaud que je ne veux plus voir, votre place est à votre régiment. L’adjudant Castelan lui indiqua où était le 362è, mais la nuit venue, les coloniaux nous ayant relevés, Brillant était encore là à notre départ ».
Du 3 au 5 mai 1916, Brillant avait déjà fait l’étape moitié seul puis avec un autre bataillon que le sien. Le 29 juin il est puni pour avoir mangé ses vivres de réserve sans en avoir reçu l’ordre.
Hormis sa rencontre avec les hommes du 365èl s’avère incapable d’expliquer ce qu’il a fait entre le 16 et le 28 juillet. Il répète obstinément qu’il n’a jamais quitté le front, se touvant en proie à des étourdissements et à la colique dans la tranchée à proximité de son unité.

Capitaine Villars à l’audience du CG de la 72è DI du 14 août: « Brillant s’est rendu coupable plusieurs fois d’absence illégale. Il est intelligent bien qu’il semble s’ingénier à faire croire le contraire. » Un cas aussi évident d’abandon de poste en présence de l’ennemi ne justifie pas à l’évidence qu’on s’y attarde… Nulle pièce ne fait état d’un défenseur devant le CG
Le 19 août 1916, la prévôté de Mondidier télégraphie au Commissaire rapporteur pour certifier que le père et le frère de Brillant ont été internés dans un asile d’aliénés, depuis 1912 pour le premier et novembre 1914 pour le plus jeune.
Le recours en révision rejeté le 23 août, défendu par le nommé Fontange qui ne présente ni mémoire ni moyens. On constate que l’ordre d’exécution n’a pas été conservé.
Brillant est exécuté àConchy-Les-Pots (Oise) le 26 août 1916 à 7 heures.




Le docteur Destemberg dispose d’une série de trois clichés pris par un artilleur du 53è R.I. qui concerneraient, ainsi que Denis Rolland a pu l’établir par recoupements, l’exécution de Brillant Trois instantanés qui illustrent trois moments (La mise au poteau/L’exécution/Le défilé) du rituel de l’exécution capitale par fusillade. Le premier a été reproduit par le général Bach (détail)



Jules Albert Bellot, né le 21 janvier 1892 à Ville-sur-Arce (Aube), domestique de culture, célibataire, 2è classe au 20è BCP
CG de la 13è DI, le 2 août 1916 : « Au début de juin 1915… J’ai été chargé de porter deux seaux de vin. En remontant je suis tombé sur les deux récipients. Alors je suis reparti à La Forestière, où je suis resté jusqu’à ce que la Cie descende des tranchées. J’ai été mis en prison. Le Capitaine me dit qu’une plainte en CG allait être établie contre moi, et pourtant il me fit remonter aux tranchées en me disant que je pouvais me racheter. En remontant avec ma Cie, j’ai profité de l’obscurité et je suis parti. Je reconnais que je suis resté un an absent et que j’ai été arrêté près d’Amiens. Pendant toute mon absence j’ai travaillé. »
Sergent Roulhac, seul témoin survivant des faits : « c’était une vraie plaie pour ses camarades. »
Fusillé à La Faloise (Somme) le 29 août 1916.


René Jean Le Roux, né le 29 janvier 1894 à Vélizy, maçon à Chaville, 2è classe au 155è R.I. 7è Cie, cheveux et sourcils roux, taches de rousseur sur la figure.
Présomption suffisamment établie d’avoir
1-A Vesigneul (Marne) déserté à l’intérieur en temps de guerre pour s’être absenté de son régiment en cantonnement audit lieu du 2 février 1916, jour de son absence constatée, au 6 février 1916, jour de sa présentation volontaire à la gendarmerie de Chartres. « il n’était resté que 8 jours à cette unité à laquelle il avait été affecté le 29 janvier, à la suite d’une condamnation pour désertion » était allé voir sa mère à Chaville
2-à Sivy-la-Perche (Meuse) le 13 mars 1916, abandonné son poste et déserté en présence de l’ennemi « disparu jusqu’au 23 mars, date à laquelle il fut arrêté à Ville sur Cousance » pas levé, malade, a probablement abandonné dans le rang , étant parti avec ses camarades
3- dans les environs de Froméréville (Meuse) le 28 avril, abandonné son poste en présence de l’ennemi et déserté « alors que son régiment montait aux tranchées dans le secteur de Mort-Homme, Le Roux abandonna à nouveau son unité, sous prétexte de satisfaire un besoin naturel, et disparut jusqu’au 7 mai 1916, date de son arrestation à Paris » aurait réussi en se faisant transporter à Bar-le-Duc par un automobiliste civill, à se faite évacuer sur les dépots d’éclopés de Vandeuvre sur Barse et Sézanne.
4-aux baraquements de Blescourt (Meuse) le 30 avril 1916, refusé au sergent-major Glorian, son chef qui le commandait pour marcher à l’ennemi en lui donnant l’ordre de remonter aux tranchées. « Je n’ai pas dit que je ne remonterai pas mais je ne suis pas remonté, j’étais malade, je ne pouvais me traîner et quand j’ai vu que personne ne voulait s’occuper de moi, je suis parti à Bar me faire soigner.
5-aux même lieux et temps d’avoir, abandonné son poste et déserté en présence de l’ennemi
Quelques témoins : soldats ; « il récriminait continuellement », un autre « il paraissait bon garçon, je ne l’ai jamais entendu tenir de mauvais propos », officier ;« n’ayant jamais manifesté par aucun de ses actes l’intention de se réhabiliter , bien qu’il en eût faussement exprimé le désir », « a laissé à ses camarades l’impression d’un mauvais sujet, dangereux. » « passé au 155è, n’a laissé pendant le temps qu’il a été à la Cie, que de mauvais souvenirs : indiscipliné, buveur, etc. puni pour ces motifs, il s’évada deux fois des locaux disciplinaires. »

Les gendarmes Dauzion et Baunis, en poste à la gare du Nord à Paris, chargé de surveiller les « militaires dont la tenue malpropre attirait l’attention » auraient recueilli cette déclaration : « Je me suis fait porter malade à Romillly sur Seine, quoique ne l’étant pas, pour tromper la confiance de mon chef de détachement et pouvoir faire la noce à Paris… Je suis allé à Saint-Brieuc pour y rejoindre mon détachement, et ayant appris qu’il était reparti, je suis venu faire la noce à Paris où je suis arrivé le 26 mai courant à 5 heures ». Personne ne s’occupe des parjures clichéiques des assermentés qui veulent toucher la prime ?

Jugement de la 40è DI annulé le 16 juillet (vice de forme), renvoyé devant le CG de la 77è DI (audience du 26 juillet), à nouveau condamné à mort, recours en révision rejeté le 4 août ; Le Roux est fusillé à Maricourt (Somme) le 29 août 1916, 7h.


été 1916 dans la Somme : des soldats allemands creusent, devant les français les tombes destinées à abriter ceux qui seront tués dans l'offensive suivante.


Septembre



Joseph Constant Mougenot, né le 11 décembre 1877 à Rignoville (Haute-Saône), journalier à Grand Montrouge, soldat au 230è R.I. Jugé coupable de tentative de désertion en date du 24 juillet, parCG de la 74è DI en sa séance du 1er septembre, Mougenot n’a que le temps de signer un pourvoi en révision avant d’être exécuté à Haudaunville (55) le 1er septembre 1916, lequel pourvoi est rejeté le 9 septembre 1916 -il était grand temps !- Le dossier de procédure n’est pas connu.


Luigi Virgo est né le 18 mars 1885 dans un petit village de Castagniccia en Corse à Casabianca. Veuf avant la guerre et père de deux enfants il est tout de même mobilisé dans le 173e R.I. en seconde ligne. Du début de la guerre jusqu'au printemps 1916, il a combattu sans relâche.
A partir de février 1916, il est entré dans un nouveau cercle de l'enfer, la bataille de Verdun. Après plusieurs mois dans cette apocalypse, Luigi peut souffler quelques jours. Il est au repos en retrait des 1ère lignes. Mais il se présente en retard à son régiment après de copieuses libations. Il est rapidement appréhendé mais comme il n'était justement pas en 1ère ligne, l'incident est clos, sans autre forme de procès. Cet épisode va toutefois peser lourd par la suite.
Luigi a repris entre temps son poste dans les tranchées de Verdun. Plusieurs témoins évoqueront son courage, en ces jours sanglants. Le 27 juin 1916 il est porté absent, mais cette fois en 1ère ligne.
Il n'a pas abandonné son poste, mais a disparu lors des assauts très meurtriers. Il est retrouvé quelques heures plus tard au milieu de ses camarades. Il est inculpé d'abandon de poste en présence de l'ennemi et de désertion à "l'intérieur" en référence à sa première affaire.
Son conseil de guerre s'ouvre le 27 juillet. Il ne sait ni lire, ni écrire et parle mal le français. Il est condamné à mort, mais il peut faire appel et demander la grâce présidentielle, qui sera rejettée le 28 août 1916.
La sentence tombe le 2 septembre : c'est la mort. Il est fusillé le lendemain à 6h du matin à Jubécourt.
Paradoxalement le seul fusillé corse qui a une sépulture militaire dans la Meuse (cimetière militaire de Cousances) ne figure pas sur le monument aux morts de son propre village. Notre arrière grand mère était sa sœur, qui s'est battu sans relâche, se rendant à pied, au tribunal de guerre se trouvant dans la ville de Corté à plusieurs kilomètres de son village, pour sauver son frère, en vain.
En mémoire de Virgo, pour son honneur mais aussi celle de son fils que les gens ont rejeté toute sa vie (mais que notre arrière grand mère a élevé comme son propre fils), pour notre arrière grand mère, pour sa petite fille décédée à l'âge de douze ans notre association va œuvrer pour sa réhabilitation, et pour tous les fusillés de la grande guerre. (récit Virginia Baccarelli)


Pierre-Marie Guégan, né le 22 avril 1886 à Trémargat, soldat du 2è R.I. n’est connu que par sa fiche de décès, laquelle porte la mention « fusillé » à Méharicourt (80) le 3 septembre 1916

 

 La cave du presbytère de Verderonne

Justin Louis Lorho, né le 12 Juillet 1892 à St Pierre Quiberon, incorporé le 29 juillet 1914 au 3è RAC (artillerie de campagne) à Coëtquidan. Participe aux combats à Neufchateau (Belgique) et à la bataille de la Marne.  Célibataire, 24 ans, il avait été accusé de vol de chemise et d’une paire de brodequins le 1er novembre 1914 à Valmy. Cette accusation, dont il fut acquitté, joua certainement en sa défaveur lorsqu’il comparut de nouveau le 30 juin 1916 devant un conseil de guerre pour désertion. Soldat rengagé, il avait deux ans et dix mois de service. Déféré devant le conseil de guerre de la 2è DIC le 17 août 1916, il est condamné à mort pour abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi  (en réalité baignade collective pendant une accalmie).
Louis François Mathurin Chevestrier, né dans les Côtes-d’Armor le 25 janvier 1880 à Saint-Juvat (Calorguen), marin de profession, terre-neuvas et fils de terre-neuvas, fait partie, comme Marchetti et Lançon, du 8ème RIC. Le Conseil de guerre le condamna à mort le 24 mai 1916, également pour désertion. Le 8ème RIC avait déjà eu à faire face à un mouvement d’insubordination, le 5 mai 1916. Un conseil de guerre avait condamné cinq soldats à la peine de mort le 17 mai 1916, pour désertion face à l’ennemi. Quatre furent graciés.
Jean-Michel Suraud, né  le 27 mai 1882 à Nantes (Loire Inférieure) marié, 34 ans, du 24ème RIC, est père de deux enfants. Il a une longue expérience militaire. Engagé volontaire depuis 1903, au 6ème RIC, il a fait une campagne au Tonkin de 1905 à 1909 et la Cochinchine de 1911 à 1912. Depuis le 2 août 1914, il est engagé dans le première guerre mondiale.
D’un caractère bien trempé, il écope en 1912 d’une condamnation militaire pour bris de clôture, voies de fait et outrages par paroles sur un supérieur. Ce passé et ce caractère feront de lui un coupable tout désigné pour servir d’exemple devant le conseil de guerre de la 2ème DIC, le 17 août 1916… 

Emprisonnés dans la cave du presbytère, les trois sont bientôt rejoints par seize soldats du 8è R.I.C. (Isnard Charles, Hardy Ernest, Vevia Pierre, Giorgi Michel Ange, Istria Jean-Baptiste, Bazon Léon, Lançon Julien, Jouault François, Lafont Georges et Strobel Eugène) plus les caporaux  Marchietti Sylvestre, Boudet Auguste, Ostruc Félix, Pérard Gaston, Savignac Eugène, Dominici Jean (accusé de complicité d’abandon de poste) et quatre soldats du 4è R.I.C., (Jourdain Auguste, Vallier Basile, Bouchaut Fontenelle, Casiez Edmond). 
Les 23 hommes partagent les quelques mètres carrés qui leur servent de prison. Le 7 septembre, un peloton en armes vient chercher Suraud, Lorho et Chevestrier dès potron-minet. Ils n’ont qu’à traverser la route, la rue de l’Eglise pour se retrouver face à la troupe. Moins de 200 mètres séparent la prison du lieu d’exécution.
La troupe forme les trois côtés d’un carré, dans un champ à l’entrée du village de Verderonne. Face à eux, le peloton d’exécution attend l’ordre de tirer. A 6 heures du matin, les détonations résonnent entre les vieilles pierres de la bâtisse qui fut le lieu de vie d’un prêtre. Elles parviennent aux oreilles des prisonniers. Puis ils distinguent trois coups séparés signifiant les coups de grâce.
Les hommes entendent jouer la musique du régiment qui accompagne le défilé des troupes devant les corps en interprétant le "Chant du départ". 
Sylvestre Marchetti  (qui sera exécuté avec Julien Lançon le 19 octobre suivant, les autres voyant leur peine commuée) prend un objet pointu métallique, il grave sur le mur : « 7 septembre – Marchetti Sylvestre –condamné à mort – Nous étions 23 hommes dont 3 fusiliers ». 
A Verderonne, en 1916, les corps des fusillés furent déposés dans le coin le plus éloigné du cimetière. Jusqu’en 1934, les tombes étaient signalées. Elles portaient des emblèmes religieux et la mention "mort pour la France". C’est durant cette année 1934 qu’une circulaire parvint au maire spécifiant de retirer ces emblèmes et de supprimer cette mention. C’est probablement à cette époque que fut planté un buis qui, au fil des ans, devint un buisson de forte taille recouvrant en totalité ce lieu. Rien ne permettant de supposer que trois corps reposaient à cet emplacement.


Le 8 juillet 2011 le buis fut supprimé et un gravillon étalé sur le sol. Une plaque fixée sur le mur blanchi rappelle désormais que trois hommes reposent dans ce coin du cimetière.


Pierre Eugène Le Gruiec, né le 1er mars 1890 à Saint-Servan (Ille et Vilaine), 2è classe au 120è R.I. 6è Cie n’est connu que par sa fiche de décès, qui porte les mentions Mort pour la France et Tué à l’ennemi, signature probable d’une exécution sommaire. Décédé à Estrées-Deniécourt (Somme) le 10 septembre 1916. Il en va de même pour Lucien Rosano, né le 19 juin 1893 à Asnières, mort pour la France aux mêmes lieu et date. Forte tête condamnée à 5 ans de prison (peine suspendue) le 06 juin 1916 ; dans la nuit du 10 au 11 septembre alors qu'ils montent avec d'autres hommes pour réaliser un abri dans la tranchée Houzelle (bois Bulow) ils se rebellent et sortent des grenades de leurs poches. Ils sont abattus par leurs supérieurs - inhumé initialement près du bois Bulow, au nord d'Estrées. 

Louis Charoux, né le 21 avril 1887 à Beaufort-en-Vallée (Maine et Loire), 2è classe au 3è BMILA
Edouard Louis Gustave Maillot, né le 8 juin 1893 à Verquin (62) 2è classe au 1er BMILA
Jean Mathurin Thomazo, né le 26 juin 1892 à Mériadec (Morbihan), 2è classe au 1er BMILA
sonr décédés à Maurepas (Somme) le 10 septembre 1916.

1er BILA - JMO P 138 - 10/09/1916 : "Les chasseurs Thomazo, Maillot du 1er BILA et Charroux du 3e BILA qui avaient été surpris essayant de quitter le champs de bataille après avoir dévalisé des cadavres Allemands sont passés par les armes à 21 H 30 par ordre du Gal commandant la 45e DI Algérienne (Gal. Quinquandon)" Thomazo est « passé par les armes selon sa fiche de décès, mais Maillot et Charoux sont tués à l’ennemi et donc Morts pour la France. (Source)
Le motif invoqué par un document aussi officiel reste suspect, surtout devant l’abondance de cas similaires en ce début septembre 1916.


Montel, soldat, (prénom, date de naissance et tout autre renseignement inconnu) est décédé à Remiremont dans les Vosges le 10 septembre 1916
François Alexandre Fromenteau, né le 28 avril 1894 à Bourdonné (Seine et Oise, aujourd’hui Yvelines), 2è classe au 168è R.I., 11è Cie
Le 2 juillet 1916, parti de Verdun avec sa compagnie pour gagner les lignes, Fromenteau est absent à l’appel. Il ne reparaît que le 9 pour redescendre avec sa Cie à Verdun. Le 11 juillet vers 10h du matin comme sa Cie remonte en ligne, Fromenteau disparaît de sa section pendant la route. Il la rejoint le 15 juillet quand elle est positionnée en deuxième ligne. Le 16, en avant des casernes Marceau, dans une position assez exposée, Fromentin s’absente à nouveau pour se mettre à l’abri au fond desdites casernes. Il nie le 3è fait, prétendant avoir quitté sa Cie pour se rendre aux cabinets.
Le dossier d’instruction ayant disparu, et jusqu’à l’ordre d’exécution on ne peut se baser que sur le résumé très bref qui est fait de l’affaire devant le conseil de révision.

Dans son mémoire en révision le défenseur de Fromenteau expose « qu’à l’audience du 29 août, Le CG de la 128è DI, avait à connaître de diverses affaires d’abandon de poste en présence de l’ennemi, qu’au cours d’une première affaire concernant un nommé Vialatte, le soldat Fromenteau a été représenté à la barre de l’accusation, comme étant moralement responsable de l’abandon de poste reproché au soldat Vialatte, que sa défense a été gênée par la suite, la religion des juges du Conseil ayant été éclairée d’une façon défavorable à son client et la responsabilité de celui-ci ayant été étendue hors de l’affaire le concernant. »
Le recours en révision est rejeté le 8 septembre 1916
Fromenteau est exécuté à Commercy (55) le 11 septembre 1916.

Georges Eugène Panel, né le 18 juin 1880 à Rouen, journalier, soldat territorial au 224è R.I., 19è Cie
Le 1er juillet vers midi, - la cantonnement étant consigné- pendant la corvée de patates, le soldat Ethori demanda à l’adjudant Rondo la permission d’aller chercher du vin Elle lui fut refusée. Panel prit alors fait et cause pour Ethori qui ne lui avait rien demandé, prononçant à plusieurs reprises des phrases comme « Je le planterai bien, cette espèce d’enculé », « cette espèce d’enculé, on va lui en mettre plein la gueule, « J’ira bien chercher du vin, moi,  ce n’est pas un enculé comme toi qui m’en empêchera », etc. Comme il s’avançait vers son chef dans l’intention de le frapper, il fut retenu par Ethori qui dut le saisir à bras le corps [ Interrogatoire Ethori : « Je ne l’ai pas entendu, je n’ai pas fait attention. C’était un peu une habitude de Panel de traiter tout le monde d’enculé] Rondo n’avait rien répondu, défendant seulement à Panel de sortir du cantonnement, ce qu’il fait aussitôt après. Vers 14h tandis que Rondo jouait aux cartes, d’autres soldats faisant cercle autour d’eux, Panel se plaça devant l’adjudant et dit : « Dis donc, adjudant de mes couilles, est-ce que tu vas maintenir la punition ? » L’adjudant lui demanda de le laisser tranquille. Panel lui prit le bras, fit le simulacre de lui arracher ses galons, disant « les gradés, je les encule ». Puis, brutalement il le frappa au visage en disant « Comme cela, tu auras un motif à me porter ». L’adjudant se leva aussitôt pour se défendre, Panel se précipita sur lui, le saisit à la gorge, et les deux hommes roulèrent à terre. Panel continjait à frapper l’adjudant à coups de pied, cherchant à l’atteindre aux parties. Les témoins eurent quelque mal à les séparer.
Panel déclare qu’il ne se souvient plus de rien et qu’il était complètement ivre, ce que démentent les témoins des deux scènes. Selon eux, Panel voulait commettre un délit quelconque, car il savait que sa compagnie allait être appelée d’une minute à l’autre à marcher contre l’ennemi, il voulait être arrêté et détenu en prévention de CG. Il n’avait d’ailleurs aucun motif d’animosité contre l’adjudant Rondo qui s’était toujours montré très bienveillant à son égard, et ne l’avait jamais puni.
Que Panel ait volontairement multiplié les fautes paraît certain. Rapport du Lieutenant Rand, commandant la 17è Cie : « Le 1er juillet 1916, vers 20 heures, le soldat Eude avait suspendu un bidon plein de vin près de l’équipement du caporal Dufour, pour ce dernier qui était absent du cantonnement… Lorsque le caporal Dufour est rentré, son bidon avait disparu et Panel n’était plus dans le cantonnement. Interrogé par moi, Panel a reconnu avoir pris et consommé le vin du caporal Dufour ; en outre il n’a pas rendu le bidon vide et déclare ne plus se souvenir de ce qu’il en a fait. »
[interrogatoire du sergent Arthur Gregh, en réponse à la question d’évaluer la valeur de Panel comme soldat : « C’est tout ce qu’il y a de plus crapule »] « Il n’est pas inutile de rappeler que si jusqu’à présent Panel n’a pas été traduit en CG, il n’en a pas moins subi dix condamnations prononcées par la juridiction civile pour vol, violences, vagabondage. »
Ce dernier incident n’est pas pris en compte par le CG de la 53è DI, lors de son audience du 8 août 1916 ; le recours en révision est rejeté le 15 août, recours en grâce rejeté le 10 septembre.
Panel est fusillé en présence de trois délégations de régiments différents au bois de Cuise de Trosly-Breuil (Oise) le 12 septembre 1916 à 8h.


Léon Stopin, né le 20 juillet 1892 à Pont-à-Vendin (62), marinier à Sallaumines, marié, sans enfant, 2è classe au 115è R.I. 9è Cie
D : - Qu’avez-vous fait le 16 juillet, en montant aux tranchées ?
R : - Je suis tombé en route, et les brancardiers m’ont transporté au poste de secours.
D : - Pourquoi êtes-vous tombé sur la route ?
R : - Parce que j’avais mangé du pain chaud et que j’étais barré sur la poitrine par le chargement et que je suis tombé par la fatigue et faiblesse… Il paraît, d’après ce que m’ont dit les brancardiers le lendemain que j’ai été déposé dans une ambulance à Belleville, où je repris connaissance vers 24 heures.
Georges Bonnet, sergent-fourrier : « Stopin a rejoint le ravitaillement le 17. il est remonté et est redescendu sans ordres… Le 18, il est au ravitaillement sans ordre. Le Capitaine m’a demandé après Stopin. Je lui ai répondu qu’il était remonté la veille au soir. Il me dit qu’il n’était pas en lignes et qu’il fallait lui donner l’ordre de revenir. »
Constant Girard, caporal : « Stopin est remonté dans la nuit du 18 au 19. Il est resté avec nous. Il est resté trois jours aux lignes avec nous, jusqu’au 22 au soir. Il a bien fait son service. J’étais placé à trois mètres de lui. Nous avons eu des projectiles mais ils tombaient à une vingtaine de mètres. Vers neuf heures du soir il m’a averti qu’il partait parce qu’il était commotionné et qu’il descendait à la visite. Il n’était pas plus malade que moi. »
Capitaine Puget : «  Il a fait des apparitions à la compagnie, a demandé l’autorisation à son chef de section d’aller à la visite, vers le 22 qui lui a été refusée. Il s’est néanmoins échappé. Stopin est un menteur, effronté, indiscipliné, tapageur, absent à tous les appels, très souvent pris de vin.
Stopin : - J’ai toujours été présent à l’appel. »

Antoine Pierre Turc, né le 29 janvier 1892 à Paris 20è, mécanicien, 2è classe au 115è R.I. 5è Cie
Le 29 juillet 1916, la 5è Cie du 115è est en réserve à l’ouvrage Saint Wast sous Verdun où elle a été copieusement « marmité ». Elle doit monter en ligne vers 20h30. A vingt heures, le lieutenant Tamisier commandant la Cie aperçoit Turc qui se dirige vers le poste de secours. Questionné il répond que son équipement a été détruit par le bombardement et va en chercher un autre. Bien que, par suite des nombreux manquants blessés, la Cie ne parte qu’avec une heure de retard, Turc n’est toujours pas revenu à 21h30. Turc ne réapparaît que le 30, après la relève, muni d’un billet attestant qu’il avait été pris en subsistance par le dépôt des isomés de la Citadelle de Verdun. Turc reste les 27 et 28 juillet aux environs du poste de secours des Carrières, n’ayant dit-il u voir un médecin. Le 27, il rencontre un soldat de sa Cie, puis un sergent qui l’engagent tous deux à remonter, mais, sans refuser, il ne les suit pas.
Lieutenant Tamisier à l’audience du 26 août : « Turc n’avait rien du tout comme blessure. Je lui ai demandé pourquoi il n’était pas rentré à la Cie, je lui ai dit que je l’inculpais de désertion. Il m’a répondu que je n’avais pas de cœur. »
Rapport médico-légal (major Duplan) : « quatre balles ont pénétré au niveau de la région thoracique droite, quatre balles à la région cardiaque, une à la région épigastrique, quatre balles à la tête avec éclatement de la boîte crânienne. La mort a été immédiate »
CG de la 8è DI, pourvois rejetés le 8 septembre, Stopin et Turc, inconnus l’un de l’autre se rencontrent à Camp Allègre à 2 km de Saint-Jean-Sur-Tourbe (Marne) le 13 septembre à 6h où ils sont exécutés.


Benoît André Forest, décédé à Chaulnes (Somme) le 13 septembre 1916

Dix jours sans exécution recensée, un tel délai cache forcément quelque chose...

ben Mohamed Tahar Mohamed, né en 1892 à Tunis, tirailleur au 4è RMTZ, 21è Cie, déjà condamné à six ans de TP pour abandon de poste en présence de l’ennemi le 20 mai 1916
CG de la 38è DI, audience du 13 septembre 1916 :
Sous-lieunant Guirard : « L’incumpé lui a été ramené une première fois par des gendarmes au Bois Saint-Pierre le 11 juillet [parti la veille au soir avec la corvée de soupe, disparu]. Il dit avoir conduit un blessé à l’ambulance. Le témoin a confié l’inculpé au caporal Chollet pour le faire conduire au bois de Béthélainville. Le caporal Chollet lui a rendu compte que l’inculpé s’était échappé… L’inculpé lui a été ramené une deuxième fois par les gendarmes le 15 juillet et il l’a renvoyé à sa Cie.
L’inculpé déclare qu’ayant été confié au caporal Chollet … le caporal l’a abandonné au bois de Béthélainville et qu’il s’est égaré. L’inculpé a donc par sa fuite du 15 juillet évité trois jours de tranchée en première ligne. Il déclare que le 8 août il était bien avec sa Cie à la citadelle de Verdun : comme il lui manquait divers objets d’équipement, il est allé trouvé un sous-lieutnant qu’il ne peut désigner et qui l’a menacé de son revolver.. Il s’est enfui ayant peur d’être tué. Il croit que cet officier avait été aux Spahis. Le lieutenant Ricard déclare qu’un officier de sa Cie venait des Saphis, il a été tué depuis, mais il ne croit pas que Mohamed ait été menacé.

ben Diaf Ali, né en 1887 à Djem (Tunisie), cultivateur, tirailleur au 8è RMT, condamné en 1915 à 5 ans de TP pour désertion.
Commandé pour la corvée de soupe dans la nuit du 10 au 11 juillet par un chemin dangereux entre Esnes et Montzéville ( passant par le « Ravin de la Mort »), Ali disparaît au retour après la distribution de vivres. Il dit avoir été abasourdi par l’explosion d’un obus et avoir gagné l’arrière. Arrêté le 14 juillet par les gendarmes il ne peut, ne parlant pas français leur dire qu’il aurait obtenu un avis de permission. Reconduit à son corps le 17 juillet, il disparâit de nouveau au Bois saint-Pierre en se mêlant aux hommes de la corvée de vivre. Arrêté le 7 août après 20 jours d’absence à Verray sur Salmaise (Côte d’Or). Ramené le 25 août, il a évité tous les combats devant Verdun sur la rive droite de la Meuse.
Pourvoi en révision rejeté le 20 septembre 1916

Gaston Émile Delamarre, né le 19 août 1893 à Percy (Manche), pâtissier à Saint-Hilaire du Hercouët ; soldat au 4è RMTZ, condamné à 2 ans de TP le 29 octobre 1915 pour désertion à l’intérieur en temps de guerre.
Toutes les notes d’audience (partiellement citées) sont rédigées au style indirect, artifice utile à souligner la dépersonnalisation des « inculpés » :
« L’inculpé reconnaît qu’il s’est esquivé deux fois et que c’est la peur qui lui a fait commettre les abandons de poste. c’est la seule raison. C’est lui-même qui a fabriqué le billet d’exemption qui lui a permis de pouvoir rester à Verdun, après son premier abandon. »
Absent du 8 au 20 août, rencontré par le sergent Hydreau en 3è ligne à cette date.
Pourvoi en révision rejeté le 20 septembre 1916, pas de recours en grâce signé par le CG de la 38è DI (séance du 9 septembre)
Les trois sont exécutés à Tannois (Meuse) le 22 septembre 8h.

 
«Depuis le 26 septembre 1916, les soldats français ont le droit de se raser leur moustache. À vrai dire, beaucoup l'avaient pris sans attendre l'autorisation du Journal Officiel… Mais ils s'exposaient à autant de jours de salle de police que voulait bien leur en donner l'adjudant.» écrit Le Figaro du 26 septembre 1916.

Gaston Godenir, né le 12 juin 1892 à Maxéville (Meurthe et Moselle), 2è classe au 169è R.I., 10è Cie, déjà condamné à 6 mois avec sursit le 24 mai 1916 pour désertion à l’intérieur
CG de la 128è DI (audience du 22 aoùt 1916). Extrait du rapport en révision.


recours en révision rejeté le 29 août 1916
Fusillé à Commercy (55) le 29 septembre 1916


Octobre

 

Anatole Etienne Tixier, né le 13 avril 1879 à Muizon (Marne), domestique de culture, célibataire, 2è classe au 103è R.I. Douze condamnation dont : outrages et rébellion (6 fois aucivil, le dernière le 2 juillet 1915), 5 ans de TP (CG du 31 mai 1916, Le Mans) pour désertion avec emport d’effets et fabrication de fausse permission.
CG de la 7è DI (5 août 1916) : Le 29 juin, après 8 jours au front, à peine arrivé au bivouac Kellermann, à sa nouvelle affectation, Tixier quitte la 5è Cie qui est dirigée le lendemain vers le Ravin des Pins. Les hommes savaient qu’un départ était prévu, sans en connaître la destination. Il est arrêté à Paris le 1er juillet dans la soirée place Mazas, avant que les délais impartis par la loi pour le délit de désertion soient écoulés.
Une lettre à ses parents écrite en prison et passée en fraude par un soldat anonyme, est saisie chez sa mère, dans laquelle on lit : «  Vivement la fuite de ce triste métier, car il y en a beaucoup qui se sauveraient bien mais ils n’osent pas et préfèrent se faire tuer comme des lapins, et pour quel honneur ! Je n’en sais rien ! -Ce sont des gens qui vous ont fait du mal. Maintenant, si jamais je viens à me débiner, ce n’est plus Paris qui me verra, car il y a trop de fainéants et trop de lâches dans ce pays-là… Quant à moi, je m’en tirerai, car un de ces quatre je vais être soit en Amérique, soit en Espagne, car je ne serai pas gêné de vivre aussi bien qu’en France. Voilà mon seul désir -ne pas m’écrire. » Pourvoi en révision rejeté le 11 août 1916.
Arrêté près de la gare de Brinay (arrdt deChateau-Chinon), le 1er septembre 1916, en flagrant-délit de vagabondage, Tixier déclare: « Si j’ai pris le faux état-civil de Clenneverc, c’est parce que, condamné à mort pour désertion, j’ai vu mon pourvoi rejeté. Effrayé et craignant de ne pas être gracié par le président de la République pour une faute cependant légère (absence de trente heures pour aller voir ma mère malade à Paris [reconnu exact]) j’ai déserté. »
Le recours en grâce signé par 2 juges sur 5, est effectivement rejeté le 29 septembre,
Tixize est exécuté à Vroil (Marne), Rive sur de la Chée, à 300m sud-ouest de la route de Vrancourt, en présence du 3è Bataillon et de la musique du 102è R.I. le 2 octobre 1916 à 6h



Émile Houtmann, né le 22 mai 1893 à Raon-l’Etape (Vosges), maçon, 2è classe au 21è R.I.
Jugé par le CG de la XXIè région de corps d’armées  (17 août 1916 à Chaumont) en compagnie de Joseph Anatole Petetot, 98 R.I. et Lucien Dutilleux, 5è BCP (cité à l’ordre du bataillon, croix de guerre), sous l’inculpation de tentatives d’homicide et vol qualifié (les deux derniers condamné à perpétuité) sur la personne du soldat Gabriel Richard. Celui-ci présente une plaie au creux épigastrique. Une laparotomie pratiquée en urgence révèle une plaie de deux centimètres à l’estomac. Après 24h surviennent des phénomènes de péritonite avec fièvre, le blessé meurt moins de 48h après son admission à l’hôpital.
Relevé de punition du soldat Houtmann : 16 janvier 1915, condamné par le CG de la 13è DI ç deux ans de prison (peine suspendue) pour outrages par paroles, gestes, menaces envers un supérieur en dehors du service et rébellion envers la force armée. Le 23 octobre 1915, six mois pour abandon de poste en cas d’alerte, 25 novembre, outrage à un caporal ; 11 janvier 1916 ; retard de trois jours à l’expiration d’une permission, le 8 juin, scandale et complicité de bris d’objets dans un café
Le 24 juin, les soldats Petetot et Ramlot, échappés de l’hôpital de Chaumont sont arrêtés ivres dans un café de la ville, par la gendarmerie.
Rapport : « Le 14 juillet 1916 vers 21 heures, les soldats Houtmann, Pétetot et Dutilleux quittaient sans autorisation l’hôpital de Chaumont où ils étaient en traitement, Houtmann, en franchissant le mur, les deux autres, si on les en coit, par la porte restée entrebaillée, plus probablement par escalade comme leur camarade. Ils portaient la tenue d’hôpital avec le képi de leurs corps respectifs auquel Pétetot avait seulement substitué pour sa part la chéchia d’un zouave nouvellement hospitalisé. Ils se rendaient d’abord au café Jacob, et s’y faisaient servir deux litres de vin, du pain et du fromage.Ils quittaient l’établissement au bout d’un certain temps sans être, au témoignage du propriétaire aucunement en état d’ivresse. Vers 23h, ils passèrent ruelle Lardière et voyant au rez-de-chaussée une chambre éclairée, frappaient au volet et à la porte voisine. Comme ils ne recevaient pas de réponse, Houtmann frappait de nouveau à coups de pied puis à coups de couteau comme en témoignent les marques relevées… Ils réussissaient ainsi à ouvrir le volet. Le soldat Péronnet, du service automobile, qui se trouvait dans la chambre, ouvrait alors lui-même la fenêtre et parlementait un moment avec les trois hommes, répondant à leur demande de vin qu’il n’en avait pas. Puis ceux-ci enjambant la fenêtre, dont l’appui n’est qu’à un mètre du sol, pénétraient dans la chambre ; Houtmann cassait à coups de couteau plusieurs carreaux et traversait même les brise-bise. Le soldat Péronnet, qui avait avisé à ce moment une canne de tranchée à portée de sa main, jugeant toute défense inutile, se préparait à la reposer quand Pétetot lui arrachait des mains. Songeant alors de se débarrasser des intrus par la douceur, Péronnet leur offrait des cigarettes qu’ils accpetaient. Ils s’en allaient au bout de quelques minutes, non sans emporter, Pétetot la canne de tranchée….,et l’étui qui contenait les cigarettes, Dutilleux, une bourse en argent avec chaîne et médaille… En quittant la ruelle Lardière, ils tournaient dans la direction de l’hôtel de ville… un peu avant l’immeuble de la Sécurité générale, ils s’arrêtaient et s’asseyaient sur les marches d’un magasin… Quelques minutes après, arrivaient à leur hauteur trois autres soldats suivant la rue dans le même sens et se rendant à la gare, les artilleurs Rémy Andriot et Gabriel Richard, du 59è d’artillerie, retournant au front à l’expiration d’une permission, et le soldat Arthur Richard, du 159è d’infanterie, frère du précédent, en congé de convalescence, qui les accompagnait au train. Pétetot traitait alors les 3 soldats d’embusqués : les épithètes de bandes de vaches et de cons leur étaient également adressés. Entre temps, sans s’arrêter, Gabriel Richard avait répondu à peu près ceci : » Nous ne sommes pas embusqués du tout, nous allons à la gare prendre le train pour retourner au front ; si vous voulez venri avec nous, vous profiterez de la voiture ». Pétetot s’élançait alors avec ses camarades sur le groupe qui les avait dépassés. Ils portaient à Arthur Richard un violent coup de bâton sur la mâchoire et un autre coup au poignet gauche, puis frappaient également Andriot. Le premier coup atteignait celui-ci à l’arcade sourcilière droite, y déterminant une plaie, mais sans fracture d’os. Andriot tombait, sans perdre connaissance, se relevait, se rasseyait sur le trottoir sn se sentant très faible, puis au bout d’un instant, se relevait de nouveau pour aller au secours de ses camarades. Pétetot, le voyant revenir vers lui, s’écriait : « Il n’est pas encore crevé, celui-là ! » et le frappait d’un second coup de bâton à l’avant-bras. Enre temps, Houtmann, tirant son couteau, s’était précipité sur Gabriel Richard et l’avait frappé au ventre d’un coup qui avait provoqué la chute de la victime, puis, se retournant vers Andriot, l’avait frappé d’un autre coup à l’épaule gauche. Il semble enfin que le même Andriot ait été frappé d’un coup de couteau au côté gauche : telle est du moins l’explication vraisemblable d’une déchirure linéaire qui se trouve au côté gauche de la veste… et il est probable que le coup a été arrêté par un bloc-note à couverture de métal placé dans [la] poche… Quant à Dutilleux qui, lui, semble ne pas avoir eu d’arme, il aurait participé à la lutte en portant à l’un des trois permissionnaires un violent coup de poing ou plutôt encore de pied… Au cri de : « au secours ! » finalement poussé par Andriot, les coupables s’enfuyaient. Gabriel Richard, transporté après avoir été relevé par des voisins qu’avait éveillés la scène, à l’hôpital mixte et immédiatement opéré, mourait le 17 juillet des suites de ses blessures. Andriot devait être également hospitalisé, mais pouvait être considéré comme guéri à la date du 3 août. Des soins sommaires suffisaient pour Arthur Richard… Un dernier point reste à signaler. Les permissionnaires étaient porteurs de six colis qu’ils emportaient soit our leur usage, soit pour les remettre à des camarades. Un seul a été laissé sur le lieu de l’agression. Les boites, débris et enveloppes qui paraissent avoir constitué les cinq autres, ont été retrouvés dans le jardin de l’hôpital en partie enterrés, en même temps que des victuailles en provenant étaient saisies dans une des chambres. Il est donc incontestable que les iculpés ont ramassé les colis et les ont emporté dans leur fuite… Tous d’ailleurs reconnaissent avoir mangé le contenu des colis, notamment du poulet qui se trouvait dans le colis d’Andriot. »

Pétetot (titulaire de 43 condamnations civiles, la plupart pour braconnage, infraction au chemin de fer, vagabondage aurait dû passer en février 1916 dans une Cie disciplinaire, s’il n’avait été évacué pour maladie), qui s’est évadé du bagne de Cayenne depuis le 31 mai 1923, bénéficie de la loi d’amnistie, les recherches s’arrêtent le 21 juin 1947. Dutilleux voit sa peine suspendue le 15 février 1917, sous condition qu’il contracte un engagement au 1er BMILA ; il est réhabilité le 14 janvier 1921.
Le recours en révision est rejeté le 29 août 1916 : Houtmann est fusillé à La Vendue (Aube) le 3 septembre 1916 à 6h.


Charles Paul Billette, né lé 11 janvier 1887 à Wagnon (Ardennes), débardeur à Paris, 2è classe au 1208è R.I.
CG de la 7è DI (28 août), notes d’audience : « Le 16 juillet, après l’appel du soir , je me suis rendu à Dommartin sous Hans pour y acheter du vin ; n’en ayant pas trouvé, je me suis couché dans un hangar. Le lendemain matin, le sergent Devaux m’attendait au retour à Courtémont, pour me faire conduire en prison mais j’ai refusé de l’accompagner. A 19h j’ai été conduit près du Capitaine. Cet officier a voulu me faire conduire aux locaux disciplinaires, mais je n’ai pas bougé, car je ne pouvais comprendre qu’on me mît en prison pour une pareille vétille.. Le capiaine m’ayant menacé d’aller chercher les gendarmes pour me faire obéir, j’ai alors suivi les deux sergents et je me suis rendu en prison. Pris de cafard pendant la nuit, je me suis évadé et arrivé à Paris j’ai travaillé comme débardeur jusqu’au jour de mon arrestation. (25 juillet 1916)
Capitaine Vallebella ; Au cours de la scène il [Billette] a eu une attitude déplorable et m’a dit « qu’il en avait assez de servir dans un régiment de demi-mondains. » Billette est un très mauvais soldat qui cherche à entraîner ses camarades dans la voie de la lâcheté. Il m’a fait perdre ainsi le soldat Allély et le caporal Gratière (?).
Billette :J’ai été plusieurs jours aux petits postes, et mon Capitaine n’en sait rien : il n’y vient jamais. »
On entrevoit combien cette affaire au motif effectivement insignifiant (avant l’évasion) devient un règlement de compte personnel entre Billette et ses supérieurs. D’ailleurs, on lit encore au rapport ces allégations sans fondement :
« Billette n’était au 102è R.I. que depuis le 1er juillet 1916, il venait de l’atelier de travaux publics d’Orléansville [Alger]. Il est évident que cet homme a agi de propos délibéré, avec l’intention d’être dirigé vers un établissement de travaux publics, et d’échapper ainsi aux dangers de la guerre. Billette est un malfaiteur déterminé et d’espèce particulièrement redoutable. Il a subi 10 condamnations dont 4 pour vols. Il a été déjà passible de la peine accessoire de la relégation et a été frappé par le tribunal de la Seine de la peine d’interdiction de séjour. » On voit poindre ici une critique à l’égard de la politique de grâce (id est de suspension de peine) qui ramène vers les régiments métropolitains nombre d’individus dangereux considérés comme impossibles à commander par leurs supérieurs dépités qui n’ont d’autre solution pour s’en débarrasser que de grossir tout manquement et s’arrêter à des futilités afin d’éradiquer les ferments de contre-pouvoir sur lesquels ils n’ont aucune autre prise.
Le pourvoi en révision rejeté le 8 septembre 1916, Billette est fusillé à Vroil (Marne) le 3 octobre à 6h, en prsence d’un bataillon et de la musique du 102è.


Henri Pluet, né le 28 décembre 1892 à Saint-Jouan-des- Guêrets (Ille et Vilaine), voiturier à St-Servay, soldat au 2è R.I., 1ère Cie de mitrailleuses
Le 4 septembre 1916, vers 14h15, le soldat Pluet saute dans la sape 9 , alors que sa compagnie attend le départ de la tranchée Brussilof vers les premières lignes. Il a remis son trépied d’affût et les casiers de cartouches qu’il transportait à un camarade. Il reste près du poste de secours, jusqu’au moment où il se joint à une délégation du 28è territorial qui escorte des prisonniers allemands descendant vers le par du train de combat de Vrély. C’est là, que le lendemain le sous-lieutenant Pillet le rencontre vers 9h30, l’engageant à se présenter à la visite quand Pluet lui dit avoir été enseveli dans des éboulements d’obus la veille. Le 6, Pluet est effectivement exempté de service pour la jounée par le médecin-major du cantonnement. Dans la soirée Pillet lui donne l’ordre de rejoindre sa Cie avec la corvée d’eau qui part vers 19h30. Pluet s’y refuse, disant qu’il est exempté et qu’il préfère être fusillé que de remonter. Pillet le fait conduire au poste de police où il passe la nuit. Le lendemain matin, Pillet revient à la charge et devant son nouveau refus, le fait encadrer par deud hommes baïonnette au canon. Après une centaine de mètres Pluet s’assit et se coucha par terre. Pillet, qui le suivait du regard s’approche et l’admoneste en lui disant qu’il n’est pas Français, ce à quoi Pluet se braque et répond que puisqu’il n’est pas français, il n’a pas à aller se battre. Il réintègre la prison.
La hiérarchie pense que toutes les excuses de Pluet sont mensongères. Même s’il est considéré comme un joyeux drille par ses camarades qui l’ont surnommé Pinder, parce qu’il a été clown, que personne n’a eu a se plaindre de son service jusqu’à ces incidents, que son casier est vierge, et qu’il a été blessé au cours de la campagne, et que les « aveux » partiels qu’il fait lui ont été soustraits sous la pression, le CG de la 20è DI (23 septembre 1916) le condamne à mort pour abandon de poste et refus d’obéissance. Le recours en révision rejeté le 29 septembre 1916, Pluet est fusillé au Plessier-Rozainvilliers (Somme) le 4 octobreç 11h. Sa fiche de décès porte comme seule cause de la mort la mention : « ce militaire n’est pas mort à l’ennemi. »


Baptiste Veysseire, né le 30 décembre 1895 à Saint-Privat d’Allier (Haute-Loire), soldat au 210è R.I. « Tué par une sentinelle française alors qu’il désertait à l’ennemi » à La Fontenelle (Vosges) le 10 octobre 1916


René Deduytsche, né le 7 juillet 1896 à Levallois-Perret, cocher-livreur à Genevilliers, 2è classe au 130è R.I., 5è Cie, 1,65m blond aux yeux bleus, 20 ans
Condamné le 27 septembre 1915 à 2 ans de détention pour désertion (ramené le 20 août par la gendarmerie de Paris après une absence illégale de cinq jours) et le 6 janvier 1916 à 5 ans pour fabrication de fausse permission.
Le 17 juin, les soldat Darche et Deduytsche, étant de corvée de travail dans le boyau d’Ubermark, rentrent au bivouac sans autorisation, n’ayant pas trouvé l’adjudant du génie supposé leur distribuer leur tâche. Le 18 juin, on tente de le charger de tentative de meurtre : « Leperlier m’a donné un coup de poing derrière la tête parce que j’étais sur son passage et pour me faire déranger. Mon képi en est tombé. Nous nous sommes diputés, puis il est parti. … j’ai tiré un coup de fusil à blanc dans un bidon.
Selon le rapport du lieutenant Prenant, lequle fait montre d’un acharnement des plus suspects contre la « source d’indiscipline » que constitue Deduytsche, le 25 juillet 1916, pendant qu’elle se rendait aux lignes, la 5è Cie fut prise sous un violent tir de barrage. Deduytsche s’égara à ce moment. Il ne rejoignit qu’après la relève et le retour à Verdun le 3 août. Il dit être resté dans un trou d’obus pendant 8 jour et avoir recherché sa Cie toutes les nuits. « Il est à remarquer qu’il connaissait déjà le terrain… Il est étonnant aussi que ni à la 10è Cie, ni au 117è R.I., qui touchait à sa droite la 5è Cie, on n’ait pu lui donner de renseignement… C’est le plus mauvais soldat de la Cie et il avait été prévenu spécialement de l’importance qu’une belle conduite aurait pour lui. Il ne mérite aucune indulgence. » On tente de plus de le charger de tentative de meurtre, mais « la preuve n’étant pas faite que Deduytsche ait visé son camarade Leperlin, il n’est poursuivi que pour abandon de poste devant le CG de la 8è DI (12 septembre 1916), ce qui suffit pourtant à le faire condamner à mort.
Pourvoi en révision rejeté le 12 septembre, recours en grâce rejeté le 13 octobre 1916, Deduytsche est exécuté àSaint-Jean-Sur-Tourbe (Marne), le 14 octobre 1916, 7h. Le rapport médico-légal semble constater qu’il a été nécessaire de donner le coup de grâce : « Douze plaies par balles, dont deux à la face, deux au cou, trois à la région thoriacique, cinq à la région abdominale. En outre, fracture du crâne par balle, région pariétale droite. »



Hippolyte Victor Gustave Debonne, né le 3 novembre 1888 à Dieppe (76), charretier à Rouen, chasseur de 2è classe au 1er BMILA
Prévenus de révolte à main armée et outrages à supérieur par paroles, gestes et menaces en compagnie de
Baptistin Auguste Antoine Gastaudo, né à Marseille le 26 février 1890, chaudronnier, soldat de 2è classe au 1er BMILA,
Albert Boussange (8 ans de TP, 3 ans de remise de peine en 1921), Paul Albergueci (6 ans, six mois de remise de peine le 13 avril 1920 puis grâce définitive le 23 mars 1921)

Notes d’audience du CG de la 45è DI, le 23 août 1916
Debonne : Je suis innocent ; j’étais allé chercher un bidon de café ; je causais avec un de mes camarades sous la voûte quand le sergent Charrier m’a donné un coup de tête. Le sergent Bobin qui avait un bâton à la main m’a frappé, puis il m’a dit « Excusez-moi ! Je me suis trompé » Je me suis volontairement réfugié au poste de police pour éviter de nouveaux coups. De là, je suis allé me coucher.

Gastaudo : Le 11 au soir, l’adjudant et le sergent Bruneau m’ont frappé sur la blessure que je porte à la tête.
D : - Vous avez crié « Aux armes, c’est le moment ». Vous avez dit « <gemain celui qui marche est un faux-frère » ?
R : - Non. Ce n’est pas vrai ! […]
D : - Avez-vous crié « aux armes. Il faut tuer ces buveurs de sang. Etes-vous sorti aux armes avec vos camarades en marchant sur les sous-officiers ?
R : -- Non. C’est moi qui ai été roué de coups.
D : - Mais vous avez pris votre fusil ?
R : - Non ; mais mon fusil se trouvait devant la porte du cantonnement. C’est là que je l’avais mis. Une grande partie des armes se trouvait dehors parce que nous venions d’arriver. C’est le sergent Bobin qui a pris mon fusil contre la muraille. Les sous-officiers m’ont frappé à coups de poing sur la tête. C’était la seconde fois que l’on me frappait.

Boussange : J’étais couché. Vers 21h30 j’ai entendu un camarade rentrer en disant : « j’ai reçu des coups sur la figure. Je suis plein de sang ! » La preuve que je suis innocent, c’est que le lendemain j’ai marché avec la colonne.(…) Le 10 j’ai été frappé par les sergent quand je reconduisais un camarade. Je me suis couché à l’appel de 9 h de telle sorte que je n’ai rien vu.

Albergucci : C’est très simple. Dans la soirée du 10 je n’ai rien vu. Le 11 au soir vers 10h et demi ou 11h, j’ai vu un groupe de sous-officiers qui frappaient Gastaudo. j’allais rentrer quand Bobin m’a frappé d’un coup de poing sur la tête. J’ai saigné du nez, tellement que j’ai dû changer de linge.(…) Dorival qui était sur la porte a vu le sergent Bobin me frapper. Je n’avais pas provoqué ce sous-officier. Ces sergents ont l’habitude de frapper les hommes, mais c’était la première fois qu’ils me frappaient. Ils ont saisi brutalement Dorival et l’ont mené au poste. Il n’avait cependant rien fait.
D (du défenseur) aux 4 accusés : Est-ce que les sous-officiers vous en voulaient ?
Debonne : Non, j’étais depuis peu à la Cie.
Gastaudo : Non. Je venais d’arriver au bataillon.
Boussange : Je l’ignore. Beaucoup d’hommes sont brutalisés. Quand la Cie se déplace, je dois me sauver des coups.
Albergucci : Je l’ignore. On s’est rué sur moi sans provocation. C’est d’ailleurs l’habitude de frapper les hommes trouvés après l’appel.

Sergent-major Lugan : Le 11 vers 21h, quand je lui [à Debonne] dis de rentrer au cantonnement, il a crié « Aux armes, les amis, il faut tuer toius ces buveurs de sang, il faut en finir, le sergent-major est une vache et un enculé ». Les trois autres étaient en arrière. Debonne sortit alors de la grange avec les trois autres ayant leurs fusils… Ils se dispersèrent étant arrivés à 5 ou 6m de nous… Voyant que la révolte ne se calmait pas j’ai appelé les sergents. Albergucci fondit sur moi en disant : « Il faut mettre à mort cette bande de vaches, d’enculés, etc.[Quelle imagination foisonnante!] Les sergents couchaient tout habillés par précaution. Ils sont arrivés très vite.
D : - Quels sont les hommes qui ont pris les armes ?
R : - Je ne sais. La nuit ne me permit pas de les reconnaître.

Sergent Charrier : le 11 août je fus demandé par Lugan pour porter main forte. Debonne avec un fusil s’avança sur nous en manoeuvrant la culasse. Ils étaient tous les quatre et criaient « C’est le moment de foncer dessus... J’ai conduit Debonne au poste de police après l’avoir désarmé. Il ne fit d’ailleurs aucune difficulté… Puis j’ai conduit avec le sergent-major Bobin Albergucci et Gastauso au poste de police.
Quant au sergent Bobin, il a vu 15 hommes, certains en armes criant «  à mort Lugan, à mort Bobin », ùais conytairement à son complice Lugan, il a vu des baronnettes aux fusil…
Sergent Bregnaux : Le 11 vers 22h j’ai été attiré pae des cris et j’ai désarmé le chasseur Gastaudo, lequel, armé de son fusil marchait au pas de charge sur les sous-officiers. Il criait en même temps : « Il faut les crever, ces enculés, cette bande de vaches ». Il s’arma d’un couteau dont il menaça l’adjudant Mathieu [il tenait donc deux armes en même temps ? Comment alors manœuvrer son fusil?]… Gastaudo n’avait pas baïonnette au canon. La veille, les accusés et Dorival étaient saouls. Ils ont donné une séance avec des bougies. On les a fait enlever. Alors ils ont menacé les sous-officiers. Les hommes étaient sous la terreur de ces 4 meneurs. [Dorival} suivait ses camarades. C’est un mauvais sujet, il est en prévention de conseil. Gastaudo avait l’attitude du pas de charge, mais très menaçant. Les yeux lui sortaient de la tête.

Coletta, chasseur de 2è classe (cité par la défense) : Le 11 août vers 9h et demi ou dix heures, je me trouvais à trente mètre d’eux. J’étais dehors en train de causer avec Legrand et Hugueville quand j’ai vu passer le sergent Charrier et le sergent Bobin. Bobin frappait Debonne ety Boussange. J’étais à 30m d’eux. On pouvait suffisamment voir. Mes deux camarades causaient tranquillement et personne ne menaçait les sous-officiers. Quand j’ai vu cette scène, je suis allé me coucher. J’ai vu Albergucci avec du sang à la figure.

Hugueville, chasseur de 2è classe : J’étais avec Coletta hors du cantonnement. Il y avait un groupe dans lequel se trouvait le segent Bobin qui a frappé Debonne, lequel a saigné du nez et de la bouche. C’était le deuxième jour de notre descente des tranchées. Le lendemain on a enfermé tous les accusés. Cela devait donc être le 12 août… Debonne nous encourageait toujours aux tranchées. Quand il fallait aller poser des réseaux de fil de fer, il était toujours volontaire.

Legrand : Le soir où c’est arrivé, j’ai entendu un cri à 30 mètres. Je vois Debonne qui avait été frappé par un sergent. Je suis rentré. Boussange est rentré avec nous. Le sergent a frappé à coups de pieds et de poing. L’homme saignait un peu. Dorivalétait couché. Je ne sais pas si des chasseurs ont pris leur fusil car je me suis endormi.
Parmi les autres chasseurs cités à comparaître, Delaporte et Lecomte sont en permission, Colomet en traitement à l’infirmerie, Mercur est déserteur, Bouilland accomplit un stage au fusil mitrailleur, comme le télégraphie l’Etat Major.

On plaint ces témoins qui ont dû vivre l’enfer sous le commandement de brutes vindicatives. A l’évidence, aucun des sous-officiers, qui ne faisaient que leur devoir en tentant de rétablir l’ordre ne fut inquiété. Rétrospectivement, ils n’ont eu pour tort que de ne pas achever les perturbateurs (lesquels n’ont même pas tenté de tirer une seule balle, si toutefois ils ont saisi leurs fusils ce qu’aucun homme du rang n’affirme avoir vu), laissant ainsi des traces de leurs exactions aux archives du CG, apparaissant désormais -mais tout le monde a oublié- comme les véritables provocateurs et meneurs d’un complot -aux termes mêmes de la justice militaire, puisqu’il y avait entente préméditée entre plus de deux militaires – coupables de violence en réunion en position d’autorité. On plaint le commandement qui s’est entêter à donner aux hommes de troupes de nouveaux motifs de révolte. On plaint le pouvoir politique qui par lâcheté a couvert ces crimes et ces parjures.

Les dés sont pipés dès le départ, puisque selon le Rapport de mise en jugement : »Le 11 août vers 21h30 après l’appel du soir, le sergent major Lugan de la 1èere Cie du er bataillon d’Afrique constate une certaine effervescence dans le cantonnement et il aperçut notamment un groupe de quatre à cinq chasseurs réunis autour de bougies allumées et chantant des chansons arabes. » Mais, raté ! Cette histoire de bougies remonte au 10 au soir, et les événements du 11 ont eu lieu hors du cantonnement ! Le reste étant à l’avenant, on peut se dispenser de reproduire ce tissu de mensonges !

Le pourvoi en révision de Debonne rejeté le 5 septembre 1916, recours en grâce rejeté.
Mort pour la France, puisque mention « tué à l’ennenemi (sic) » sur sa fiche de décès.
Gastaudo est condamné à mort par trois voix contre deux pour "révolte à main armée et outrage envers ses supérieurs". Son recours en grâce étant rejeté le 8 octobre 1916, Gastaudo est fusillé à Coxyde-Bains (Belgique) le 17 octobre à 5h45, en compagnie du soldat Debonne.

Son nom ne figure sur aucun monument.


Maurice Pajadon,né le 10 novembre 1886 à Ollainville (ex Seine et Oise), célibataire, cordonnier à Paris, soldat au 2è RMZ, 43è Cie

Le capitaine Coigner, adjudant de garnison. au colonel Major de Garnison : « J’ai l’honneur de vous rendre compte que le soldat Pajadon… s’est rendu aujourd’hui 9 juin 1916 au poste de garde du quartier Excelmans et qu’il a déclaré être déserteur (…) avoir quitté sa formation le mercredi 7 entre 19 et 20 heures alors qu’elle était en repos à Haudainville ; être venu à pied d’Haudaunville à Evize-la-Grande, et en camion d’Evize-la-Grande à Bar-le-Duc où il est arrivé le jeudi (8 juin) vers 20 heures ; avoir couché en plein-air aux environs de la prison de Bar-le-duc;… prétendre que ses chefs lui en voulaient et l’ennuyaient dans le service ; être parti avec l’idée de se rendre à la première place afin d’attirer l’attention sur lui et déclare être prêt à repartir au front s’il est reversé à son ancien régiment, le 115è d’infanterie où il était au début de la guerre et où il a déjà été blessé 2 fois. »

Déclaration manuscrite du zouave Pajadon : « Etant Blessée le 20 Mai au tranchée par fils Barbelée. Etant au repos. J’ai été reconnu par Monsieur le Major. Jusqu’au Jour où nous reçumes l’ordre de monter au tranchée. ayant demandé à passer la Visite lon ma répondu qu’il y avait pas. qu’and 2 heur avant le départ je fus désignée pour rester au Cantonnement par Mon Adjudant. 1/2 heures avant de partir, je reçois l’ordre de partir. Mais comme ma main me faisais mal j’ai resté en atrrièrre et de la je suis parti par Camion à Bar-le-dux ou je me rendi après un absense de 41 heure. Aussitôt rendu j’ai passée la Visite pour ma main Et je fus reconnue jusqu’au 17 juin jour ou que Monsieur le Major me delivra un certificat de soin que je lui est demandé je suis reste en prison au quartiers Exelmant jusqu’au 11 juillet »

Déposition du tambour Sagnard (Benoit) : Au mois de juillet affaire de Fleury) les préventionnaires ont refusé de marcher « parce qu’ils n’avaient pas d’armes ni de nourriture. »

Sur le fait de désertion à l’intérieur : « J’étais en subsistance au 3è bataillon quinne m’a pas nourri car chaque Cie prenait la garde. Ce n’est que le quatrième jour que j’ai été nourri. C’est moi-même qui me suis constitué prisonnier à Paris -après 15 jours depuis mon arrivée. Mais ce n’est pas parce que je n’ai pas été nourri que je suis parti ; c’était bien pour voir ma famille et régler une question avec ma maîtresse qui touchait l’allocation. »

Rapport : Le 2 août, Pajadon s’évada des locaux disciplinaires, se rendit à Paris, et ce n’est que 15 jours après qu’il se présenta à la caserne de Reuilly. Pour expliquer cette troisième faute contre le devoir militaire, il invoque « le cafard » et le désir de s’assurer par lui-même des démarches qu’il a faites en vue de la suppression de l’allocation à sa maîtresse.




Le CG de la 37è DI (7 octobre 1916) condamne Pajadon à mort à l’unanimité. Le pourvoi en révision est rejeté le 17 octobre 1916.

Général commandant la 37è Division : « Bien que Pajadon ait essayé depuis ses fautes graves de sauver un artilleur qui se noyait, je ne puis appuyer son recours en grâce. Il a en effet deux fois esquivé son devoir de soldat, une fois par abandon de poste, une seconde fois par refus de marcher à l’ennemi. En outre, étant en prévention de conseil de guerre, il a déserté. Enfin, ses antécédents civils -sept condamnations-, sont déplorables. »

Pajardon est fusillé à Trémont-sur-Saulx (55) le 20 septembre 1916 à 10h avec grande parade, Cavalerie, 2 Cie du génie, 2 compagnies de zouaves, clairons tambours et défilé.

Le caporal Sylvestre Marchetti, 22 ans, de Tagliu Isulacciu (Corse) et le soldat Julien Lançon,24 ans, tous deux du 8e RIC sont fusillés le 22 octobre à 6h30 au lieu-dit La Cavé d'Hayon à Sarcus dans l'Oise, devant le cimetière de Sarcus où ils seront rapidement enterrés, comme des parias Fusillés pour l'exemple pour avoir pris part à deux mutineries au cœur des tranchées de la bataille de la Somme, en août 1916. Leur tombe y est toujours visible.



Le 1er juillet, 19 240 soldats sont tués. Membres de la 2e Division d'infanterie coloniale, les 4e et 8e RIC, considérés comme des corps d'élite, sont de tous les combats. Après plus d'une semaine d'assauts, les officiers accordent un repos bien mérité à leurs troupes. Nous sommes le 9 août. Mais à peine redescendus de première ligne, contre-ordre : il faut déjà remonter au feu. Malades, éreintés, ils sont 300 soldats à refuser. Ce repos promis et repris, les gars se l'accordent eux-mêmes. Il n'y a ni injure ni coup, juste des hommes qui posent à terre leur barda de fatigue, de terreur et d'armes. Certains se cachent dans les tranchées ; d'autres filent se baigner dans la rivière qui coule non loin.
D'abord qualifiée "d'enfantillage", leur escapade fera grand bruit. "Il y a lieu de réprimer les fautes commises, même par les fatigués, les égarés, les demi-conscients", lit-on dans les rapports militaires. Cinquante-sept hommes sont traduits devant le conseil de guerre pour "désertion et refus d'obéissance", dix-neuf condamnés à mort. Si dix-sept voient leur peine commuée en travaux forcés, deux, "considérés comme meneurs", Julien et Sylvestre, sont passés par les armes. "Il faut faire un exemple, marquer les esprits."

Julien Lançon en 1913. petit cultivateur, Julien Lançon, né le 11 février 1893 à la Bastide-des-Jourdains (Vaucluse), fils de Marius Lançon, de Mollégès et Marie-Louise Figuière.


Lucien Joseph Valnet, né le 22 juin 1894 à Baccarat (Meurthe-et-Moselle), soldat au 43è R.I.C. 18è Cie, fiche de décès uniquement, mention « fusillé » à Mailly (Aube) le 24 octobre 1916

Joseph Porcher, né le 26 février 1880 à Saint-Nazaire (44), marin, SDF, tirailleur de 2è classe au 2è RMTA, 23è Cie, ne sait ni lire ni écrire.
Dans la soirée du 14 juillet, alors que la Cie, au bivouac se disposait à marcher à l’ennemi, le zouave Porcher fut trouvé ivre-mort. Il avait absorbé un certain nombre de rations d’eau de vie distribuées à titre de vivres de réserve et il se trouvait dans l’impossibilité de se placer dans le rang.
(déposition Lamorlette, sergent major 23è Cie : « on avait distribué des vivres de réserve et de l’alcool ; on savait donc qu’on allait au feu en première ligne. Porcher était ivre, on le laissa dans une baraque » Porcher : « au moment de partir j’étais pris de boisson d’eau de vie, rations des français, (environ deux quarts) et je suis tombé, je n’ai pas pu marcher ») Il dit s’être présenté à la visite le lendemain, avoir été éconduit et ne trouvant pas de renseignements sur l’emplacement de son régiment s’être joint à l’attaque avec la 19è compagnie du 3è Zouave, dans une section commandée par le sergent Riondet et sous le commandement du lieutenant Casanova. Il produit une attestation non signée qu’il dit écrite par ces deux sous-officiers. Le lieutenant Casanova ayant été évacué le jour où Porcher prétend avoir rejoint, on lui tend un piège : Riondet en personne lui fait croire que le sergent Riondet était mort. Il dit regretter, le connaissant très bien quand Riondet se présente et le confond. Porcher sombre alors dans un mutisme absolu et refuse de répondre à toute question concernant cet épisode. Devant le CG de la 37è DI (audience du 23 septembre 1916), il avoue :
D : - Sur l’attestation demandée aux gradés de la 19è Cie, vous avez demandé à un camarade de vous l’écrire ?
R : - C’est un soldat du 2è zouave que je ne connaissais pas du tout.
D : - Pourquoi avez-vous dit que vous connaissiez le sergent Riondet ?
R : - (silence.)
Le 27 juillet étant aux locaux disciplinaires, il reçut du caporal de jour, l’ordre de se préparer pour le peloton de punition.
Houssmann, caporal, 20 ans : « J’étais caporal de jour pour faire faire « le bal » aux punis de prison. Porcher a dit que « ce n’était pas un caporal français qui le ferait obéîr. Il était alors pris de boisson. »

Porcher s’esquiva des locaux disciplinaires, quitta le cantonnement, et fut ramené le lendemain par la gendarmerie. Les gendarmes avaient été prévenus par M. Rebesquiec, éclusier à Brusson, qu’un soldat du 2è RMTA « cherche à se jeter dans le canal de la Marne qui passe devant chez moi.
Déclaration rapportée par le gendarme Caillet : « Si je retourne à la2è Cie du 2è Rgt de tirailleurs algériens et que l’on me fait faire le bal -c’est-à-dire le peloton de manœuvre des punis de prison, je refuserai catégoriquement et si l’on m’embête je mettrai des cartouches dans mon fusil pour abattre tous les gradés, aussi bien le lieutenant comme les autres ».
Entre temps il s’était porté un coup de couteau au mollet. (Lamorlette  : « je lui ai demandé à voir sa blessure. Il m’avoua alors « qu’il s’était blessé volontairement, pour ne pas rester à la Cie ». Porcher : « je n’ai rien à dire »)
Recours en grâce rejeté le 22 octobre : Porcher est fusillé au champ de tir de Trémont-Sur-Saulx (55) le 24 octobre 1916 à 10h.

Gaston Alfred François Beauvisage, né le 20 novembre 1893 à Paris 17è, 2è classe au 82è R.I.
« Genre de mort : au cours d’une tentative d’évasion » à Saïda (Algérie) le 27 octobre

Pierre Paul Joseph Chazottier, né le 16 décembre 1888 à Ezérouée (Isère), charpentier à Bordeaux, célibataire, chasseur de 2è classe au 2è BMILA, condamné 2 fois au civil pour coups et blessures volontaires, port d’arme prohibé, puis comme militaire pour coups volontaires (sur un camarade qu’il frappe d’un coup de crosse à la tête), bris de clôture (dit en cassant les carreaux du corps de garde à un adjudant du 23è R.I. « Je t’aurais la peau, je te ferai tourner au bout de ma baïonnette »), outrages envers un supérieur (menace le capitaine du 133è R.I. de le « découdre »), puis passant à une forme d’insolence moins directe, punis à de nombreuses reprises pour avoir répondu ironiquement à divers gradés (à un caporal en octobre 1915 « si vous étiez 2è classe, vous verriez comment sa se passerait ; voulez-vous un bout de papier pour faire votre punition, je vous le donnerai »)
Le 21 juillet 1916, l’adjudant chef Bart et l’adjudant François aperçoivent Chazottier de garde au poste de police d’Ain Leuh, qui se dirige en titubant vers les toilettes. Ils demandent au sergent de garde de le faire reconduire à sa Cie. Comme Bart s’éloigne, Chazottier, brandissant sa baïonnette,se précipite sur lui dans son dos en criant « Je vais te faire voir si je suis saoul ». Se retournant brusquement, Bart saisit à deux mains la baïonnette, mais violemment heurté par Chazottier, il roule à terre, tandis que l’agresseur tente de dégager son arme pour l’en frapper. Maîtrisé par les sergents François et Manives, Chazottier est ramené au poste de police et ordre est donné de l’attacher. Comme les deux chasseurs commandés pour ce faire y mettent une évidente mauvaise volonté, le lieutenant présent au poste donne au sergent Manives l’ordre de terminer le travail. Chazottier le prend par la barbe et le fait rouler sur lui, pendant que le sergent crie « Donnez-moi des ciseaux, que l’un me coupe la barbe » Chazottier finit par lâcher prise en jetant à la ronde des « Enculé » Calmé il adit au sergent qui le détache « Vous avez de la chance que j’ai un père qui a 88 ans, sans cela vous n’auriez pas pour cinq minutes d’existence ». va à sa tente et saisit son fusil chargé, en menaçant le sergent Lethuaire accouru à sa poursuite. Celui-ci appelle à la rescousse l’adjudant Hontarrède, de la Cie de Chazottier. Le voyant arriver Chazottier prend la position du tireur à genou et met en joue son adjudant en disant : « si tu avances, je te tue comme un chien » Dans la version de Chazottier, il aurait simplement dit : « si vous voulez me frapper, je vous tire dessus, si vous ne voulez pas me frapper, vous pouvez approcher », ajoutant, (selon le Rapporteur cette fois) : Mon adjudant, je suis foutu, il faut que j’en tue un, je préfère avoir douze balles dans la peau que d’aller courir les pénitenciers. J’ai déjà trop souffert et d’ailleurs je l’ai juré sur la mémoire de ma mère ».. L’adjudant Hontarrède finit par réussir à calmer Chazottier, à le désarmer et à l’emmener au bureau de la Cie.
CG des troupes d’occupation du Maroc occidental (9 septembre 1916)
recours en révision rejeté le 20 septembre 1916, recours en grâce rejeté le 31 octobre
Fusillé à Meknès (Maroc), le 30 octobre 1916.


Jean-Baptiste Le Garff, né le 21 Novembre 1887 à Kérentrech, Lorient, charpentier, 11è groupe spécial, 4è bataillon d'infanterie légère d'Afrique. Engagé volontaire en 1907(2eme régiment d'infanterie coloniale jusqu'en 1912 au Tonkin).
Condamné par le 1er conseil de guerre de l'amalat d'Oujda (Maroc) du 12 septembre 1916 à la peine de mort pour voies de fait envers un supérieur, le caporal Denoual, (faits commis le 14 juillet 1916, à Debdou au Maroc), son pourvoi en révision étant rejeté le 20 septembre 1916, fusillé le 30 octobre 1916 à Oujda au Maroc. Il avait 29 ans
 
Le soldat Louis Xavier Le Dû, né le 21 juin 1890 à Pais 15è, fumiste à Paris, canonnier au 34è R.A.C. exécuté pour rébellion le 31 octobre  1916 à Moreuil dans la Somme.  Condamné à mort pour "voies de fait et outrages envers un supérieur, rébellion en réunion avec armes et instigation" par le CG du quartier général de la Xè armée. On me sure à la fois le mépris, l'affolement et l'imbécillité de la hiérarchie ne parcourant le PV d'instruction.
Cité par Offenstadt Les fusillés :
Au cantonnement de canonniers de La Hérelle, dans l'Oise, en septembre 1916, un refus de ce type conduit à une petite rebellion. Le commissaire-rapporteur écrit ; "sans cesse en révolte contre l'autorité [...] ces canonniers ont formé une sorte de bande [...] tout à coupe Le Dû (arrêté) cria " A moi les amis", c'est alors que se produisit une scène telle qu'il s'en passe dans le monde des appaches (sic) sur les boulevards extérieurs de Paris." Le prisonnier est en effet délivré par ses acolytes. Le rapport du chef d'escadron précise ; " La plupart de ces canonniers n'ont aucune valeur au feu, notamment Le Dû et Mons se sont fait porté malades au cours des dernières actions pour ne pas aller aux tranchées. Pa contre, par leur menaces du couteau ou du revolver, ils sont la terreur des cantonnements."
Le Dû, seul, est condamné à mort. Dans ce dernier cas la résistance à la discipline semble plus organisée mais son expression est la même que les actes individuels [...] : tout est parti de l'injure lancée par Le Dû au lieutenant qui lui avait collé huit jours de prison pour absence à une revue d'armes.

- En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque, lui dit : "monte sur le parapet", et le tue d’une balle dans la tête.

parade d'exécution au Maroc

Novembre

 

Maurice Jules Bultjauw, né le 30 juin 1897 à Paris 19è ; camionneur (19 ans) chasseur de 2è classe au 18è BCP, 3è Cie
mars 1916 : condamné par le Cg de la XIè région (Nantes) à 4 ans de TP pour désertion à l’intérieur
21 juillet. Absence illégale de 23h, ramené par la gendarmerie
10 août : étant puni de prison s’est esquivé du camp de la soupe du matin à la soupe du soir

Rapport (expéditif) du capitaine Hurel : « le 15 septembre 1916 à 9heure, à la tranché de Tijpe, près Berny en Santerre, le chasseur Bultjauw est allé, avec mon autorisation, se présenter à la visite au Poste de secours du Médecin-chef du 18è BCP, qui l’a renvoyé aussitôt à sa Cie comme non malade. Malgré l’ordre reçu, ce chasseur s’est esquivé , sachant que son bataillon devait attaquer dans l’après-midi du même jour, est allé se cacher à 3 km des lignes, dans un abri dont il n’est sorti que le 17 septembre alors qu’il savait la seconde attaque du Bataillon terminée. »
Les notes d’audience sont pour le moins succintes :
Bultjauw : « Si je n’avais pas été renversé par un obus, je n’aurais pas quitté mon poste. Je n’ai pas compris ce que m’a dit le Major. Dès qu’on m’a dit de remonter, j’ai remonté. J’étais resté dans un boyau près du poste de secours, dans une sape avec le 87è de ligne. »
Capitaine Maurice Hurel, 35 ans : « Bultjauw est un mauvais chasseur, fourbe,. Au cantonnement, déplorable, états d’ivresse fréquents, professionnel de l’absence illégale. Sujet peu intéressant. J’ai reçu un papier du Major disant que Bultjauw allait rejoindre la Cie immédiatement. Bultjauw n ‘a pas participé à l’attaque du 13. [comptrenez du 16, le greffier aura mal entendu]» le médecin major Péré, en permission de longue durée ne pourra se rendre à l’audience.


Marcel Louis Gustave Godfroy, né le 24 juillet 1893 à Paris 12è, imprimé à Paris, chasseur de 2è classe au 9è BCP, 2è Cie
Marques particulières : blessure au pouce doit (9 mars 1916), à la cuisse droite, bras gauche cassé’3 septembre 1914, éclats d’obus).
« Le 23 août 1916, vers 2 heures, le chasseur Godfroy quitte son corps cantonné à Courcelles en Santerre, se rend à Paris, est arrêté le 30 août par la police et ramené à son corps le 6 septembre. Son bataillon remonte aux tranchées pour y faire une attaque. Au moment où il se trouve en réserve à la tranchée Saintoyant, prêt à se porter en 1ère ligne, Godfroy abandonne son poste, entraînant avec lui le chasseur François de la même Cie. Tous deux ont comparu au Conseil de Guerre et il a été établi que François sur lequel les meilleurs renseignements sont fournis, a été entraîné pat Godfroy ; François a été consamné à 5 ans de TP avec sursis. Godfroy au contraire a été condamné à la peine de mort. Son défenseur a introduit une demande de commutation de peine à laquelle le président du conseil et 1 membre ont adhéré. Nous refusons de nous y associer pour les raisons suivantes. Les plus mauvais renseignement ont été fournis à l’audience par le Capitaine Petit sur Godfroy ; dans son rapport, il écrit : « c’est le type du mauvais soldat [d’une mentalité déplorable, dont la place serait aux bataillons d’Afrique] ». Condamné deux fois par les tribunaux civils pour vol avant son incorporation, Godfroy, depuis qu’il est militaire, s’est toujours mal conduit. En outre le 29 décembre 1914 il a été condamné de nouveau pour vol à 1 an de prison, par un Conseil de Guerre, et le 24 février 1915 à 5 ans de TP pour refus d’obéissance sur territoire en état de guerre. Par mesure de faveur, cette peine fut suspendue pour lui permettre une dernière fois de se racheter. Malgré tout son passé, malgré tous les avertissements, malgré ses condamnations antérieures qu’il avait l’occasion de racheter au feu, Godfroy a déserté et, ramené à son corps, abandonné son poste au moment du combat, entraînant un camarade dans sa faute. Il a commis de propos délibéré et en pleine conscience la suprême lâcheté, le Conseil de Guerre, en le condamnant à la peine de mort a fait bonne justice. Il est nécessaire pour l’exemple que la peine de Godfroy soit exécutée. C’est pourquoi nous concluons au rejet de la demande introduite par Me Teirinet au nom de Godfroy. »

Interrogatoire de Eugène François, 23 ans, précédemment maçon à Monchy au Bois :
[Le 13 septembre] la section descendant de la première ligne, mon meilleur camarade Mustin venait d’être tué et j’en étais très ému. Vers 16 heures, me trouvant dans le même gourbi que Godfroy, un obus tomba sur ce gourbi, nous couvrant de terre. Je n’avais pas de mal, mais j’étais complètement abruti et je suis parti avec Godfroy sans savoir ce que je faisais… Godfoy ne m’a pas le moins du monde entraîné.
Tous deux sont interpellé à Proyart le 17 septembre.
Lettre de la Veuve Godfroy, le 5 septembre : « Mon Capitaine, je vous remercie d’avoir bien voulu accorder à mon fils Marcel Godfroy la permission de venir m’embrasser lors de votre dernier passage au Bourget. Aujourd’jui je suis très inquiète, depuis son départ, je suis sans nouvelles de lui, soit 15 jours »...

CG de la 4è DI. Recours en grâce rejeté le 28 octobre 1916.
L’ordre d’exécution prescrit que la parade aura lieu en présence d’une demi-compagnie du 9è BCP et d’une demi compagnie du 18è : « les deux exécutions seront simultanées »
Bultjauw et Godfroy sont fusillés à 400m au sud-est de l’église de Proyart (Somme) le 3 novembre à 6h.


Gabriel Joseph Daudirac, né le 21 octobre 1878 à Ilats (Gironde), soldat à la 18è section métropolitaine d’exclus, détaché aux Chantiers de la Gironde.
Daudirac, semble avoir été une figure -mineure- du milieu criminel bordelais. Soupçonné de complicité dans le crime de Langon (affaire Branchery) mais acquitté, il a été condamné pour complicité de vol de coffre-fort avec la bande de Garal à 5 ans de réclusion, raison de son exclusion de l’armée. Libéré conditionnel en 1911, il a été soumis à la mobilisation au régime spécial des exclus en temps de guerre avec résidence au quartier Labattière. Quoique marié et père d’une fillette de 12 ans, Daudirac, à Bordeaux avait pris comme maîtresse Alice Matthieu, marchande ambulante, dont le concubin avait été mobilisé, et qui s’était constitué un pécule d’environ 335 francs, qu’elle avait eu l’imprudence de remettre à son amant. Apprenant par commérages son passé, elle dit alors à Daudirac qu’elle voulait rompre. Daudirac, pensant qu’elle allait lui réclamer son argent qu’il n’avait plus, fut pris d’une violente fureur et accusa Mme Thomas, logeuse de Mme Matthieu d’avoir commis l’indiscrétion. Il se précipita chez elle, enfonça la porte de l’épaule et commença à rouer de coups Mme Thomas qui tomba évanouie au moment Mlle Dubas, qui l’avait vu monter l’escalier , et son père se précipitaient au secours de Mme Thomas. Daudirac parvint à garder quelques temps sa maîtresse, mais devant sa détermination à le quitter, il finit par proférer des menaces de mort et acheta un revolver. Quinze jours plus tard, le 21 août Daudirac n’alla pas à son atelier, et passa l’après-midi à se disputer avec sa maîtresse en présence de sa fille. Pour les amadouer, il les conduisit au restaurant, mais en rentrant, Mme Matthieu s’étant rendue à l’écurie pour saigner son cheval, Daudirac la rejoignit et se jeta à ses genoux. Comme elle se montrait toujours inflexible et jurait qu’elle irait dormir le soir-même dans la chambre de sa fille, il la prit aux poignets en criant « non, tu ne me quitteras pas ». Comme elle résistait encore, il sortit son revolver chargé et répétant « eh bien, que tout soit fini ! » lui tira presque à bout portant une balle dans la tempe gauche. Elle tomba à terre, il tira à nouveau au-dessus de la pommette droite. Puis retournant l’arme contre lui, il tira une troisième fois, s’égratignant le front, prenant bien soin de ne pas vider le barillet des deux dernières cartouches. Daudirac tenta de fuir par l’étage supérieur où logeait Mme Garrigues, mais celle-ci s’étant barricadée et ayant ameuté les passants, il sorti précipitamment par l’écurie et se heurta à un jeune espagnol qui réussit à le désarmer. Des voisins accourus avec des cordes l’attachèrent pour l’empêcher de se sauver pendant qu’on prévenait la police qui l’emmena.
Eva Dubas, 19 ans : « a 10h et demi, nous étions couchés lorsqu’on est venu frapper à notre domicile. C’était Mme Guarrigues qui venait prévenir mon père que Daudirac avait tué Alice. Nous nous sommes levés en toute hâte et nous avons couru rue des Pontets. Je ne pouvais pas croire encore à la réalité de ce drame. En arrivant, j’ai trouvé la femme Matthieu étendue sur le sol/ Je l’ai touchée ; elle était encore chaude mais elle en respirait plus. En nous voyant, Daudirac s’est mis à ricaner. Il ne paraissait pas manifester de repentir de son crime. Sur une question directe qui lui a été posée, il a même déclaré qu’il n’avait aucun regret. A ce moment il était déjà ligotté. »

Devant le CG de la XVIIIè région, comprenant qu’il ne pouvait, devant tous les témoignages contraires plaider le crime passionnel et la jalousie, se contentera de dire qu’il ne trouvait pas de mobile à son crime. Condamné à mort pour assassinat, il fut exécuté à Mérignac Luchey-Halde (33) le 20 novembre 1916.


Léon Pierre Louis Rossignol, né le 9 décembre 1895 à Vias (Hérault), serrurier, célibataire, 20 ans 2è classe au 17è R.I., jugé par le CG de la 13è DI avec Jean-Baptiste Eustache Ageron (21 juin 1894 St Chamond) tous deux sans condamnation antérieures, accusé de refus d’obéissance pour marcher contre l’ennemi et de désertion à l’intérieur. Les faits ont eu lieu à Chuignes le 19 septembre 1916, les inculpés ayant été arrêtés le 9 octobre dans le Tarn, Ageron à Venis, Rossignol à Lombers. Des circonstances atténuantes ayant été admises pour Ageron, il est condamné (quatre voix contre une) à 20 ans de travaux forcés (peine suspendue puis grâce présidentielle le 21 décembre 1918), les deux condamnés solidairement aux dépens pour la somme de 75,60 francs. Rossignol est condamné à mort (une voix ayant prononcé une peine moindre). Une fois le recours en révision rejeté ‘le 12 novembre 1916) Rossignol est exécuté à Harbonnières (Somme) le 20 novembre à 7h.

 

Justin Marius Jean Follis , né à Gardanne le 1er juillet 1896 (le dossier de révision de son procès donne 1897), boulanger. Condamné pour délit de droit commun, il fut comme le soldat Botte envoyé au bagne d'Aniane du 11 décembre 1913 jusqu'à sa mobilisation le 10 avril 1915, pour avoir, en compagnie de deux autres jeunes gens agressé un étranger de passage à Gardanne afin de le voler.
Le 14 mars 1916, après avoir terminé son service de soldat au dépôt du 24è BCA à Villefranche sur Mer, il s'introduit au domicile d'un civil italien, l'abat d'un coup de revolver et lui dérobe son argent. Le dossier de révision mentionne "vol commis le 14 mars 1916 sur la personne d'un marchand d'œufs." Un des rapports relatant les faits donne une version légèrement différente de "l'introduction au domicile" puisqu'on y lit : 
"Le 13 mars 1916, un crime était commis sur la personne d'un nommé Parodi par le soldat Follis... celui-ci avait fait depuis trois semaines environ la connaissance de Parodi, connu pour être un pédéraste et avait eu plusieurs fois avec lui des relations contre nature. Le jour du crime, après s'être livré une fois de plus à son acte anormal, Follis tira sur Parodi plusieurs coups d'un revolver dont il avait eu soin de se munir, puis l'acheva en l'étranglant. Enfin il s'empara de son portefeuille et d'une cassette qu'il fut obligé de fracturer..."
Le soldat Follis n'avait pas agi seul ; joint à la procédure un certain Justin Marius Félix Gilly, 20 ans, est jugé pour complicité. Un certain Marius Gleize de 19 ans est également soupçonné de complicité (mais obtient le non lieu, n'ayant connu le crime que par le récit de Gilly. Lors de la révision Gilly n'est plus prévenu que de recel, n'ayant fait que prêter puis cacher le revolver qu'il avait prêté à Follis, et quoiqu'il ait partagé avec lui le butin du vol (aucun argent retrouvé, du vin et des oeufs).
Gilly est finalement condamné à 10 ans de travaux forcés (peine commuée en 1920 en détention simple) et détenu à la maison centrale de Melun. Un avis défavorable à la mise en liberté conditionnelle de Gilly sera rendu le 6 mars 1924.
L'arrêt de condamnation prononcé le 20 juillet 1916 par le CG de Marseille fut annulé par le conseil de révision de Lyon le 14 août 1916. Le CG de Lyon condamna néanmoins (à huit clos, l'affaire étant unanimement qualifiée de "dangereuse pour les mœurs") Follis à la peine capitale le 10 octobre 1916 pour "assassinat suivi de vol qualifié" et rejeta le recours en grâce le 14 novembre 1916. En conséquence, Justin Follis 20 ans, fut fusillé au camp de La Doua, à Villeurbanne, le 21 novembre 1916. Sa fiche de décès est assez unique ; "corps déposé à l'hopital, genre de mort : justice militaire"            Plus




Pierre Arsène Marie Autret, né le 25 juin 1886 à Audierne (Finistère), ajusteur (monteur) à Brest, marié, 2 enfants, 2è classe au 19è R.I., condamné trois fois au civil pour coups et blessures, neuf fois pour ivresse publique, une foispour tentative de vol.
Jugement rendu par le CG de la 22è DI, cassé et annulé en révision, les question posées au jury ne correspondant pas à l’ordre de mise en accusation, Autret est renvoyé devant le CG de la 9è DI, deux de ses co-accusés ayant obtenu un non lieu. En l’absence de dossier d’instruction, ne demeurent que les minutes du Conseil de révision qui ne juge pas au fond, mais rappellent succinctement les faits :
Les questions suivantes ont été posées :
1ère question : Est-il constant que le 23 septembre 1916, à Gland (Aisne) il s’est produit une résistance avec violence et voies de fait commise par des militaires envers un poste de police, commandé par le sergent Keryvin du 62è R.I. agissant pour assurer l’exécution d’une consigne de l’autorité militaire ?
2è question : La rébellion ci-dessus spécifiée a-t-elle été commise par plus de deux militaires ?
3è question : Parmi les militaires qui ont pris part à cette rebellion, huit au moins portaient-ils des armes ostensibles ?
4è question : A-t-il été fait usage de ces armes ?
5è question : Le soldat Autret est-il coupable de la rébellion ci-dessus spécifiée ?
Ces questions ont été résolues contre l’accusé à l’unanimité, sauf la 4è qui l’a été à la majorité de 3 voix contre 2.
Le 23 septembre 1916, vers 15h30, un groupe de traînards du 19è R.I. traversait en désordre le village de Gland. Ces hommes s’assirent sur le bord de la route. L’un d’eux se détacha du groupe et se plaça au milieu de la route pour arrêter la voiture du Général Bouyssou qui se dirigeait sur Brasles. Le général descendit, adressa des observations au soldat et appela le sergent de garde Keryvin, auquel il donna l’ordre de conduire au poste l’homme qui avait troublé la marche de l’automobile. Cet ordre fut exécuté puis le général enjoignit au sergent de prendre les noms des militaires dont certains lui adressèrent des outrages grossiers.. Quand la voiture du général eut disparu, les hommes marchèrent sur le poste réclamant la liberté de leur camarade Autret, menaçant au besoin de faire usage de leurs armes. Ce soldat, en les voyant arriver, se répandit en menaces de mort contre les gradés et les hommes de garde. A ce moment, le sergent Keryvin disposa ses hommes de manière à défendre l’accès de son poste et fit croiser la baïonnette contre le groupe qui s’avançait et par le geste et par la parole. Les assaillants commencèrent alors à mettre ces menaces à exécution. L’un d’eux qui fut reconnu pour être Autret [Ah ? Il y a là une ellipse qui rend le propos incohérent : Autret se serait deux fois esquivé et ses camarades l’auraient aidé à se ré-équiper, d’autres l’engageant à s’enfuir] arma son fusil et mit en joue le sergent Keryvin alors que ce dernier faisait tous ses efforts pour rétablir l’ordre et faire respecter ses consignes. Il y eut une mêlée ; un camarade d’Autret releva son arme et lalui arracha des mains. La bande se dissipa alors en deux. Un groupe tint sous la menace de ses armes une partie des hommes de garde pendant qu’un autre groupe se mettait en demeure d’arracher leur camarade des mains du reste des militaires du poste de police. Le poste fut un instant assailli et submergé. Le sergent Kéryvin fit un dernier effort pour maintenir le soldat détenu, mais celui-ci se débattant le frappa d’un coup de pied au ventre et fut emmené par trois de ses camarades pendant que les autres serraient de près et menaçaient de leurs armes les hommes de garde.(...)
Les moyens à l’appui su pourvoi sont qu’Autret aurait été à tort déclaré coupable de rébellion alors qu’il a été non l’auteur mais le bénéficiaire d’un acte collectif préparé et commis sans provocation de sa part. Qu’au cours de l’instruction 4 militaires avaient bénéficié d’un non lieu tandis que deux autres prévenus étaient acquittés à l’audience. Que le conseil n’aurait pas prouvé que les 3 militaires restant avaient fait usage de leurs armes, ne démontrant ni qu’elles étaient chargées, ni munies de baïonnettes ; ni qu’aucun s’en soit servi pour frapper les hommes du poste de police.
En réalité, comme le souligne -en vain puisque ce n’est pas un moyen de cassation- le défenseur, aucun coup de feu ne fut tiré, pour la bonne raison que les hommes de la 4è section n’avaient pu toucher de cartouches en redescendant, en raison de la pénurie de munitions aux tranchées, et au surplus personne ne put affirmer que le coup de pied d’Autret au sergent fût volontaire.
Les membres du CG n’ayant signé aucun recours en grâce, le défenseur en introduisit une, rejetée par le président de la république.
Autret est fusillé à Belleray (55) le 25 novembre 1916 à 7h30.



Henri Désiré Brière, né le 29 décembre 1876 à St-Germain-de-la-Grange (78), charretier (maids plutôt chiffonnier, se livrant avec sa compagne à la recherche de chiffons dans les poubelles), 2è classe au 104è R.I.
L’histoire de Brière est d’une confondante simplicité. Le 2 septembre, en quittant Bois-la-Ville, le soldat Berdon qui fait office de chef d’escouade s’aperçoit qu’après une marche de 400m Brière quitte les rangs pour s’asseoir au bord du talus. Aucune menace ne parvenant à le faire bouger, Berdon abandonne, et Brière retourne au bivouac où il passe la nuit, abandonne son équipement et part vers l’intérieur. Arrêté par les gendarmes de Claye-Souilly le 9 septembre, il est reconduit à son corps le 15. Brière dit qu’il souffrait des jambes et des lombes, et ne pouvait marcher, ce que s’efforcent de contredire les médecins experts, sans considérer d’autres causes qu’un examen superficiel. De là à dire que Brière a été désigné au hasard, de façon à se débarrasser de ce sujet vieillissant et réputé ivrogne, il est seulement à considérer le rappel de sa condamnation en juin 1916 à 10 ans de TP pour abandon de poste. On rajoute le refus d’obéissance et la dissipation d’effets militaires, et le tour est joué ! puisqu’il reconnaît sans difficulté ses fautes.
Télégramme de Neuville sur Yonne du LT colonel du 104è « Le soldat Brière Henri, déserteur au 2 septembre n’a rejoint la Cie que le 18 septembre alors qu’elle se trouvait en réserve après les attaques. La Cie n’étant restée que 48h en ligne la seconde fois et n’ayant pas reçu l’ordre d’attaquer, le capitaine commandant la Cie ne peut émettre aucune appréciation sur la conduite au feu du soldat Brière. »
Le commandant de la 7è Cie : « Le soldat Brière est un très mauvais soldat qui n’a jamais donné aucune satisfaction à ses cjefs. Son attitude au feu a toujours été déplorable. C’est un sujet dangereux qui d’après ses dires, passe pour la troisième fois en CG. Le soldat Brière n’est digne d’aucune bienveillance. »
CG de la 7è DI (audience du 14 octobre 1916) pourvoi en révision rejeté le 31 octobre 1916. Un recours en grâce signé part 1 juge sur 5 a été adressé au président de la république le 15 octobre (rejet 28 novembre).
La succession du soldat Brière est constituée, outre son livret militaire, d’un porte-monnaie contenant 6, 40 francs.
Brière est exécuté, au « terrain d’exécution » de Nixéville en présence du 1er bataillon et de la musique du 108è le 27 novembre 1916 à 7h.


Le début d’une solution à l’oppression : l’affaire Legendre

Louis-Marie Legendre, né le 10 juin 1883 à Fégréac (Loire inférieure), cultivateur puis manœuvre à Nantes, marié, deux enfants, caporal au 225è R.I., 13è Cie

Le 31 août 1916 au Camp Allègre la Cie se rassemble pour monter en première ligne. Le sergent Bailleul ordonne au caporal Legendre de quitter la 2è section, pour prendre le commandement de la 4èune. Il dit « je suis donc le caporal voltigeur ! » On lui enjoint de faire l’appel, il se dirige vers la 4è escouade en disant « où sont mes poilus ? » il rapporte que tous ses homme sont présents, sans s’en être assuré .. Le sergent Sapin intervient alors lui disant qu’il allait lui apprendre à faire son métier, ce à quoi il répond « vache pour vache ». Un témoin l’entend dire, bas « Aussi bien en face tout le monde, comme tout seul ». Quand Bailleul s’approche à nouveau, à cinq mètre, Legendre lui dit : «  Toi, tu n’as pas été à la boucherie, moi j’y ai été avec un couteau de chaque côté de moi », manœuvre la culasse de son fusil, une cartouche tombe à terre, il la remet dans le canon et, sans épauler, tire, ajoutant : « Tiens ! ». « Le sergent Bailleul s’affaissa comme une masse. » Legendre est désarmé par le sergent Avet sans opposer la moindre résistance. Il dit: « Faites de moi ce que vous voudrez. Maintenant vous pouvez me mettre au mur et m’en faire autant. » Aux reproches du sergent Avet qui l’emmène (« vous n’avez pas de cœur et vous n’avez donc pas de famille ») il répond : « Si, j’ai une femme et j’attends même un enfant dans deux ou trois jours. J’ai un frère qui a été tué à Verdun. Qu’on me fusille. » Au capitaine Paoletti qui n’en revient pas, il déclare : « Je l’ai fait exprès, il m’emmerdait depuis ce matin ». Et comme on murmure « c’est un mitrailleur » (son poste en effet à la sortie du dépôt), il ajoute : « Nous ne sommes pas des mitrailleurs, nous sommes venus comme mitrailleurs ; nous sommes de la chair à canon ; voilà ce que nous sommes ! » Les témoins de la scène rapportent qu’il n’était ni ivre, ni agité, qu’il paraissait même extrêmement calme, et qu’il n’avait aucune raison d’en vouloir au sergent Bailleul avec qui il n’avait jamais eu la moindre dispute.

Le 1er septembre, aux locaux disciplinaires de Camp Allègre, Legendre tente de se blesser à la tête. Au sergent qui le découvre saignant à le temps il dit en guise d’explication : « Toute la journée on a été après moi ; je les ai vus avec des couteaux ; ils passaient et voulaient me tuer. Que voulez-vous ? Je suis pour y passer ».Au soldat qui vient le panser il répète seulement : « Faites de moi ce que vous voudrez, je sais que je suis coupable. » Le 2 il s’échappe, ( « J’étais dans une cabane, il y avait tout plein de types qui la démolissaient. Il y avait tout autour des baïonnettes eon me disai de mn alle. Je suis pari »)mais il est rattrapé après quelques centaines de mètres. On l’attache.

Casier judiciaire vierge, une seule punition de 8 jours en 1906. Très curieusement, il est prévenu de voix de faits envers un supérieur et non d’assassinat devant le CG de la 60è DI, audience du 3 novembre 1916.

Expertise médicale (extrait) : « En prison, il se souvient qu’il était anxieux, qu’il avait peur ; il lui semblait qu’on creusait sa tombe, que ses camarades venaient avec des grenades et des baïonnettes ; il croyait qu’il allait mourir. Il se souvient d’une façon imprécise qu’il s’est blessé sans savoir pourquoi, qu’il s’est sauvé droit devant lui, qu’il a été ramené. » Le reste est une logorrhée amphigourique qui cherche à démontrer -contre tous les témoignages des béotiens- que Legendre était bien en état d’ivresse au moment du drame.

D : - Pourquoi avez-vous tiré sur le sergent Bailleul ?

R : - Je ne sais pas, il ne m’avait jamais rien dit, ni rien fait. Je ne le connaissais même pas.

Legendre ne se pourvoie pas en révision, son recours en grâce est rejeté par la présidence le 28 novembre. Il est exécuté le 29 novembre 1916 à 9h30 à Somme-Suippes devant la butte de tir du camp I en présence des troupes d’infanterie cantonnés au camp A et I, y compris les tambours et clairons. Frais:12,40 francs.

Legendre a répondu à un système absurde par le seul moyen qui pouvait l’atteindre, un acte gratuit, imprévisible et radical. Il a tué à son tour, pour l’exemple. Si d’autres avaient su l’imiter, bientôt il n’y aurait plus eu de commandement. Parfois se lève un héros, et son isolement en fait un martyr.




Paul Hannemann, né le 20 avril 1880 à Lekenwald (Allemagne), précédemment menuisier à Sidi-Bel-Abbès, célibataire, légionnaire de 1ère classe au 23è RIC

En mai 1913, Hanneman, alors réformé de la légion tente de favoriser la désertion de deux compatriotes, l’un, Zundel, en l’accostant dans la rue, l’autre Litzinger, pendant qu’il chante à la bubette du théâtre avec des légionnaires de nationalité allemande des chanson anti-française. Conduit au tribunal, il est acquitté le 31 juillet 1913. A la mobilisation, Hanneman est conduit devant le commandant d’armes pour avoir tenu des propos anti-français. Pour éviter d’être interné, il contracte un nouvel engagement au 1er étranger pour la durée de la guerre. Il retrouve là Litzinger, qu’il évite, le considérant désormais comme un mouchard et fait la connaissance de Tachner. C’est à lui que Hannemann fit les premières ouvertures relatives à la désertion. Ayant appris que Tachner était de garde le soir-même, il lui demanda de le laisser passer avec un groupe de déserteurs par lui recrutés, libre à lui de se joindre à eux ; il s’agissait de passer chez les Riattas, puis chez Abdel-Malek où « vous trouverez des officiers allemands qui vous donneront le choix ou bien de rester chez les Riattas, ou bien de passer en Allemagne ». Tachner reste indécis, et rien ne se passe. Sur ces entrefaits, Hanneman entre à l’hôpital où il doit rester jusqu’au 11 juillet. Il y rencontre le caporal Goebel, de Hanovre. Il lui parle des Riattas, d’un soulèvement possible des Haouras, de l’éventuelle prise de Taza, et d’un marocain qui se chargeait de conduire les déserteurs en zone espagnole. Mais quoiqu’il lui ait fait miroiter une prime de 25000 , Goebel refusa de se laisser détourner. Le 14 juillet, alors qu Hannemann, Tachner et le légionnaire Fûlmann se trouvaient ensemble au bord de l’oued, Hannemann tint aux autres le discours suivant : « Aujourd’hui on ne s’occupe pas de nous, les officiers boivent, il n’y aura pas de pareouille ; ce serait vraiment le moment de déserter ». Ce qu’ils entreprennent le soir vers 20h, ne menant pas leur projet à bout. Hannemann leur fit promettre de dire qu’ils avaient été au camp mobile et s’étaient enivrés, motif de leur absence. Le capitaine ne les crut pas ; ils avouèrent alors qu’Hannemann faisait office d’agent de désertion. Devant le CG des troupes d’occupation du Maroc occidental, (audience du 3 novembre 1916) Hannemann est inculpé de  « tentative d’embauchage pour l’ennemi ou les rebelles armés » ; Hannemann le 14 août 1916 : « Je suis victime d’un complot monté contre moi. »

Le recours en révision est rejeté le 18 novembre 1916 et Hannemann est exécuté à 800m du cimetière de Bab-Segma (Maroc) le 29 novembre 1916.




Décembre


Le cas Claude Victor Magnouloux,  4 décembre 1916.
Claude Victor Magnouloux naît le  1er février 1883 au village de Souvignet situé sur le territoire de la commune de Saint-Julien-Molhesabate.
Son frère jumeau prénommé Joseph Marius ne participe pas à la Grande Guerre en raison de problèmes de santé .
Claude Magnouloux présente également des problèmes de constitution physique puisqu’il est ajourné dès 1904 pour se retrouver classé « service auxiliaire » en 1908, ce qui lui évite la conscription et le service militaire obligatoire.
En 1914, célibataire, il habite à Saint-Etienne et c’est à cette période que l’armée, qui a besoin d’hommes, le convoque devant la Commission Spéciale de Réforme du département de la Loire le 1er décembre de la même année.

En novembre 1915, il écope de 8 jours de prison pour "être arrivé à la compagnie avec 24 heures de retard sur le détachement dont il faisait partie et ayant perdu son képi, sa musette et les vivres de réserve". Le 6 janvier 1916, il s’esquive après la douche et rentre en retard au cantonnement.
Le 13 avril 1916, il est muté au 20è Bataillon de Chasseurs à Pied et c’est dans ce régiment, à 33 ans, qu’il va mettre être confronté à la réalité de la guerre.
Le 17 juin 1916, au retour d’une permission de 6 jours, il écope de 4 jours de prison pour 24 heures de retard. Le 26 août suivant, au cours d’une discussion au cours d’un repas, il blesse involontairement un camarade ce qui lui vaut 4 jours de prison. En septembre 1916, Magnouloux accumule une trentaine de jours de prison.

L'après-midi du 22 septembre 1916, à l’initiative du Sous-lieutenant Verdier une revue de la compagnie est mise en place à laquelle Magnouloux se soustrait. Il est apostrophé vers les 16 heures par le Sous-lieutenant qui lui inflige 4 jours de prison pour cette absence momentanée. Dans ses premières déclarations le chasseur Magnouloux avoue avoir consommé au moins trois litres de vin.
Dans une des ses poches Magnouloux conserve un revolver chargé trouvé quelques jours auparavant dans une tranchée conquise aux allemands. Ce pistolet dira-t-il, est un souvenir qu’il tient à rapporter chez lui. Magnouloux ne connaît pas le Sous-lieutenant. A l’interpellation de l’officier, il murmure quelques mots, sort son arme et fait feu en sa direction. L’officier fuit, poursuivi par Magnouloux qui l’atteint encore deux fois.
Des témoins maîtrisent l’agresseur, dont l’un est légèrement blessé tandis que l’officier est pris en charge par les médecins. Dans son rapport le médecin-major précise que le soldat Lerousseau René est blessé par un projectile, et qu’après une prescription d’une dizaine de journées de repos, les blessures "n’auront aucune conséquence grave".
Le Sous-lieutenant Verdier dont les organes vitaux ont été touchés décède le 23 septembre à 9 heures du matin dans l’ambulance de Cayeux en Santerre
officiellement " des suites de blessures de guerre". Il inhumé au cimetière de la localité le lendemain. Cette mention du motif de décès mensonger est-il un indice de la peur qui règne d'ébruiter les faits ?

A l'inverse de la volonté de la hiérarchie de maintenir le secret, les officiers les plus directement concernés s'empressent de monter un dossier à charge le plus rapidement possible : le 24 septembre, le sergent responsable de la section déclare : "c’était un homme violent qui cherchait souvent des discussions avec ses camarades et même avec ses gradés."

L’audience du Conseil de Guerre se tient le 27 septembre à Harbonnières. Le défenseur de Magnouloux présente une requête visant à ce qu’il soit procédé à la
nomination d’expert pour examiner l’accusé "du point de vue mental" (sans
suite). Aucun des témoins cités n’est présent à l’audience, Magnouloux est
condamné à la peine de mort à l’unanimité du jury.
On s’empresse de désigner le membre du Conseil de Guerre qui sera présent à
son exécution.
Le 28 septembre 1916 : Magnouloux, par la voix de son défenseur se pourvoit en révision contre le jugement.
Le 8 octobre 1916 : Le Conseil de Révision de la 10 Armée examine le recours et "casse et annule à l’unanimité" le jugement du 27 septembre 1916 pour défaut de procédure. Le destin de Magnouloux va être confié au Conseil de Guerre
de la 120è Division d’Infanterie, qui siège le 26 octobre. A l’unanimité des membres du jury, Magnouloux est condamné à la peine de mort et dispose d’un délai de 24 heures pour se pourvoir en "Conseil de Révision"(rejeté le 4 novembre).

Dans un document classé « SECRET » l’état-major de la 120è Division, diffusé le 3 décembre 1916, on apprend que l’exécution aura lieu à Châtenois dans le département des Vosges le 4 décembre 1916. La "parade d’exécution" sera commandée par le commandant du 38e R.I, le peloton d’exécution sera fourni par ce même régiment. Assisteront à l’exécution et seront en place pour 6 h 45 : deux compagnies du 38è R.I., deux compagnies du 408è R.I avec un Chef de Bataillon, le 3è Escadron du 3è Régiment de Chasseurs à cheval, une section commandée par un officier de chacune des compagnies 26/3 et 26/56 du Génie, une demi-batterie du groupe Baudica. Seront également présents un capitaine du 3è Régiment de Chasseurs à cheval comme juge désigné par le Président du Conseil de Guerre, le Médecin Aide-Major du 3è Régiment de Chasseurs à cheval, un abbé.
Une voiture avec quatre brancardiers sera rendue à la prison à 6 heures, elle sera escortée par un peloton du 3è Régiment de Chasseurs à cheval et accompagnera le condamné à proximité du lieu d’exécution et transportera "le corps du supplicié" au cimetière.L’exécution terminée, les troupes défileront devant le corps et regagneront leurs cantonnements.

L’exécution a lieu au sud de la sortie de Châtenois en direction de Mirecourt , à l’ouest de la voie ferrée. Le procès-verbal mentionne :
"Un piquet de chasseurs à cheval composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné, qui est tombé mort". Dans son rapport, le médecin témoin de l’exécution écrit : "la mort résulte de huit balles qui ont touché le corps, sept dans la région du cœur et une dans la tête. Il n’a pas été nécessaire de donner le coup de grâce."

Contrairement à l'extravagante publicité du cérémonial observé, le document ministériel mentionne curieusement comme "motif de la mort" : "tué à l'ennemi" ce qui permettra de taire la réalité des faits pendant environ une centaine d'année. Pourquoi cette accumulation de mensonges et de contradictions dans une affaire criminelle qui n'aurait pas dû prêter à polémique au détriment des autorités ?




Gaston Émile Joseph Morin, né le 4 septembre 1892 à Chamblac (Eure), commis voyageur, Bernay, célibataire, (Charron à Gaillon mentionne le « PV d’Exécution capitale ») 2è canonnier conducteur au 4è R.A., précédemment condamné pour vol en 1908 (acquitté) et vol militaire (30 janvier 1914).
Ne sont conservées que les minutes du jugement et le court dossier de révision.
Le 17 novembre 1916, Morin est condamné à mort par le CG de la 132è DI ; les questions suivantes ont été posées :
1-… le 10 octobre 1916, est-il coupable d’avoir au Hamel, commune de Contoire (Somme) volontairement commis un homicide sur la personne du trompette Lobry du 57è R.A. ?
2-… avec préméditation ?
3-… dans les mêmes circonstances,au même lieu et temps, commis une tentative d‘homicide volontaire sur la personne du canonnier Creacheadec, du 57è d’Artillerie (coup de couteau ayant creusé une plaie profonde dans la région sous-claviculaire)
4-… ladite tentative a-t-elle suivi le crime d’homicide ci-dessus spécifité ?
La peine de mort a été prononcée à la majorité de 3 viux contre deux., aucune circonstance atténuante n’a été admise.
Des circonstances et mobiles nous ne saurons rien ; on croit deviner qu’une partie des faits se seraient déroulés devant ou dans un café...
Recours en révision rejeté le 24 novembre 1916 ; Morin est fusillé à Davenescourt le 5 décembre, 7h.


Fernand Adrien Ferrand, né le 25 janvier 1880 à Scorbé-Clairvaux (86), soldat au 100è R.I.
à Charmontois-L’abbé (51) 7 décembre 1916 : « menaçant avec une baïonnette un sergent, a été tué par celui-ci ».


Lucien Victor Morda, né le 3 avril 1885 à Paris 11è, charretier, 2è classe au 369è R.I., 22è Cie
CG de la 73è DI (4 septembre 1916), notes d’audience.
Morda : «  J’ai été blessé, je me suis replié sur la batterie de l’hôpital. J’ai bien aperçu le médecin, mais je ne me suis pas présenté à lui. Je suis resté à la batterie de l’hôpital du 26 août au 1er septembre. Ce jour-là je suis descendu à Haudainville où je croyais se trouver le bataillon au repos. Je suis remonté à la batterie de l’hôpital. J’y suis resté jusqu’au 4 septembre, date à laquelle je suis redescendu à Haudainville. J’ai mangé mes vivres de réserve. Je n’ai touché aucune vivre du service de santé. »
Camille Nouviau, médecin-major : « Il n’est pas possible que Morda ait pu rester quatre ou cinq jours sans que je m’aperçoive de sa présence. »
Gaston Blander, sergent major/ « Le 26 août, la Cie attaquait dans le secteur de Verdun. A la suite de cette attaque, j’ai reçu à La Falouze un état des pertes sur lequel figurait Morda. Le 1er septembre un de mes hommes me rendit compte qu’il avait rencontré Morda. Le 4, j’ai moi-même vu Morda. Morda a été rencontré près de l’endroit où se trouvait à Haudainville les ordonnances des chevaux d’officiers. »
Déjà condamné par le CG de la 73è DI à 3 ans de prison pour abandon de poste : »Il est d’un caractère sournois, dit son capitaine, d’une moralité plus que douteuse, d’un mauvais exemple pour ses camarades ».
Pourvoi en révision rejeté le 13 novembre, recours en grâce rejeté le 11 décembre : Morda est exécuté au champ de tir de la forêt de Mondon (54) le 13 décembre à 7h.



Alexandre Gaston Simon, né le 19 août 1889 à Amiens, profession successivement de mineur et de débardeur, célibataire, soldat au 8e R.I.

Jugé et condamné le 4 novembre 1916 pour " abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi et dissipation d'armes et d'effets militaires à lui remis pour le service" par le conseil de guerre de la 1ère D.I. Jugement cassé et annulé, pour un résultat identique à l’audience du 21 novembre. L’élément qui a sans doute emporté la condamnation finale, est une première condamnation par le CG de la 2è DI le 21 avril 1915 à cinq ans de détention pour désertion en présence de l’ennemi aux tranchées devant Mesnil-les-Hurlus, le 26 février 1915. Simon a été détenu de ce chef à la maison centrale de Clairvaux pendant plus d’un an avant d’être versé le 16 juin 1916 au 110è R.I. Le 30 août 1916, alors que le régiment est cantonné près d’Amiens, Simon déserte à nouveau, parce qu’on lui a refusé une permission. Sa peine est suspendue une nouvelle fois. Il passe au 8è R.I.

Simon : (le 21)Je n’occupais pas un poste commandé… ma compagnie était en soutien, placée entre Maurepas et Le Forest. J’avais pris la faction contre les gaz. Quand j’eus terminé ma faction, qui dura 40 minutes, mon caporal me libéra. Je n’ai pas été commandé pour la corvée d’eau. Je suis parti cette nui-là, j’ai été arrêté entre Longueau et Amiens. Je suis parti parce qu’on me jetait la pierre depuis ma comparution au Conseil de Guerre. (le 4) Il y a de l’exagération dans les faits qui me sont reprochés. Il y a eu une récrimination à la Cie et le Lieutenant et le Colonel sachant que je venais du Conseil de Guerre ont cru qu’elle émanait de moi. Il m’a fait des menaces et c’est pourquoi je suis parti. Je n’ai pas peur des marmites. Le lieutenant m’avait dit « Si tu n’es pas content, tu n’a qu’à aller chez les boches » Je me suis rendu volontairement et j’ai laissé mes armes à Maurepas. Le procès-verbal de la gendarmerie mentionne inexactement que j’ai été arrêté. Je connais Amine comme ma poche et je me rendais dans cette ville où j’ai des belle-sœurs. Comme je sais que l’on veut ma tête, je vous la donne !.. Si je n’ai pas parlé des menaces de mon Lieutenant au cours des interrogatoires, c’est que j’ai voulu garder cette raison jusque maintenant. J’ai bien été menacé comme ayant été considéré à faux comme un « rouspéteur » et menacé d’être tué par lui, là-haut. ». La culpabilité morale du salopard (le lieutenant Desforges sans doute, qui se fait d’une discrétion fantomatique après sa première demande de mise en accusation de Simon, mais peut-être -on l’espère- est-il mort à la date des procès) encourageant à la désertion -d’autres sont morts pour moins que ça- n’est évidemment pas examinée. Il est très net, que les raisonnements spécieux du Capitaine Angeli, commissaire-rapporteur, sont marqués par une vindicte inexplicable et une volonté affirmée d’aggraver les fautes, par une interprétation toute personnelle des textes.

Le recours en grâce (pourtant signé par quatre des cinq juges) est rejeté le 8 décembre 1916, fusillé à Courtissols Saint-Memmie (51) le 16 décembre 1916 à 8h en présence du 1er bataillon du 1er R.I.

« Le soldat Simon n’a fait aucune difficulté pour se laisser conduire, pour se mettre à genou, pour se faire bander les yeux et attacher au poteau. En passant devant la troupe sa démarche était ferme. Il a dit à deux reprises « Visez-bien, les camarades » et il a encore répété cette phrase dès qu’il eut les yeux bandés… En résumé le soldat Simon est mort bravement. Son exécution n’a donné lieu à aucun incident. L’impression sur la troupe a paru très salutaire. »

« 1 balle dans la joue droite, 2 balles dans la région sous-claviculaire gauche, 1 balle dans la région sous-claviculaire droite, 1 balle dans la région précordiale à la hauteur du mamelon gauche, 1 balle à la partie moyenne du sternum, 1 balle au creux épigastrique, 1 balle dans région carotidienne droite, 1 balle à la partie moyenne de la face antérieure du bras droit, ayant entraîné la fracture de ce membre, 1 balle dans la région axillaire gauche… Après le feu du peloton d’exécution, le corps du supplicié est tombé sur le côté droit… Comme je constatais que le soldat Simon respirait encore, j’ai invité le sergent placé à mon côté à donner le coup de grâce. Ce sous-officier a tiré un coup de revolver au milieu de la région mastoïdienne droite : la balle est ressortie au niveau de la région pariétale gauche.






Lakhar Ben Rabah Wasrour, né en 1884 à Sétif (département de Constatntine, Algérie), caporal au 2è RMZT, engagé volontaire depuis le 10 mars 1906

Le 26 avril 1916, au cours d’un mouvement de la 9è Cie pour se rendre du Faubourg Pavé au Fort de Souville, éclate un violent bombardement. Se croyant blessé à la poitrine, Wasrour retourne au Faubourg Pavé. Le lendemain, aperçu par le lieutenant Belvo, il donne pour raison de sa présence faire partie de la corvée de ravitaillement, ce que dément le sergent Belkacem qui la commande. Ordre lui est donné de rejoindre avec la corvée qui doit partir à 21h. A cette heure, il se présente effectivement aux cuisines, mais la corvée est déjà partie. Il part dans sa direction mais rapporte s’être perdu. Il est aperçu par le caporal Perron dans le Faubourg Pavé, le 5 mai. On lui ordonne de remonter le lendemain. Il suit la corvée jusqu’au Fort de Souville, mais y reste, voulant attendre que le bombardement se ralentisse. On envoie le caporal Durand le rechercher, mais celui-ci est blessé à la tête en chemin, non sans avoir prévenu le médecin-chef du poste de secours de sa mission. Le sergent brancardier Métereau donne alors l’ordre à Wasrour de suivre une équipe de brancardiers qui devavaient le ramener à sa Cie. Il part, mais disparaît et ne se manifeste que six jours plus tard, le 12 mai, à Verdun où il est resté avec les hommes de la CHR. Il est arrêté le 16 mai. Mis en liberté provisoire, il est ramené le 16 septembre à son régiment, en ligne dans la Somme et affecté à la 11è Cie. Le 12, cette compagnie stationnée à la ferme de Monacu, reçoit l’ordre de monter en première ligne. Wasrour suit jusqu’à un boyau que les hommes doivent nettoyer. Il demande la permission d’aller chercher un outil, ce qui lui est accordé, mais ne reparaît plus. Il dit s’être perdu en revenant d’une carrière située à 800m de là et avoir erré pendant quatre jours avant de se rendre à la gendarmerie.

Le CG de la 48è DI le condamne pour refus d’obéissance et double désertion. Le recours en révision rejeté le 16 décembre 1916 et Wasrour fusillé au Pont De Harromoué le 18 décembre.



Armand Désiré Gontierné le 15 octobre 1882 à Evreux (Eure), journalier, non marié, trois enfants, 2è classe au 75è R.I., 7è Cie

Gontier disparaît le 4 avril 1916, au moment où sa Cie doit monter aux tranchées du Cgênois devant Verdun. Il est arrêté à Rouen le 15 septembre. Ramené le 21 septembre à sa Cie et enfermés aux locaux disciplinaires, il s’en évade, est arrêté de nouveau à Varrèdes (Seine et Marne) le surlendemain, sur dénonciation d’un patron de ferme à qui il demandait un hébergement. Il reconnaît la matérialité des faits et dit qu’il a voulu aller rejoindre sa maîtresse, mère de ses trois enfants, à Rouen qu’il savait malade et dans le besoin parce qu’elle ne touchait pas l’indemnité. Ses antécédents le perdent. Trois fois condamné au civil pour vol, il a déjà été convaincu d’outrages à supérieurs et coups et blessures (2 ans de prison le 1er juillet 1915) abandon de poste (4 mois) et à nouveau abandon de poste en présence de l’ennemi (5 ans de TP le 27 juin), Le capitaine Pierlot dans la mise accusation trouve l’occasion de se plaindre que les cas de récidive sont de plus en plus fréquents, trouvant par là un moyen d’encourager les juges à prononcer la peine la plus sévère, pour l’exemple. Gontier est condamné à mort par le CG de la 27è DI. Ni pourvoi en révision, ni demande de grâce. Il est fusillé à Châlons-Le-Vergeur par Bouvancourt (51) le 20 décembre à 8h.



 



Civils


Ben Mohammed Abdelhafid (alias Gharziz) né en 1888 aux Ouled Bou-Jahia, marié (à l’hôpital jusqu’en mars 1916 d’où le renvoi sans date du procès initialement fixé au 20 janvier)
Ben Khelifa Ben Ahmed Belkacem , né en 1885 (même lieu)
Ben Saïfi Hanachi,1880, célibataire (même lieu)

deux autres prévenus sont décédés entre temps à l’hôpital

civils (« indigènes non naturalisés »), accusés d’avoir dans la nuit su 3 au 4 mars 1915 au douar Taberdga commis un homicide sue la personne de Brahim ben Athmane, et tenté d’en commettre deux autres sur Mousselem Ben Athmane et Fathma ben Belkacem (lesquels furent grièvement blessés à coups de bâton), et frauduleusement soustrait 300 francs, des bijoux en argent, des vêtements, du blé, de la farine, de la viande, du beurre, 28 moutons et 36 chèvres. Les trois, condamnés par le CG de la Division militaire de Constantine le 13 avril pour meurtre, tentatives de meurtre, vol qualifié concomitant,( recours en révision rejeté le 26 mai 1916, rejet en cassation en juin, recours en grâce rejeté le 27 juillet) sont finalement exécutés au Champ de tir de Batna (Algérie) le 28 juillet à 4 h.


Abdelkader Ben Aïssaoui Farah, né en 1871 à Ouled Oughat, cultivateur, matié, 4 enfants
Il s’agir encore d’un vol de deux brebis. Le 13 octobre 1915 Farah, son neveu et un troisième complice ayant dérobé deux brebis à Zebroun Ahmed ben Ziba, réveillèrent le propriétaire sa femme et son fils en trébuchant sur un bidon de pétrole. Zebroun rattrapa le moins aguerri des voleurs ; celui-ci appela son oncle à la rescousse, lequel lui duit de se baisser et logea une balle dans la tête du propriétaire. Puis les trois s’enfuirent abandonnant leur butin.
L’affaire fut jugée par le CG d’Alger (révision rejetée le 26 mai, grâce rejetée le 8 juillet), et
Abdelkader Ben Aïssaoui Farah exécuté le 1er août 1916 à Affreville à 6 heures. Rarement parade d’exécution n’aura été ordonnée avec autant de détail depuis 1914, chaque détail du rituel étant organisé, comme s’il n’existait pas d’exemplaire du code de procédure dans ces contrées reculées. Déclaration ddu condamné le jour de l’exécution : « Je suis innocent, je demande à voir le hakéas (?) de L’Arba ».


Félicie Pfaadt, née le 4 juin 1890 à Nancy, modiste à Marseille, célibataire, de nationalité allemande (mère alsacienne) ou française, ce sera partie des controverses afférant au jugement rendu par le CG de la 15è région. 



Félicie Pfaadt est arrêtée le 15 décembre 1915. Elle a été recrutée en mai 1915 par l’espionnage allemand, qui lui a confié une première mission à Paris dont elle est venue rendre compte en personne à Lörrach. Devant quitter la capitale sur ordre de la préfecture, elle se transporte à Marseille, où elle réside à la pension Benz fréquentée par des militaires, des marins et un fonctionnaire du service frigorigène dont elle devient la maîtresse. Elle peut ainsi renseigner l’Allemagne sur l’appréciation par des gradés haut-placés sur la situation dans les Dardanelles, la communauté grecque de Marseille, les relations avec la Roumanie, l’envoi de troupes russes en Serbie, anglaises vers les balkans, les mouvements du port -départ vers Salonique du « Mossoul », armement des navires, conséquences du torpillage du « Calvados »-, rapports pour lesquels elle aurait reçu des sommes de plus de 8800 francs en six mois. Elle est confondue par un agent-double appartenant au contre-espionnage français qu’elle pense être membre de son réseau et à qui elle confie un rapport rédigé en clair et des notes au crayon préparées pour le suivant.
Tous les recours épuisées, Félicie Pfaadt est exécutée à Marseille terrain de manœuvres du Pharo le 22 août 1916, 5h30.


Aïssa Ben Bakhti Sahri, né en 1881 à Douar Dehimat (département d’Alger), jounalier, marié, sans enfant,
CG de la division territoriale d’Alger (31 mai 1916), recours en révision rejeté le 7 juillet, pourvoi en cassation rejeté le 10 Août, jugé avec Lassaoni ben Said Aouissi (gracié par le général Lartigue commandant la division militaire d’Alger, 20 ans de prison) et Zohra bent Mohammed Ghizali, deux ans de prison (inculpés d’assassinat et vols qualifié, Mohammed Bouguera (condamné à mort par contumace) ainsi que quatre autres indigènes prévenus du recel des objets volés.
« Le 24 novembre 1915 un comporteur Kabyle Lokad rabah était assassiné et dévalisé au Douar Boughzoul. On procédait immédiatement à l’arrestatio n des assassins présumés qui firent des aveux partiels. La plupart des objets dérobés étaient retrouvés dans le gourbi de la femme Ghezali Zohra, Bouguera réussissant peu après à s’enfuir. »

Seul Sahri est exécuté à Boghari (Algérie) le 21 septembre 1916 à 17h
Félix Louis Malherbe, né le 22 novembre 1875 à Cheverney (Suisse), charpentier et électricien à Grand-Vaud
Prisme 1418 :Arrêté par un commissaire spécial en gare de Troyes, le 4 mai 1915, Malherbe a choisi très vite de tout avouer. Ayant avant son arrestation, effectué 3 voyages en France, il a inondé le commissaire rapporteur de ses confessions, détaillant comment il avait été enrôlé en Allemagne et donnant des comptes rendus fouillés, heure par heure, de chacune de ses activités en France, indiquant les personnes qu’on lui avait prescrit de rencontrer pour leur remettre des instructions. Chacune de ces révélations distillées dans le temps a entraîné des filatures minutieuses et des enquêtes pour tenter de retrouver les informateurs dénoncés, en pure perte d’ailleurs. Son dossier est composé de 400 pages. Tant que le Bureau de Centralisation des Renseignements a eu l’espoir de lui soutirer des informations de qualité, il l’a protégé du jugement qui n’a eu lieu que le 12 mai 1916, un an après. L’annulation du jugement le 2 juin a été suivi d’un deuxième procès concluant à nouveau à la mort. »
CG de la XXè région (12 mai 1916 à huis-clos. Rejet en révision le 2 juin 1916, en cassation le 13 juillet)
Fusillé àTroyes (Aube) le 7 octobre 1916, 5h35 : dernière déclaration consignée à 5h : « J’affirme de la façon la plus absolue, que je reconnais, sans hésitation, le capitaine Montfront pour être celui à qui j’ai remis un pli à Honfleur. Je jure qu’il est coupable. »
Alexandre Armand Pierre Rodeck (alias Proctor Charles Archibald; Perkins Charles Williams), né le 27 décembre 1916 à Hambourg (Allemagne)


De cette affaire d’espionnage complexe, Prisme 1418 a suffisamment rendu compte. On se fie à leur récit :
« Alexandre Rodeck, arrêté le 15 janvier 1915 à Pontarlier, sur indication de l’attaché militaire français en Suisse qui l’avait détecté douteux, n’est jugé que 15 juin 1916. A ce moment, il portait sur lui un passeport au nom d’un Anglais, Sir Proctor, alors interné en Allemagne. Ce passeport n’avait pu qu’être récupéré par les services allemands pour servir de couverture à un de leurs agents. En dépit de cette preuve, Rodeck, citoyen en réalité allemand, ne cessera, pendant des mois d’inventer des fables, pour noyer le poisson. Ayant réellement vécu à Valparaiso, mais aussi à Sao Paulo et en Grande Bretagne et dans d’autres pays, ses dires successifs ont impliqué de lancer des investigations chronophages dans ses divers pays. Quant à son jugement, il reposait essentiellement sur la possession du passeport anglais, mais, n’ayant effectué, depuis la Suisse qu’un voyage éclair en France avant son arrestation, on ne put trouver sur lui la preuve d’espionnage réel. Il faut ajouter que sa condamnation à mort du 26 juin n’a entraîné son exécution que le 27 décembre, quasiment 6 mois après. En effet son avocat civil a introduit un pourvoi en révision qui a abouti à l’annulation du jugement du Conseil de Guerre de Grenoble. Celui de Chaumont (21e Région), chargé de le rejuger l’a à nouveau condamné à mort le 7 août. Ce dernier a été de nouveau annulé le 29 du même mois. Le 3ème jugement a eu lieu à Lyon le 26 septembre et cette fois, en révision (10 octobre) et en cassation (16 novembre) il n’y a pas eu d’annulation. La décision du Président de la République de « laisser la justice suivre son cours » le 21 décembre, a déclenché son exécution le 27 » à Villeurbanne, butte de tir de la Doua le 27 décembre, 7h

Lame de rasoir trouvée dans la coiffe du chapeau de Rodeck, par l'officier de tir après l'exécution.


De l’humanité – L’autre guerre :
Raymond Billiard -Bois en Y, 29 décembre 1916 :
« Ma propre chronique est aussi pauvre que possible. Quand je t’aurai dit qu’au froid a succédé une pluie tenace, ininterrompue ; qu’on se promène des journées entières dans la boue liquide des tranchées ; qu’on travaille ferme, et qu’en fin de compte, notre vie suit son petit cours tranquille, j’aurai épuisé tout mon stock de nouvelles à sensations. A midi, au fond de ces forêts si denses, on n’y voit goutte, et il faut avoir la lampe allumée. C’est un petit inconvénient que nous leur devons ; mais je le leurpardonne, tant elles embellissent notre secteur, qui est vraiment fort beau. Ajoute, pour ta quiétude, qu’il est tout à fait calme. Ce n’est pas qu’en certains points nous ne soyons fort près des Boches, notamment au poste du Cerisier où nos réseaux et les leurs sont enchevêtrés d’une façon assez incompréhensible ; mais le mot d’ordre est : « pas d’histoires ! » Je n’en veux pour preuve que la conversation qu’un de nos camarades, capitaine dans un bataillon actif voisin, a surprise au microphone : c’étaient des recommandations adressées aux mitrailleurs allemands :
« surtout ne soyez pas agressifs ; n’ouvrez jamais le feu les premiers ! »
Comme, de notre côté, les instructions ne diffèrent pas sensiblement de celles-ci, tu vois que nous pouvons rester ainsi longtemps à nous regarder en chiens de faïence ! »


Au Violu, septembre – décembre 1916 : Gabriel Chevallier

« Plus tard, je fais ma ronde. Ce ne sont partout que mamelons de terre molle. Tout le monde travaille à découvert. La tranchée, à peu près nivelée, est jalonnée par une ligne de terrassiers, qui ont posé à côté d’eux leur fusil. A vingt mètres de nous tintent d’autres pelles, et l’on distingue très bien des ombres penchées sur le sol. Les Allemands travaillent de leur côté, cette partie du front n’est qu’un chantier. Autant par curiosité que par bravade, avec un sergent nous dépassons nos travailleurs de plusieurs mètres. Une ombre allemande se met à tousser avec insistance, pour nous indiquer que nous trichons, que nous allons franchir les limites de la neutralité. Nous toussons aussi
pour rassurer ce vigilant gardien, et nous revenonsvers les nôtres. Ces ennemis qu’aucun retranchement ne sépare, auxquels il suffirait de bondir pour surprendre leurs adversaires, respectent la trêve. C’est loyauté ? N’est-ce pas plutôt égal désir, dans les deux camps, de ne pas tuer davantage ? »