vendredi 12 octobre 2018

Maurice Joron Dessins de guerre

Maurice Joron (1883-1937)

 autoportrait

Croquis et estampes de guerre

 
photo Maurice joron




 








 



 



 







Les soldats russes au Camp de Mailly (1916)


 

 





 



 









vendredi 28 septembre 2018

Les fusillés juillet à décembre 1917


Juillet

 

André Alfred Vasse, né le 4 janvier 1893 à Graville sainte-Honorine, tôlier au Havre, célibataire, clairon au 274è R.I. 21è Cie, casier : néant. Punitions, néant. 3 blessure (éclat d’obus à la tête à Guise en 1914, bras gauche en juin 1915, à la cuisse en décembre 1915.
Inculpé de révolte avec, du même régiment ;
Jolivet Adrien, boulanger à Montbrun, casier vierge, deux punitions l’une portant pour moif d’être resté indûment 48h à Paris, lors d’une permission de détente de 7 jours ; condamné à mort, peine commuée en 16 ans de prison le 30 juin, amnistié le 4 mars 1922 (alors en supension de peine au rgt de marche de la Légion étrangère à Meknès)
Auguste Désiré Lefèvre (garçon-charcutier à Paris), 8 ans de TP, amnistié le 15 octobre 1920 (atelier de TP d’Orléanville)
Henri Auguste Deshais, maçon à Petit Quevilly, marié, casier vierge, croix de guerre,5 ans de TP (Orléanville, dirigé en août 1919 sur le 40è R.I., remise de la moitié de la peine en mai 1920)
Rapport du Lieutenant Viel : « Le 6 juin 1917, le 6è Bataillon du 274è était cantonné à Longueval (Aisne) et devait monter en ligne le soir. Dans l’aprèe-midi une agitation se produisit dans le Btn, agitation qui se traduisit le soir, pour une grande partie des hommes, en un refus formel de monter en ligne, déclarant que leur attitude était conforme à celle des camarades des autres régiments de la division. L’action des officiers de la Cie et des officiers supérieurs ne put convaincre les mutins et ce n’est que le lendemain matin qu’un officier de la Cie put les décider et les ramener tous sans exception. Beaucoup parmi eu regrettent leurs fautes, mais déclarent n’avoir pu quitter les groupes autour desquels quelques-uns faisaient bonne garde pour empêcher toute défection. L’influence de ces derniers fut énorme sur leurs camarades dont beaucoup sont de très bons soldats et dont l’attitude fut une très grande surprise pour leurs chefs. Le clairon Vasse, intelligent, peut être considéré comme un des principaux meneurs, certainement le premier dans la Cie… Pendant lepeu de temps qu’il a été à la Cie, le clairon Vasse s’y est montré un soldat médiocre, paresseux et de mauvais esprit. »
Alors que le lieutenant Viel nourrit pour Vasse un mépris relativement distancié, ce méchant homme paraît entretenir vis-à-vis de Lefèvre des sentiments proches du dépit amoureux, le vouant aux gémonies avant de le porter au pinacle, comme si quelque chose d’inconnu, survenu en dehors du régiment lui avait volé son petit soldat-modèle :
« Il est de toute nécessité de punir les hommes qui sont apparus comme étant les meneurs et Lefèvre est un de ceux-là. Ancien mitrailleur de la C.M.6, passé à la 21è Cie par mesure disciplinaire, il a encouru dernièrement deux punitions pour absence illégale, dont la dernière a été annotée de la façon suivante par le colonel : »à la prochaine faute grave sera versé dans une section de discipline. » Soldat de la classe 1916, très intelligent, grand et fort, il exerce sans aucun doute, une autorité néfaste sur ses camarades, en particulier sur ceux de la classe 1917 de sa section qui l’ont suivi dans la mauvaise voie. »
« Le soldat voltigeur Jolivet semble avoir été parmi les meneurs. D’un caractère hypocrite et sournois dont rien n’approche, jamais un gradé n’a pu lui faire dire une parole, malgré qu’aucun geste ou acte de sa part n’ait trahi son attitude il apparaît que cet homme a été dangereux au cours des incidents et on peut être certain qu’aucun interrogateur lui fera dire quelque chose. Mobilisé jusqu’au 5 juin 1916 à la 12è section du C.O.Q. comme boulanger, Jolivet est arrivé au 274è à cette date. Venu après blessure à la 21è Cie le 26 janvier 1917, il vient d’être l’objet d’une plainte en CG, qui a été suspendue sur la demande du Colonel. Il est bien de ceux qui n’ont pas droit de se plaindre. Le soldat Jolivet doit être puni. »

Notes d’audience : CG de la 5è DI, le 16 juin 1917
Vasse : « J’ai pris part à la révolte mais je ne suis pas un instigateur. »
Déposition du lieutenant Marcel Viel : « Fin de mai, le Colonel nous a prévenus des incidents du 36è et du 129è. Le Guillou, officier de jour dans ma compagnie a fait punir deux hommes pour mauvais propos tenus. Le soir du 6, il y avait effervescence… vers 18h j’étais dans la cour de ma Cie ; des hommes d’autres Cies sont arrivés conduits par Vié, Duchemin, etc. ces deux derniers se sont mis en rapport avec Vasse, agent de liaison avec les autres unités. Je l’ai vu aller de groupe en groupe… Jolivet n’était pour rien dans cette affaire ; il est d’un caractère fermé, je le connais très peu mais suffisamment pour dire que c’est un mauvais soldat… Lefèvre était un très bon soldat, puis il a pris une permission de 48h, puis une autre et son attitude changeait de jout en jour. Son attitude a poussé les jeunes gens de sa section, fusilliers-mitrailleurs comme lui, à ne pas monter. Deshais est un soldat franc, loyal, il a deux citations et a été blessé ; il s’est présenté à moi pour faire une coup de main aux Eparges. Je n’ai rien qui mette Deshais dans le même cas que les autres ; il n’est pas monté et peut-être que cette attitude a pu influencer les autres. Si Lefèvre avait dit « nous montons » ses camarades seraient montés et cela je l’affirme. C’est un modèle de fusillier-mitrailleur qui en impose aux autres. »
Sous-Lieutenant Maurice Sansom : « Je suis resté pour ramener les mutins. Vers 19h30, ceux qui étaient resté allèrent chercher leurs fusils et équipements, tous les soldats ont défilé devant moi. J’ai vu Vasse, une canne à la main qui a dit en m’apercevant : « Allez les gars, n’écoutez pas l’officier qui a l’air de faire des discours, il s’agit de rester là, rejoignons les autres ».
Vasse : « Un colonel nous ayant dit de rester là et de monter le lendemain, nous nous sommes groupés dans la cour de la 21è Cie. »
Lefèvre : « Je n’ai pas d’influence sur mes camarades comme mon commandant de Cie a l’air de le dire. »

Recours en révision rejeté le 22 juin : un télégramme chiffré du 30 juin émanent de l’Etat-Major nous apprend que le Président a rejeté la grâce de Vasse, mais aussi qu’il a commué en 20 ans d’emprisonnement, les peines capitales prononcées contre :
Victor Henri René Barjolle, Raymond Frankel, Paul Maxime Selim, Eugène Jule Eugène Verraux, François Eugène Bouy, Victor Gabriel Pierre Rouge, du 74è R.I. et Charles Turpin du 274è
en seize ans, celles prononcées contre (outre Jolivet) :
Guillaume Marie Guidou, Louis Maury, Henri Lazare Chauveau, Pierre Alfred Auguste Marie, Louis Germain Hay, Georges honoré Montagnat du 74è R.I., Eugène Albert Groslambert, Gaston Eugène Albert Julienne, Louis Augustin Stanilas Lacuisse du 274è,
soit 17 condamnés, dont 16 n’apparaissent pas dans la procédure.
Vasse est fusillé à Paars (Aisne) le 2 juillet 1917 à 7h : « onze balles avaient porté. Il s’est manifesté dans le cadavre quelques mouvements convulsifs qui ont cessé immédiatement après le coup de grâce. »




Ernest Joseph Terrier, né le 8 juin 1896 à Saint-André de Val de Fier(Haute-Savoie), garçon fromager à Rumilly, célibataire, soldat au 327è R.I.
CG du Gouvernement militaire de Lyon (3 avril Grenoble, jugement cassé, les juges n’ayant pas mentionné le nombre de voix aboutissant à la condamnation : Lyon audience du 11 mai)
Dans l’après-midi du 25 janvier 1917 aux environs de Rumilly, le jeune Pétrus Perrotin, se rend chez la veuve Chavanel dont il avait battu le trèfle et qui lui avait dit quelques jours auparavant de venir se faire payer. Il trouve porte close. La voisine la plus proche, Mme Chapuis, l’accompagne au fenil où,elle l’engage à se laisser glisser dans un trou ménagé à dessein dans le plancher, au-dessus du râtelier de l’écurie ; « de là, il gagna la cuisine, qui communique avec la chambre à coucher. Il n’alla pas plus loin, car il aperçut le corps de la veuve Chavanel, en travers de la porte, le haut du corps dans la cuisine, le bas dans la chambre à coucher. » La gendarmerie la trouve ainsi, sous une couverture, dans une chemise maculée de sang, couchée sur le côté, appuyée sur le montant de la porte, jambes parallèles, main droite sur la fesse droite, visage ensanglanté. Dans la chambre, une large tache de sang se trouve au pied du lit, le tiroir médian d’un buffet à deux corps a été fracturé, des billets de 20, 5, 1 francs traînent sur le rebord de la fenêtre, à proximité de laquelle une serpe sanguinolente est découverte, déposée sur la table. Une chaise a été renversée.



Très vite l’enquête se focalise sur Ernest joseph Terrier, récemment en permission à Rumilly, qui, dans la nuit du dimanche 21 au lundi22 janvier a fait des « dépenses désordonnées » dans la maison de tolérance de cette ville. Apparu entre 18 et 19h dans cet établissement, Terrier monte avec Augustine Dexarcis, et redescendu au bout de vingt minutes, annonçant son intention de revenir passer la nuit avec elle. Il paye alors à la tenancière, Mme Mallet le prix de la nuit, cinq francs, tirant de sa poche un portefeuille usagé dont tombent quelques billets. « Cela ne chie pas, fait Terrier ». Cinq minutes plus tôt il avait demandé à Augustine la monnaie d’un billet de cent francs, laissant entrevoir que le portefeuille en contenait une dizaine environ. A son retour deux heures plus tard, il avise quelques jeunes gens attablés et offre à l’assemblée 5 bouteilles de vin blanc cacheté à 5 francs l’unité qu’il règle avec un nouveau billet de 100 francs. Il monte peu après avec Augustine, Lucette (Clémentine Bourdeaux) et quelques clients, et offre deux bouteilles de champagne ; « la soirée s’avançant Terrier finit par rester seul dans la chambre avec les deux femmes. L’orgie commence ; toute la nuit, le champagne coule à flots, à tel point même que pour ne pas s’enivrer… l’une des femmes répand son verre à terre et s’attire une remontrance de Terrier. Trois autres billets de cent francs sont encore changés, malgré la résistance de la patronne qui voudrait bien ne pas donner toute la monnaie. Vers 3h du matin, la patronne est à bout et va se coucher, non sans avoir placé plusieurs bouteilles de champagne pleines à la porte de la chambre où couchait Terrier. Le lendemain lundi, Terrier reste dans la maison de tolérance jusqu’à 14h. Il déjeune avec les femmes et change encore trois billets de 50f. » A la patronne qui s’inquiète de la provenance de tout cet argent, Terrier répond qu’il vient d’hériter de 30 000 francs, et à Augustine Dexarcis qui le questionne sur les égratignures qu’il porte à la main droite et la présence d’une tache de sang sur sa manche gauche, qu’il s’est battu avec des conscrits en chemin.
Autres indices confondants : Terrier a été rencontré par une demoiselle Muffon vers 17h alors qu’il se dirigeait dans la direction du faubourg où résidait la veuve Chavanel, dont l’autopsie a révélé qu’elle avait été tuée après avoir dîné, sans doute vers 18h, puisqu’elle avait déjà rentré ses poules. Des bribes de corne de cerf ont été retrouvées sur le lit de la veuve ; or, un certain M. Lois affirme avoir vu Terrier lors de sa dernière permission, manger chez lui à l’aide d’un couteau à manche de corne de cerf. De plus pendant l’effraction du tiroir, un encrier s’était renversé ; or, plusieurs des billets changés par Terrier portaient des taches d’encre.
A la suite d’une reconstitution et d’une confrontation en présence de sa mère et de s a jeune sœur le 2 mars, Terrier finit par avouer : le dimanche 21 janvier entre 17 et 18h il est entré dans la maison par le trou du fenil. Il a trouvé la veuve Chavanel couchée, lui a demandé des sous. Celle-ci s’est dirigée vers le buffet en lui disant de ne pas lui faire de mal. Mais en passant devant la fenêtre, elle distingue le profil du voleur et s’écrie « C’est toi Terrier ? » puis appelle à l’aide. Terrier lui donne un coup de poing dans l’œil qui la renverse sur le lit, il la saisit à la gorge, tente de la bâillonner avec un vêtement, mais comme elle crie toujours, il la frappe de l’autre main avec le manche de son couteau. Elle s’affale sur le dos sur le plancher contre le lit, tête appuyée au buffet. Terrier va à tâtons chercher une serpe dans la cuisine, et fracture le tiroir à grands coups. Il y prélève une somme de 1250 francs et trois bons de 100 fr de la défense nationale dont il se débarrassera en les déchirant. « Quand je me suis aperçu que la veuve Chavanel, qui s’était affaissée entre le lit et le buffet était morte, j’ai transporté son cadavre dans la position où il a été trouvé et j’ai placé sur lui une couverture. J’ai voulu ainsi prendre des précautions pour éviter qu’on aperçoive le cadavre en regardant par la fenêtre ». Terrier prétend qu’il n’a pas prémédité le meurtre, et que si la veuve Chavanel ne l’avait pas reconnu, il ne l’aurait pas tuée. Cependant, Bastard, coutelier à Rumilly affirme avoir, le 21 janvier vers 16 heures, vendu à un militaire qu’il ne connaissait pas un couteau à cran d’arrêt à manche en bois de noyer. Terrier reconnaît avoir acheté ce couteau, mais précise-t-il vers 19 heure, après son premier passage à la maison de tolérance, et pour remplacer l’arme du crime dont il s’était débarrassée en la jetant dans un champ enneigé. La question de la préméditation reste donc indécidable par la simple constatation des faits.
Le commissaire-rapporteur, afin de lever toute ambiguïté, fait soumettre Terrier à un examen psychiatrique qui conclut qu’en l’état de la science, aucune affection physique ou mentale ne paraît diminuer la responsabilité pénale de l’inculpé. Il souligne que la prédisposition à l’impulsivité n’est qu’une hypothèse, relève tout de même qu’une dizaine d’années avant la naissance de Terrier, son père avait été convaincu d’homicide au cours d’une partie de carte qui avait mal tourné, et que Terrier avait été condamné le 17 novembre 1914 pour voies de fait sur la personne de sa mère.
Divers points du dossier resteront dans l’ombre après les aveux de Terrier, le procureur du gouvernement ne pouvant s’y attarder ou n’ayant pas la compétence de mettre en jugement certains personnages secondaires. Une longue séquence de l’enquête s’attarde sur la disparition du butin. Selon les témoins, Terrier aurait dépensé environ 450 francs dans la maison de tolérance, et en serait ressorti le lundi avec en sa possession un seul billet de 50 francs ; 800 francs se sont donc évanouis dans la nature. Terrier soutient que durant la nuit de dimanche, il aurait vu Lucette, invitée à les rejoindre non sur sa propre demande mais sur celle d’Augustine, fouiller son portefeuille. Mme Mallet, la tenancière, qui n’est toujours pas propriétaire du fond aurait remis à son frère quelques jours après le passage de Terrier une recette particulièrement élevée, ce qui entraîne pour les trois femmes une suspicion de recel, voire de vol, présomption renforcée par la découverte de ladite Clémentine Bourdeaux travaillait sous une identité usurpée depuis son entrée au bordel de Rumilly. A l’époque où la procédure est encore ouverte contre X, Louis Chavanel, soldat au 56è R.I. en permission à Rumilly fait cette déclaration confondante :
« Dès que j’ai appris l’assassinat de ma mère par un télégramme que j’ai reçu de mon voisin Perrotin, j’ai immédiatement pensé que l’auteur de ce crime devait être Terrier Ernest que j’avais fréquenté autrefois. Sa mère occupait la ferme Viret qu’elle faisait valoir. Avant qu’il parte au régiment, je fus, un jour, obligé d’intervenir parce qu’il voulait tuer sa mère… Il avait brisé tout le mobilier… ces ffaits se plaçaient après la condamnation dont il avait été l’objet pour des faits analogues. Pendant cette nuit-là, nous n’avons pu dormir à la maison car nous avions peur à chaque instant qu’il nous tue ou incendie notre ferme. Depuis la route, il lançait des pierres sur notre maison dans laquelle s’étaient également réfugiées sa mère et sa sœur. Il essaya d’y pénétrer en forçant les portes. Quelques temps avant, je fréquentai Terrier Ernest, dont j’igorais la mauvaise conduite, quelque fois il venait à la maison pour boire un verre. Plus tard j’ai appris que ce jeune homme était un malfaisant et j’ai cessé de le fréquenter. Il m’avait menacé de me tuer parce que j’avais défendu sa mère contre lui. Terrier savait parfaitement où ma mère mettait son argent car il m’a vu plusieurs fois en prendre. »
Le 28 janvier, le colonel du 327è R.I. télégraphie au procureur qu’en réponse à sa demande de la veille, Terrier, rentré au corps a été mis en prison. Recours en révision rejeté le 29 mai 1917.

Terrier est fusillé à la Doua, Villeurbane le 3 juillet 1917 à 4h.



Joseph Louis Ruffier, né le 4 mai 1884 à Lachassagne (Rhône), mineur à Auchel (Pas de Caliais), célibataire, 2è classe au 370è R.I.

Le CG de la 170è DI, des 23 au 25 juin 1917 condamne à mort 17 soldats pour révolte dont ils sont considérés comme les instigateurs ou les chefs. : le soldat infirmier François Mazoyer, Alexandre Joseph Orieux, Gilbert François Détruit, le caporal Henri Saunier, Pierre Alfred Gane, Léon Emmanuel Allart, le 1ère classe André Georges Pernin, Joseph Albert Louis Levrault, Paul Joseph Rémy, le caporal Edouard Félix Ponnaire, Vincent Léon Fontaine, Aimé Henri Victor Marcombe, Louis Etienne Maillet, Albert Auguste Grandemange, Petrus Patay, le 1ère classe Henri Jean Legale, tous du 370è R.I. (et quatorze autres inculpés condamnés à des peines moindres : Louis Fridel, dit Eugène Angevin, le 1ère classe Jules Turbault, Charles Albert Fromentin, Charles Beyon, Marcel Adrien Roth, 1ère classe Auguste Jules Emile Poux, 1ère classe François Henri Léchenault, Georges Edmond Clément, Félixe Etienne Parisse, François Chetaud, Jean Auclair,, Armand Chamereau, Jean-Baptiste Manière, Gaston Louis Auguste Desbordes).
Recours en révision rejeté le 29 juin 1917 : parmi les moyens invoqués, on trouve pour une fois un fait intéressant concernant le sens de la justice des tribunaux militaires ;« étant donné qu’il résulte d’un jugement avant-dire droit… que M. le Président du Conseil a prononcé les paroles suivantes, encore qu’[il]…ait refusé sans en avoir, nié la réalité, d’en donner acte à la défense , :
1-Au cours des débats et à plusieurs reprises, le Président du Conseil de guerre a déclaré que le rôle de délégué ou de porte-paroles était un rôle de chef de la révolte
2- Le président du CG a articulé à l’adresse d’un accusé (Legale) les paroles suivantes : « Ce n’est pas une giffle que je vous aurais donné, c’est mon revolver que j’aurais pris, et je vous aurais brûlé la gueule » [Ne doutons pas qu’il fût coutumier du fait.]
3- Le P du CG à Auclair [condamné à 10 ans de TP] « je vais vous prouver, moi, que vous êtes un meneur »
Attendu tout d’abord que les paroles relatées sous le n°3 ont trait à un condamné qui ne s’est pas pourvu en révision et qu’il n’y a pas lieu par conséquent d’en faire état…
Pour sa mémoire et la postérité, afin de se souvenir d’aller cracher sur la tombe de ce Galiffet s’il en a une, ce président était le Lieutenant Colonel Leyraud.
De façon tout à fait extraordinaire le dossier de procédure est vide ; aucune mention des grâces, aucun rapport sur le déroulement des faits.
Et pour cause, il s’agit du procès des révolutionnaires de Coeuvres, relatifs aux événements du 2 et 3 juin 1917, qu’il convient de faire oublier pour réécrire l’histoire. Les autorités se sont efforcées de faire disparaître les pièces d’instruction en les disséminant dans d’autres procédures plus ou moins secrètes, divers témoignages permettent de reconstituer et le déroulement des événements et le procès scandaleux chargé de la réprimer.


Missy-aux-Bois, rue de l'Eglise

Le procès de la sécession de Coeuvres et de Missy-aux-Bois
(2 au 8 juin 1917)

La reconstitution de la procédure nous est connue par Joseph Jolinon, docteur en droit, avocat à Lyon et soldat au 370è R.I. qui fut le défenseur de Roth, Gane et Orieux. Après guerre, Jolinon quittera sa profession pour commencer une carrière d’écrivain qui le voit publier une dizaine d’ouvrages (dont, récompensée par le Grand prix du roman de l’Académie française en 1950 pour Les Provinciaux). C’est dans Le valet de gloire (1923), qu’ il raconte son expérience de défenseur des mutins et dresse un portrait sombre de l’armée et des hommes qui la composent. En 1930, il évoque à la fois l’échec de l’offensive Nivelle et les actes de désobéissance dans Les Revenants dans la boutique.

Alors qu’il n’avait plus accès aux dossiers, Jolinon cite assez exactement les propos dérangeants du Colonel Leyraud, et y ajoute même celui-ci qui n’est pas relevé dans le dossier de révision :
« Avec des salauds de votre espèce, on ne discute pas, on met des mitrailleuses et on tire dans le tas. »
Jolinon rapporte que son 3è client - sans doute le maçon Gane, marié, deux enfants,( quoiqu’on ignore le statut marital de Roth qui ne s’est pas pourvu en révision) -, était désigné par ses chefs comme socialiste, qui produisirent une lettre écrite à sa femme après son interrogatoire où il écrivait :"Tant pis, j'en ai assez, je n'ai rien à défendre, j'ai travaillé en Allemagne avant la guerre. On y touche de gros salaires. Tu le sais, ma patrie, c'est là où on me paye le mieux".

Si le JM du 374è ignore complètement les faits, d’autres documents les rapporte, entre autre les lettres émanant des mutins saisies par le contrôle postal (dont une partie importante est citée par Denis Rolland dans l’ouvrage de référence sur les mutineries : La Grève des tranchées .)

Comme dans le cas des émeutes du 129è, tout commence, le 1er juin, par le passage de camions aux dans le village de Coeuvres où n’est demeuré que le 370è, les autres unités (17è R.I., 3è et 10è BCP) ayant été envoyées dans des villages voisins. Des hommes du 36è et des révoltés du 129è, (3è Corps) qu’on emmène vers Royes dont des adjudants et aspirants passent brandissant des drapeaux rouges, chantant l’Internationale ; ils jettent des tracts, crient « Ah bas la guerre ! Faites comme nous, tout le 10è Corps a refusé de marcher. Faites comme nous, la guerre finira demain ».
Selon le témoignage du caporal Darimon (autre défenseur) : « Il n’y a plus de galons » disaient-ils, en tournant leurs manches en dedans. « Ce n’est pas sur Berlin qu’il faut marcher, c’est contre Paris. Si vous n’êtes pas des lâches, vous n’irez pas au front ».
Quoiqu’ils paraissent accueillir l’incident avec placidité et indifférence, les manifestations d’Amblény, de Soissons, Dommiers et Mercin ont laissé des traces et échauffé les esprits.
Tract de mutin (probablement 5è DI)
Le 2 juin vers midi, le régiment reçoit l'ordre de quitter le cantonnement pour gagner Bucy-le-Long. L'ordre survient en même temps que les soldats apprennent par les journaux que les passeports pour la conférence de Stockholm ont été refusés aux syndicalistes, et que tout espoir de paix s'évanouit.
La 17è Cie cantonnée à Laversine, et la 23è à Coeuvres refuse de faire les sacs pour partir. Le colonel Dussauge intervient personnellement mais se heurte à un refus concerté et au silence, tandis qu'une colonne de la 17è Cie, entraînant une partie de la 19è monte vers Coeuvres pour se rallier au 23è. 200 hommes passent, de part et d'autre du colonel planté au milieu de la route, sans s'arrêter. Le même passe sous silence la manifestation qui a lieu dans le village ce soir-là : les hommes s'éparpillent dans les rues, tirent des coups de fusil et de mitrailleuses, chantent l'Internationale. Un groupe de 600 soldats se met en marche vers Villers-Cotterêts, quelques un reviennent en arrière. Ceux qui n'ont pas suivi sont rassemblés pour gagner Bucy-le-Long. Dussauge les met en garde, car, prétend-il "les lâches ont mis une mitrailleuse en batterie" à la croisée du chemin de Saint-Pierre-Aigle. Le général Pont annonce au commandement que le régiment est rentré dans le devoir. Il n'en est rien.
Le mardi 3 juin les révoltés se sont installés dans le bois du Champ-Vernaux (route de Soucy et Villers-Cotterêts). Un émissaire, un capitaine découvre avec surprise un caporal qui vient à sa rencontre et des sentinelles postées pour la garde d'un cantonnement d'alerte qui l'empêchent de passer. Il délivre un ultimatum donnant aux mutins une demi-heure pour se rendre. 
A la suite de cette entrevue les mutins quittent le bois de Champs-Vernaut pour se diriger sur Missy aux bois. Ils auraient emporté deux mitrailleuses. Le commandement prend toutes les dispositions pour assurer la garde des gares de Vierzy et de Berzy-le-Sec qu'ils craignent de voir envahie pour monter sur Paris comme ç'avait été l'intention des mutins du 129è.
Mais, comme ils le confirmeront à un agent de la Sûreté, puis au curé de Vauxbuin venu célébrer un service le 6 juin, les révoltés de Coeuvres et Missy ne se voient pas comme des révolutionnaires. Ils refusent tout simplement de monter aux tranchées. L’échec programmé de la conférence pour la paix les préoccupe plus que la révolution russe, accusation qui reflète essentiellement la peur des officiers). Leur soumission n’est pas conditionnée à l’attribution de permissions comme la plupart des autres unités, mais à la revendication beaucoup plus utopique (encore très scandaleuse et minoritaire chez les soldats) d’une paix immédiate. Un autre élément assez unique apparaît dans leurs demandes ; ils ne voient pas du tout avec soulagement l’arrivée des Américains et arguent que « ceux-ci vont prendre la place de nos conducteurs de poids lourds, de nos ouvriers dans nos usines -où il y a déjà trop d’ouvriers étrangers- si bien qu’un plus grand nombre de Français sera disponible pour aller se faire tuer. »
Au cours de la nuit du 3 au 4, les révoltés apprennent que le 17è R.I. s'est soulevé à Soissons. Ils décident de le rejoindre mais la 5è brigade de cavalerie est venue encercler le village de Missy avec consigne de tirer sur quiconque tente d'en sortir. Aucun civil ne peut plus y rentrer non plus. Le capitaine de la 5è brigade, Laforest rend compte au général de la 166è DI le 6 juin: "la situation n'a pas changé depuis hier, les mutins sont toujours encerclés dans Missy-au-Bois par des escadrons de cavalerie (4è, 5è et 15è chasseurs à cheval)"
Exemples de lettres saisies par le contrôle postal:
« Samedi le mouvement s'est déclenché dans mon régiment car nous devions partir dans la nuit attaquer le moulin de Laffaux et nous avions déjà l'exemple d'autres régiments qui en avaient fait autant ; nous nous sommes révoltés voilà trois jours. Je ne reçois plus tes lettres ; ne m'écris plus jusqu'à nouvel ordre; nous ne somme plus ravitaillés et souffrons un peu de la faim, mais ne t'en fais pas, c'est pour la paix que nous travaillons. Il y en a quelques-uns qui n'ont pas voulu suivre comme Vergue. Cela n'est pas en son honneur, nous sommes d'un mille dans le régiment  et comme revendications, nous ne voulons plus monter en ligne avant les pourparlers de paix. Nous nous défendrons jusqu'à la dernière goutte de sang ; plutôt la mort que de continuer une vie pareille. Courage c'est la délivrance. C'est pour le retour auprès de ma petite femme que nous souffrons. » (Anonyme)
Lettre de Détruit, agent de police à Clermont-Ferrand (déjà passé en CG pour insubordination et qui sera désigné comme l'un des meneurs, voire, le chef)
« Depuis le 2 juin nous avons quitté le régiment, le cafard nous a pris et nous sommes partis 500 hommes ; nous mangeons très péniblement et marchons comme des gens qui ne veulent plus la guerre et réclamons la paix. Le nombre de soldats manifestant pacifiquement marche main dans la main. L'argent que tu dois m'envoyer chaque jour de paye, mets-le de côté, car je fais des dettes et il faudra que je les rembourse si par hasard on rejoint le régiment, chose qu'il faudra s'attendre, car nous ne pourrons pas vivre éternellement comme ceci... Ah tu peux croire que c'est une bonne vie : vie de chemineau, vie tranquille et campement en plein air... Alors je prends courage car ta lettre de l'émeute à l'usine m'a fait grand plaisir ; tous civils et soldats demandons la fin de ce triste et cruel fléau; assez de sang versé, notre logis et notre retour. Ne m'écris plus. »
Chaque jour un porte parole vient parlementer avec les officiers : ils font partis de ceux qui seront désignés comme les plus coupables. Les soldats votent tous les matins pour déterminer s'ils se rendent ou préfèrent la continuation du statu quo. La nourriture manque pourtant, après l'achat d'une charrette de pain à une boulangère ambulante, le premier jour, et ce qu'ils peuvent obtenir des habitants ils en sont réduits à "manger l'herbe des prés". L'institutrice franchit les lignes pour réclamer au commandant des assiégeants du pain pour les enfants. Certains civils sont autorisés occasionnellement à venir manger avec les soldats légitimistes aux cuisines mobiles du régiment.
A l'intérieur du village retranchée est placardée une affiche qui sera rapportée par les députés de la commission d’enquête dépêchée par une partie de la représentation nationale :
Camarades, les soldats français ne sont ni des voleurs, ni des pilleurs, ni des assassins. le premier qui sera pris à piller et à voler chez les habitants sera immédiatement passé par les armes. Signé, le commandant du bataillon.
Ils n'ont effectivement commis aucune dégradation dans le village quand ils se rendent le 8 à quatre heure du matin. "Quand ils sortirent du bois, au nombre de quatre cents, il étaient tous parfaitement propres, cirés et astiqués. La reddition s'accomplit en silence. Ils étaient rassemblés en colonne par quatre, par Cies, dans un ordre impressionnant". (Jolinon)
Lettre saisie par le contrôle postal, portant un faux nom, adressé à Lucien Mareschal dans le Doubs :
« ...nous devions monter le 2 au soir pour aller attaquer au Chemin de Dames, l'endroit le plus mauvais de tout le front alors nous avons refusé de marcher, nous étions à peu près 800 pour le régiment, nous avons resté 8 jours dans un petit pays là ils nous ont empêché de nous ravitaillés nous en étions réduits à manger de l'herbe et nous étions gardés par la cavalerie... au bout de 8 jours nous nous sommes rendus, nous en étions du reste obligés par la faim, ils nous ont désarmés et ils nous ont conduit en auto dans un camp qui avait été préparé pour recevoir des boches (comme il n'y en avait pas c'est nous qui l'avons occupé) là on nous a permis d'écrire  sur une carte militaire ou une lettre décachetée, quelques mots seulement pour vous donner de nos nouvelles. Pour le moment nous sommes au secret ça nous est défendu d'écrire, ils ont peur que ce mouvement là se propage, mais ils ont beau faire et beau dire que le moral est bon, l'armée n'en veut plus ; c'est la paix qu'il nous faut. »
Ils sont transportés à Soissons et triés dans cour de la caserne Charpentier. 150 sont emmenés par le 4è spahis au camps de Loupeigne : ils seront embarqués des la fin juin vers l'Algérie et l'Indochine. 23 puis 31 "meneurs sont emprisonnés. Les autres sont dispersés dans des compagnies de discipline.
Aristide Jobert, député, : "Voici l’enquête qu'on a faite : les officiers qui n'en menaient pas large auparavant se sont retrouvés ; lorsque la cavalerie a ramené ces hommes (à Soissons dans la caserne Charpentier) les commandants de Cie, sans enquête ont dit : untel et Untel, sortez des rangs".
Il est compliqué de glaner des informations sur les accusés et l’organisation de leur sécession. Toutefois, la procédure en révision tardive (1925) du dossier Pernin, apporte ces quelques précisions :
"Pernin a été incontestablement l'un des meneurs : il n'a peut-être pas organisé par avance la mutinerie mais il est parti des premiers en criant: "en avant!" ; il a par la suite harangué les délégués auxquels il exposait qu'il était fatigué de la guerre et que le gouvernement en refusant les passeports pour Stockholm "écartait tout espoir de paix" C'est lui qui proposa la désignation de deux délégués par compagnies et il fut élu délégué de la sienne avec Mazoyer. Il était reconnu par tous comme le chef centralisant les vivres et l'argent, faisant un rapport aux autres délégués, donnant des instructions, rassemblant les mutins au moyen d'un sifflet lorsqu'il avait une communication à leur faire. Enfin c'est lui qui avec Mazoyer, fut désigné pour aller parlementer avec les officiers sur les conditions de la reddition."
Et l’on suppose que c’est Mazoyer, 1er inculpé dans la procédure d’origine qui tenta devant le conseil ce coup d’éclat rapporté par Jolinon : « Le premier accusé pressé de questions et refusant d'y répondre, s'avança vers les juges et dit: "Puisqu'il faut vraiment, puisque c'est nécessaire, puisqu'il faut vraiment que cela se paye par la mort, je m'offre au nom de tous les autres, je me sacrifie pour tous mes camarades". »
Ce n’est pourtant pas lui qui paya. Percevant la portée politique du dossier, Pétain fit transmettre le dossier au président de la république, sans user de son droit de décision. Le 4 juillet, à l'issue de la revue d'un bataillon américain aux Invalides des députés de la côtes d'or vinrent demander la grâce des 17 condamnés à mort. C'est ainsi que, dès le lendemain, six peines furent commuées en 20 ans, deux en dix-huit ans et huit en quinze ans. "Ruffier n'était pas plus coupable qu'une centaine d'autre, mais il n'avait pas de famille pour le pleurer" (Jolinon). Condamnés deux fois à cinq et dix ans par le CG de la 71è DI pour refus d'obéissance, et en 1907 pour vol, il était de par ses antécédents le mouton noir tout désigné. Ruffier fut fusillé à Saint-Pierre-Aigle (Aisne) le 6 juillet 1917 (pas de PV). Son corps, dans un premier temps enterré sur place, fut transporté en 1920 dans la nécropole nationale de Vauxbuin où sa tombe porte, par erreur, la mention "Mort pour la France".
L’affaire de Coeuvres ne s’arrête pas ici : elle va causer de nombreux remous attestant des luttes intestines que se livrent militaires et politiques. Le fait-même qu’il n’y ait eu, à l’issue de cette parodie de justice, qu’une seule victime, alors que les militaires auraient certainement préféré « tirer dans le tas », n’indique-t-elle pas que ces événements auraient été le résultat d’un complot d’État, plus ou moins bien maîtrisé ? Le résultat final est peut-être la dissolution pure et simple du 370è R.I. début novembre 1917.
On essaya évidemment de mettre en cause des civils : un agent de la Sûreté vint ainsi interroger le maire de Coeuvres afin de tenter de lui faire dire que des débitants de boissons de sa commune auraient excité les militaires, leur versant du champagne à flots en disant "Buvez, ne vous inquiétez pas, c'est payé d'avance". La ville est consignée deux mois avant que l'autorité militaire y cantonne à nouveau un régiment, faisant de Missy un poste médical avancé plus particulièrement à destination des Américains. Qu’est-il advenu des civils qui ont été témoins de ces événements, voire y ont collaboré ? Malgré la 2è bataille de la Marne qui vit la destruction quasi-totale de Missy en juin 1918, la diminution drastique de la population de Missy, pour ce qu’on en peut savoir entre les recensements de 1911 et 1921, ne s’explique peut-être pas uniquement par les «  faits de guerre ».
Pendant la procédure devant le CG de la 70è DI l’un défenseur (gradé) affirma qu'avait été rapporté à Coeuvres la présence d'un soldat inconnu au bataillon, qui, interrogé sur les propos qu'il tenait à la sortie des débit de boissons aux soldats du 370è aurait exhibé une carte d'agent de la sûreté. Quand l'assemblée voulut enquêter sur les événements, il fut dit au cours du Comité secret du 2 juillet que l'affaire de Coeuvres avait été organisée par le colonel Delalande, chef de la sûreté de la 6è armée "qui envoyait ses agents déguisés en colombophiles dans les unités pour délier les langues" et "tirer les vers du nez des soldats, offrant généreusement des boissons alcoolisées aux poilus".
Quoique s’obstinant à nier la présence d’agents provocateurs en mai ou en juin 1917, l’État Major fut obligé de reconnaître la présence d’un agent de la sûreté à Coeuvres le 3 juin, muni d’un ordre de missions lui donnant droit de circuler comme soldat colombophile. C’est à l’issue de cette révélation que se tint un procès devant la Haute Cour contre le ministre de l’intérieur Malvy accusé (à tort semble-t-il) d’avoir organisé les mutineries de l’armée française. Parmi les pièces de ce procès figurait le rapport disparu du colonel Dussauge.
Une requête en révision du procès de la 170è Di fut alors présentée en 1922 par les défenseurs Damiron, Jolinon et Rolle basée sur l’argumentaire que les mutins du 370è avaient été victimes d’agents provocateurs. Dans la même DI des non-lieus auraient été prononcés lors de procès semblables en vertu du fait que les paroles prononcées n’étaient que la reproduction mot à mot de discours suggérés par des agents provocateurs. La demande fut classée sans suite. Dans le même temps deux autres requêtes individuelles furent présentées au nom de Pierre Gane et d’André Pernin, qui n’avaient pu bénéficier de la loi d’amnistie de 1921, excluant les prévenus condamnés en tant que « meneurs ». Pernin prétendait que, porte-parole des mutins, il avait été désigné en représailles par le Lieutenant Feniot qu’il avait accusé publiquement d’être un peureux. Si ces arguments ne pouvaient être pris en compte, Pernin bénéficia contre toute attente de la remise de la totalité du restant de sa peine, en raison de son état de santé, une lésion pulmonaire sérieuse, lui causant une invalidité de 60 pour cent, rendant finalement applicable la loi d’amnistie de 1921. Combien d’autres, manipulés – à quelles fins ?- n’ont pu bénéficier de mesures de clémence ?



(Camille) Louis Billoir (Biloir), né le 4 mars 1896 à Paris 4è, 2è classe au 133è R.I., n’est connu que par sa fiche de décès à l’orthographe incertaine portant « condamné à mort, fusillé »
Absence de dossier de procédure comme de révision (voir les cas Aubry, Hartmann, Hatron). Cette exécution est une conséquence tardive des révoltes du 1er au 4 juin à Ville-en-Tardenois, impliquant 2000 hommes des 23è et 133è R.I., qui auraient été caractérisées par de graves violences envers les officiers et une tentative de marche sur Paris. Denis Rolland, qui place -contrairement aux indications de la fiche de décès- l’exécution à la date du 9 août mentionne qu’âgé seulement de 21 ans, Biloir avait un lourd passé pour la justice militaire, deux fois condamné pour outrage, et trois fois pour abandon de poste (s’étant soustraits aux attaques les 15, 20 avril et 4 mai à Pouillon-Loivre et Chalons sur Vesles) mentionne un PV (d’où provient-il?) qui, fait exceptionnel commenterait la mort en ces termes : « Aucun incident, pas le moindre murmure. Les militaires présents n’ont paru nullement émotionnés ; le condamné avait d’ailleurs une figure des moins sympathiques. »
Biloir est exécuté au lieu dit Les Gilsons, commune de L’Epine (Marne) le 9 juillet 1917.



Fernand Moronval, né le 10 avril 1895 à Daint-laurent-Blangy (Pas de calais), garçon de magasin à Arras, 2è classe au 43è R.I., 11è Cie
Tout l’intérêt de l’affaire Moronval réside dans ce qu’elle laisse entrevoir de l’état de misère et de détresse morale dans lesquelles vivaient la majorité des classes populaires :
Rapport du 2 juin 1917 : « Dans la nuit du 8 au 9 avril dernier, à la faveur de l’obscurité entre Romain et Maizy… le soldat Moronval quittait son unité, alors que celle-ci, venant de Villers-Hagron, marchait aux tranchées en vue de l’attaque prochaine. Retournant sur ses pas, il couchait à Romain dans un cantonnement abandonné. Le lendemain, 9 avril, il se rendait à Fismes, et y prenait un train qui l’amenait à Paris dans le courant de l’après-midi. Il en repartait vers 23 heures pour Amiens où il arrivait le 10 à 6 heures. »
Commissariat central d’Amiens, le 31 mai 1917 : « Il est exact que le soldat Moronval est venu chez sa mère… le 10 avril 1917, pour y voir son frère, Henri 17 ans, atteint de tuberculose et décédé depuis, à Amiens le 22 mai 1917. Il est arrivé à 8 heures du matin chez sa mère et en est reparti vers 9h1/4. Il a reçu 5 fr. de sa mère, son frère malade qui avait de petite économies, lui a donné 5 fr. également, ainsi que 5 fr. qu’il a reçu d’une sœur : Eugénie, 26 ans. Mme Vve Moranval, âgée de 42 ans , évacuée d’Arras est à Amiens depuis le mois de juillet 1915, elle ne fait que son ménage, ayant soigné son fils Henri pendant un an. Elle a encore 4 enfants qui sont : alexandre, 28 ans, célibataire, mobilisé au 84è R.I., en convalescence chez sa mère pour 36 jours (venant de Serbie), Eugénie, mariée, 2 enfants, l’intéressé, Fernand et Augustine, 20 ans célibataire, ouvrière couturière, gagne 2fr.25 par jour, demeurant avec sa mère. La mère touche l’allocation militaire et la fille l’allocation des Réfugiés. Loyer : 5fr. Par semaine en garni. »
« Après avoir fait une courte visite à sa mère… Moronval reprenait le train et gagnait Crépy en Valois d’abord, et Lyon ensuite où il arrivait le 11 vers midi. Il demeurait à Lyon un jour environ, et se rendait ensuite à Chambéry où un ami, dont il ne veut pas indiquer le nom le recevait. »
Moronval, devant le CG de la 162è DI (6 juin 2017) : « L’ami que j’ai à Chambéry est matelassier, il m’a fait vire pendant 2 jours, ne m’a pas remis d’argent, ne m’a pas donné de conseils. Je ne peux pas dire dans quelle rue il habite. »
« De Chambéry, il gagnait Annecy par le train, en repartant à pied dans la direction de la frontière suisse, marchait deux jours et était mis en état d’arrestation le 14 avril vers 16 heures 30 par un garde-frontière au moment même où il allait pénétrer en territoire suisse. Conduit à la brigade de gendarmerie de Saint-Julien… il finissait par déclarer qu’il s’appelait « de la Forge »… Une enveloppe à son nom dont il ne se croyait point porteur et qui fut trouvée sur lui, permettait cependant de déterminer sa véritable identité. Tranféré à Annemasse, il était de là, le 21 avril, dirigé vers Dijon sous l’escorte de deux gendarmes. Mais en gare de Lyon, mettant à profit un arrêt du train et un moment d’inattention du seul gendarme demeuré préposé à sa garde, il s’évadait. Parvenant à sortir de la gare, il échappait à toutes recherches. Il demeurait à Lyon, dit-il, 5 à 6 jours. Puis gagnant Chambéry il passait deux jours chez l’ami dont il se refuse à dévoiler le nom, prenait ensuite le train et descendait à Evian. Rencontré par des gendarmes, le 5 mai… alors qu’il allait dans la direction de la Suisse, il se prétendait permissionnaire… ramené d’evian, il s’enfuyait au moment d’entrer dans la caserne de la gendarmerie, mais poursuivi il était peu après rattrappé dans la rue. Il déclarait alors appartenir au 8è d’Infanterie et se nommer Deligny.
Le 22 décembre [1916], alors qu’il était incorporé au 127è d’Infanterie, il comparaissait devant le CG de la Division pour y répondre de tois désertions en présence de l’ennemi, commises successivement. Condmané à 6 ans de détention… il voyait sa peine suspendue par le Général, et était affecté au 327è le 25 décembre. Deux jours après, le 27, apprenant que sa Cie, alors au repos à Suippes, devait le soir même monter aux tranchées, Moronval n’hésitait point à déserter à nouveau et allait volontairement, le 29, se faire arrêter à Boulogne. Il attestait ainsi son intention de forcer le commandement par des condamnations successives à lui laisser subir, sans en suspendre l’exécution, la peine prononcée par le CG. Traduit le 20 février devant celui-ci… il était condamné de ce chef, à 20 ans de détention. L’exécution de cette nouvelle peine était encore suspendue par le Général, et Moronval se voyait affecté au 43è R.I. où il se trouve en ce moment. »
Recours en révision rejeté le 18 juin 1917
Moronval est fusillé à Quaëdypres-Bergues (Nord) le 10 juillet 1917.


René Samuel Lévy, né le 6 avril 1891 à Paris 10è, chauffeur d’autos à Vincennes, célibataire, chasseur de 2è classe au 3è BMILA
Lévy qui avait obtenu le 28 janvier 1917 une permission pour Vincennes reprit bien le train le 6 février, à l’expiration, mais il ne rejoignit pas son unité. Son titre de transport « constellé d’un nombre considérable de cachets signalant son passage du 8 février au 6 mars à Crépy, Villers-Cotterets, Creil, Balagny, Liancourt, Réchy, Saint-Rémy ».


Il revint enfin à Paris où il fut arrêté le 17 mars par la gendarmerie. Sa disparition était due au fait qu’il était trop malheureux au bataillon d’Afrique et aurait cherché à rejoindre son ancien régiment, le 151è (dont il avait déserté en août 1914). C’est par les recherches -vaines- pour retrouver son ancien corps qu’il explique les nombreuses étapes que porte sa permission.

Lettre adressée en mars par l’intermédiaire de commissaire de police M.Wolf, commissariat de police du 2è arrdt à Paris :
« Je vous en supplie Mr. Wolf, aller prévenir ma pauvre mère, qu’elle vienne aussitôt me rejoindre avec un avocat et si possible un médecin près de Vitry-le-François dans la Marne ; elle demandera la Cie de discipline des bataillons d’Afrique. Mais qu’elle fasse vite car j’ai bien peur qu’il ne soit trop tard.
« Maman ! Ma man ! Vient vite me trouver, je t’ai fait beaucoups de peine mais ne m’en veux pas de trop je ne sais plus ce que je fait. Tu sais bien ma petite mère que je t’aime toujours bien. Qu’est-ce que tu veux j’avais une idée fixe je souffrais tellement au bataillon que je voulais à tout prix rejoindre mon ancien régiment. Ai pitié de moi et dépêche-toi de venir. Ton malheureux fils qui t’aime de tout son cœur et qui t’embrasse bien fort. »

Ramené le 24 mars au Bataillon et versé dans une section de discipline, il doit monter en ligne le 5 avril pour effectuer une corvée de transfert de torpilles en avant de Mourmelon-le-petit. Mais un tir de barrage disperse la section. Arrivant tout de même à destination, Lévy demande à son supérieur d’être exempté, sous prétexte qu’une blennorragie l’empêche de marcher (à l’instruction il parlera d’une hernie). Comme il venait de marcher 7km sans gène, l’officier refuse. Il prend sa place dans le boyau où s’est organisée une chaîne de transport, mais après deux heures de travail, le boyau est bombardé, et Lévy s’enfuit. Il est arrêté le 24 avril à Bordeaux par un gardien de la paix.
Le rapport, parcouru de remarques ironiques et méprisantes des plus suspectes rappelle qu’il se serait après sa désertion d’août 1914, livré au pillage d’une maison abandonnée. Condamné à 20 ans de réclusion pour ce fait (peine suspendue) « il manifestait sans aucun scrupule son horreur de la bataille, n’hésitant pas pour tenter de se procurer un emploi loin du danger à faire une demande des plus incorrectes directement auprès du général de division ».
CG de la 45è DI. Recours en révision rejeté le 25 mai 1917, grâce présidentielle rejetée le 10 juillet.
Spécificité de l’ordre de parade : ni musique ni défilé des troupes mentionnés. En revanche : L’aumônier catholique et l’aumônier israéliste du G.B.D. 45 se présnteront à la prison militaire de Trigny à 3h45. Celui des deux aumîniers que désignera le condamné l’assistera s’il le désire. »
Lévy est fusillé à Hermonville, près la source des Coquins (51) le 13 juillet 1917, à 4h30 en présence de deux pelotons du 1er Btn d’Afrique et un demi peloton du 1er Tirailleurs.


Paul Antoine Estève, né le 1er janvier 1876 à Leuc (Aude), demeurant à carcassone, sans condamnation antérieure, capitaine au 23è R.I.C.
Le 3è CG permanent du Gouvernement militaire de Paris (5 avril 1917, frais 436,37fr.) ordonne le huis-clos et interdit le compte-rendu de l’affaire, (l’autorisation étant considérée comme dangereuse pour l’ordre public). Néanmoins le rang de l’inculpé fera beaucoup parler la presse, qui mentionnera des informations erronées quant au régiment d’appartenance d’Estève, et même sur la date d’exécution (1er juillet, 17 juillet). Il règne de plus une confusion dans les débats que reflètent les minutes du jugement (le dossier de procédure n’étant pas accessible). Entre autre qu’une ordonnance de non-lieu du chef d’espionnage aurait été rendue le jour même de l’ordre de mis en jugement pour tentative d’espionnage et trahison; que le président du CG a fait verser au dossier 12 pièces parvenues au parquet après la clôture de l’information ; qu’il a été posé une question trop complexe confondant les différents chef d’inculpation :
« Le capitaine Estève est-il coupable dans les premiers jours de 1916, à Barcelone (Espagne) entretenu des intelligences avec l’ennemi, en demandant par lettre une entrevue au Consul général d’Allemagne, en ayant deux entretiens au cours desquels l’inculpé a offert pour de l’argent ses services et enfin en envoyant audit consul un projet de contrat tendant à entrer, sous certaines conditions, au service de l’espionnage allemand. »
Deux voix sur 7 se sont prononcées pour l’acquittement, ce qui revient à dire qu’il n’existe qu’une voix de majorité permettant de prononcer la peine capitale et d’écrire que le jugement a été rendu à l’unanimité.
Il n’acceptait de se battre que pour les colonies et le disait à qui voulait l’entendre. Il fut vite surveillé par le 2e Bureau. Il passa en Espagne le 2 janvier 1917, où il eut des contacts à Barcelone avec les Allemands ; élément romanesque, Mata-Hari lui remit 300 francs. Il fut arrêté le 4 lors de son retour en France.

Recours en révision rejeté le 24 avril 1917, pourvoi en cassation déclaré irrecevable, car un militaire ne peut prétendre faire casser le jugement d’un conseil de guerre.
Au lieu du dossier de procédure attendu, on trouve 1300 pages d’écrits divers. Estève y parle peu de son affaire, craignant que le justice ne saisisse tous ses documents, c’est pourtant ce qu’elle fit.
Les derniers cahiers sont adressés à sa famille, à sa femme Louise (épousée en prison), à ses parents à qui il demande instamment de se réunir, de prendre soin de l’éducation de ses deux filles, l’une d’une union au Tonkin, (cette aventure étant l’occasion d’un plaidoyer vibrant contre le racisme) l’autre en France d’un mariage voué à l’échec « comme tous ceux des coloniaux et des marins ». En filigrane se lit la critique d’une justice aveugle n’instruisant qu’à charge -aucun témoin de la défense n’a été entendu-, lui reprochant en vrac d’avoir été un coureur de dot, d’être atteint d’entorses suspectes, d’avoir pris position contre des officiers supérieurs qui abusaient des indigènes sénégalais (obligeant leurs femmes à se prostituer pour survivre), presque d’être la cause du naufrage du navire qui le ramenait du Maroc. Il insiste sur le fait qu’il a dû entretenir toute sa vie durant ses parents, paysans étranglés d’impôts, et courir après les prêts sur sa maigre solde ; que c’est cette situation d’indigence -organisée par l’État- qui l’a poussé à tenter d’escroquer les Allemands :  « Et, dans mon cœur, je suis innocent ». « A-t-on considéré un seul instant toute ma vie passée, les Services rendus ? Si on l’a fait, c’est dans l’esprit d’y voir des fautes et de me les reprocher… Et avec ces hommes de justice, la seule apparence est un crime, l’intention supposée entraîne condamnation. J’ai fait une tentative désespérée d’obtenir une somme d’argent. Mais je n’ai rien fourni. C’était une tentative d’escroquerie à l’égard d’étrangers et rien de plus… Nous avons marché sur les genoux notre vie durant dans les ronces et les épines, sur les cailloux. J’ai voulu terminer cette misère et ce calvaire avant de disparaître au front… J’avais des papiers, des publications qui ont été l’occupation de toute mon existence ; je voulais que tout cela ne disparut point. Je voulais l’éditer et il fallait de l’argent. Alors dans la simple supposition que j’aurais bien pu avoir l’intention de trahir, j’ai été condamné. Si j’avais voulu trahir, j’aurais pu le faire… Où est la preuve que je voulais déserter ? Et même si j’avais déserté où est la preuve que j’allais me mettre au service d’étrangers ?.. Que la vie est cruelle. On m’a traité comme un turc ou un grec. »
« J’oubliais : Que mon frère jamais au grand jamais, ne se lie à aucune fonction d’état, il vaut mieux aller à la besace . Croyez-le ! De même ma fille… pas de fonction d’état, qu’elle garde sa liberté et ne se marie jamais à quelqu’un lié à une fonction d’état. Un laboureur, un épicier, cela vaut mieux…

En effet, l’écrivain reprend la main et Estève dépassant le cadre de la lettre, s’élève à des considérations plus générales, parfois surprenantes : « Aujourd’hui la civilisation, les chemins de fer, les progrès et beaucoup de belles choses ont introduit dans le monde la souffrance et le malheur. Ah ! Les monarques, les princes conquérants et ceux qui les soutiennent, quel Océan de malheur ils ont déversé sur le monde. Démence de l’orgueil et de la folie… La vie est tellement effroyable et inhumaine, qu’il y a eu en Russie, des gens qui l’ont bien compris ; ce sont les Skopsky. Ils se condamnent à ne pas avoir d’enfants. On les a persécutés… Ils forment une religion à part. »

Au milieu de fragments de journaux se glissent des brouillons de lettre de grâce et des fragments de réquisitoire contre les différentes autorités :
« Réflexion sur l’examen médical : La science médicale autrefois n’était pas moins fière que celle de nos jours et se donnait pour tout aussi sûre. Dans les procès de sorcellerie, elle reconnaissait la marque d’un diable en enfonçant des épingles dans la peau des patients et envoyait ces malheureux à la mort. Aujourd’hui, avec d’autres procédés, le résultat est le même, j’en suis certain. (…)
Des 3 docteurs qui m’ont examiné, il y avait un descendant de russe ou de polonais, et un gentilhomme : deux hommes de passion. Ils sortaient du cabinet du rapporteur et allaient voir « un homme pari de rien, sans instruction » comme s’exprime l’accusation et puis qui pêche aussi sur la question « religion » Homme de passion, dis-je, parce que tout de satisfaction quand je déclarai n’être pas fou, et sur la question « épilepsie » n’avoir eu que deux crises. Hommes de passion car, ayant dû faire une constatation d’ordre anatomique, je les vis se parler vivement et puis s’adressant à moi : « Vous avez été circoncis ! » Non, répondis-je je suis catholique de naissance. Ils croyaient tenir un juif. C’eut été encore plus beau. Voilà bien les questions de pathologie mentale : Etes-vous circoncis ? Et quelle joie chez le docteur R. agitant son éprouvette en criant : « Nihil ! Nihil ! »

Certains développement des cahiers rédigés à Dinard (ces papiers qu’il voulait publier et qui n’ont donc pas été rendus aux Estève, jugés peut-être trop dangereux) sont étonnamment pertinents :
Page 1000 : « Les hommes s’obstinent aux fouilles de Khamissa et au classement de vieux papyrus au lieu de préparer l’avenir. Rien n’annonce une organisation future de la Paix universelle. Aucun indice, aucun symptôme, nul rayon de lumière ne montre qu’une aube nouvelle se lèvera un jour sur le monde. Aucune voix claire, décidée, puissante, n’a retenti au soir des domination témoignant que la Paix universelle soit une préoccupation d’État. Les sérénissimes pasteurs des peuples ronronnent et sommeillent tandis que « le temps travaille pour eux » -oui, le temps travaille pour eux, pourquoi travailleraient-ils eux-mêmes ? Nous ne voyons rien venir et cependant les discours politiques ne nous manquent pas, et ils ne changent pas. « Nous irons jusqu’au bout ; il faut détruire le militarisme allemand ; nous combattons pour le Droit et la Liberté » Mots sonores, balançoires… est-il bien vrai qu’une fois le militarisme allemand détruit le Droit et la Liberté règneront sur la terre ? Voire. Régnaient-ils avant l’avènement du militarisme prussien ? L’Europe était-elle en état d’équilibre stable, un champ élyséen ou un champ de carnage. Cuba, Fachoda, la guerre anglo-boer, la guerre russo-japonaise nous répondent. Je ne vois pas ici la main de Guillaume. (…) L’Allemagne sera battue, c’est là sa fin inévitable, sa défaite est aussi mathématiquement prévue que le sont les éclipses. Les augures officiels le disent et les augures officiels de se trompent pas. L’Allemagne sera battue, mais alors il est absolument indispensable d’avoir un projet d’organisation de ce pays nous débarrassant du militarisme prussien. Vous qui discourez tant, y avez-vous seulement pensé ?  S’il survit à la guerre, la guerre n’est pas près de mourir. Nous en restons au droit du loup. « Nous combattons pour de Droit et la Liberté » M. Poincaré, M. Briand, M. Loubat combattent pour le Droit et la Liberté. Quel droit ? Nous n’en avons vu d’autre que le droit du plus fort ? Quelle liberté ? En réalité, un dur esclavage sous la fiction de la souveraineté nationale. Le droit avant 1870, avant le triomphe du Kaiserisme, n’était-ce pas le droit du loup, le droit des bêtes des forêts ? Alors que l’Allemagne soit vaincue ou non n’est-ce pas ce droit-là qui continuera à régir les peuples… On nous fait espérer, sans que le moindre indice le révèle, qu’au prochain combat de bêtes féroces, -vers 1950 par exemple- le tigre germain ne sera pas en état de paraître dans l’arène. Mais qu’importe s’il doit y avoir d’autres tigres, et si le peuple de France se voit encore obligé d’abandonner la pioche et le marteau pour ramasser encore une fois le sabre d’esclave du gladiateur?(…) L’anti-cannibalisme progresse, mais il ne pourra voir son triomphe que par la disparition totale des cannibales. » Remplacez cannibalisme par capitalisme, tout est dit. C’est tout un livre qu’il faudrait consacrer à Paul Estève, mais on fera court :

Passant sur le front des troupes, Estève, contrairement à ce qu’on a pu lire quelques lignes plus haut, s’écria: « Vous serez vaincus par les Allemands et ce sera bien fait ! A bas Poincaré ! Je suis une victime du parti-prêtre!»
Quatre photos tout à fait exceptionnelles par leur rareté, demeurent de l’exécution d’Estève à Vincennes le 13 juillet 1917, à 5h03 selon le PV.



Antoine Joseph Buccala, né le 9 octobre 1881 à Bastia (Corse), collectionne déjà trois condamnations pour vol et violence entre 1898 et 1900. C'est en raison de ces antécédents judiciaires qu’il est incorporé au 3è BMILA, avec lequel il sert un an en Tunisie. Passé au 122è puis 163è R.I., il est libéré de ses obligations militaires le 23 septembre 1905 avec un certificat de bonne conduite. Rendu à la vie civile, il est à nouveau condamné par trois fois pour vol ou violences en 1909, 1911 et 1913.
Rappelé sous les drapeaux il commence la campagne contre l'Allemagne avec le 15è groupe spécial avant de se retrouver à combattre avec le 40è R.I. au secteur du Mort-Homme devant Verdun. Promu caporal le 19 août 1915, Buccala passe successivement au 113è RIT, 114è RIT et 213è R.I. Mais dans la nuit du 15 juillet 1917, il est abattu alors qu'il tente de s'introduire dans le camp militaire  Saint-Charles à Marseille "pour y commettre des vols".

Albert Eugène Chicheriez, né le 23 août 1893 à Saint-Pierre le Fort (Guernesey), demeurant à Paris, mécanicien, engagé volontaire pour 5 ans, 2è classe au 53è R.I.C. (section disciplinaire), ni pièces matriculaires, ni punitions notées, mais 1904, vols (confié jusqu’à sa majorité à l’union française pour le sauvetage de l’enfance), 1912 bris de clôture, désertion avec emport d’effets, février 1916 outrages envers un homme de garde, septembre 1916 outrage envers un supérieur, 13 novembre déserteur
CG de la 10è DIC (13 juin 1917) : « La section de discipline de la 10è DIC à laquelle était affecté le soldat Chicheriez, à la suite d’une condamnation en conseil de guerre, venait d’arriver à Magneux-les-Fismes, le 5 avril 1917, venant des tranchées de premières lignes. Des ordres, parvenus dans la journée, lui prescrivaient de remonter immédiatement en ligne. Dans la journée du 6 avril, Chicheriez réussissant à tromper le service de garde, s’échappa avec plusieurs disciplinaires, du local où ils étaient enfermés. Le 27 avril, il fut arrêté, muni d’une fausse permission, par la police de Lyon.(…) Chicheriez est un très mauvais soldat, mais c’est encore un malfaiteur dangereux, véritable meneur, semant autour de lui, par ses exemples et ses excitations, l’indiscipline, il a toujours, pour les dernières actions criminelles dont il s’est rendu coupable, entraîné d’autres camarades avec lui. »
Jean Saint-Etienne capitaine au 33è R.I. : « C’est le soir-meêm, vers 18h et demi qu’a été constatée l’absence de Chicheriez et de quatre autres disciplinaires. Ils ont évidemment passé par l’échelle donnant accès à leur grenier, car une visite du bâtiment ayant été faite aussitôt, nous avons pu remarquer qu’il n’existait pas d’autre ouverture. Après de cette échelle était une sentinelle, le soldat Sylvestre, de mon escouade, qui a prétendu n’avoir vu passer personne. Nous avons su depuis que cet homme avait été en prévention de CG en même temps que Chicheriez. »
Recours en révision rejeté le 19 juin 1917. Pas de PV d’exécution, Chicheriez est fusillé aux Carrières de Venel (Neuf Maisons, selon la fiche de décès) le 17 juillet à 6h.
 
Fernand Charles Bulmé, né le 16 avril 1874 à Boulogne-Billancourt, chemisier à Mexico, marié (Mexique), 20è section de secrétaires d’état-major détaché à la Pharmacie Centrale
3è CG de Paris : inculpé avec Sideney Antoine dit Athos, Bulmé Paul Lucien (frère du précédent, 35è Rgt Territorial d’Infanterie, blessé par éclats d’obus en mars 1916), Oudry Marie Honorine, Veuve Bulmé (1 an, sursis), Roquebert Raoul (contumace) et Cholet Louis (acquitté), d’intelligence avec l’ennemi et association de malfaiteurs (et pour Fernand Charles, vols militaires, falsification de passeports).
Antoine Sideney, dit Athos, né le 20 décembre 1864 à Ygorney, professeur d’éducation physique à Paris, célibataire, soldat au 46è RI., déserteur
Athos est arrêté le 12 septembre 1916 en pleine nuit sur un petit chemin de contrebandier au moment où il va atteindre la frontière espagnole. Conduit à la marie de Banyuls il présente un passeport falsifié par grattage au nom de « Sadilett ». Il avoue qu’il se disposait à se rendre à Barcelone pour recueillir des informations relatives à la destruction d’usines de munitions en France. Il explique qu’il était entré en relation avec Roquebert en juillet 1916 à Barcelone et d’un agent allemand du nom d’Otto Schultz. Lui-même est connu de l’espionnage allemand sous le pseudonyme de Dumas, alors que son correspondant, Raoul signe Alexandre.. En plus de renseignements militaires qu’il doit communiquer avec chiffrage, Roquebert lui suggère, en tant que sujet français, de se faire engager dans une usine de munitions et d’y commettre un attentat. Il touche une avance de 180 frs. Grâce à Bulmé, il peut réunir des renseignements sur les envois pharmaceutiques. Le 14 août il écrit à Raoul (Roquebert) : « je crois devoir vous affirmer et d’une source très sûre que la Roumanie ne tardera pas à entrer en guerre aux côtés des alliés. La raison, il part tous les jours de Paris des quantités énormes de munitions ainsi que des médicaments de la Pharmacie Centrale pour Bucarest ; de même on a demandé des interprètes dont deux sont déjà partis pour la même ville. » Ce n’était sans doute pas une grande nouvelle, mais Sydeney aurait écrit plus de quarante lettres de renseignements, certains fournis encore par Bulmé qui les tirait de sa belle-sœur Berthelot mariée à un conducteur de chemin de fer. n’ayant reçu que 100 pesetas pour ses services, Sydeney imagine avec la complicité de Fernand Bulmé d’incendier la pharmacie centrale des invalides et demande 150 000 francs à Raoul (lettre qu’il aurait rédigée sous la dictée de Bulmé selon Sydeney, le premier dément), qui répond que c’est trop, mais « qu’on s’arrangerait ».

Le marché paraît conclu pour 120 000, puisque Sydeney reçut fin août une coupure de lettre saisie sur lui lors de son arrestation qui mentionnait (en code) « Venez chercher cartouches dynamite », ce qu’il tenta de faire le 12 septembre : il semble que dans leur code Bulmé et Athos aient parlé, en présence de relations féminines, à propos de ce projet d’une affaire de « viande réfrigérée » qui devait les rendre riches. Bulmé demanda alors à Sydeney de prendre au passage à Perpignan son frère Paul pour lui faciliter le passage en Espagne. Bulmé, après son arrestation et la perquisition qui révèle la présence dans son appartement de 300 thermomètres volés, explique que leur revente étaient destinée à financer la désertion de son frère. Dans le même temps, Fernand Bulmé tente de se faire verser un acompte en sollicitant directement Roquebert mais il n’eut pas de réponse. «  Si j’avais touché les 20 pour cent j’aurais partagé avec mon frère paul que j’avais mis au courant de la situation ». C’est lui encore qui a falsifié le passeport de Sideney. « A partir de ce moment [quand il se chargea de placer les thermomètres] je suis devenu la chose de Sideney. »

« L’instruction établira si la rencontre de ces trois individus fut accidentelle, ou si, au contraire, ils n’ont pas quitté le Mexique où ils habitaient tous depuis de longues années avec des intentions coupables. »


Paul Bulmé est condamné à 15 ans de Travaux forcés.
Recours en révision rejeté le 1er mai 1917 (frais 981,45 frs)
Fernand Bulmé et Antoine Sideney sont exécutés à Vincennes le 24 juillet 1917 à 5h15                                       

Août




Bastien Nicolas César Frencia, né le 12 janvier 1886 à Philippeville (dept de Constantine), boulanger à Casablanca, 2è classe au Bataillon territorial de Chaouia, condamné plusieurs fois pour vol, mendicité, coups et blessures volontaires
« Faux, sournois, maniant le mensonge avec une audace cynique… c’est le type parfait de l’individu louche, capable des pires besognes ». (Sous-lieutenant Canal)
Le 12 mars 1917, à El Boroudj, alors qu’il sort des cabinets où il avait l’habitude de ses rendre à l’extinction des feux, l’adjudant Binder [Adrien Charles Léopold Gérard] est assailli par derrière de plusieurs coups de couteau « saisi non pas à la gorge, mais par le haut de la veste, celle-ci tirée si violemment que les deux premiers boutons mobiles ont été arrachés en passant, en la déchirant, à travers la boutonnière ». « Les nombreuses blessures, surtout la plaie de la face dont les bords sont déchiquetés, montrent avec quelle violence et quel acharnement il a été frappé » (docteur Pauty). L’agresseur s’enfuit mais des taches de sang sur sa literie et son jersey dénoncent Frencia. Celui-ci donne comme premier mobile de son acte qu’il a été victime « des agissements injurieux et des vexations de l’adjudant à son égard, indigné au surplus des propositions obcènes que lui auraient faites (sic) celui-ci ». mais lors de son interrogatoire du 14 mars, Frencia a d’abord déclaré : « Je voulais lui voler son argent, et comme il se débattait, je l’ai frappé de mon couteau. Depuis une semaine, sachant qu’il avait son argent sur lui dans un porte monnaie tenu par u n lacet au cou, je voulais lui couper le lacet pour le lui dérober. » Et il explique comment, chaussé d’espadrilles, il a été guetter l’adjudant en se mettant dans le premier cabinet, tandis que l’adjudant était dans le second. Elément qui confirmerait la préméditation et le guet-apens, Frencia a été vu « aiguisant son couteau à la meule de grès de l’atelier ». 




D : - Comment avez-vous appris que l’adjudant Binder avait son argent au cou ? (Binder dit que tout le monde le savait mais tous des soldats interrogés, sauf un- répondent « J’ignorais ce détail »)
R : - Il y a environ un mois en passant devant sa chambre, j’ai vu l’adjudant en train de se changer et en même temps, j’ai remarqué ce qu’il portait au cou.
Les témoignages recueillis auprès des autres soldats du bataillon montrent que Frencia avait certes un grand besoin d’argent, lavant les effets de ses camarades et prenant des tours de garde à leur place -certains le décrivent d’ailleurs comme serviable et agréable- « mais moyennant être rétribué » . Il aurait dépensé beaucoup en boisson et avec des prostituées, mais qu’il payait peu de son propre aveu et selon ses plus proches camarades. Il prétendait user d’une prochaine permission pour aller toucher un héritage en Italie.
Frencia : « Toutes les corvées me tombaient dessus au point que j’en pleurais. Il allait jusqu’à m’insulter… à me traiter de « Sale race » faisant sans doute allusion à ma nationalité italienne… Je tiens à ajouter qu’il ne supportait pas qu’on dise du mal de la nationalité Boche ».
« Depuis plusieurs jours j’avais combiné mon coup pour le tuer ; parce que je voulais tuer un boche et parce que à chaque fois que je me rendais aux cabinets, il me suivait,pour me faire des propositions. Plutôt que d’être commandé par un abruti pareil vaut mieux mourir !.. Je sais que je vais chercher 12 balles mais ça m’est égal.(…) Nous sommes en effet entrés ensemble aux cabinets, il m’a bousculé sans me parler. L’adjudant Binder ne m’a pas reconnu parce qu’il était saoul ; je déclare en outre que l’adjudant ne m’a jamais fait de propositions pour m’enculer, mais seulement il m’ennuyait, c’est pourquoi j’ai voulu le tuer, parce que j’étais poussé à bout et que c’était un être nuisible sur Terre.
D : - Si vos coups avaient porté, vous auriez fait un cadavre ?
R : - La France aurait gagné une retraite.
Binder : « Je l’ai puni deux fois seulement. C’était un antimilitariste avéré mais je ne lui ai jamais fait plus d’observations qu’aux autres. » A la question « avez-vous parfois fait des propositions contre nature à cet homme ? » Binder s’écrie « Ah non ! Ce n’est pas dans mes habitudes, d’ailleurs Frencia n’a rien d’un giron. »
Malgré les dénégations obstinées de tous concernant les questions de mœurs, ou les divers trafics, les choses sont-elles aussi transparentes ? Une lettre énigmatique du soldat G. Lacaisse est trouvée dans la malle de Frencia (qui contient également 20 cartouches surnuméraires) :
« Casablanca le 12 mars 1917, Mon cher Frencia, J’ai bien reçu ta lettre du 8 que je vais essayer de communiquer à E. [Etienne Rivière, actuellement en prévention de CG] Tu lui a écris une lettre il y a quelques jours dans laquelle tu luis disais que « Julot [Jules Danton Joliat] et moi étions en permission à Casa ». Cette lettre n’est pas parvenue à E. J’en ai eu connaissance, je ne puis te dire par qui ici mais je te donnerai plus de détail de vive voix. Depuis, je dois faire attention pour causer de temps en temps avec E. Evite donc de donner des noms quand tu lui écriras. Cela peut lui nuire et à moi aussi… Je suis toujours au D.I.M. je ne dois retourner à l’hôpital que le 15 avril j’ai peur d’aller passer quelques jours soit à El-Boroudj, soit à Settat… J’ai vu Casanova il y a quelques jours, il m’a dit qu’il n’y avait rien à faire pour toi. On nous a lu au rapport de la Place d’ici 8 jours de tôlt pour Julot. Il n’a vraiment pas de veine ; s’il est arrivé, souhaites-lui le bonjour… Rien de nouveau ici. Je regrette que Aubry et Ozed ne soient pas convaincus, mais c’est cependant la vérité ; pourquoi leur aurais-je pris ce qu’ils disent alors qu’il est si facile d’être servi au D.I.M. et neuf. Quand je pourrais avoir ce que tu m’as demandé, ce qui est probable, je te le ferai parvenir, mais pas par la poste par un type qui ira là-bas mais ne dis rien. » [Frencia prétend ignorer totalement de quoi il s’agit.]
D :- Vous vous êtes vanté à plusieurs reprises devant vos camarades, d’avoir commis des actes de pédérastie sur votre camarade Lacaisse.
R : - Ce sont des mensonges. (…)

1er CG permanent des troupes d’occupation du Maroc occidental
Recours en révision rejeté le 20 juin 1917, grâce rejetée le 31 juillet
Frencia est fusillé au lieu dit El Hank près de Casablanca (Maroc) le 2 août 1917 à six heures.

Sylvain Jules Lacherade, né le 19 octobre 1888 à Saint-Léger-le-Guérétois (Creuse), cultivateur à Guéret, célibataire, 2è classe au 5è BMILA, six condamnations antérieures.
CG du détachement du Sud tunisien (Minutes uniquement) 22 mai 1917. Jugé avec Lucien Marius Fabre (condamné à mort par contumace pour le même crime aux même lieu et date), cocher à Brignolles, célibataire.
Le soldat Lachérade est-il coupable, d’avoir, sur territoire en état de siège, le 12 décembre 1916, à Déhirat, abandonné son poste, étant de garde ? Cet abandon a-t-il été commis en présence de rebelles armés.
Recours en révision rejeté le 1er juin 1917
Lachérade est fusillé au Champ de manœuvres de Médenine (Tunisie) le 3 août 1917 à 6h.


Auguste Eugène Chemardin, né le 25 février 1884 à Paris 20è, cordonnier puis polisseur sur métaux, célibataire, soldat au Régt d’Inf Colonial du Maroc, plusieurs condamnations civiles, outrages à supérieur et désertion. Le relevé de punition interminable semble suggérer que Chemardin accumulait toutes les insolences possibles pour se faire punir, semant la zizanie parmi les autre punis, se présentant régulièrement à la visite pour tenter de se faire exempter (ayant même emmené à l’occasion 34 de ses camarades à se présenter à la visite), et animé d’un inlassable esprit de contradiction, mettait la plus mauvaise volonté à exécuter les taches prescrites.

Chemardin a de plus la tête de l’emploi, ou plutôt le corps, susceptible d’impressionner par sa taille 1,72m. Tatouages : poitrine ; une tête représentant la lune coiffée d’un chapeau, une tête d’arabe, une tête de femme. Dos ; une cavalier représentant Napoléon Ier, une tête de juif, une mouquère portant une gargoulette, trois têtes de femmes, six groupes hommes et femmes dans des positions obscènes, une petite envie couleur café au lait. Epaule gauche ; un couple dans une position obscène, une rosace, le mot « militaire » en grosses lettres, Tête de clown, une pensée (A.P. L.V.), une grosse tête d’homme, 1 tête de femme (nombreux autres tatouages divers) Avant-bras gauche ; cinq clowns, un mousquetaire, un collégien. Epaule droite ; nombreux tatouages, une femme à cheval sur un porc, cinq têtes d’hommes, la lune qui décroit, à la base un mandoliniste. Avant-bra droit : un gros bouquet de roses. Côtes, au-dessous du sein gauche. Cinq têtes de femmes accolées. Cicatrices de coupure à l’aine droite et sue la cuisse gauche près du genou. Les lettres L.G. au mollet gauche.

Condamné le 24 juillet 1916 par le 2è CG de Paris pour désertion à l’intérieur, Chemardin est affecté après suspension de peine au RICM, qu’il rejoint le 5 août dans la Meuse. Deux jours plus tard dans la nuit du 7 au 8 août, il quitte sa Cie à Contrisson, alors qu’elle va remonter en ligne. Des officiers témoignent l’avoir entendu dire devant ses camarades « Je ne monterai pas au rifle, il faudra que je me débine avant » et «  j’ai déposé une permission pour aller voir mon frère mais je partirai même si cete permission ne m’est pas accordée ». Il est arrêté à Paris dans la nuit du 8 au 9 août, sur la réquisition de deux jeunes filles sur la personne desquelles il se serait livré à des violences et à un attentat à la pudeur. Chemardin accuse le camarade qui l’avait emmené boire d’avoir giflé les deux filles et ajoute « Qu’est-ce que je risque ? Je reournerai là-bas ! ». Attendu qu’ils ont été commis pendant une désertion, ces faits ne relèvent pas de la compétence du conseil de guerre.
Pendant l’instruction de cette première affaire, Chemardin est évacué par le médecin chef de la divison (bronchite chronique et antéricolite, suspiscion de tuberculose et dysentrie), au début mars 1917 sur l’ambulance de Chateau-Thierry. A peine arrivé à cet hôpital, Chemardin s’évade dans la nuit du 9 au 10 mars et se rend de nouveau à Paris. Il y est arrêté le 29 mars porteur d’un couteau à cran d’arrêt, deux étoupilles chargée servant au tir des canons, d’un sachet de cyanure de potassium et d’une attestation de levée d’écrou d’un certain Besse, relâché le 8 mars 1916. « Il prétend comme toujours être parti de l’hôpital de Chateau-Thierry parce qu’il était malade et qu’on ne le soignait pas » Il est ramené au début d’avril à la prévôté de la 38è DI. La division se dirige alors vers le front de l’Aisne pour prendre part à l’offensive du 16 avril, qui va durer plus d’un mois. Sur décision du générfal, Chemardin est ramené à sa compagnie, alors en ligne, le 24 avril 1917, sur le font du Chemin des Dames. Il y reste deux jours. Dans la nuit du 26 au 27 avril, sa Cie est relevée des premières lignes et descend aux Creutes (grottes) de la Somme [carrière souterraine de Cuissy ou Vassogne?] où elle demeure en réserve et en état d’alerte. Chemardin s’évade des Creutes de la Somme dans la matinée du 27 avril. Il se rend toujours à Paris, est arrêté le 2 mai à Suresnes chez un nommé Annoni à qui il était venu demander du travail, porteur d’un brassard d’ouvrier mobilisé d’usine et d’un livret militaire falsifié, au nom de Latournerie Louis, réformé, objets qu’il prétend avoir trouvé dans la rue. Giovanni Annoni et son fils Bruno étaient surveillés par la police, soupçonnés d’être en relation avec un cambrioleur auteur de vols qualifiés au préjudice d’industriels de Puteau. C’est ce personnage, Louis Girardon, (alias Mourot) connu sous le pseudonyme de « Gédé » qui, rencontré à la prison du Cherche-Midi lors de son escapade du 29 mars, lui aurait donné l’adresse d’Annoni, tout en lui faisant part de son intention de déserter.
Chemardin qui se dit irresponsable demande à subir un examen mental (il écrit même directement au général de division pour l’obtenir), qui lui est refusé, un précédent expert ayant conclu à Paris qu’il simulait et était pleinement responsable de ses actes.
Appréciation du sous-Lt Verlaque (septembre 1916) : « L’impression produite par Chemardin pendant son court passage à l’unité fut mauvaise ; cet homme se vantait de ses condamnations et punitions comme de fait d’armes. » Eh oui ! Chacun sa guerre !
Appréciation du commandant de section, Lt Mazeau : « n’a été qu’un embarras pendant les deux jours qu’il a resté à la Cie. » chef de bataillon : « Vieux cheval de retour qui se joue de la discipline et de la justice, ment avec virtuosité et qui, circonstance plus grave, fait du prosélytisme. Sujet extrêmement dangereux pour la troupe qu’il cherche à contaminer et dans laquelle il ne doit plus reparaître. »
CG de la 38è DI
Recours en révision rejeté le 12 juin 1917. Recours en grâce rejeté le 12 juin 1917
Candor (Oise) le 4 août 1917


Romain Burgan (Gers), suicidé
Né le 31 août 1884 à Moncassin, Romain Burgan est boulanger en 1914. Mobilisé dès les premiers jours de la guerre, il est blessé le 8 septembre 1914. Le 8 août 1915, il passe au 14e Bataillon de Chasseurs à pied où il est décoré de la Croix de guerre et deux étoiles de bronze et cité deux fois à l’ordre du bataillon pour s’être "particulièrement distingué au cours de l’assaut du 1er septembre" en montrant "le plus bel exemple à ses camarades". La seconde citation salue "son courage dans tous les combats auxquels il a pris part et particulièrement le 20 juillet 1916". Ce soldat gersois aurait mis fin à ses jours le 12 août 1917 dans la Meuse.
Les "suicidés" représentent entre 3828 et 5000 hommes (soit 4,2 % des 93325 soldats inscrits dans le fichier des Non Morts pour la France) soit 90 par mois et 1080 par an. Ces chiffres ne prennent pas en compte ceux qui s’exposent volontairement à la mort en abandonnant toutes les précautions élémentaires à la survie au combat.
La constitution d’un gigantesque fichier fut entreprise à partir de 1920 par le ministère des pensions. Il devait conduire à la réalisation d’un « Livre d’Or » qui ne vit jamais le jour faute de crédits et à cause du second conflit mondial. Il reste de ce travail considérable deux fichiers. L’un contient 1 325 291 fiches de militaires "morts pour la France" L’autre comporte 93 325 fiches : 62 867 fiches vertes de combattant qui n’ont pas eu droit à la mention "Mort pour la France" et 30 458 cas "non statués". Conformément à la loi, ces fichiers couvrent la période qui va du 2 août 1914 au 24 octobre 1919. Les soldats inscrits dans ce fichiers sont considérés comme "non morts pour la France": fusillés, morts de maladie non contractée en service, victimes d'accident, de rixes, suicidés sont également mentionnés dans ce fichier.
A tout hasard toutes les dispositions ont été prises afin d’interdire aux officiers d’État civil, d’inscrire sur leurs registres les décès résultant de « mort violente ». Non seulement la justice militaire est ainsi protégée (elle rechigne vingt ans après la fin du conflit à avouer ses crimes et ne cesse d’en minimiser l’étendue, rejetant quasiment tous les procès en révision quand le pourvoi est susceptible d’être introduit par des membres survivants de la famille) mais aussi la justice expéditive, maquillant certains meurtres en « suicide », préféré à la mention «  tué à l’ennemi » qui pouvait ouvrir droit à pensions et dédommagements.


Charles Eugène James, né le 26 août 1895 à Essonnes, lamineur à Levallois-Perret, célibataire; grenadier de 2è classe au 403è R.I. Jamais condamné au civil.
Relevé de punition peu important, mais peut être significatif ce motif du 18 février 1916 : « Pendant la marche de nuit ayant reçu plusieurs fois l’ordre de se taire, a continué à prononcer, à très haute voix, des paroles déplacées qui ont causé pendant un certain temps du désordre dans la section.

D : - A la date du 11 mai 1917, le 1er Bataillon du 403è R.I. cantonné à Champfleury est remonté aux tranchées. Pendant le trajet vous vous êtes esquivé de votre section. Vous vous êtes présenté le 20 mai au Commissariat de Police du quartier des Enfant-Rouges à Paris et vous avez été ramené au corps par la gendarmerie le 25 mai vers 14h ?
R : - … Je demande à réparer ma faute et à partir pour Salonique où je pourrai me soustraire plus facilement à l’attrait des permissions.
Léon Lasalle, sergent-major au 403è : « Le soldat James, manquant à l’appel du 11 mars 1917, a été ramené au TC du 403è R.I. le 25 mai 1917 vers 14 heures. Pendant que je touchais le ravitaillement de la Cie James profitait de cette absence pour s’esquiver. Il n’a reparu que le 7 juin 1917 sous escorte de la gendarmerie. »
James s’est volontairement rendu à la gendarmerie de Noisy-le-sec, le 6 juin, après une absence de 12 jours.
CG de la 151è DI. (3 juillet 1917)
James : « J’ai quitté la Cie par cafard ; je n’avais pas la frousse. Puis j’étais découragé. Mon capitaine m’avait puni deux fois pour avoir tiré dans la direction des lignes allemandes. Je trouvais que c’était injuste. D’ailleurs, depuis que je suis à la 1ère Cie, je suis continuellement puni, à la 4è, je ne l’étais jamais. »
Recours en révision rejeté le 10 juillet 1917 : recours en grâce rejeté le 11 août.
Notes de service ; « Pour éviter toute divulgation de la cérémonie d’exécution du soldat James, les lieu et heure d’exécution seront tenus secrets et l’ordre de mise en mouvement de la troupe sera donné par alerte...lieu de l’exécution, Champ de blé fauché, (les épis réunis en meules) sur le chemin à un trait allant fr Courville aux Petites Chezelles (Ferme), 400m à l’ouest de Courville. »
Y avait-il quelque agitation à redouter ?
James est fusillé le 13 août 1917 à 6h.


André René Ozouf, né le 5 septembre 1896 à Saint-Hélier (Île de Jersey, Royaume-Uni), mort le 19 août 1917 à Aïn-Leuh (...), "tué par un indigène en rébellion", Soldat de 2e classe, 2e Bataillon d’infanterie légère d’Afrique, Matricule n° 5.400, classe 1916, n° 1.406 au recrutement de Cherboug [Acte transcrit à Cherbourg (Manche), le 2 janv. 1918].


Jules Frédéric Poignant, né le 10 juin 1872 à Oëlleville (Vosges), cultivateur à Charmes, veuf, 2è classe au 43è RIT
Condamné dès avant la guerre pour insoumission, Poignant n’a pas rejoint son corps à la mobilisation. Arrêté le 8 mars 1915, il est à nouveau jugé par un CG en juillet et août 1916 pour abandon de poste et désertion à l’intérieur, peine suspendue, CG de la 12è DI :
Le 4 juillet 1917, le soldat Poignant, qui avait été maintenu en ligne , bien qu’il fût en prévention de CG, faisait partie de la section de réserve du point d’appui 651. Depuis le matin, il avait été occupé avec quatre de ses camarades à préparer, sous la surveillance du caporal Garnier, des bobines de fil de fer, en vue de poser pendant la nuit des réseaux le long des premières lignes françaises. Le travail est interrompu par la pluie et les hommes regagnent leur gourbi vers quinze heures. Un peu plus tard dans l’après-midi, des guetteurs du 43è R.I. aperçoivent un soldat français qui au-delà du réseau, erre le long des tranchées allemandes. Ils menacent de tirer, l’homme gesticule, se dissimule à la lisière d’un bois. Une patrouille est lancée pour aller le chercher. Le soldat Bonnin témoigne : «Un peu avant que je n’atteigne Poignat, une grenade éclata entre les réseaux. A ce momnet là, le lieutenant Pfliger tira avec un fusil mitrailleur. J’entendis également les boches qui ciraient : « Kommt ». Juste avant d’être saisi par les hommes du 43è, ceux-ci voient Poignant jeter une paquet dans la tranchée allemande. Ils réussissent à le ramener dans les lignes françaises en le bousculant. Après avoir été appréhendé il maugrée : « Je sais bien ce que cela va me coûter », puis se mure dans le silence. Il donne ensuite pour excuse qu’il ne souvient de rien, étant sous l’influence de la boisson. «  Poignant avait l’air de ne pas être tout à fait de sang froid ; il chantait près des réseaux boches. » (Bonnin) Personne ne parvient à lui faire dire ce qu’il a jeté dans la tranchée allemande.



Cherchant à établir la préméditation, le rapporteur rappelle que le caporal Garnier a affirmé que quelques jours avant sa fuite, Poignant, apprenant qu’il avait été retiré de la corvée de soupe déclarait : « Ils ne veulent plus que j’aille à la soupe, ils ont probablement peur que je me sauve, mais si je voulais m’en aller, j’aurais bien d’autres moyens de le faire ». Quelques instants avant de s’en aller, Poignant a dit au sergent André : « J‘ai peur de mourir ce soir » et il a pris soin de s’élancer dans le réseau de fils de fer français sans arme ni équipement, autre qu’une canne qu’il s’était taillée le matin-même.
Pourvoi en révision rejeté le 26 juillet 1917
Poignant est exécuté à Marzelay, commune de Saint-Dié-Des-Vosges le 20 août 1917 à 4h45.



Antoine Fouchez, né le 13 novembre 1892 à Arras, journalier à Harnes, 2è classe au 162è RI.
Condamné le 18 janvier 1917 par le CG de la 69è DI pour désertion à l’intérieur (4 ans de TF, sursis) illettré, déclare à la gendarmerie lors de son arrestation le 16 avril ne connaître ni l’orthographe de son nom, ni sa date de naissance ; relevé de punition vierge.
Fouchez ignore la date à laquelle il est parti. Son absence est constatée à l’arrivée aux tranchées de première ligne le 14 avril 1917. Il est porté disparu. Il est ramené le 9 mai au Corps par les gendarmes : «  J’ai quitté la Cie vers 20 heures entre Bouffignereux et Blanc Bois. J’ai déposé mes armes et mon équipement sur un chariot de mitrailleuses, puis je me suis rendu à Jonchery où j’ai pris le train à 5 heures à destination de Paris où je suis arrivé vers 17h. Je me suis promené le reste de la journée et le lendemain jusqu’à 15h40, heure à laquelle j’étais arrêté, Place de la république, par les Gardes républicains et conduit en prison. »
Avis du colonel, commandant le Régiment : « Le soldat Fouchez a abandonné la Cie au moment où elle entrait dans un secteur d’attaque. La région entre Bouffignereux et le Blanc Bois recevait suffisamment d’obus pour y constituer la présence de l’ennemi. En conséquence, le soldat Fouchez récidiviste de l’abandon de ses drapeaux, doit être traduit devant un conseil de guerre, et mérite d’être fusillé devant ses camarades qu’il a abandonnés ».
CG de la 69è DI (12 juillet 1917) :
Fouchez : »Je suis des pays envahis ; je suis sans nouvelles de mes parents. Je suis parti parce que je suis sans nouvelles et que j’étais désespéré ». Recours en révision rejeté le 18 juillet 1917, recours en grâce rejeté le 24 août :Fouchez est fusillé à Haudainville (55) le 26 août 1917 à 5h.


Raymond Albert Pingault, né le 26 avril 1888 à Paris 4è, charretier, célibataire, soldat au 1er RIC, déjà condamné le 17 mai 1917 pour refus d’obéissance et désertion à l’étranger (1 an avec sursis), jamais condamné au civil . A l’instruction : « J’ai fait la blague, ma foi, tant pis ! Je n’avais qu’à ne pas refuser d’obéir. »
CG de la 17è DIC (16 juin 1917). Pingault « J’ai refusé d’obéir parce que je ne veux pas aller aux tranchées ; faits de moi ce que vous voudrez, mais c’est inutile, je comprends que l’on se moque de moi. »
Rapport bâclé destiné à accompagner la demande de grâce : « Le 29 mai 1917, à Haprès (Serbie), le sous-lieutenant Andrieux, du me corps lui donnait l’ordre de monter aux tranchées de 1ère ligne établies en face de l’ennemi. Il refusa formellement. Son attitude à l’audience a été scandaleuse. Pingault, qui a essayé sans succès de se faire passer pour un déséquilibré afin d’excuser sa lâcheté est un récidiviste du refus d’obéissance. Il a commis un crime d’autant plus impardonnable qu’il a déclaré ne pas le regretter et être disposé à le renouveler si l’occasion s’en présentait. Sa condamnation à la peine de mort, prononcée à l’unanimité, a été approuvée par tous ses camarades présents et une commutation de peine serait du plus déplorable effet dans la Division. »

recours en révision rejeté le 26 juin 1917, rejet de grâce présidentielle le 27août
Pingault est fusillé dans le ravin est du camp de Mortreuil près d’Iven (Serbie) le 28 août 1917 en présence des troupes à 6h 15.

Septembre

 
Gustave Charles Marie Camus, né le 5 décembre 1885 à Chaumont (Haute-Marne), marbrier à Thil (Aube) marié, un enfant, 2è classe au 54è RIC, condamné le 21 juillet 1915 par le CG de la 71è DI pour refus d’obéissance (5 ans)et le 30 septembre pour abandon de poste et port illégal d’insignes (5 ans), relevé de punition chargé (232 jours de prison, 59 de cellule) essentiellement pour ivresse et absence illégale.
Il n’y a pas de véritable rapport au dossier, ni d’interrogatoire, Camus ayant refusé de s’expliquer devant le substitut du Commissaire-rapporteur (celui désigné ayant été évacué). Une « note explicative » expose les motifs de son incarcération, demandant qu’il soit placé au poste de police en attente du jugement « étant d’un exemple déplorable pour la Cie » :
Le 8 mai 1917, le soldat Camus s’est présenté à la visite du médecin à Brnik et a été exempté de sac. Son sac devant être porté par un mulet du bataillon, le soldat Camus reçut l’ordre d’accompagner le mulet pour pouvoir prendre son sac dès son arrivée en ligne. Arrivé à la tranchée nord du Rocher Mazoyer à minuit, son chef d’escouade le portait manquant. »
CG de la 17è DIC : « J’étais ivre, je me suis couché derrière les rochers puis je suis parti pour Salonique m’amuser un peu. »
Selon ses déclarations aux gendarmes de Salonique, il ne s’est réveillé que le lendemain matin, sa Cie étant partie. Le sur-lendemain, il est monté sur un camion automobile et après être passé par diverses gares, couchant dans des tranchées abandonnées, il est arrivé à Salonique où il ne se souvient pas de grand-chose, étant ivre la plupart du temps, sinon avoir été réveillé parce qu’un individu revêtu d’un uniforme de soldat russe lui faisait les poches, emportant ses papiers personnels, des photographies et de la correspondance.
Recours en révision rejeté le 14 juillet 1917, recours en grâce rejeté le 5 septembre 1917.
Camus est fusillé au même endroit que le précédent, près d’Iven (Serbie) le 10 septembre à 6h 15.
Inventaire des objets laissés à la Prison de la prévôté, dressé le 14 septembre : une bague en aluminium, 17 lettres, une liste de différentes adresses, une feuille (mémoires du décédé), 10 enveloppes télégrammes, un portefeuille en drap.


Konan Bo, né vers 1885 à Foto-Bo (Côte d’Ivoire), cultivateur, marié, 2 enfants, soldat au 68è Btn de Tirailleurs sénégalais
CG de la 10è DIC (14 août 1917)
Déposition du Lieutenant Merguy : « Le 1er août, Konan-Bo ayant fait une absence irrégulière à Baccarat, avait étét arrêté et ramené à sa Cie le 2 août. Je voulus le faire venir pour lui signifier une punition. Il refusa et s’armant de son fusil mitrailleur s’opposa à toute tentative de contrainte. Il m’a même mis en joue. Et présence de son état d’excitation, et étant donné que c’est un très bon tirailleur, je n’ai pas voulu le contraindre à l’obéissance sans en avoir référé au Commandant du Bataillon. Le Commandant estima préférable d’attendre que Konan-Bo soit calmé. Aussi se borna-t-on à la faire surceiller par des tirailleurs, sur sa promesse qu’il ne bougerait pas. Il partit néanmoins et deux patrouilles lancées à sa poursuite ne réussirent pas à le rejoindre. »
Konan-Bo : - Le lieutenant m’a menacé de me faire tuer.
Merguy : - C’est faux.
Déposition de Marcel Marchal : « Nous revenions de Bertrichamps : je marchais à 20m environ en avant de Mme Baderot ; derrière elle, à une certaine distance venait mon père. J’ai entendu Mme Baderot crier « au secours » puis deux coups de feu ont retenti. Je me suis retourné et j’ai vu Mme Baderot courir. Je me suis sauvé et j’ai entendu trois nouveaux coups de fusil. Les coups de fusil étaient tirés derrière Mme Baderot. Il pleuvait. »
Déposition du soldat Paul Paoli : « Nous allions en détachement de Badonviller à Bertrichamps rentrant des travaux. On a tiré sur nous du bois avec un fusil mitrailleur. Nous avons vu alors un sénégalais derrière nous et à gauche. Nous avions nos fusils sans cartouches. Mon camarade Morisseau a été blessé. Le sénégalais a tiré quand nous avons été passés.
Le soldat Branucci précise : « En passant à Neufmaisons, des habitants nous avaient prévenu de la présence dans les bois d’un sénégalais qui avait tué une femme... »
Déposition du soldat Bert : « Nous allion de Bertrichamps à Vacqueville, mon camarade Deshayes et moi : 1400 mètres environ avant d’arriver à Veney, deux coups de feu ont été tirés sur nous. Mon camarade a été blessé. Il a tiré sur nous toutes les cartouches d’un chargeur : il a tiré sur nous, en arrière et à droite. Nous étions passés quand il a tiré. C’était un nègre : mais je ne pourrais le reconnaître.
Konan-Bo : - Tout cela est arrivé parce que le Lieutenant voulait me faire tuer.
Le président : - Quelle était la position de la femme par rapport à vous ?
Konan-Bo : - il y avait du brouillard, j’étais caché dans le feuillage, je ne l’ai pas bien vue. J’ai entendu des pas ; j’ai cru que c’était des soldats qui venaient m’arrêter.
Le Président : - Pourquoi, le lendemain, avez-vous tiré par derrière sur des soldats ?
Konan-Bo : Voyant des soldats en armes, j’ai cru qu’ils venaient m’arrêter, car ils s’étaient retournés et m’avaient vu au moment où j’étais allé boire de l’eau : c’est pourquoi j’ai tiré sur eux.
Le Président : - Pourquoi avez-vous tiré sur un deuxième groupe de soldats.
Konan-Bo : - Je n’ai pas tiré sur eux.
Epilogue : Dans la nuit du 4 au 5 août, souffrant de la faim et du froid, Konan-Bo se rendait au poste de police de Baccarat. « J’avais passé par les bois le long du chemin de fer. Je savais bien que si on m’avait pris, on m’aurai conduit au Lieutenant qui m’aurait fait tuer. J’ai mieux aimé me rendre à Baccarat plutôt que de me laisser prendre dans les bois. »
Pas de pourvoi en révision ni de demande de grâce. Konan Bo est fusillé au champ de tir de Neuvilles le 12 septembre à 5h30.

Keita Birama, né en 1892 à Sarifrran (Soudan), commerçant, tirailleur de 2è classe au 61è Btn de Tirailleurs sénégalais
Le 29 avril 1917, le 89è BTS est consigné dans son cantonnement de Clermont, près de Nanteuril-les-Meaux, les hommes affectés à des travaux de propreté et de fabrication de râteliers d’armes. Enfreignant les ordres, Birama sort du cantonnement et part se promener dans le village voisin. Il finit par y rencontrer le sergent de jour Raynaud qui fait sa ronde. Fâché d’être interpellé sur son identité et son numéro de Cie Birama « injuria le sergent et s’avança menaçant vers lui ». Alertés par le bruit l’adjudant du poste de police intervient et parvient avec difficulté à ramener Birama. Arrivé au poste celui-ci se couche et s’endort. Mais vers 16 heures quand il se réveille, sa colère revient et il décide de tuer l’adjudant Raymond. Trompant la surveillance, il sort et se dirige vers son cantonnement pour aller chercher son fusil. Il aperçoit Raymond discutant avec une dame et un autre sous-officier. Il continue son chemin, charge son arme et revient à l’endroit où il a vu son chef ; se mettant à genoux, il tire froidement deux coups de fusil. Le premier atteint le sergent Raymond qui s’effondre et meurt quelques instants après. Le second atteint le caporal Simon qui meurt des suites de ses blessures à l’hôpital de Meaux le premier mai. Au bruit des détonations surgissent, accompagnés de quelques tirailleurs, les sergents Chrétien et Bonal. Birama tente de retourner sa baïonnette contre le premier, mais il est maîtrisé et ligoté. Ecroué le 15 juillet [seulement?] à la prison de la prévôté, Birama reconnaît les faits mais explique qu’il a réagi à la provocation et que le sergent Raynaud lui aurait donné trois gifles devant témoin.
« Dans son rapport, le commandant de Cie déclare que le sergent Raynaud était très doux avec les indigènes, qu’il n’avait jamais punis depuis trois mois qu’il était au corps : c’était un excellent serviteur, plein de zèle ; par contre, les renseignements donnés sur le compte de l’inculpé lui sont très défavorables : paresseux, sournois, très vaniteux, il use de tous les moyens pour se soustraire au service… détestant les européens et ne voulant pas être commandé par des blancs ».
Derrière les relents de racisme qui pointent dans les témoignages de l’encadrement européen, on peut se demander par la simple constatation de la date des faits, s’il n’y aurait pas eu un règlement de compte envers un agitateur susceptible d’entraîner d’autres tirailleurs dans un mouvement d’opposition au commandement, car le gentil Raynaud n’était peut-être pas aussi bienveillant que ses égaux veulent le souligner.
Interrogatoire Birama : « dans la rue j’ai été arrêté par un sergent que je connais très bien parce qu’il est de ma Cie. Il m’a arrêté et m’a demandé mon nom. Je lui ai dit « tu me connais, je suis de ta Cie » Le sergent m’a dit de me mettre au garde-à-vous, je l’ai fait, puis il m’a demandé ma plaque, je lui ai dit que je n’en avais pas. Le sergent m’a attrapé le poignet et relevé ma manche pour voir si j’avais une plaque. Aussitôt il m’a traité de cochon et de salaud et m’a donné trois gifles. Je suis resté au garde-à-vous et je lui ai dit merci. »
Un médecin qui passait par là revenant d’une promenade à cheval, donna les premiers soins au caporal Simon. Il ajoute incidemment : « De plus j’allais voir l’assassin qui se plaignait de douleurs à la face. Je constatais que les contusions de la face étaient sans gravité ». Sans gravité peut-être, néanmoins ces contusions sont visibles… Il se pourrait qu’elles soient dues à l’intervention du sergent Bonal qui frappa le tirailleur après que Chrétien l’eut désarmé.
Toute cette affaire est d’autant plus suspecte qu’aussitôt donné l’ordre d’informer, le CG de la Viè armée se désépaissit (le 22 mai), « et renvoie le dossier devant le CG dont dépendent les éléments du 89è Bataillon de tirailleurs sénégalais, dissout, versés dans le Unités du 1er C.A.C. »
CG de la 3è DIC (18 août 1917). Recours en révision rejeté le 21 août 1917
Birama est fusillé à Baslieux-Lès-Fismes (51) le 12 septembre 1917
Hébert Georges, médecin aide major des troupes coloniales : « Après le feu de salve du peloton d’exécution le condamné n’était pas mort. J’ai dit alors au Sergent Stuber de donner le coup de grâce dans l’oreille du condamné. Ce coup de grâce n’ayant encore pas déterminé la mort j’ai fait tirer un second coup de revolver dans la région temporale gauche de Birama Keita qui s’est alors affaissé mort. Après le défilé des troupes j’ai examiné le cadavre sur lequel j’ai constaté onze orifices d’entrées de balle situés respectivement, un au-dessus de la base du sternum à deux centimètre environ, un dans la région sous-claviculaire droite, un au-dessus (1cm du mamelon droit, trois le long du bord droit su sternum, un au niveau du bord gauche du sternum à l’insertion du cartilage de la 5è côte gauche, quatre dans la région abdominale à droite de la ligne médiane. Les orifices de sortie de ces balles étaient situés dans la région lombaire et dans la région dorsale. »
Sa fiche de décès portant « genre de mort : Inconnu » il est déclaré Mort pour la France.
 
Louis Émile Martinel, né le 13 décembre 1894 à Dombasle (Meurthe et Moselle), manœuvre, chasseur de 2è classe au 3è BMILA, condamné 6 fois pour vol, pèche et chasse, et le 31 mai 1917 pour pour désertion (3 ans). Blessé à Nieuport et évacué sur l’hôpital de Zuydkoote (sic) le 1er janvier 1917.
Martinel quitta son régiment qui montait d’Hermonville aux tranchées dans la nuit du 9 juin 1917. Il était deuxième pourvoyeur de fusil mitrailleur et transportait un havresac de 384 cartouches qui ne fut pas retrouvé. Il fut arrêté le 17 juin au Muy (Var) par la gendarmerie, après être passé par Dombasle, et Marseille, tentant de rallier à pied Saint-raphaël. Rapport : « il dit avoir agi par dégoût n’en voulant plus de la guerre »(sic) ; « J’ai fait cela à raison d’une affaire de famille très triste... Depuis deux ans et demi que je n’ai pas pu obtenir de permission, j’ai décidé de me rendre chez moi sans titre d’absence. » Ramené au corps le 25 juin et mis à la section spéciale (disciplinaire), Martinel faisait partie d’une corvée de transport de matériel de Cauroy aux première ligne dans la nuit du 27 au 28 juin. Il profite de la confusion de nombreuses corvées de ravitaillement pour se faufiler parmi elles et s’évade : il fut arrêté à la gare de Contrexéville le 30 juin 1917. Retourné à son corps par la prévôté du Bourget le 14 juillet.
CG de la 45è DI. Pourvoi en révision rejeté le 13 août (absence de moyen), recours en grâce rejeté le 11 septembre 1917. Fusillé à 300m au nord de la bifurcation du château de Neuville avec le chemin de Sainte-Gemme (Marne) à Goussancourt et en bordure de la route, le 13 septembre à 6h, en présence de 4 pelotons du 1er BMILA, 4 du 3è, 2 du 1er RMT


Gustave Georges Renold Colnion, né le 14 novembre 1896 à Maubeuge, 2è classe au 43è R.I.
CG de la XIIè région. Minutes du procès, question :

 
On apprend encore des Minutes du procès que deux flacons de cyanure de potassiuem furent présentés comme pièces de conviction, et que le cousin de Colion, Edouard fut appelé à témoigner en vertu des pouvoirs discrétionnaires du président (on ignore la teneur de ses propos).

Pourvoi en révision : annulation partielle sans renvoi, concernant la seule « dégradation militaire »
« Attendu qu’il résulte… que les faits reprochés à Colnion ont été commis par lui à Maubeuge du mois d’août au commencement du mois de novembre 1915 ; Que le 5 novembre 1915, il a franchi la frontière hollandaise avec l’aide des autorités allemandes, a été dirigé de la Hollande sur l’Angleterre, puis en France où il a été incorporé le 19 novembre 1915 au 43è R.I. à Limoges et que les faits à raison desquels il a été poursuivi sont tous antérieurs à son incorporation... »
Limoges, le 13 septembre à 6h30

Entrefilet du Midi socialiste (daté 15 septembre 1917)



Carnets de guerre d’Henri Camus, le 28 juillet 1917 : « On a appris aujourd’hui que le fils de Colnion, le pharmacien de Louvroil, avait été fusillé à Limoges pour trahison et correspondance avec l’ennemi. Le même sort l’attendait à Maubeuge après la guerre. »
 

26 octobre 1937 :
« Le ministre de la défense Nationale et de la guerre au Commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Bordeaux. En vue de l’obtention de la médaille de la Reconnaissance Française, le sieur Hannecart, Marceau, demeurant à Valenciennes, sollicite la délivrance d’un certificat établissant sa qualité de dénonciateur d’un individu du nom de Colignon, qui aurait été passé par les armes à Limoges vers le mois d’août 1916.
En réponse à votre dépêche du 26 octobre 1937, j’ai l’honneur de vous rendre compte que, malgré les recherches effectuées dans les archives du Conseil de guerre de la 12è région, aucune affaire Colignon n’a pu être découverte. Toutefois, à la date du 19 juillet 1917, ce CG a condamné à la peine de mort le soldat Colnion Gustave… pour avoir, en 1915, à Maubeuge, entretenu des intelligences avec l’ennemi et plus spécialement avec le Capitaine Kirkerklein [von Kirchenheim], chef de bureau de la police secrète allemande de la komandantur de Maubeuge. Colnion a été fusillé le 13 septembre 1917. Mais le dossier de cette affaire envoyé le 2 avril 1919 au CG de la 10è armée n ‘a pu être retrouvé malgré les recherches effectuées à la suite de plusieurs demandes faites par le Commissaire du Gouvernement de Limoges... »
Le dénonciateur n'obtiendra pas sa médaille.
 
A lire les dossiers officiels de septembre, on remarque qu’il n’y est plus question que de quelques abandons de poste ou d’affaires criminelles. La dernière révolte officiellement recensée est celle du 191è R.I. à Senoncourt. Si ce mois de Septembre semble calme, il s’y déroule en réalité le plus effroyable des crimes de guerre, nié par les autorités qui appliquent la tactique médiévale expérimentée à Coeuvres et Missy en exterminant les soldats russes emprisonnés au camp de La courtine.


Lucien Joseph Émile Lefranc, né le 13 février 1889 à Fontaine-Notre-Dame (Aisne), célibataire, terrassier, soldat au 166è R.I.
Alfred Stock, né le 29 mars 1885 à Dizy (Marne), célibataire, chauffeur à Magenta, déserteur du 13 juillet 1916 au 29 juin 1917, où il est arrêté dans l’Aisne au hameau Le Sart, gréviste du 22 juillet.
CG de la 132è DI audience du 4 août 1917 : Minutes uniquement, ce qui n’est pas étonnant puisqu’il s’agit de la répression des mutins du 166è R.I. accusés d’abandon de poste et/ou de refus d’obéissance de façon à déguiser des faits sur lesquels demeurent très peu d’information, mais dont on sait que le point culminant fut atteint le 22 juillet près de Mourmelon, caractérisé par le refus de s’équiper pour monter aux tranchées d’une centaine de soldats. Ces « incidents » avaient été précédés à partir de la mi-mai par un grand nombre de désertions, dont celles au 19 juin.

Liste des autres inculpés
Caporal Marcel Alexandre Roger, 25 ans, boucher, jamais condamné, abandon de poste EPE, désertion EPE, refus d’obéissance pour marcher à l’ennemi (22 juillet)
Caporal Magloire, Alexandre Leloup, 29 ans, marié, 3 enfants, employé de commerce, jamais condamné, AP et désertion EPE, ROME (19 juin, Mourmelon et 22 juillet)
Clairon Marcel Lucien Lécrivain, 23 ans, célibataire, charcutier, jamais condamné, AP et désertion EPE, ROME, (27 mai au 4 juin , Vaudemange et tranchée d’Erfuhrt, et 22 juillet)
Gaston Peugnet, 30 ans, marié 1 enfant, mineur, désertion EPE, ROME (27 mai Billy-le-Grand, et 22 juillet)
Charles Louis Mathieu, 24 ans, célibataire, manœuvre, désertion à l’intérieur, ROME (17 juin 1917 Troyes et 22 juillet)
Charles Frappart, 30 ans, marié 1 enfant, journalier, jamais condamné, désertion EPE, ROME (12 juin Mont Cornillet, arrêté à Paris le 25 juin, et 22 juillet)
Ernest Joseph Duhamel, 23 ans, célibataire, employé de commerce, AP et désertion EPE, ROME (19 juin et 22 juillet)
Alphonse This, 43 ans, marié, découpeur, AP et désertion EPE, ROME (19 juin tranchée d’Erfuhrt au Mont-Blond et 22 juillet)

Denis Rolland :
Le 22 juillet, malgré les injonctions du lieutenant Chaub et du capitaine Cuburu, les hommes refusent de s'équiper pour se rendre aux tranchées du Mont-Blond. Dix d'entre eux sont arrêtés, ils étaient déjà tous coupables d'abandon de poste ou de désertion... Deux d'entre eux ont un passé particulièrement chargé. Lefranc a déserté du 28 mai au 6 juin, puis du 17 au 23 juin. Dans la nuit du 9 au 10 juillet, il a quitté la prison mais il est revenu de lui-même. Stock a déserté le 16 juillet 1916 et a été arrêté le 29 juin 1917. Le 4 août, les sanctions du conseil de guerre de la 132è DI sont très lourdes : cinq hommes sont condamnés à mort à l'unanimité : Lefranc lucien, Stock Alfred, Frappart Charles, Duhamel Ernest et Roger Marcel. Quatre autres écopent de vingt ans de travaux forcés et un de cinq ans de prion. Le président de la république commue la peine de trois des condamnés à mort.

Le lieutenant Chaub, malade, n’a pu assister au conseil.
Lefranc qui n’est inculpé que de Refus d’obéissance, pour la révolte du 22 juillet, a forcément été considéré comme meneur, puisque de grade moins élevé que deux des condamnés à mort graciés, il a tout de même été envoyé au poteau.

Pourvoi en révision rejeté le 13 août 1917. Recours en grâce rejeté.
Lefranc et Stock sont fusillés à Soulanges le 22 septembre 1917 à 6h30.



Konaté Ibrahima, né en 1890 à Gangan (KanKan, Guinée), cultivateur, marié, tirailleur de 1ère classe au 95è BTS
Le 28 août 1917 à Iven en Serbie, Konaté Ibrahima, seprécipite avec son fusil et un coupe-coupe vers l’abri aménagé le matin-même sous un rocher pour le repos des officiers Gallo et Roussel durant les heures chaudes. Ceux-ci sont assoupis. Il tire un coup de fusil qui ricoche sur la roche, Gallo, réveillé par le bruit, tente de le désarmé et reçoit un coup de coupe-coupe en plein front. Roussel cire : « Au secours, on tue Gallo », ce à quoi Gallo répond, « Fuyez, il va vous tuer » Ils roulent dans le ravin, continuant la lutte. Gallo est frappé par l’arme blanche à la tête, puis dans le dos. Il s’évanouit. Ibrahima remonte et tire deux coups de fusil sur le sous-lieutenant Roussel qui s’effondre mort.
Ottari Joseph, cultivateur à Bastilica (Corse), soldat au 95è BTS : « J’étais avec Géraldi vers 13h30 sur un rocher dominant l’endroit àù le sous-lieutenant Roussel et le sergent major Gallo reposaient. Nous avons tout-à coup entendu le bruit d’un coup de fusil et des cris. Je vis le sergent-major Gallo aux prises avec un tirailleur qui avait le coupe-coups à la main. Le sergent-major roula au bas du rocher. Je descendis précipitamment avec l’intention de porter secours au sergent-major mais étant tombé en cours de route, je perdis du temps. Quand je me relevai, le tirailleur me mit en joue mais ne tira pas. Je le vis ensuite s’enfuir, pénéter dans la tente du Caporal Teillard pour lui tirer deux coups de fusil et donner plusieurs coups de coupe-coupe. Je suis allé ensuite prendre mon fusil et j’ai tiré trois balles sur le tirailleur meurtrier qui s’enfuyait dans la direction de l’Infirmerie. »
Ibrahima dit que le sous-lieutenant Roussel, le « taquinait » déjà à Saint-Tropez, et qu’il avait décidé de le tuer par vengeance. Les témoins décrivent Roussel comme un chef bon « et très doux ».

Notes d’audiences du CG de la 17 DI (8 sept 1917) :
D : - Pourquoi avez-vous tué votre lieutenant ?
R : - Je l’ai tué parce qu’il me détestait.
D : - Et le capitaine Teillard ?
R : - J’étais ensuite excité, je voulais tuer tout le monde, je veux dire tous les européens !
D : - Regrettez-vous au moins ?
R : - Non, je suis content d’avoir tué mon lieutenant !
D : - Vous savez que les crimes que vous avez commis vous exposent à être fusillé vous-même ?
R : - Oui, je dois être fusillé. Moi tuer… moi fusillé, il y a bon !
D : - Avez-vous encore quelque chose à dire ?
R : - Je suis content, je voulais tuer tous les Français.
Devant la limpidité et l’intransigeance d’un tel discours, on ne peut que s’incliner.
Rejet de grâce présidentielle le 18 septembre.
Camp Mortreuil à Iven (Serbie) le 24 septembre à 6h30. Grande parade (3 Cies, section dartillerie, section du Génie)




Basile Théodule Buttard, né le 24 février 1896 à Albiez-la-Jeune (Savoie), à 7 ans ramoneur, à 16 ans garçon vacher au Parc de la Tête d’or à Lyon, cultivateur, sapeur-mineur au 2è Rgt du Génie  « s’étant dit René. Le prétendu René a sur la poitrine un tatouage représentant une tête et un buste de femme. Il a un autre tatouage, un petit croissant entre les deux sourcils », selon d’autres une hirondelle, à l’avant-bras gauche un vase de fleurs avec l’inscripion à ma mère, Enfant de malheur» et une pensée. Taille 1,72 à 1, 75m, visage allongé couvert petits boutons rouges, joufflu, moustache rasée, sans barbe, nez petit, allongé rectiligne. Condamné le 14 décembre 1915 pour coups sur gardiens de prison militaire.


 

Le 7 février 1917, le commissaire de police du 3è arrdt à Montpellier fut appelé à constater le décès de la fille Alice Aubert, âgée de 26 ans, vivant de ses charmes. Une blessure à hauteur du coeur faite avec un couteau avait déterminé la mort. Une chemise d’homme était encore sur le lit, une tirelire avait été brisée. L’enquête montre que le crime a eu lieu dans la nuit du 5 au 6, et « que parmi les derniers hommes aperçus au domicile de la défunte se trouvait un soldat qui depuis peu de temps, se montrait assidu chez Alice. », « que des objets divers, de toilette ou de vêtements on été venus dans le quartier interlope de la rue de la Méditerranée par les soins de femmes complaisantes et de militaires qui étaient leurs compagnons momentanés. C’est grâce à ce trafic, opéré sur des chaussures, des fourrures, un manchon, de la lingerie – aux dates des 6 et 7 février – que l’on put identifier les personnages mêlés de près ou de loin à l’affaire criminelle.

 
Un certain Eugène Ferrandi, qui devait épouser Alice et exploiter avec un fond de commerce dont elle avait fait l’achat (une « maison à gros numéro ») dresse ainsi la liste des possessions de sa future : deux paires de boucles d’oreilles or, une bague marquise avec brillants, une alliance, sic chemises trois pantalons de lingerie, sept serviettes nid d’abeille, un porte monnaie, un parapluie, dont quelques unités furent retrouvées ultérieurement à Marseille au domicile de la fille soumise (pensionnaire de « maison ») Aline Hennechell, à savoir : un sac à main de cuir, un panrtalon de femme en coton mauve, une serviette éponge, un manchon de fourrure noire, une fourrure noire à deux têtes, un parapluie noir. Elle déclare que le manchon, la fourrure, les bottines lui ont été données par son amant le soldat Buttard parti pour Salonique à la date du 10 février 1917. « Cette fille Hennechel était venue [de Cette] à Montpellier fin Janvier 1917, y avait pris le nom de Fernande Agussol [car elle était recherchée pour plusieurs faits d’entôlage] et avait et avait fait la connaissance du soldat Buttard dans les premiers jours de février, grâce à l’entremise de la nommée Jeanne Grégoire et du soldat, amant de celle-ci. » Selon la fille Hennechel toujours les objets lui auraient été remis en une fois, le 6 février vers 23h30, dans sa chambre, après une séance de cinéma à laquelle Buttard l’avait conviée. Il serait retournée chercher les vêtements de prix, n’ayant emporté le matin du crime qu’une bague à laquelle il attachait la valeur sentimentale d’un souvenir. l’expédition nocturne aurait eu lieu avec l’assistance d’un soldat du nom de Caillou, vainement recherché.
Buttard : « Aline et moi avons passé une partie de la soirée au cinéma Pathé. Nous sommes revenus au domicile d’Aline. Cette femme m’a déclaré de nouveau qu’elle voulait me suivre à Marseille. Je l’ai quittée pour rejoindre mon détachement à la caserne. Aline se trouvait dans le train qui devait nous emporter. Je suis monté dans son compartiment et nous avons voyagé ensemble jusqu’à Marseille où nous sommes arrivés le vendredi 9 vers 9 ou 10 heures du matin. Le détachement est entré au Dépôt près de la gare. Aline m’a fait appeler vers midi et demi, nous avons déjeuné ensemble et nous avons loué une chambre à l’Hôtel du Sport, rue du Petit saint-Jean. »

La bague fut mise en gage par Buttard à Marseille le 9 février, veille de son départ pour Salonique.
Buttard nie le crime, et en rend responsable un mystérieux civil. Mais le 6 février au restaurant Paparel, Buttard commet l’imprudence de dire au soldat Joseph Nicolle : « On s’apercevra bientôt qu’une femme a été tuée. C’est moi qui ai fait le coup. » Ce Joseph Nicolle du 44è chasseur est probablement l’amant de Jeanne Grégoire, à qui il écrit à de multiples reprises, des lettres signées Lulu, car il se fait appeler Léon et non Joseph.

CG de la XVIè région de Corps d’Armée (31 juillet 1917)
- Avez-vous autre chose à dire ?
L’inculpé se met à rire, répond : La Messe »
 
Recours en révision rejeté le 11 août 1917, rejet en grâce le 26 septembre
Buttard est fusillé dans l’enceinte de la Citradelle de Montpellier le 28 septembre à 6h30.

(Plus)

 Octobre


Alfred Janin, né le 28 octobre 1885 à Plainpalais (canton de Genève), boulanger à Lyon, célibataire, 2è classe au 30è R.I., 6è Cie, condamné en mai 1905 pour désertion en temps de paix, relevé de punition : 239 jours de prison, 47 de cellule, affecté à la Section de Discipline de Biskra le 6 septembre 1906.
Alfred Janin abandonne son unité le 12 juillet 1916 à 6h au camp de la Béholle (Meuse) alors qu’elle doit monter en première ligne. Il est atteint de tremblements nerveux incontrôlables. «  je ne peux supporter aucun coup de fusil ou de canon.Je ne regrette pas cet acte puisque mon état de santé ne me permet pas de supporter les fatigues de la guerre ».Il se rend à Dugny où il séjourne quatre mois, survivant en vendant des journaux aux troupes de passage et en travaillant au champs. Le 15 novembre 1916, il quitte la région en prenant un train de permissionnaires et se rend à Lyon, où il travaille comme boulanger chez une dizaine de patrons différents. Le 25 février 1917, il décide de sen rendre à Rumilly chez ses parents, mais il est arrêté le lendemain par la gendarmerie à St Marcel-Bel-Accueil. Reconduit à son corps il est dirigé sur Fignières le 3 mars, mais au lieu de rejoindre son unité, il gagne Creil, traverse Paris et revient à lyon le 6 mars 1917. Excerçant toujours son métier de boulanger, il y vit jusqu’au 6 juillet 1917, date à laquelle il est arrêté par des agents de la brigade cycliste. Les expertises médicales attestent de sa pleine responsabilité et de l’absence de « maladie nerveuse ».
CG de la 28è DI, recours en grâce présidentielle rejeté le 30 septembre 1917 :
Janin est fusillé à l’ouest de Chavigny (Aisne), route de Villers-la-Fosse « chemin de terre à gauche après avoir passé la voie métrique » le 1er octobre 1917 à 6h30
« Je soussigné Meunier Camille… déclare avoir constaté l’existence de 7 orifices de balles situées dans la région thoracique antérieure au voisinage du cœur, au cou et l’une à la face. Comme il paraissait respirer faiblement j’ai jugé le coups de grâce nécessaire et le lui ai fait donner. »


Théophile Bouveur, né le 18 juillet 1890 à Avallon (Yonne), tailleur en confection à Paris, célibataire, tirailleur de 2è classe au 2è RMT ; 1,68m blond aux yeux gris, un tatouage représentant une médaille tête de mort sur le sein gauche, une pensée à l’avant-bras gauche, une mosquée (?) bras gauche, une rose avant bras droit une caricature d’officier bras droit, une colombe épaule droite, MAROC sur l’épaule droite, buste de femme sur l’omoplate droite. Blessé à la cuisse gauche le 8 juin 1916 à Bettancourt et commotion cérébrale le 15 décembre 1916 au ravin du Helly (Verdun). Condamné qu Maroc pour « sommeil en faction en présence de l’ennemi »(1913). Prétendument caporal deux fois cassé.
L’abandon de poste reproché à Bouveur aurait eu lieu le 19 juillet 1917 : Bouveur aurait accompagné un camarade zouave partant en permission avec qui il déjeune à Nancy. Il est « arrêté » par la police à la gare qui le laisse repartir. Il arrive à Champenoux où cantonne son régiment le même jour à 19h, et couche dans le Bois des Cent-Chênes, n’ayant pas le mot de passe pour regagner le cantonnement. Le lendemain matin, à 8 heures, il est de retour à son poste.
Le 9 août 1917, alors qu’il est ramené à Bruley sous garde de police (en prévention de CG) Bouveur voit maltraiter le tirailleur Zoli, qui aurait devant la population du village accourue pour voir le défilé, fait du scandale et insulté le sous-lieutenant Darbelet. S’avançant vers cet officier, Bouveur s’écrie : » Que de bons coups de trique se perdent ! Heureusement qu’ils ont du galon sur les bras ! » Comme Darbelet lui intime de se taire, il le saisit à la gorge et le frappe d’un coup de poing au visage. Le sous-lieutenant Bacquès se porte au secours du gradé et frappe Bouveur de sa canne. Bouveur lâche Darbelet et se jette sur Bacquès avec qui il roule à terre. Un officier survient, revolver au poing. Bacquès a finalement le dessus et fait enfermer Bouveur aux quartiers disciplinaires.
CG de la 37è DI. (30 août 1917) jugé avec Emile Zoli, accusé de voies de faits et outrages envers supérieurs (à quoi s’adjoint l’abandon de poste pour Bouveur)
Zoli (à l’audience) : « A l’arrivée au cantonnement, j’ai demandé à l’adjudant Vermeille pourquoi il enfermait les punis alors que le capitaine adjoint avait dit au cours de l’étape qu’on les ramenait à leurs compagnies respectives. Mes camarades m’ont soutenu dans mes réclamations. A ce moment j’ai reçu un coup de bâton. Puis le sous-lieutenant Darbelet est arrivé pour m’imposer silence. Je lui ai répété qu’on devait nous renvoyer à nos compagnies. Il a levé alors son sabre en me menaçant et comme je continuais à parler, il m’en a frappé. C’est d’ailleurs fréquent aux tirailleurs que les officiers frappent les hommes.Après avoir été frappé j’ai crié tout haut : « C’est honteux de traiter ainsi des soldats français » On s’est alors jeté sur moi, il y a eu bagarre et on m’a emmené aux locaux disciplinaires. J’avais la tête en sang et l’on a refusé malgré ma demande de me faire conduire à l’infirmerie. » (Voilà ce qui lui vaudra seulement dix ans de TF)
Bouveur : « Je suis intervenu quand j’ai vu le sous-lieutenant Darbelet frapper mon camarade Zoli. Je me suis précipité en avant en disant tout haut : « C’est honteux de frapper des soldats français ». Immédiatement je recevais sur la tête un coup de fourreau de sabre que me donna le sous-lt Darbelet. Je me suis alors jeté sur lui, l’ai saisi par le cou et nous avons roulé sur le sol. Un officier que j’ai su après être le s/lt Bacqès est intervenu et m’a asséné un coup de canne sur la tête ; je me suis retourné contre lui et nous nous sommes battus. Quand ce fut fini, j’étais couvert de sang et on m’a emmené à l’infirmerie. Je n’aurais jamais frappé mon officier si je n’avais été frappé le premier. Je suis intervenu parce que mon camarade Zoli était frappé et avait sur lui trois personnes.
Darbelet : « [En arrivant] Au cantonnement de Bruley je vois un rassemblement devant la remise qui devait êtrele local disciplinaire. Zoli discutait violemment avec l’adjudant Vermeille. Je veux le faire taire. Il me dit : « Tu es trop jeune, enlève ta veste et nous verrons ». Je réponds « Jen’ai pas à enlever ma veste, je vous ordonne de vous taire ». Il se tourne vers lepublic, civil et militaire, et dit : « Vous comment comment aux tirailleurs on traite des français ». De nouveau je lui ordonne de se taire. Il s’avance vers moi. Je lève mon sabre au-dessus de mon épaule. Il se précipite pour saisir le fourreau. A ce moment le caporal Schmidt l’empoigne et avec l’aide d’autres gradés on l’emmène aux locaux disciplinaires ». - L’intervention de Bouveur paraît racontée de façon moins mensongère- : « [Bouveur et Bacquès] roulèrent ensemble sur le sol et le Lt Reymond allait faire feu sur Bouveur quand le Lt Bacquès ayant réussi à maîtrise ce dernier arrêta le geste du Lt Reymond ». Personne parmi les témoins ne prend le risque d’affirmer qui a frappé le premier, ils n’ont vu que de loin l’altercation, ayant été rapidement dispersés par des sous-officiers.
Après le procès, deux juges signent une recours en grâce présidentielle, et, fait inhabituel, le commissaire rapporteur recommande la commutation de peine. Sur le même rapport l’appréciation du général Duplessis commandant la 17è DI est au contraire : «  Il n’y a pas que la lâcheté à réprimer. Il y a, et plus que jamais, l’indiscipline grave et la rébellion contre l’autorité. Je demande avec la dernière insistance, que le tirailleur Bouveur soit exécuté et qu’une décision rapide intervienne, les lenteurs habituelles ayant les plus fâcheux inconvénients ». Deux autres généraux lui emboîtent le pas.
La désignation de « meneur » étant utilisée au rapport, on peut se demandant -en relisant l’appréciation des généraux- s’il ne s’est pas agit en réalité de mater une révolte de plus grande ampleur dans la crainte d’une « contagion » d’indiscipline. De l’aveu du Lt reymond, la garde de police n’est pas intervenue car elle se trouvait entourée par les hommes finissant l’aménagement du cantonnement.
Lorsqu’on lui demande au cours de l’interrogatoire, s’il n’a rien à ajouter à ses déclarations, Zoli laisse échapper cette phrase : « non. J’ignore complètement l’origine de la mutinerie dons les punis sont les auteurs. Pour mon compte personnel, je n’ai rien dit ou fait qui puisse les inciter à commettre des actes d’indisciplines. »
A quelles sanctions sanctions s’exposait le commissaire-rapporteur pour avoir émis un avis réservé sur l’application de la peine de mort ?
Recours en révision rejeté le 4 septembre 1917
Bouveur est fusillé à Fains (55) le 1er octobre 1917 à 8h

Attien-Bobé, né vers 1893 à Diakodiokro (Côte d’Ivoire), cultivateur, 51è BTS
« Attien-Bobé était employé comme aide-cuisinier à la popote des sous-officiers européens de la 3è Cie [du 51è bataillon de tirailleurs sénégalais] ; il travaillait sous la direction du cuisinier Dumesnil. Le trois août vers 17 heures, [au cantonnement de Ciry-Salsogne], il était occupé à éplucher des pommes de terre dans le local servant de cuisine. Dumesnil était à côté de lui. Brusquement, sans explication, il sortit et disparut. Quelques instants après son départ, Dumesnil dit au sergent de jour Chartoire qu’Attien-Bobé avait disparu et qu’il avait besoin de lui pour son travail. Le sergent Chartoire se dirigea vers la cave qui servait de cantonnement à Attien-Bobé et à un groupe de sénégalais. Il l’appela de la cour et ne le voyant pas venir, il descendit quatre des marches de l’escalier et aperçut Attien-Bobé qui se dissimulait dans l’ouverture de la porte donnant accès à une seconde cave. Chartoire lui dit : « Viens, Dumesnil a besoin de toi » A cet instant Attien-Bobé sortit de sa cachette et braqua dans sa direction un fusil dont il manœuvra la gachette. Le coup ne partit pas. Chartoire, croyant que le sénégalais s’amusait lui dit : « laisse ton fusil et viens. » Attien-Bobé manœuvra alors la culasse de l’arme et en éjecta une cartouche qui venait de rater. Chartoire devinant alors les intentions du noir s’enfuit en criant : « Attention, Attien-Bobé est fou ». Le prévenu sortit dans la cour derrière le sergent. Il s’avança de quelques pas dans la direction de la cuisine. Sur une terrasse servant de chambre à four, à 2,50m de l’entrée de la cuisine.


Le sergent Lecalard et les caporaux Gérault et Brindejoue sciaient du bois. Attien-Bobé tira un coup de feu sur ce groupe. Les deux caporaux se couchèrent immédiatement à terre derrière un petit mur clôturant la chambre à four et le sergent Lecalard au contraire, au bruit du coup se dressa, voulut se précipiter dans la cuisine, mais au même instant il fut atteint par une balle et s’écroula en travers de la porte. Le caporal Gérault bondit alors sur Attien-Bobé, toujours armé et menaçant ; il le maîtrisa et le désarma lorqu’il cherchait à recharger son arme, dont le chargeur était vide de ses trois cartouches. On découvrit dans une poche d’Attien-Bobé une quinzaine de cartouches. Le sergent Lecalard fu atteint par le deuxième coup d’Attien-Bobé, à la base du cou, du côté droit à un demi-centimètre en arrière de la carotide. La balle qui le traversa de part en part sortit à la pointe de l’omoplate gauche… Dans son trajet la balle a occasionné une lésion de la moelle épinière, la blessure était ainsi mortelle… Attien-Bobé prétend n’avoir pas tué volontairement sa victime. D’après lui, il aurait prémédité de tuer le cuisinier Dumesnil auquel il reproche de ne pas lui donner à manger et de le faire littéralement mourir de faim. Le trois août il tenta de mettre à exécution le projet qu’il nourrissait depuis trois jours… Attien-Bobé avoue avoir quitté Dumesnil dans la cuisine pour préparer son assassinat… Il allait sortir pour commettre son crime lorsqu’il s’entendit appeler par le sergent Chartoire dont il reconnut la voix… Lorsque ce sous-officier fut à deux mètres de lui environ, il sortit de sa cachette et à bout portant tira sur lui ; le coup rata ; c’est à ce hasard seul que Chatoire doit la vie… Les témoins sont formels pour dire que le témoin a visé le groupe [Lecalard, Gérault, Brindejoue] : il n’a aps pu apercevoir Dumesnil. Ce témoin affirme en effet avoir été occupé pendant le drame, à hacher de la viande sur la table de la cuisine à l’extrémité opposée de l’entrée... Il est hors de doute que le prévenu ait voulu tuer Dumesnil et qu’il avait prémédité son acte. Mais il était décidé aussi à faire disparaître tous les obstacles qui pourraient entraver son projet. »



Albert Baptiste Pestre, commandant la 3è Cie : « Attien-Bobé profitant du désarroi général s’enfuit et fut arrêté à une centaine de mètres de là par un conducteur auquel il ne fit aucune résistance. J’interrogeais Attien-Bobé qui se refusa alors à me faire aucune espèce de déclaration. Il se contenta de me dire ; « moi y en a content de faire mort tout de suite ». Il se rendait compte de ce qu’il venait de faire, mais n’en était nullement impressionné. Dans sa mentalité de sénégalais il savait avoir mérité le châtiment suprême et il s’attendait à être fusillé séance tenante… Je n’avais pas à me plaindre de ce tirailleur ; il était en général doux comme tous les sénégalais ; il est de race « Baoulé » tout à fait primitif, rancunier et n’extériorisant jamais les sentiments pour ou contre quelqu’un. Les accidents de ce genre se produisent quelquefois ; d’habitude la répression suit immédiatement l’acte, car en principe le tirailleur s’enfuit avec ses armes et on est obligé de l’abattre pour en venir à bout… Dumesnil est un récupéré, il donne l’impression d’un faible et d’une intelligence très ordinaire. Il est possible qu’il ait fait une réflexion à Attien-Bobé du genre de celle dont ce dernier se plaint. Je ne crois pas que le tirailleur n’ait pas pu manger avec les restes des européens, d’ailleurs il ne m’a jamais été rendu compte de quoi que ce soit de ce point de vue.
CG de la 87è DI , 29 août 1917 : notes d’audience
Attien-Bobé : « J’ai tiré sur Dumesnil parce que j’étais resté 3 jours sans manger. Je ne voulais pas tirer sur le sergent Lecalard, mais sur Dumesnil. Après la scène je n’ai pasdit qu’on devrait me tuer tout de suite. Je n’ai appris la mort de Lecalard qu’il y a deux jours. Dumesnil m’avait dit qu’on me fusillerait si je ne travaillais pas.
Lt Pestre, 1er témoin : « Attien restait 3 mois à la popote. Ne s’est jamais plaint de ne pas manger à sa faim…
Caporal Gérault : « avant la scène il a dit à table devant tout le monde qu’il y avait 3 jours qu’il n’avait rien eu à manger. »
Sergent Brindejoue : Souvent Lecalard disait à Attien de manger. Il répondait toujours : moi y en a plein.
Le sergent Lecalard, décédé à l’hôpital 52 le 3 août 1917 à 22h15, est déclaré Mort pour la France à Mont Notre-Dame (Aisne) par suite de blessures de guerre.

Recours en révision rejeté le 3 septembre 1917
Attien-Bobé est fusillé Au passage à niveau de Jumencourt (Aisne) le 2 octobre 1917 à 8h10 en présence de 3 section du 51è BTS.

Ben Salah Ben M'Bareck Hassen, dit « Jougar » né en 1890 à Djebibina (Tunisie), journalier agricole, célibataire, tirailleur au 8è RMT
« L’inculpé, -bien qu’ayant encouru peu de punitions – est noté comme brutal et n’obéissant qu’à la force. Il est un bon grenadier et a été cité en 1916 à l’ordre du régiment. » Croix de guerre.
Ce tirailleur d’après divers renseignements aurait été condamné dans la vie civile et sortait du pénitencier sz Gougar (Tunisie) d’où le surnom qui lui était donné à la Cie.
CG de la 38è DI (25 août 1917) : Le 23 juin 1917, à Lhuys, [le caporal Doulcet] mangeait sa soupe au cantonnement avec plusieurs camarades dont le caporal Darmendrail. Il a vu tout à coup le tirailleur Hassen ben Salah -l’accusé- descendre de la grange avec son fusil à la main, poursuivant un autre tirailleur. L’accusé était très surexcité : le caporal Darmendrail, voyant qu’il allait faire un malheur, s’est précipiter sur lui pour le désarmer, pendant que l’autre tirailleur s’enfuyait. L’accusé s’est retourné contre le caporal Darmendrail en disant « Lachez-moi » ; puis il a tiré un coup de fusil à bout portant sur le caporal Darmendrail et l’a tué net. Le caporal Darmendrail est tombé en criant : « A moi Doulcet » et il est mort immédiatement. L’accusé s’est enfui ; une patrouille a été chargée de le ramener.
Quand il a entendu un coup de feu, le sergent fourrier Ferro s’est précipité pour voir ce qui se passait. Il est arrivé juste comme le caporal Darmendrail tombait et il a vu s’enfuir un grand tirailleur. Le témoin a été commandé pour aller à la recherche de l’accusé avec une Patrouille en armes. La Patrouille commandée par lui a recherché l’accusé aux environs et a fini par l’apercevoir dans un champs de blé. Le témoin l’a sommé de jeter son fusil et de se rendre. L’accusé s’est couché et a tiré six balles sur la patrouille ; le témoin avait fait coucher ses hommes. Il a bien entendu les balles siffler autour de lui. Personne n’a été atteint mais le témoin affirme que l’accusé a bien tiré sur la patrouille. Il ajoute que l’accusé a tiré une 7è balle sur lui-même et s’est blessé [à l’abdomen] L’accusé a fini par crier au témoin [en arabe] : « tu peux venir, je n’ai plus de cartouches ». La première parole de l’accusé au témoin a été pour lui demander si le caporal Darmendrail était mort…
Le tirailleur Salah ben Ayed -serment prêté sur le Coran- déclare qu’il jouait aux cartes avec d’autres tirailleurs et que Hassen nettoyait son fusil. Tout d’un coup il descendit de la grange avec son fusil, poursuivant le témoin qui ne sait pas pourquoi l’accusé l’a ainsi poursuivi. Il affirme n’avoir eu avec l’accusé aucune relation immorale. Le témoin a vu le caporal Darmentrail s’interposer…-puis un coup de feu a été tiré et le témoin a vu le caporal Darmentrail tomber.
Le témoin Salah ben Béchir était à l’infirmerie le 23 juin 1917 au soir quand on a amené le tirailleur Hassen sur un brancard… L’accusé à ce moment a reconnu avoir voulu tuer un tirailleur qui lui servait de femme [-déchirure du papier- par jalousie parce que le pre]mier l’avait trompé avec un autre ; qu’il l’avait poursuivi avec son fusil et qu’il avait tiré sur le caporal qui s’était interposé. L’accusé a dit avoir tiré en l’air au moment où il était poursuivi par la patrouille. Il a déclaré enfin qu’il avait tenté de se tuer.
L’inculpé interrogé à la suite de chacune de ces dépositions persiste à nier tout ce qui lui est reproché.

Rapport : « Personne n’a pu nous confirmer les faits d’immoralité qui ont été la cause de ce drame ; les deux tirailleurs Salah ben Ayed et Ramdan Bendalah ont nié avoir jamais eu de relations immorales, le premier avec l’inculpé, et Ramdan avec Salah. Mais il résulte de la déposition de l’infirmier Salah ben Béchir que l’inculpé a avoué lui-même avoir voulu tuer Salah ben Ayed parce qu’il le trompait avec Ramdan... Après avoir été en traitement à l’hôpital pour la blessure qu’il s’était faite, [Hassen] a été ramené au corps puis incarcéré.  »
24 juin, première déclaration d’Hassen au corps avant rétractation : « Depuis longtemps mon camarade Salah ben Mahmoud me servait de femme ; au début du ramadan il refusa de continuer ses relations, malgré les grosses sommes d’argent que je lui avais données. Trouvant drôle ce refus, je le surveillais et m’aperçus qu’il entretenait des relations avec un autre tirailleur Ramdan. Je résolus de le tuer, et pris de jalousie, je ne ma rendis pas compte de ce que je faisais, atteignant le caporal qui voulait nous séparer. Je partis ensuite avec l’intention de me tuer. Je n’avais pas l’intention de tuer le caporal et je regrette qu’il ait été atteint. »

Recours en révision rejeté le 30 août 1917. Recours en grâce rejeté ce même jour.
Hassen est fusillé à Droisy (Aisne) le 5 octobre 1917 à7h, coup de grâce dans la tempe droite.
 
Malek M’Hammed Ould, né en 1886 dans la région d’Oran, soldat au 2è RMTA est décédé à Bezonvaux (Meuse) le 11 octobre 1917. Aucun renseignement n’étant connu ni même sa fiche de décès, d’où provient l’information ?


Embarek Kaddour-Ould, présumé né en 1897 à Ouled-Chani (Maroc), berger à Bergent, célibataire, chauve, cicatrice à l’épaule droite, 2è Régiment de Spahis, 5è escadron, condamné en juin 1916 par le CG d’Ortan pour dissipation d’effets militaires à lui confiés pour le service et en mars 1917 pour désertion à l’ennemi et abus de confiance. Au moment des faits Kaddour subit une peine de 60 jours de prison pour être entré en brisant une vitre dans une maison particulière au cantonnement à Ménil vers 22h, non pour voler mais pour une affaire de femme.

CG de la 15è DI C (11 septembre 1917) : Faits survenues le 30 août 1917 vers 11 heures à Doncières (Vosges) sur la route de Rambervillers.
Kaddour : Je reconnais avoir tué et violé la dame [Berthe Blaise, 32 ans, 3 enfants, épouse]Morel. Je suis allé sans penser à quoi que ce soit me promener. j’ai rencontré cette femme. Je lui ai fait des propositions, elle n’a pas voulu, elle s’est défendue ; je l’ai terrassées en l’attrapant par le cou. Je ne lui ai pas tenu les mains. Je lui ai donné un coup de poing. Je l’ai violée. Je ne me souviens pas si c’est complètement. Je n’en suis pas sûr. Je me rappelle avoir satisfait mes besoins. Je lui ai relevé les jupes et je lui ai introduit mon membre viril. Quand je l’ai violée elle n’était pas encore morte. Je l’ai violée dans le bois après l’avoir étourdie sur le chemin. Quand elle a perdu connaissance, je l’ai traîénée dans le bois où je l’ai violée puis je l’ai achevée en l’étranglant avec les deux mains. Je suis sûr de l’avoir étranglée avec les deux mains. Je m’en souviens très bien. Je suis sûr de n’avoir pas mis de fichu au cou de la femme. Quand je suis parti la femme ne bougeait plus du tout. Je n’ai pas pris son porte-monnaie. Si je l’avais pris, je l’aurais dit. j’ai eu peur qu’elle me dénonce c’est pourquoi je l’ai achevée. Je ne lui avais jamais parlé avant. Je n’avais rien entendu dire sur elle...J’aurais avoué depuis le début si deux de mes camarades ne m’avaient pas conseillé de nier. »
3è brigadier Demouché : « Le lendemain matin, j’ai fait l’appel des hommes ; il s’est levé et à ce moment j’ai remarqué des égratignures sur son visage : il m’a dit qu’il s’était battu avec un camarade spahi ».
Kaddour : « C’est à midi seulement que je lui ai dit que j’étais monté dans un arbre »
« le conseil condamne Kaddour à 4 voix contre une à la peine de mort ».
Camp de Tremblay, près d’Haudainville (Meuse) le 13 octobre 1917 à 6h30 : « trois balles au coeur et 5 autres dans la poitrine et au ventre. La mort a été instantanée. »
Mort pour la France, la fiche portant comme seule mention du genre de mort « Disparu »


Jean Garret, né le 12 avril 1888 à Nohanent, près de Clermont, soldat au 38è R.I.
En juin 1911, alors qu'il effectuait son service militaire à Roanne depuis 18 mois, il a déserté ; cinq jours après, il fut arrêté puis condamné par le Conseil de guerre permanent du 13e C.A. de Clermont-Ferrand, à un an de prison avec sursis. Au moment du conseil de révision, il s'était déclaré cultivateur  et mesurait 1,71 m. De retour à la vie civile, il est condamné en 1912 à Riom pour "outrages publics à la pudeur", puis le 5 septembre 1914, à Bourges, pour vols à trois mois et un jour de prison ; il ne rejoint pas son régiment au moment de sa mobilisation en janvier 1915 ; en avril 1915, il est condamné pour vol par le tribunal de Riom, puis en juillet par celui de Limoges pour le même motif ; il est affecté au Groupe spécial du 92e RI, rassemblant à l'arrière, les mobilisables ayant un casier judiciaire ; en mars 1917, il est condamné par la Cour d'appel de Nîmes pour "coups et blessures, port d'arme prohibée, usurpation d'identité" à deux ans de prison ; il subit une nouvelle condamnation en juin 1917 à Riom pour vols : il est relégué (c'est-à-dire désigné pour aller dans une section d'exclus métropolitains) ; Jean est finalement déclaré « déserteur » le 22 septembre 1917 ; le 18 octobre, il est tué à Chamalières, à 29 ans, lors d'un échange de coups de feu avec les agents de la police mobile de Clermont-Ferrand.


Louis Raphaël Pérenin, né le 15 juillet 1886 à Rennes, peintre en bâtiment, résidant à Sèvres chez ses parents, puis à Castelsarrazin, célibataire, 2è classe au 3è BMILA
Motif de punition, le 17 février 1913 : « Chargé de faire une réparation dans une chambre inoccupée, a été trouvé brodant un mouchoir » (8 jours)
« Le 10 mai 1917, le chasseur Pérenin quittait sans autorisation , à Marseille, le détachement de renfort dont il faisait partie, et restait en absence illégale jusqu’au 20 mai, date à laquelle il était arrêté, à Paris, par la garde républicaine. Ramené à son corps… Pérenin s’enfuyait de la section spéciale, qui se trouvait alors, en ligne, dans la tranchée dite « Ouvrage des russes ». Il abandonnait son poste en présence de l’ennemi, dans la nuit du 10 au 11 juin, au cours d’une corvée de transport de matériel, et gagnait l’arrière. Il était arrêté par la gendarmerie, le 21 juin 1917, dans le Calvados. Conduit à Caen et écroué dans les locaux disciplinaires, il parvenait à s’évader dans la nuit du 23 au 24 juin, en descellant deux barreaux d’une fenêtre. Il était arrêté de nouveau, au Havre, le 7 août 1917. Il avait, en résumé, en moins de trois mois, abandonné son poste en présence de l’ennemi, déserté deux fois à l’intérieur, et une fois en présence de l’ennemi.
Pérenin est un détestable soldat dont toute la conduite prouve qu’il est absolument décidé à ne pas remplir ses devoirs militaires ; pendant la guerre, il n’a passé en tout, que deux mois au front ; c’est un véritable professionnel de la désertion, puisqu’il a déjà été condamné trois fois pour ce délit, en 1908, 1910 et 1914 ; dès qu’il est renvoyé au front, il déserte, de nouveau, pour ne pas aller se battre, et, au total, depuis qu’il est soldat, on relève à sa charge six désertions et un abandon de poste. »
En juin, Pérenin déclare être parti, vers 3 heures du matin, alors que la corvée était terminée en compagnie de deux camarades, voire trois : les chasseurs Cornet de sa section, Lebailly et Clausse s’étant joint à eux. Les officiers se renvoient la balle, invoquant des heures différentes, mais ne peuvent nier finalement que 4 hommes se soient évadés. Ils ont pris le train de Fismes à Paris. Il se présente chez sa mère à Sèvres, avec deux camarades, où ils déjeunent avant de s’en aller et de laisser sa famille sans nouvelles. « Puis, je suis allé en Normandie où j’ai travaillé comme peintre dans la journée et le soir comme artiste dramatique… J’ai été arrêté le 21 juin à Condé sur Noireau et conduit de là à Caen où on m’a enfermé avec mes camarades Cornet et Lebailly dans la salle de police de la caserne d’infanterie au rez-de-chaussée. Nous avons sauté par la fenêtre, puis nous nous sommes séparés. Je suis allé au Havre où j’ai continué à exercer ma profession ». ».

CG de la 45è DI, recours en révision rejeté le 17 septembre 1917, recours en grâce rejeté le 17 octobre.
Pérenin est fusillé au Champ de tir à 300m au nord-est de Cramant (Marne), près du cimetière, le 19 octobre 1917, 6h, en présence de 10 pelotons de chasseurs et tirailleurs.


Cyrille Florimond Bizard, né le 30 mai 1884 à Avesnes-lès-Bapaume (Pas de Calais), soldat au 1er régiment de Zouaves
Décédé à Graffigny (Haute Marne) le 23 octobre 1917 « tué par un tirailleur alors qu’il cherchait à s’évader du camp disciplinaire ».

 

Novembre


Jean Claude Gallet, né le 28 avril 1894 à Chambéry, charbonnier, célibataire, 2è classe au 30è R.I., 2è Cie, n’a encouru aucune punition militaire.
Il ressort de l’instruction que les faits de refus d’obéissance en présence de l’ennemi le 11 mars ne sont pas établis ; mais Gallet est accusé d’avoir
- à Lignières le 12 mars 1917, abandonné son poste pour n’avoir pas rejoint sa Cie aux tranchées de première ligne,
- entre le 20 et le 25 mai 1917 [sans autre précision, tous les gradés de l’époque qui auraient pu en témoigner ont été soient tués, soit faits prisonniers, soit portés disparus] à la tranchée d’Amiens, secteur de Cerny, abandonné son poste pour n’avoir pas suivi ses camarades qui se rendaient au travail en première ligne,
- déserté à l’intérieur pour s’être absenté de son corps cantonné dans un secteur de Meuse (camp de la Béhole), du 30 septembre au 3 octobre 1916, date de son arrestation à Paris, [c’est ensuite qu’il travaille environ cinq mois à l’usine d’aluminium à Chambéry ; il s’en enfuit redoutant une arrestation imminente ;après avoir été appréhendé à Lyon [ce dont aucun PV ne témoigne, mais Gallet avoue une 6è désertion non décomptée, faute de preuve. Il se serait rendu à Marseille, - pour voir une marraine, dit-il une seule fois, pour se promener laisse-t-il échapper ensuite - ]
- déserté à l’intérieur en temps de guerre pour s’être absenté de son corps cantonné dans un secteur de Somme, jusqu’ au 5 février 1917, date de son arrestation à Tarascon [où Gallet ment aux gendarmes prétendant n’être en fuite que depuis le 1er février]
- déserté à l’intérieur pour s’être absenté de son corps cantonné à Villers (Somme) du 28 février au 5 mars 1917, date de son arrestation par la gendarmerie à Lyon,
-déserté à l’intérieur pour s’être absenté de son corps, en ligne dans un secteur de Somme du 12 mars 1917 au 12 mai 1917, date de son arrestation par la gendarmerie de Chambéry,
- déserté à l’intérieur au Chemin des Dames, du 23 mai 1917 au 15 juin 1917, date de son arrestation par le commissaire spécial des gares à Lyon,
- le 12 mai 1917, à Chambéry, porté publiquement le costume de soldat au 3è Régiment de Zouaves sans en avoir le droit,
- en 1917, à Paris et à Chambéry, fait sciemment usage d’une feuille de route fabriquée ou falsifiée.
D’une certaine façon Gallet a réussi à défier la logique militaire, puisqu’il a fallu plusieurs ordres d’informer avant d’arriver à un résultat judiciaire quelconque et qu’une grande partie de ses activités pendant sa plus longue absence demeure obscure, ne reposant que sur ce qu’il consent à en avouer et dont personne ne peut évaluer la véracité.
Jules Delétraz, le caporal que Gallet trompa en montant de Lignières à Marquivillers le 12 mars : « Le soldat Gallet en est à sa 3è désertion. A chacun de ses retours, ce militaire avait manifesté hautement son intention de déserter et au besoin de passer à l’ennemi disant qu’il ne resterait jamais en première ligne. Il cherchait par ses propos à démoraliser ses camarades et était gêné par leur mépris ».

CG de la 28è DI (13 septembre 1917) :
Gallet : « Si j’ai commis toutes les désertions qui me sont reprochées, c’est que je n’avais pas revu mon frère depuis le début de la guerre, ni mon père, et que ma mère est âgée et infirme. Comme il n’y avait personne à la maison qui puisse travailler, j’ai voulu venir en aide à ma mère. C’est pourquoi je suis allé notamment m’embaucher à l’usine d’aluminium de Chambéry. En ce qui concerne l’abandon de poste du 12 mars 1917, voici ce que j’ai à dire : on est venu me chercher à Lignières pour aller à Marquivillers. On m’avait dit que mes camarades étaient en ligne à Dancourt. En cours de route j’ai faussé compagnie au caporal qui m’accompagnait, sous prétexte d’aller aux feuillées. Je reconnais que j’ai quitté ma Cie en mai 1917, à Cerny, au lieu d’aller au travail en ligne. Si j’ai agi ainsi, c’est que j’étais fatigué. Je dois ajouter que pendant mon séjour à Chambéry, j’ai rencontré un zouave. Nous avons changé d’uniforme. Je pensais être ainsi moins facilement reconnaissable. Il m’a donné un titre de permission en blanc qu’il a établi à mon nom. Je ne le connaissais pas. J’ai passé une journée avec lui. J’assume la pleine responsabilité de mes actes. »
Avis du général Graziani commandant le 28è DI (15 septembre 1917) : « Le soldat Gallet a été condamné à la peine de mort à l’unanimité des voix. A l’issue de l’audience, l’avocat a présenté en faveur du condamné un recours en grâce que deux des juges ont signé. Je ne vois, à la rigueur, comme considérations pouvant militer en faveur de Gallet que sa situation de famille… Par contre, après avoir subi une condamnation pour vol avant son incorporation, il a abandonné 2 fois son poste et déserté 5 fois, prouvant ainsi qu’il était décidé, ainsi qu’il l’a déclaré lui-même, à ne pas se battre, en ayant assez de la guerre. Dans ces conditions, je ne puis m’associer à la demande de recours en grâce en faveur du soldat Gallet. »
Gallet, 30 août 1917 : « Je n’ai rien à dire pour ma défense, si ce n’est que je ne veux pas me battre »
Recours en grâce rejeté le 30 octobre 1917.
Gallet est fusillé à la sortie nord de Juvigny (Aisne) le 2 novembre 1917 à 6h30.


Maguinguiny né en 1894 à Kirhine (Ouralou, Sénégal), cultivateur, marié, deux enfants, tirailleur au 81è bataillon sénégalais
Le 8 septembre 1917, à l’armée d’orient, , le sergent indigène Toumani Bakaïro, ayant à commander une corvée de ravitaillement se rendit à la tente où couchaient les tirailleurs Maguiguiny et Mohama-Lia. Celui-ci ne sortit de la tente qu’après plusieurs injonctions, et comme il apportait une grande mauvaise volonté à exécuter l’ordre donné, le sergent le poussa de la main pour le faire aller plus vite. A cet instant Maguinguiny, arrivant par derrière, gifla le sergent. Un caporal indigène surgit pour l’empêcher de continuer. Il fut lui-même attaqué par derrière par le tirailleur Maï qui lavait du linge non loin de là. L’adjudant Ferrou arriva sur les lieux et ordonna à Maguinguiny et Maï de le suivre. Maguinguiny le repoussa brutalement, puis il se retourna contre le sergent européen Riol qui survenait à son tour. Il décocha à ce sous-officier un coup de poing qui fit tomber son casque. Le rapporteur présente Maï comme le plus dangereux des deux, Maguinguiny subissant son influence. Selon Maguinguiny, il n’aurait levé la main que pour saluer et aurait été giflé deux fois par deux des gradés. Malheureusement pour eux, de nombreux témoins, tant européens que sénégalais disent avoir vu les voies de fait, et Maï lui-même frapper deux des gradés. On s’étonne que ce dernier n’ait pas été inculpé avec son camarade ; de fait il n’avait frappé que le caporal indigène. Maguinguiny, selon les gradés de la 3è Cie aurait été le meneur des tirailleurs Haoussas du bataillon.
CG de la 17è DIC (16 octobre 1917)
Adjudant-chef Mouthon (qui aurait été frappé par Maï à la 3è Cie, avant que Maguinguiny et lui ne soient déplacés à la 2è) : « Le tirailleur Maguinguiny de même que Maï sont des mauvais sujets et des meneurs dangereux, très écoutés de leurs camarades. Ils ont réussi à deux reprises à mettre en état de révolte plusieurs de leurs camarades ».
Pas de pourvoi en révision, grâce présidentielle rejeté le 7 novembre 1917
Maguinguiny est fusillé àIven (Serbie) Camp de Mortreuil le 12 novembre 1917 à 7h30


Adolphe Rémi Victorien Coudre, né à Canchy (Somme) le 8 mai 1894, cultivateur à Gaillon (Eure), 2è classe au 84e R.I. Le 5 novembre 1908, Adolphe Coudre est condamné pour vol ; acquitté pour avoir agi sans discernement, il est envoyé dans une colonie pénitentiaire jusqu’à sa majorité. En 1912, à Mantes il est à nouveau condamné à trois mois de prison pour vol. Relevé de punition : au 166è R.I. « s’est rendu coupable d’un vol de harengs saurs (24 environ) à la gare de Lessay dans l’après-midi du 26 décembre 1916. Le 6 septembre 1917 : « n’a pas pris part à la relève avec sa section qui montait en 1ère ligne, s’est réfugié toute la nuit dans un abri de l’arrière. S’est présenté à la visite le lendemain et a obtenue la mention « Consultation insuffisamment motivée ».
Rapport du chef de Bataillon Marminia : « Le 11 septembre 1917, dans la matinée, un vol de 85 francs a été commis au préjudice du soldat Lis, de la Cie Hors-rang du 284è R.I. dans les conditions suivantes : depuis 2 ou 3 jours, un soldat ne portant pas de numéro de régiment venait passer une grande partie de la journée dans le bivouac de le C.H.R. Il allait de cuisine en cuisine, causiat aux cuisiniers, mais s’attachait plus volontiers au soldat Lis, cuisinier des téléphonistes. Lis, croyant avoir affaire à un camarade du régiment voisin l’accueillit aimablement et le fit entrer dans son abri. D’ailleurs cet homme ne paraissait pas avoir une allure suspecte. Il s’était nommé, Coudre Adolphe, actuellement en traitement à l’infirmerie du 84è, situé à 400m de là. Il était tenu, disait-il de se présenter deux fois par jour, à 8h et à 15h à la visite médicale. Il quittait en effet un peu avant les heures indiquées son camarade lis et était de retour auprès de lui, une heure après environ. Le 11 septembre, de retour de la visite médicale vers 9h30, Coudre, porteur d’un certain nombre de paquets de cigarettes Bastos s’offrit à céder plusieurs paquets au soldat Lis. Au moment où ce dernier entrait dans son abri pour y prendre son portefeuille afin d’en régler le montant, Coudre disparaissait subitement. Le portefeuille, dont Coudre connaissait sans doute l’emplacement était vide. D’après les déclarations du soldat Lis, son portefeuille devait contenir la somme de 85 francs… Fouillé en présence du sous-lieutenant Rabache, des soldats Lis, réal, Deguin, Coude a été trouvé porteur de 7 paquets de cigarettes bastos et dans la poche intérieure gauche de sa veste d’une enveloppe cachetée contenant la somme de 70 francs, dont il ne peut indiquer la provenance… le billet légèrement déchiré reconnu par le soldat Lis [auquel] l’argent a été restitué. »
Le 11 septembre vers 14h30 le commandant de la 9è Cie reçut le message téléphoné suivant : «  Le soldat Coudre a été retrouvé ce marin à la C.H.R. du 284è, en était d’ivresse et a de plus volé un portefeuille contenant 85 francs. » ce même jour le commandant de la 9è Cie infligea à Coudre une punition de 5 jours au motif « abandon de poste en présence de l’ennemi pendant la période du 30 août à 1h45 au 31 août à 6h, et désertion en présence de l’ennemi du 8 septembre à 19 heures au 11 septembre à 12 heures ».
CG de la 122è DI (audience du 3 octobre 1917)
Fernand Roux, caporal à la 9è Cie : «  Je suis le chef d’escouade de Coudre. Dans la nuit du 30 [dans la région de Szka di Legen (Grèce)], vers 1h30 on a rassemblé la section pour aller en renfort de la 10è Cie. On a fait l’appel des hommes. Coudre se trouvait à sa place lors du départ. Mais tout de suite après, je me suis aperçu qu’il manquait. Il n’a pas prit part à l’attaque avec nous. Dans la nuit du 5 au 6 septembre, alors que nous marchions pour une contre-attaque il disparut encore se disant malade. Le lendemain désigné pour remplacer deux guetteurs tués, il refusait d’y aller, se disant malade.
Sur demande : En toutes circonstances Coudre est froussard, il se défile à chaque fois qu’il y a du danger. »
Coudre est fusillé le 18 novembre 1917 à 7h45 au « Ravin de la source » d'Izvor (Macédoine).


Eugène Tirard-Guy, né le 9 janvier 1883, à Saint Bueil. Tisseur, chasseur de 2è classe au 1er BMILA. Engagé volontaire (par 3 fois). " A reçu un certificat de bonne conduite ". Déjà condamné au civil 4 fois pour vol, grivèlerie, filouterie d’aliments et à 10 ans de travaux publics pour désertion,l e 7 avril 1916, par le CG de la 16ème DIC.
Le 23 juin 1917, sa Cie étant en ligne Tirard quitte la corvée de ravitaillement une fois arrivé aux cuisines et s’enfuit vers l’arrière. Il séjourne environ trois semaines à Brest avant de partir pour l’Isère. Arrêté le 20 juillet à St Germain des Fossés dans l’Allier il donne une fausse identité. Mis en prévention de CG, il s’évade de la section spéciale du G.B.A. dans la nuit du 16 au 17 août. Il prétexte des coliques. Quand il s’enfuit la sentinelle tire sur lui sans le toucher. Peu connu à la Cie où il n’était arrivé que le 2 juin « mais ce court délai a suffi pour qu’il s’y fasse, d’après son commandant, une réputation redoutable de meneur ». Condamné pour vol au civil et le 7 avril 1916, à 10 ans de détention pour désertion en présence de l’ennemi, il venait de voler le porte-monnaie d’un civil qui lui avait offert à dîner quand il a été arrêté. C’est d’ailleurs la plainte de ce dernier que Tirard a été appréhendé à Vaisne dans l’Isère le 28 août.
Tirard est ondamné à mort par le CG de la 45ème DI, le 28 septembre 1917, pour abandon de poste et désertion en présence de l’ennemi.
Tirard, le 10 octobre au Commissaire du gouvernement : « Je viens solicité de votre haute bienveillance de bien vouloir par pitié avoir la grande bonté de m’apyer ma lettre auprès de M. le Président de la République pour que mon recour en grâce soit accepter car je vous jure du fond du coeur que je regrette sincèremants les fautes que j’ai commis. Je vous en prie donc s’il vous plaît… accorder moi quelques indulgences je vous en suplie faite le pour mon pauvre père et pour moi ancien soldat de carrière ainsi que pour mon frère tué pour nôtre plus grande Patrie. Je viens aussi vous avoué que j’ai agit dans des moments de faiblesses d’oublie et principalement par l’entrainement dont j’en suis la victime je vous le jure il y avait exactement 7 ans que je n’avait pas vu mon pauvre père aveugle et ancien Retraité qui était si heureux de me voir poursuivre ma carrière militaire c’est pour lui faire plaisir que j’ai passé toute ma jeunesse en servant mon Drapaux avec honneur et fidélité que ce soit en France et principalement aux Colonies sous les maladies. Et les colonies dont j’ai fait parties puisque j’arrive à rassemblé 13 année de service dont 16 campagnes de guerre Coloniales dont 3 décorations commémoratives. Je vous jure que je l’est fait de très bon coeur et une très bonne conduite au Début mais malheureusement que l’entrainement ma entrainer à faire toutes c’est maudites fautes dont je regrette amèrement croyez-le... » Le 16 et le 18 septembre Tirard au même dans les même termes pour tenter d’obtenir des circonstances atténuantes, la seule différence étant qu’il invoque les séquelles des maladies coloniales comme mobile à son « moment d’oubli ».
Le recours en révision rejeté le 3 octobre 1917, rejet de grâce présidentielle le 16 novembre 1917.
Fusillé le 19 novembre 1917, au « Réduit de Chenay » à Merfy (Marne) en présence de 4 peloton du 1er BMILA, 4 pelotons du 3è, 2 pelotons du 1er RMT


Pascal Virgile Damien Fabre, né le 4 janvier 1917 à La Verdière (Var), 113è R.I.
« Tué par une sentinelle ; avait contrevenu aux consignes pour sortir du camp » le 21 novembre 1917 au Souk El Tleta (Maroc) le 21 novembre



Décembre






René Gaston Robert Minangoin, né le 7 août 1884 à Sétif (Algérie), adjudant du 19è escadron du train des équipages militaires, détaché à l’inspection des forges de Paris.
Le rapport dactylographié sur l’affaire Minangoin occupe plus de 24 pages, dans lesquelles le rapporteur (Bouchardon lui-même) rivalise avec Zola dont il cite explicitement le roman Thérèse Raquin comme source d’inspiration du scénario échafaudé par le criminel.
« Le 24 avril 1909, Minangoin, alors dessinateur au chemin de fer de l’État, épousait sa cousine, Yvonne Peignez, fille d’un chef de bureau en retraite à la même Compagnie. « Je n’ai jamais eu de lune de miel, » dira plus tard d’elle-même Mme Minangoin à sa parente, Mme Leplat. »
Son mari se révèle très vite autoritaire et violent. La naissance de leurs deux enfant, Gaston et Odette ne font qu’accentuer ses défauts. Il les terrorise et les bat sous les prétextes les plus futiles. A l’extérieur au contraire, pour les concierges et les voisins, il joue une comédie de père aimant, ne manquant jamais une occasion d’embrasser sa femme en public, de proférer des cajoleries et de la couvrir de toutes les prévenances qu’aurait un véritable amoureux. Mobilisé à Villiers en août 1914, il profite de cet éloignement pour prendre pour maîtresse une fille publique. Lorsqu’il est rappelé à l’usine Bellanger de Neuilly, il tombe soudain follement amoureux d’une jeune aide-contrôleuse de 21 ans, Germaine Ferlay. Cette dernière lui permet certaines privautés, tutoiement, promenades en commun, baisers sur la bouche, tendres appellations, mais rien de plus. Elle ne cesse de lui rappeler qu’il n’est pas libre, et refuse de devenir sa maîtresse, quoique tous le personnel de l’usine soit convaincu du contraire. Il lui glisse des billets au travail, tel celui-ci : « Ma petite Maimaine, je t’aime éperdument. Pourquoi trouves-tu que mon amour est de la folie ? Il faut absolument que tu sois à moi, que nous vivions ensemble et ne nous séparions jamais ». Rien n’y fait. La vie conjugale avec Yvonne devient un véritable enfer, dont celle-ci s’ouvre par lettre à ses parents et à sa cousine. Ne pouvant subvenir aux besoins de ses enfants, elle reste au domicile, songeant maintes fois à fuit, mais refusant toujours d’accorder le divorce à Robert qui enrage. Le jeudi 3 mai au matin, elle écrit à ses parents : « J’ai tant souffert et mes enfants ont tellement besoin de leur mère qu’il faut que je reprenne courage… Pour qu’il ne puisse déjà faire des projets avec la contrôleuse qui lui est si chère, je lui ai simplement demandé s’il voulait que nous allions vous voir pendant les quatre jours qu’il va avoir le 15 mai, sans lui dire mon intention de rester ».

débarcadère de la maison Maréchal

Le 3 mai dans l’après-midi, Minangoin, habillé de vêtements civils conduit sa femme et ses enfants à Vilennes et s’embarque sur un bateau plat loué au restaurateur Maréchal ; la promenade s’est décidée tard car Mme Minangoin, qui n’aime pas le canotage, aurait préféré répondre à l’invitation de sa cousine d’Asnières. Vers 19 heures, la barque n‘étant pas revenue, Maréchal se lance en exploration et découvre le bateau à 350m en amont du restaurant, amarré à un arbre qui surplombe la berge escarpée, haute de plus de 3 mètres en cet endroit. Cette nuit-là Minangoin rentre seul à son domicile à La Garrenne-Colombes. Dès le lendemain il dit à une des vérificatrices de l’atelier où il travaille : « Ma femme m’a quitté pour aller avec les enfants chez ses parents, aux Mureaux » et il fait remarquer à une des contrôleuses qu’il ne porte plus son alliance : »Vous voyez, je suis libre, je ne suis plus marié. » Le 7 mai, Minangoin se rend chez sa voisine Mme Pascal, et lui raconte qu’elle l’a quittée. Il la prie d’écrire aux Mureaux afin de plaider sa cause et de lui demander de revenir. Il lui raconte qu’il vient d’acheter une bouteille de vin fortifiant pour que sa femme anémique reprenne des forces dès qu’elle sera rentrée, et dit qu’il a rangé toute la maison pour satisfaire au coût de l’ordre d’Yvonne. Il repasse tous les soirs quémandant une potentielle réponse. Le 8 mai il envoie une lettre antidatée du 6 à se beaux-parents qui se trouvent à Saint-Gervais dans laquelle il explique que pendant la promenade en barque a éclaté une scène terrible qui l’a obligé à descendre du bateau et à rentrer seul : »Elle devait, m’a-t-elle dit, continuer sa soirée avec les enfants et rentrer le soir aux Mureaux… Je viens d’aller voir sa seule et sincère amie Mme Pascal, pour lui demander de lui écrire, de la prier de revenir. Mme Pascal est convaincue qu’elle a dû partir le lendemain à Saint-Gervais ». Le 13 mai, Minangoin expédie à la gare des Vallées et à destination des Mureaux, une grande malle contenant le linge et les vêtements des siens, afin que ces êtres chers ne manquent de rien. Quelques jours plus tard il retourne à Villennes, au restaurant Maréchal sous prétexte de payer la location du 3 mai et demande avec insistance au patron de reconnaître par écrit que le soin de ramener l’embarcation incombait à Mme Minangoin. A quoi aréchal répond : « Allez-vous en, monsieur, tout cela me semble très louche. »
Durant la même semaine, il redouble de prévenances envers Germaine Perlay, mais exclusivement en dehors de l’usine où il tente de convaincre ses pairs qu’il n’y a jamais rien eu entre eux. Plusieurs soirs de suite il donne des leçons de bicyclette à Germaine au bois de Boulogne, utilisant le propre vélo de sa femme.
Le 14 mai, Henri Peignez, frère d’Yvonne s’inquiète de ce qu’il est advenu de sa sœur. Il se rend à Villeines et comprend que jamais sa sœur n’aurait pu amarrer seule la barque à l’endroit où elle a été retrouvée. Le 16 il parle de faire insérer un avis de recherche dans les journaux, ce à quoi Minangoin s’oppose redoutant qu’une telle publicité n’entache sa belle réputation. Le 18 mai, les journaux rapportent que le corps d’un petit garçon a été retrouvé le 9 mai dans la Seine en aval du barrage de Sandraucourt. Le 11 c’est le corps d’une fillette qui a été trouvé à Vaux-sur Seine, enlisé dans un amas de branchages entre une péniche et la rive. Le 17 mai, les gendarmes de Mantes retirent de la Seine, au lieu dit « les Crochis », commune de Limay, une noyée dont l’alliance porte intérieurement l’inscription « Robert à Yvonne, 24 avril 1909. Le même 18 mai, monsieur Peignez père se rend à Vaux et reconnaît formellement en la personne de la fillette noyée sa petite-fille Odette. Minangoin dit à son beau-frère : « Tu vois, ça ba bien, on les retrouve tous. C’est un accident, un simple bain de pieds. Ils ont vu un soldat qui en faisait autent. Ils auront voulu l’imiter après mon départ. »
Le 21 mai, Minangoin se présente spontanément au juge d’instrucvtion chargé d’instruire contre X, et lui raconte les faits à sa manière : « J’ai cru tout d’abord à un suicide, mais d’après les constatations faites et les conversations que m’auraient rapporté Mme Pascal, j’écarte cette hypothèse et je ne puis songer qu’à un accident provoqué peut-être par ce fameux bain de pieds auquel ma femme paraissait tenir, les trois cadavres ont été retrouvés nu pieds. » Il oublie que, dans la malle expédiée de 13 mai aux Mureaux se trouvaient les bas des trois disparus et les chaussures que portaient les enfants le 3 mai précédent.
Le 23 mai, Le commissaire de police Gabrielli obtient des aveux que Minangoin renouvelle devant le juge d’instruction de Versailles qu’il avauit visité deux jours plus tôt : « Ma femme et mes enfants étaient assis sur le rebord du bateau, les pieds dans l’eau d’un côté, je m’étais placé de l’autre pour faire contre-poids. Je me remis d’un bond debout dans la barque derrière eux et, dans un mouvement de folie, par simple poussée facilitée par le déséquilibre du bateau, je jetai à la fois ma femme et mes enfants dans l’eau. Le courant les emporta et je les vis plonger et disparaître avant même que j’ai pu songer à essayer de les repêcher et de les sauver. Ils poussèrent quelques cris étouffés. Je restai quelques instants comme hébété, puis je regagnait la rive en prenant leurs bas et leurs souliers ».

la barque occupe le lieu où l'assinat aurait été commis


« De remords, il n’en a point eu. Quand on l’a ramené devant les lieux où avaient disparu, dans quelque scène atroce dont il garde le secret, trois créatures humaines, sa femme et ses deux enfants, pas une larme n’a coulé de ses yeux, pas un cri de désespoir ne s’est échappé de ses lèvres. Tous ses sentiments affectifs, il les a gardés pour Germaine Ferlay. Ses pensées ne sont allées qu’à elle, et nous n’en voulons d’autre preuve qu’une lettre qu’il a tenté d’envoyer en cachette de la prison de Versailles. »
3è CG de Paris 4 septembre 1917
Recours en révision rejeté le 3 octobre 1917
L’adjudant Minangoin est fusillé à Vincennes le 5 décembre 1917.



Charles Rastello, né le 26 juillet 1894 à Romans, ouvrier boulanger, chasseur de 2è classe au 1er BMILA, cumule 9 condamnations civiles pour vol, escroquerie, infraction à la police des chemins de fer.
Arrivé au 1er BMILA le 22 mai 1917, par suite d’une désertion antérieure (peine remise), Rastello quitta le 19 juin vers 4h du matin sa compagnie en première ligne dans la tranchée Watier (àgauche du boyau de Seichamps) au moment où approchait son tour de faction. Il est arrêté dans l’Isère le 25 juin. Le 28 juin, alors qu’on le ramène au corps, Rastello échappe aux gendarmes en sautant du train en marche (il s’est foulé le poignet gauche mais travaille comme cultivateur). Arrêté de nouveau à Romans le 12 juillet, il s’évade le lendemain à Lyon. Il est rattrapé à Bourg de Péage dans la Drôme le 23 juillet. Ramené à son corps, il est placé à la section de discipline qui se trouve alors en ligne. Le 30 juillet, dans la nuit, il profite d’une corvée de transport de matériel pour s’enfuir à nouveau. Il est arrêté le 7 août à Mours dans la Drôme à la suite d’un vol de chevaux. Rastello est ramené à la 45è DI le 21 septembre 1917. Il est incarcéré et interrogé, dit qu’il désire racheter ses fautes en combattant. Le soir-même à 23h30, il s’enfuit avec six autres détenus (Eugène Doremus, Clovis Binaud, Antoine Lavieille, René Lebailly, Jules Clausse et Louis Chatelain), en pratiquant un trou dans le mur du local où il était enfermé.
« Je ne suis pour rien dans le percement du mur de la prison. Quand je suis arrivé... le trou était déjà commencé, mais les détenus replaçait les pierres devant le trou quand les gendarmes faisaient des rondes ». Soupçonné de s’être dirigé vers Reims dans l’espoir de passer à l’ennemi, Rastello répond qu’il voulait y contracter un engagement dans la Légion Etrangère.
Sa dernière arrestation a lieu le 2 octobre à Villers-Cotterêts, après qu’il ait donné diverses identités, se prétendant d’abord Steiner, né en Allemagne. Il argue pour sa défense qu’il a toujours été entraîné par ses camarades, faisant valoir, sans en apporter la preuve qu’il a appartenu à la légion garibaldienne.
« Toutes mes évasions ont eu pour cause la crainte du conseil de guerre. »
CG de la 45è DI, recours en révision rejeté le 22 octobre 1917
Rastello est fusillé à la Redoute de Chenay le 11 décembre 1917 à 6h45.


Antoine Laurent Martinetti, né le 27 janvier 1893 à Petreto-Bicchisano (Corse), journalier à Ajaccio, célibataire, 5è BMILA, deux condamnations antérieures
CG du détachement du sud tunisien (12 septembre 1917) : (Minutes seules) jugé avec Ferdinand Roux (mort commuée en perpétuité le 18 décembre 1917, commuée en 15 ans de TF en 1925, échappé du pénitencier de Saint-Laurent en 1926, prescription de la peine le 10 avril 1952) Clément Eugène Joseph Michel (peine de mort commuée en perpétuité), Joseph Clément Suty (20 ans de TF), tous du même régiment.
Le 27 mars 1917, à Tataouine, Martinetti outrage par paroles et menaces son supérieur le caporal Masson, avec la complicité de Roux. La nuit suivante, Martinetti tue le caporal Masson.
recours en révision rejeté le 18 septembre 1917
Médenine (Tunisie) 7h


Jean Marie Cario, né le 17 mai 1887 à Saint-Tugdual (Morbihan). 2È classe au 4è BMILA. Détenu au camp de Souk-Arhas (Algérie), il est tué le 21 décembre 1917 au cours d'une évasion.


Civils





espion fusillé à Reims (1917?)


Bernardin Paulus Adrianus Hoefnagel, né le 31 mai 1863 à Amsterdam.
CG du gouvernement militaire de Paris. Questions du procès tenu à huis-clos :
1- Le nommé Hoefnagel, sujet hollandais, arrêté à Lyon, le 9 octobre 1916 est-il coupable d’avoir à Clèves (Allemagne) du 31août au 2 septembre 1916, entretenu des intelligences avec l’ennemi en la personne d’un agent du service d’espionnage fonctionnant dans cette ville, dans le but de favoriser les entreprises de l’Allemagne…
2- Est-il coupable d’avoir, le 26 septembre 1916 à Lyon, adressé au moyen d’un écrit à encre invisible, à un individu qui lui avait été désigné par l’agent du service de Clèves comme correspondant d’espionnage, des informations d’ordre militaire …
3- Est-il coupable d’avoir, du 24 septembre 1916 au 9 octobre 1916 de Paris à Lyon, tenté de procurer à l’Allemagne des renseignements susceptibles de nuire à la sécurité des Places, en expédiant à un correspondant d’espionnage, trois lettres en écriture invisible contenant des renseignements d’ordre militaire, tels que les directions prises dans les gares de Dôle, Dijon et Lyon par des détachements des armées françaises et britanniques ; le passage d’un train d’artillerie en gare de Laroche, les numéros d’un certain nombre de bataillons de chasseurs et l’emplacement de diverses usines de munitions.
Recours en révision rejeté le 17 avril 1917, pourvoi en cassation rejeté le 10 mai.
Hoefnagel est fusillé à Vincennes le 2 juillet à 5h.


Mohammed Ben Saïd Ammouche, né en 1883 à Douar Chender (Algérie), marié, cultivateur,vol qualifié et meurtre concomitant
Mohammed Ben Slimane Hammoun, né en 1886 à Oued-Chender (Hausonvillers), marié, journalier, vol qualifié, vol simple et meurtre et vol qualifié concomitants
Slimane Ben Ameur Bouchelaghem, né en 1890 à Oued-Chender, célibataire, cultivateur, 4 vols qualifiés, assassinat et menaces verbales de mort sous conditions
autres inculpés Hamadène Saïd ben Yahia, Hamadène Hocine ben Yaia, Hammoum Mohammed ben Slimane, Herbouci Ali ben Ameur, Hammami Ahmed ben Hocine, Ben Gana Ramdane ben Slimane, Sekkaï Boussad ben Hocine, Boughias Saïd ben Smaïl, Manseur Mohammed Saïd ben Mohammed, Safar Omar ben Ahmed et 8 autres, tous inculpés d’association de malfaiteurs (6828,65fr dont indemnités accordées aux témoins civils et militaires 6417,20)
De cette procédure extrêmement longue et complexe devant le CG de la division militaire d’Oran , on choisit de retenir la question initiale posée durant l’interrogatoire de Bouchelaghem et des autres condamnés à mort, sans se pencher sur les affaires de banditisme annexes.
« Le vendredi 14 mai 1915, vers 23h, pendant que deux malfaiteurs armés de fusils faisaeint le guet devant la maison du nommé Faté Amar ben Mouloud, au village de Kerboucha, commune de Mirabeau, quatre autres pénétrant dans la pièce où cet indigène se trouvait en compagnie de sa femme Tassadit bent Ahmed. Deux de ces derniers entraînèrent Fati Amar dans une pièce voisine et le tinrent là sous la menace de elrus fusils, tandis que les autres, après avoir frappé Tassadit pour l’empêcher de crier, fouillaient la maison. Les bandits ne se retirèrent qu’après s’être emparés d’une somme de 50 francs, d’une paire d’agrafes en argent, d’une sacoche, de trois burnous et de divers autres effets. De plus il emmenaient une vache laitière avec un veau, qui, abandonnée par eux, rentra d’elle même le lendemain. »
Recours en révision rejeté le 17 avril 1917.
Ammouche, Hammoum, et Bouchelaghem sont fussilés à Bordj-Menaïel (Algérie) le 5 juillet, 5h.

Evanghelos Christo Dopsinopoulos, né en 1887 à German (Albanie), cultivateur
« Le nommé Dopsinopoulos, habitant le village de German a été dénoncé à la police de sûreté de l’Armée Française d’Orient par un indicateur, le sieur Doïnides (Michaêl), garde-champêtre de German, comme étant un comitadji avéré ayant porté les armes contre nous et nos alliés et se livrant à l’espionnage dans les lignes françaises, à Sterbovo. » Poursuivi en vain durant vingt jours dans la montagne, Dopsinopoulos, déserteur de l’armée grecque est arrêté sur la dénonciation de sa femme qui révèle l’emplacement d’une cachette contenant des fusils de guerre bulgares, tachés de sang. Guide d’une bande, il aurait fait l’assaut d’un poste de gendarmerie grecque et fait déporter gendarmes et civils dans un camp de concentration en Bulgarie ; après la retraite de l’armée, il continue à fournir des renseignements d’espionnage.
Le CG de la 156è DI le condamne à mort le 28 juin 1917. Il est exécuté à Lubjana (Serbie) le 21 juillet 1917, 5h.


Ben Mahamed Tahar Ben Messaoud Bousetta, né en 1882 à Ouled Djellal, Biskra (Algérie), cultivateur, veuf, 3 enfants, sans condamnation antérieure
Dans la tribu de Doucen Ouled Djellal, vivaient sous la même tente une jeune fille de 13 ans, Mebarka bent Belgacem, son beau-père et le frère de ce dernier, l’accusé Bousetta. Un ancien cheikh, Amor ben Messaoud, cousin de la jeune fille voulait donner celle-ci en mariage à son fils quand elle aurait atteint l’âge. Bousetta étant tombé amoureux de Mébarka, il la déflora afin de contrarier ces projets. A la suite d’un procès devant le Cadi, la jeune fille fut confiée à la garde de sa grand-mère, et le vieil Amor obtint de cette dernière l’autorisation d’emmener sa cousine à Doucen afin de la soustraire à la cohabitation honteuse qu’elle subissait. Le 2 décembre 1916, ils prirent la route, lui monté sur un âne, elle à ses côtés, à pied. Après six kilomètres de route, ils virent fondre sur eux Bousetta, armé d’un fusil, qui tira deux coups sur Amar, le blessant à la cuisse avant de le tuer. Il s’acharna ensuite sur Mebarka qui l’implorait et lui baisait les mains, et la tua à son tour de coups de pierre à la nuque.
CG de la division militaire de Constantine
Recours en révision rejeté le 30 mai 1917, « jugement exécutoire le 4 août 1917, jour où le condamné a été fusillé. »


Ben Ali Ben Dib Douim, né en 1896, Tribu de Messaôba, Fraction des Azizla (département de Constantine), berger, célibataire
Dans le courant de décembre 1915, un indigène d’Ouargla est assassiné sur le territoire de l’annexe d’El Oued. Les faits ne parviennent à la connaissance du commandant militaire des Oasis que le 13 mars 1916 ; les recherches mettent à jour le cadavre de Salem ben Mohammed ben Miloud, employé de Mebarek ben Amor ben Hachifa. La victime s’était rendue momentanément à Ourgla en compagnie d’un autre berger, l’inculpé Douim, qui l’avait assassiné en cours de route en l’attirant dans un guet-apens, parce qu’il convitait les cinq chèvres laissées par Salem dans le troupeau de son patron. Douim fit des aveux complets, désignant des complices qui furent acquittés.
CG de la division militaire de Constantine. Recours en révision rejeté le 26 juin 1917
Douim est fusillé le 21 août 1917 « au lever du jour au champ de tir de la garnison » (polygone de Constantine).


A Zélénik (Serbie) le 25 août 1917 (18h30) sont fusillés
Ehmaz Eumer, né à Galbrda en 1892, cultivateur à Podgarié
Abdul Haidar, né à Podgarié, cultivateur, célibataire
Chakir Halid, né à Podgarié en 1887, cultivateur, marié, 3 enfants
Ibrahim Bey Hodo, né à Poloska en 1872, cultivateur, marié 2 enfants
condamnés pour avoir sur le territoire d’Albanie recelé ou fait receler l’espion Bakalbatchich :
Le 12 avril 1917, Osman Bakalbatchich, arrêté chez Ibrahim Hodo à Poloska, est condamné à mort par le CG de la 156è DI. Il fait alors des révélations sur l’organisation de l’espionnage, et ses voyages, à fin de renseigner sur les routes et les numéros des unités qu’il croisait, livrant le nom d’agents à la solde des Autrichiens et des Bulgares.
Mehmet Ibrahim, né à Mavrovo en 1881, instituteur à Krupusta, marié, 1 enfant
Chaouch Mehmet, né à Halarup en 1885, cultivateur, marié, 1 enfant
Marko Natcho Gaki, né à Starovo en 1894, commerçant à Koritza, célibataire
Vessel Baki, né à Halarup en 1887, cultivateur, marié, 2 enfants
Suleiman Bessim, né à Verican en 1884, épicier, marié, 4 enfants
Illia Christo (alias Polena), né à Polena en 1857, commerçant (banquier) à Koritza, marié, 8 enfants, désigné comme le chef du réseau
Intelligence avec l’ennemi entre autres en lui fournissant des secours en argent au moyen de la contrebande de l’or échangé contre du papier monnaie
jugés par le CG de la 57è DI avec Kerim Abedin Biniako, lt de gendarmerie albanaise à Kontza, Adam Bekir, négociant à Kontza, Rakeb Ibrahim, Ismail ibrahim, Kiazim Hassan, Osman Salih,(tous condamnées à 20 ans de TF) Helene Andonitza, Catherine Athanas (acquittées)
Biniako est présenté comme un agent retourné par le contre-espionnage français. Il ressort de son témoignage qu’il a assité à une rencontre entre Sali Boutka (chef des comitadji albanais au service des bulgares) et Themistokli, « préfet » de police de Koritza où régnait un seigneur de guerre français, le colonel Descoins (ancien officier de cavalerie d’Afrique). Sous leur administration, il avait été convenu que le territoire de Koritza, majoritairement peuplé d’albanais, revendiquerait cette nationalité sous protection française, le contre-espionnage français restant persuadé que Themistokli jouait double jeu. Adem Bekir par ses avouant qu’il servait de facteur pour transmettre les courriers de Themistokli aux responsables de l’espionnage germano-bulgare, fournira la preuve qui aboutira à l’arrestation de Themistokli. (voir 8 novembre)



Vassil Christo, né en 1858 à Piskupige (Serbie), pope, marié, 5 enfants.
Surveillé de longue date pas la sûreté, le pope Christo est soupçonné d’entretenir des relations avec l’évèque d’Okeida, agent ennemi. Sa persistance à allumer des feux nuitamment à son domicile situé à deux km des lignes françaises (alors qu’a été prescrit par l’AFO l’extinction des lumières) le rend suspect de transmettre des messages par signaux optiques. Enfin en juillet 1917, les Français trouvent un motif pour l’incriminer directement dans le fait qu’il encourage les habitants de Piskupige à garder armes et munitions, alors qu’a été promulgué le décret que tout civil trouvé en possession d’armes serait fusillé sur le champ. « Vassil Christo conseilla énergiquement la résistance ». Cinq personnes ont été fusillées sans procès (sans qu’on sache si on peut les confondre avec celles évoquées dans le cas suivant).
D : - Comment se fait-il, puisque vous avez manifesté votre satisfaction de l’intervention de l’intervention française en orient, que vous ayez permis à votre fils Théodore de se mettre au service des Bulgares, quand ils étaient à Piskupige et de les suivre pour s’enrôler dans leur armée, quand ils ont évacué le village ?
R : - Mon fils n’a pas volontairement suivi les Bulgares ; il a été emmené par eux. Depuis son départ je suis sans nouvelles de lui… Je suis accusé à tort par ceux qui veulent dégager leur responsabilité.
Maxout Husseim, né en 1882 à Bratomir, cultivateur
A deux reprises au moins en décembre 1916 et début Janvier 1917, Husseim est accusé d’avoir franchi les lignes ennemies pour fournir des rensignements susceptibles de nuire à l’armée française. Il s’est abouché à Tordora avec un nommé Koyo, qu’il savait être chef de bande à la solde des Autrichiens, l’encourageant à tenter un coup de main du côté de Bratomir, « sur l’assurance que la population lui apporterait secours et assistance. » Il a obtenu de son beau-père à Plaça, des informations sur l’emplacement exact du centre de ravitaillement français, lequel fut bombardé peu après. « Il est à dire que l’accusé n’a pas agi isolément, il a procédé en compagnie de divers individus, comme lui au service de Bekir Abdullah, le chef de l’espionnage ennemi, et probablement en concert avec eux Quatre des individus associés à ces massacres ont été fusillés [sommairement exécutés] pour avoir contrevenu aux prescriptions militaires en dissimulant des armes et des munitions qui ont été trouvées en leur possession. »
CG de la 76è DI, en tant que sujets civils le droit à révision n’est pas accordé.
Vassil christo et Maxout Husseim sont fusillés à Bukovo (Serbie) Monastère de Kristofor le 11 septembre à 5h30.


Julio Roman Sedano y Leguizano, né le 9 juin 1866 à Pachuca (Mexique), représentant de commerce (Les historiens voient en lui le fils illégitime qu’aurait eu Maximilien, Empereur du Mexique – lui-même parfois désigné comme le fils de l’Aiglon- avec Maria Anna Leguizamo. Si toutes ces légendes étaient fondées, les français auraient alors fusillé l’arrière-petit-fils de Napoléon Ier).


Le dossier de procédure contenant plus de 1000 pages, on sera amené à survoler l’affaire :
Rapport : Le 28 décembre 1916, le sieur Sedano, sujet mexicain, jeta une lettre dans la boîte au bureau de poste situé 121 bd Hausmann, et monta ensuite dans le premier tramway qui passait. Des inspecteurs de la police judiciaire qui épiaient ses faits et gestes depuis le 19 décembre précédent, date à laquelle il avait été signalé par la Sûreté générale comme espion au service de l’Allemagne, se firent aussitôt remettre cette correspondance [adressée à] M. Pedro Garcia, 8 et 6 puerta del Angel, Barcelone. Des réactifs appropriés révélèrent, au-dessus du texte en clair de la lettre, un texte secret qui ne laissait aucun doute sur le genre de métier auquel se livrait Sedano. L’inculpé parlait de détruire à la mélinite la tour Eiffel. Il invoquait la difficulté de se procurer des explosifs, son fournisseur, in sergent du 4è d’Infanterie venant de se tuer en maniant imprudemment une grenade, et il réclamait de l’argent « encore mille francs ». Peut-être tout cela n’était-il que du bluff, mais la suite de la lettre renfermait des renseignements singulièrement précis. Sedano indiquait très exactement les abréviations par initiales usitées dans notre armée et il écrivait en propres termes : « Les aéroplanes français de 200 HP augmentent tous les jours, on peut calculer à 10 par jour. Les Anglais avancent et construisent des avions de 200 et 300 HP. En France et en Angleterre, on continue la construction des 75 et des 155. Les premiers et les seconds, de marine à longue distance, ce sont ceux qu’on use avec abondance maintenant… Je continuerai à vous envoyer des listes des hommes sur le front et les noms des villes où se trouvent les secteurs. J’attends le retour d’amis qui me donnent des informations, sans se douter que jesuis un agent spécial et entreprenant, parce que je sais que quand on les invite et on leur fait des cadeaux… » L’inspecteur Priolet se transporta au 2 rue de Liège au domicile de Sedano. Au cours d’une minutieuse perquisition, il découvrti notamment, un flacon d’encre sympathique portant, sans doute pour dissimuler l’origine du produit, une étiquette de la parfumerie Piver… un carnet noir garni sur sept pages et demi, de noms de militaires, avec l’indication de leurs corps, de leur compagnie ou escadron et, pour 14 d’entre eux, de leur secteur postal. Sedano avoua sans difficulté qu’il était un agent au service de l’Allemagne…
Mais tout d’abord, qu’est-ce que Sedano ?
Un rastaquouère, dans toute la force du terme. La barbe et la chevelure soigneusement peignées, toujours tiré à quatre épingles, portant beau, il se donne des allures de galantin, et dans son jargon réel ou affecté, il ne cesse de décocher des compliments aux femmes qu’il comble par ailleurs de prévenances et de menus cadeaux. Veuf au Mexique, marié à Paris depuis 1897 avec une fille de concierge dont il a commencé à subtiliser les petites économies, il a fait un peu tous les métiers. Tantôt commis de librairie, tantôt employé dans les consulats des républiques sud-américaines, tantôt s’occupant d’expositions et de propagande commerciale, il a été longtemps guide pour riches étrangers dans les établissements de nuit… Devenue secrétaire du poète américain Ruben Dario, il passa en Espagne au moment de la guerre actuelle et il a laissé à Barcelone les plus tristes souvenirs… C’est là qu’en septembre 1916, un agent recruteur de l’espionnage allemand vint faire appel à ses services… Le portrait que l’inculpé a tracé de l’agent recruteur correspond trait pour trait à celui de Fritz Dispecker, trésorier du club allemand « Germania » et l’un des émissaires les plus actifs du Consul général d’Allemagne à Barcelone…
Par la lettre mise à la poste le 28 décembre, on peut juger de toutes les autres, et Sedano… avoua en avoir expédié dix-neuf. D’ailleurs l’Allemagne n’a jamais cessé d’être satisfaite de son agent, puisque, après lui avoir fait remettre 400 francs, elle lui a successivement servi par l’intermédiaire de la banque del Rio de la Plata, le 12 octobre 1916, 305 francs, le 4 novembre 490, 75 fr, le 8 novembre 326 fr… Voilà donc en trois mois et demi près de 2000 francs déboursés par l’espionnage allemand… Le galant Sedano n’hésitait pas à mettre à contribution les femmes qui touchaient à quelque service de la guerre ou avaient un mari sur le front... »
Parvenant à s’introduire partout, Sedano voyage à Marselle, visite des usines militaires à Lyon, arrache des renseignement à un de ses ex-secrétaire qui a travaillé chez Renault.
3è CG permanent du gouvernement militaire de Paris , sous la présidence du bientôt très célèbre Bouchardon... En savoir plus

En attente de la décision de révision, Sedano ne reste pas inactif dans sa cellule. Il va produire une impressionnante correspondance destinée à des personnages influents (Ambassades, Consulats etc…), pour tenter de trouver de l’aide, estimant qu’il n’a commis aucun délit. Il demande la liberté provisoire ou le rapatriement immédiat dans son pays. Il contacte, entre autres personnalités, Porfirio Diaz, fils de feu l’ancien président de la République Mexicaine lequel « se désintéresse complètement de cet individu… ayant appris que c’était un aventurier. »
Sedano submerge le Capitaine Bouchardon de lettres-fleuve (plus de 20 opuscules) tendant à nier, puis à minimiser sa responsabilité pour finalement conclure qu’il a œuvré pour le bien de la France.
« La calomnie est un serpent qui répand son venin dans les cœurs », écrit-il le 26 juin 1917.
Ne doutant de rien, il propose de s’occuper de la censure militaire, il va même jusqu’à suggérer au juge un autre modèle de circulaire pour les interrogatoires .
Il assure être Français de cœur :
« Je faisais toujours attention de ne rien envoyer qui portât atteinte à la défense nationale… (C’était) …exclusivement pour gagner de l’argent dont j’avais un urgent besoin, tant pour mes dépenses personnelles que pour mes nobles entreprises. »
« Je pensais d’ailleurs rembourser les sommes d’argent quand les circonstances me l’auraient permis en les distribuant à des œuvres de bienfaisance et m’acquitter ainsi vis-à-vis de ma conscience » (le 23 janvier 917)

Quand il se voit définitivement perdu, il entreprend la rédaction d’un testament qu’il charge son fils Ignacio de publier en 6000 exemplaires qu’il envisage de commercialiser au prix de 2,50frs, ce qui devrait rapporter 30 000 frs à la succession.
La première partie de cette Historia de mi vida « Pensées libres », est composée de principes moraux qui ont, dit-il, dirigé son parcours de vie. Il aimerait que ces pensées soient l’objet de leçons de morale dans les collèges, et qu’elles soient traduites en diverses langues.
Il désire être incinéré et souhaite que ses cendres reposent « loin de ce peuple français que j’ai tant aimé lui sacrifiant les meilleures années de ma vie ». Il aimerait reposer près de son père, à côté du maître autel dans l’église de Jésus, à Mexico.
La seconde partie, intitulée « Annexe », prévoit les dispositions financières :
Il lègue 100 frs aux soldats qui le fusilleront, faisant de lui un martyr, ainsi qu’au gardien de sa cellule.
« Je suis victime d’une erreur » conclut-il. en français,

Recours en grâce rejeté le 7 octobre 1917
Sedano est fusillé à Vincennes le 10 octobre 1917, 6h05
Conséquence de l’interdiction de rendre compte faite à la presse, le Journal de La Meurthe et des Vosges du 13 octobre annonce l’exécution d’un espion brésilien.



Née en 1876 aux Pays-Bas, Margaretha Geertruida Zelle grandit auprès d'un père attentionné.

Belle jeune fille au teint basané, Gritje est assez tôt poursuivie par le scandale. Placée par son oncle dans un pensionnat huppé de Leiden où elle suis des études pour devenir institutrice, elle est compromise dans une liaison qui provoque son renvoi et celui du directeur de l’école. A 18 ans, elle épouse, sur annonce, un capitaine de dix-neuf ans son aîné, qui l'emmène vivre aux Indes néerlandaises. Elle y apprend la danse javanaise. Ils ont deux enfants, qui seront empoisonnés en juin 1899 : seule sa fille survit. De retour en Europe en 1903, Margaretha divorce du capitaine McLeod, violent et porté sur le rhum. Elle gagne Paris où elle fait ses débuts comme danseuse de charme sous les apparences d'une princesse javanaise dénommée Mata Hari (L'oeil de l'Aurore) au «Musée des études orientales», le 13 mars 1905 sur l’invitation d’Emile Guimet en personne. Le spectacle connaît le succès et la troupe se produit bientôt à Madrid, Monte Carlo, Berlin, La Haye, Vienne et même Le Caire. En 1905 alors quelle se produit à l’Olympia elle gagne 10 000 francs par soirée. Mais en 1907 elle arrête sa carrière pour vivre à Berlin avec le lieutenant Allemand Alfred Kiepert, ce qui entrave durablement sa carrière ; endettée elle en est même réduite à faire des passes dans les maisons closes. Ayant retrouvé le succès, mais pas sa fortune antérieure, Mata Hari, qui parle plusieurs langues et vient d'un pays neutre, voyage de nouveau librement à travers l'Europe.
En 1915, elle vend son hôtel luxueux de Neuilly et s’installe dans une maison modeste à La Haye. C’est là qu’elle est approchée par le consul allemand Karl H. Cramer qui lui propose de retourner à Paris faire du renseignement en échange du remboursement de ses dettes.
À Paris, elle mène grand train au Grand Hôtel où les uniformes chamarrés abondent. Les pilotes de chasse jouissent en particulier d'un prestige irrésistible. C'est ainsi que la belle s'éprend fin 1916 d'un capitaine russe au service de la France dénommé Vadim Maslov, fils d'amiral, couvert de dettes. Il a 21 ans. Maslov est abattu au front, en plein vol, et perd l’œil gauche par suite d’intoxication aux gaz. Il est soigné dans un hôpital de campagne, du côté de Vittel.

Mata-hari et Maslov en 1915
Mata Hari aurait elle même dessiné le cache-oeil sur cette photographie


Pour l’obtention d’un laisser passer afin daller le voir, elle entre en contacte avec Georges ladoux, chef du contre espionnage français qui lui propose d'aller espionner le Kronprinz (le prince héritier de l'Empire allemand), qui fut son amant, moyennant une rétribution considérable (1 million de francs : Ladoux accepte mais la somme en sera jamais versée et les faits gardés secrets afin de ne pas compromettre les services français).


Elle se rend alors en Espagne neutre pour prendre un bateau à destination de la Hollande et gagner l'Empire allemand.
Pour éviter les combats, elle compte rejoindre la Belgique via l'Espagne. Elle est interrogée lors d'une escale involontaire à Falmouth par Basil Thomson du MI-5 (services britanniques) à qui elle reconnaît son appartenance aux services secrets français. On ne sait pas si elle ment à cette occasion, croyant que cette histoire la rendrait plus intrigante, ou si les services français se servent effectivement d'elle sans le reconnaître, en raison des réactions internationales que cette révélation aurait suscitées. Après un séjour en Belgique où elle aurait reçu une formation au centre de renseignements allemand d'Anvers par Fräulein Doktor Elsbeth Schragmüller, elle embarque finalement le 24 mai 1916 pour l'Espagne, où elle fréquente dans la capitale de nombreux membres des services secrets, comme Marthe Richard, toutes les deux étant sous le commandement du colonel Denvignes alors sur place. Elle y est courtisée par de nombreux officiers alliés.
En janvier 1917, l'attaché militaire allemand à Madrid, le major Kalle que Mata Hari avait tenté de séduire en se faisant passer (ou en étant réellement ?) comme l'espion allemand de nom de code H-21, transmet un message radio à Berlin, décrivant les activités de H-21. Les services secrets français interceptent le message et sont capables d'identifier H-21 comme étant Mata Hari. Aussi étrange que cela puisse paraître, les Allemands chiffrent le message avec un code qu'ils savaient pertinemment connu des Français et avec des informations suffisamment précises pour désigner sans peine Mata Hari (nom de sa gouvernante, adresse), laissant les historiens penser que le but du message était que, si elle travaillait effectivement pour les Français, ceux-ci pourraient démasquer sa double identité et la neutraliser. En tout état de cause Mata Hari se retrouve au milieu de services secrets en pleines manœuvres de manipulation et d'intoxication de part et d'autre.

Le 15 janvier 1917 [au capitaine Ladoux]
Mon capitaine,
Je vous serais très reconnaissante, si vous pouvez faire cesser la filature qu’on me fait depuis que je suis ici.
Je m’en suis aperçue. J’ai été avertie et ceux qui en sont chargés le font d’une façon telle que tout l’hôtel le voit et me regarde comme une bête curieuse. C’est complètement inutile.
Mes relations à Paris sont des plus connues, mes lettres à qui que ce soit ne contiennent jamais ce qui ne doit pas y être.
Faut-il que je vous répète, que je sais très bien ce que Mata Hari doit à Paris. Je n’oublierai jamais le bonheur que j’y ai eu et j’espère en avoir encore.
Depuis le jour où je vous ai donné ma parole, je me suis considérée à votre service et je vous en ai donné les preuves. Je vous répète que je ferai pour vous tout ce qui sera dans ma puissance et dans mon pouvoir, mais je me servirai des moyens que je juge en harmonie avec mon caractère et ma façon de voir la vie. Je n’admettrai jamais les « petits moyens là où on doit se servir des grands ».
Je n’ai pas besoin de connaître les vôtres. Je ne veux même pas connaître vos intermédiaires. Dites-moi ce que vous désirez et laissez-moi faire.
Que je demande que ces services me soient payés, c’est légitime. Dans la vie, on n’a rien pour rien. Dites-moi donc, mon capitaine, si vous désirez continuer oui ou non et recevez l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Marguerite Zelle Mac Leod.

Six semaines après son retour en France pour rejoindre son amant Vadim Maslov, le contre-espionnage français elle est arrêtée le 13 février à l'hôtel Élysée Palace sur les Champs-Élysées. Elle sort nue de la salle de bains et, s'étant rhabillée, présente aux gardes venus l'arrêter des chocolats dans un casque allemand (cadeau de son amant Maslov). La perquisition dans sa chambre d’hôtel ne permet pas de trouver de preuve incontestable, mais le sac à main contient deux produits pharmaceutiques. Elle déclare que l'un de ces produits est un contraceptif, mais il entre aussi dans la composition de l'encre sympathique. Des télégrammes chiffrés interceptés établissent (et elle le reconnaît) que le consul allemand aux Pays-Bas lui avait versé 20 000 francs. « Pour prix de mes faveurs », précise-t-elle. Pour des « renseignements », selon ses juges, sans préciser lesquels.

photo de l'Identité judiciaire


Accusée d'espionnage au profit de l'Allemagne dans le cadre d'une enquête sommaire, Mata Hari passe du statut d'idole à celui de coupable idéale. Son avocat et ancien amant Édouard Clunet n'a le droit d'assister qu'aux premiers et derniers interrogatoires. Son procès dure trois jours sans apporter de nouveaux éléments. Elle est même, abandonnée par son amoureux Vadim Maslov qui la qualifie tout simplement « d'aventurière ».
Elle est condamnée à mort pour intelligence avec l'ennemi en temps de guerre et sa grâce rejetée par le président Raymond Poincaré, qui laisse la justice suivre son cours. Son exécution a lieu le 15 octobre 1917 par fusillade, au polygone de tir de Vincennes :  : coiffée d'un grand canotier et vêtue d'une robe élégante garnie de fourrures, avec un manteau jeté sur les épaules, elle refuse d'être attachée au poteau et le bandeau qu'on lui propose. Elle aurait lancé un dernier baiser aux soldats de son peloton d'exécution 723, formé de douze zouaves. Alors que les soldats la mettent en joue, Mata Hari s'écrie : « Quelle étrange coutume des Français que d'exécuter les gens à l'aube ! »
Sa famille ne réclame pas le corps, qui est confié à la faculté de médecine de Paris : deux professeurs dissèquent la morte, déterminant que la balle mortelle a traversé le cœur de part en part alors qu'une autre balle, celle du coup de grâce, l'a défigurée. Durant cette autopsie, on vole plusieurs de ses organes comme souvenirs, comme reliques.


Mata-Hari est en quelque sorte la victime expiatoire de l’offensive du Chemin des Dames du 16 avril. Sa mise en cause, entourée du mystère voulu, met à l’abri les militaires et les politiques qui ont livré, volontairement ou non, les plans d’attaque aux allemands.. Elle permet, en détournant l’attention de l’opinion publique vers le spectacle (n’était-ce pas son métier?) d’étouffer le génocide des russes et des albanais.




Thomas Théodore Djara, né en 1888 (le PV d’exécution porte « présumé en 15871) à Bobochista, tailleur à Korytza, marié, trois enfants
CG de la 11è DI (30 octobre 1917) : jugé avec Anastasios (Tasco) Moula (10 ans de TF), Antonios Lazaros (Andon) Gounaris (10 ans de TF) et Yoannis Gounaris (5 ans de TF) pour manœuvres en vue de fournir aux ennemis des secours en argent au moyen de la contrebande de l’or et manœuvres en vue de favoriser les progrès des armes des ennemis contre les forces françaises ou alliées (ce qui constitue des faits d’espionnage).
En 1928, une demande en révision de Yoannis Gounaris est rejetée en l’absence de faits nouveau.
Kanina (Serbie) le 1er novembre 1917 : toutefois ayant purgé sa peine et étant exempté de l’obligation de résider aux colonies (depuis 1923), Yoannis Gounaris est légalement autorisé à rentrer en France, s’il le désire, une partie des sommes saisies à l’époque étant supposées lui avoir été rendues dès 1918. A cet occasion le commissaire du gouvernement près du CG de Marseille, saisi de la demande, produit un résumé de l’affaire à destination du service du contentieux du Ministère des affaires étrangères : « En avril 1926 [coquille pour 1916], un albanais, Pazli, vient se fixer à Korytsa. Il entre en relations avec Djara Thomas et lui demande de lui procurer de l’or contre du papier monnaie autrichien. Djara accepte et s’adresse à Moula, négociant à Florina. Celui-ci à son tour, se tourne vers Gounaris Jean, qui, en association avec son frère est banquier, marchand de tabacs, et autres. Gounaris Jean, quoique sachant que l’or serait envoyé à Koritza, accepte l’affaire, et, partant pour Salonique, laisse son frère terminer l’opération. Celle-ci porte sur 126440 couronnes autrichiennes qui furent échangées contre 200 livres sterling, 1500 livres turques, et 800 pièces de 20 francs. La découverte de cette transaction amena l’arrestation de Djara, de deux de ses frères, et de Gounaris Antoine. Moula fut également arrêté. Gounaris jean, revendiqua de Salonique, par lettres, sa part de responsabilité dans l’affaire. Poursuivi à son tour, il avoua avoir emmanché l’échange avec Moula. Il n’ignorait pas que l’or était destiné à Korytza, mais il n’a vu dans cette affaire qu’une opération avantageuse, absolument licite : ces échanges se faisant couramment à Salonique où ils étaient même autorisés. Cependant, un ordre général du 13 mars 1917 avait formellement interdit la sortie de l’or de la zone occupée par les troupes françaises… »


L’argumentation juridique patauge sur cette question de nationalité des sujets grecs en Albanie, sur laquelle police et commandement armé peinent à s’entendre. Le 10 août 1917, le commissaire de police Benoist, chef du service de sûreté de l’A.F.O. fait pression sur les juges : « Le chef de la sûreté croit devoir faire remarquer qu’un acquittement ou un non-lieu dans cette affaire serait reconnaître le droit à la contrebande de l’or transporté en territoire ennemi et empêcherait à l’avenir toute arrestation pour ce motif. Il y a à côté de la question de droit, une question de principe qui se pose… Les frères Djara et les nommés Gounaris et Moula doivent être considérés, à son avis, comme sujets d’une puissance ou d’un etat allié. Les uns ayant adhéré au Gouvernement Provisoire, les autres à la République de Koritza, ilq n’ont plus le droit, dans ce cas, de fournir à l’ennemi des secours en argent… Le chef de la sûreté de l’A.F.O… i,siste particulèrement pour une suite judiciaire dans cette affaire renvoyée devant le CG de la 11è DIC, tout paraissant mis en œuvre, même le chantage [la sûreté française aurait peut-être pour justifier l’arrestation des désignés coupables, fait disparaître une somme de 7000 couronnes dont ils demandent l’emploi aux suspects] pour arriver à un non-lieu. »
Un rapport de l’adjudant Paoli, tend à montrer que l’affaire a été sinon montée de toutes pièces, du moins exagérée, sans autre preuve que la rumeur, par la sûreté, fort vexée que quelques cas précédent lui ait échappé, raison de la promulgation hâtive des ordonnances du 4 et 13 mars interdisant le commerce de l’or et des monnaies « ennemies » dans la zone : « Il est de notoriété publique que les frères Gounaris et bien d’autres commerçants de la ville, aujourd’hui vénizélistes de circonstances, ont, avant la constitution du front actuel, fait une propagande et une contrebande intense en faveur des Bulgares qu’ils ont favorisés de tous les moyens en leur pouvoir lors de l’occupation par l’ennemi de la ville de Florina. En outre, les frères Gounaris faisaient partie du club fondé à Florina par l’ancien préfet royaliste Vanvetsos et le directeur de l’hôpital grec, le nommé Karavitis, [lesquels] avaient créé à Florina un centre de renseignements et d’espionnage fonctionnant en faveur du service d’espionnage dirigé à Monastir par l’ancien consul autrichien de Salonique. »
« Faits reprochés à Thomas et Sotirios Djara : le 20-12-1916, première dénonciation signalant les frères Djara comme se livrant à l’échange de l’or contre du papier autrichien ; 15 janvier, signalés comme effectuant des transactions financières à Korytza au profit du neveu de Sali-Bukta ; _ février, comme ayant échangé 23 000 couronnes contre de l’or à un envoyé de Kiazim Panarité, chef ennemi… comme se rendant clandestinement à Bobostica sis à ce moment dans les lignes ennemies ; le 11 février comme ayant effectué un achat de 3500 livres turques, somme échangé à Bobostica contre papier-couronnes autrichien [intermédiaire Poléna]. Ces faits se passaient à une époque où pour des raisons politiques, il ne pouvait être procédé à l’arrestation des frères Djaro ». Commentaire marginal du chef de la sûreté : « Il serait temps de mettre fin à ce commerce. L’arrestation de ces individus s’imposerait ne fût-ce que pour l’exemple. Qui dit contrebande dit espionnage. »
Le 26 juin 1917, 20 jours après avoir été écroué à la prison du QG de l’A.F.O., Sotir Djara meurt des suites de la typhoïde à l’hôpital de Florina.
Le 1er novembre 1917 à 8h Thomas Djara, arrivé au lieu de son exécution, au champ de tir de Kanina, désigne comme légataire universel son frère Pandeli.


Germendji Themistokli, né en 1870 à Koritza.
Arrêté le 1er novembre, il est mis en jugement le 7 devant le CG de Salonique.

Prisme 1418 : Descoins menait à Korytza une existence de satrape. Il avait un Konak, un harem, une garde indigène, un drapeau spécial à la hampe duquel pendaient des queues de cheval. Il émettait des timbres spéciaux (avec fautes et erreurs volontaires) dont le commerce fut assez florissant pour lui. Descoins avait comme pourvoyeur-entremetteur et conseiller militaire un certain Thémistokli, nommé par lui, Préfet de Police de Korytza à qui, un jour, en grande pompe, toute la population étant réunie sur la place, il remit personnellement la croix de guerre afin de le récompenser de ses bons, de ses très bons offices. (source : lettre adressée après-guerre à l’ancien rédacteur du communiqué du GQG, devenu journaliste, Fonds privé Jean de Pierrefeu, SHD, 1K 120) Ce Thémistokli avait quitté le service des Bulgaro-Autrichiens en décembre 1916, avec sa bande dont les membres avaient été titularisés gendarmes albanais, toujours aux ordres de leur chef, pour assurer l’ordre dans une population bigarrée, lourde d’hostilité entre communautés aux aspirations différentes.

Le déroulement des événements judiciaires montre que les autorités militaires avaient hâte de ce débarrasser de cet agent double.
Condamné à mort le 7 novembre, Themistokli se pourvoit en révision dans les délais prévus.
Note du substitut du Commissaire du Gouvernement près le Conseil de révision de l’A.O. le 10 novembre 1917 : « le 8 novembre 1917 le Commissaire rapporteur près le conseil de guerre m’a remis le pouvoir du nommé Germendji (sic)… J’ai immédiatement déposé ce pourvoi au greffe du Conseil de révision. Le commandant (bureau de la justice militaire) qui s’est réservé le droit de convoquer le Conseil de révision, prévenu de l’existence du pourvoi a fait connaître par message téléphoné reçu le 8/11/17 à 17h10 que la séance du Conseil de révision aurait lieu le 9 novembre à 16 heures. Par téléphone, le Commandement faisait connaître le même jour à 18 heures que le précédent message était annulé. Le 9/11 à 8h30 le Commissaire rapporteur de la Base me donnait connaissance, comme suite au pourvoi, du procès verbal d’exécution de la sentence, dressé par l’adjudant greffier Maglioli, agissant en vertu des ordres du général Chef d’État Major de l’arrière ; l’exécution avait eu lieu le même jour à 7h30. Le Commandement n’a plus donné aucune suite au pourvoi, qui, pour cette raison n’a pu être vidé et le dossier a été retourné au Commissaire rapporteur près le Conseil de guerre. »

(Prisme 1418)   « Le 26 novembre 1917, une autre longue enquête de notre Commissaire de Police Benoist livrait au Conseil de Guerre de la 76e DI un réseau d’espions, cette fois-ci au profit de la Bulgarie, tous condamnés à mort à l’issue du procès. Le général de Vassart n’a pas demandé cette fois confirmation de l’exécution immédiate, et l’a ordonnée pour le lendemain 27 novembre, à grand spectacle, près de la petite bourgade serbe de Holeven, la population tenue à distance, assistant à la fusillade, à 6h30, des 18 condamnés à mort, record des exécutions collectives par l’armée française dans la grande guerre. »

Des exécution avouées et attestées par jugement, s’entend...
Vassil Bojin
Doneff Christo
Kosta nelia Pandofsky
Troyan Foti Anastassoff
Naydo Stoyan Anastassoff
Mihaïl Stefo Kotcheff
Illia Traïcoff Ralefsky
Sfecto Dimoff
Spiro Sterio Tarpoff
Machoula Iovan Liahofsky
Spiro Nake
Merko Sterio
Mihaïl Netcho Palla
Vassil Stavro Boïkofsky
Sotir Yancoff
Sotir Yane Tomo (alias Sotir Yoche)
Thanas Petré Papavassiloff
Trane Yaneff


Gustave Mathias Michelson, né le 27 novembre 1878 à Wiborg (Russie) ingénieur à Paris
2è CG permanent du gouvernement militaire de Paris (25 juillet 1917)
Arrêté le 22 novembre 1916, Michelson est accusé d’avoir par une lettre en « écriture secrète » fourni des renseignements à un agent de l’espionnage allemand à Barcelone sur des améliorations d’un modèle d’aéroplane devant être construit pour l’armée française. Ses relations avec la cellule de Barcelone auraient pris place entre avril et juillet 1916. C’est à peu près tout ce qu’on peut en savoir, le dossier de procédure n’étant pas parvenu jusqu’à nous.
Pourvoi en révision rejeté le 17 août, pourvoi en cassation rejeté le 27 septembre 1917
Michelson est fusillé le 19 novembre 1917 à Vincennes à 7h10.


Léon Wecsler, né le 20 mai 1865 à Jassy (Roumanie) employé de commerce, célibataire, résidant avant son arrestation à Paris, hôtel Crillon.
Cette fois encore, on ne dispose que des minutes du 3è CG permanent du Gvt Militaire de Paris (20 juillet 1917). Le défenseur tente habilement d’obtenir que le Conseil se déclare incompétent, mettant en cause la régularité de l’arrestation, et le fait que trois des quatre chefs d’inculpation visent des faits qui se sont produits à l’étranger. Ce quatrième crime concerne l’introduction de l’inculpé dans le camp retranché de Paris pour s’y procurer des documents dans l’intérêt de l’Allemagne. Les trois autres chef d’inculpation portent sur les relation entretenus par Wecsler à Charlottenburg en 1916 avec le Docteur Grüber, et en novembre 1916 à Constance avec le Lieutenant Steiner. « Le meême est-il coupable d’avoir en Suisse et notamment à Genève, d’octobre 1916 à février 1917 inclus, entretenu des intelligences avec l’Allemagne, puissance ennemie, notamment en la personne du docteur Grüber ? »
Recours en révision rejeté le 17 août 1917, pourvoi en cassation rejeté le 27 septembre.
Wecsler est fusillé à Vincennes le 29 novembre 1917.



Féhim Banouch, né en 1882 à Kensbethiquer (Albanie), agriculteur, marié, sans enfant, musulman
CG du groupement de Malik, jugé avec Assim Vessel (10 ans de TF) :
Accusé d’avoir, en se rendant de Béras à Vastomi sur l’ordre de son patron Hassan Chakir recueilli des renseignement sur les troupes françaises (à Koritza, nombre de militaires, emplacement de l’aérodrome, nombre d’avions etc.) transmis à l’ennemi. Assim Vessel, pêcheur, est accusé d’avoir, sur les ordres du lieutenant bulgare Ilio Kotcharof transporté (sur le lac Malik) aux mois de mars et avril 1917 en barque de Soviani aux lignes françaises Félim Banouch, Haïdar Lozé et Arif Daout, touchant pour ces trois voyages des rémunérations des Bulgares. Le voyage de retour de Lazé fut commencé par
Vani Spiro, né en 1880 à Soviani (Albanie), agriculteur, pêcheur, marié, 4 enfants, chrétien orthodoxe
Spiro est accusé de recel d’espion pour avoir en 1917 à Koritza, logé chez lui Haïdar Lazé qu’il savait être un agent de l’ennemi, et l’avoir aidé à traverser le avant-postes français pour retourner chez les Bulgares, faits qu’il aurait avoués.
CG du groupement de Malik (30 octobre 1917). On constate que l’exécution a suivi immédiatement le procès puisque Vani Spiro et Féhim Banouch sont exécutés à Koritza Ferme du Haricot le 1er décembre 1917 à 7 heures.



Ben Cheikh Guettaf, né vers 1893 dans la tribu des Mekhali Djorb, berger
CG de la 20è DI, jugé avec quatre autres « indigènes civils de l’Annexe de Laghouat »
Accusé d’avoir le 14 novembre 1916 à Berrian, territoire militaire de Gardaïa tué Salah Bahmed El Takleur, emportant dans sa fuite un burnous, une gandoura, et une paire de souliers ; le 14 décembre à l’Oued Benbrik, d’avoir volé à un berger cinq chameaux, un fusil, un burnous, un couteau : le 26 décembre à l’Oued Madagh, tenté de voler à un autre berger un troupeau de moutons ; et enfin le 20 mars 1917 d’avoir volé un fusil au berger Mihoub ben Ramdam.
Recours en révision rejeté le 5 septembre 1917
Alger Fort l'Empereur le 1er décembre à 6 heures



L’Affaire des Tamarins comme l’appellera la justice est un épisode des « troubles du sud constantinois » , mouvement insurrectionnel surveni en novembre 1916 dans les Aurès, par la suite du décret disposant de la possibilité pour l’armée française d’incorporer toutes les classes d’âges algériennes et de prélever des ouvriers destinés aux usines d’armement en France métropolitaine. Le 11 novembre, un conseil de révision est réuni dans la commune de Mac-Mahon sous la présidence du sous-préfet de Batna, Casinelli.
Prisme 1418 : « Selon le rapport envoyé au gouvernement « Dans la nuit du 11 au 12, un millier d’indigènes du douar Aouf se portent sur Mac Mahon, envahissent le bordj, incendient les appartements, font feu sur M. Cassinelli, sur M. Marseille, administrateur et sur l’une de ses filles, pillent le village, coupent la voie ferrée et la ligne télégraphique. M. Marseille est tué sur le coup et son enfant grièvement blessée. M. Cassinelli est mort des suites de ses blessures. Les émeutiers sont alors dispersés par les Zouaves du peloton de protection, au prix de 12 tués »
Au petit matin du 12, à 9 kilomètres de là, les quelques Européens présents autour de la maison forestière des Tamarins, implantée près du carrefour de la route Biskra-Batna et de la voie ferrée, découvraient un attroupement inhabituel « d’indigènes » suivi de l’envahissement par force de leurs demeures. « Dans la même nuit du 11 au 12 novembre, aux Tamarins, la gare était pillée et un garde forestier tué ».
M. Terrazano avait été abattu par traîtrise. Blessé, il avait été achevé par un petit groupe qui s’était acharné sur lui. Les trois femmes présentes avaient été brutalisées, dévalisées, tandis que le dépôt de la voie ferrée était pillé… »
L’historien Gilbert Meynier estime que, sur 5 mois, de 18 à 38 Européens et de 200 à 300 «indigènes » y perdirent la vie. Il ajoute : « Plusieurs centaines de personnes sont parquées en plein hiver dans un camp sans abri à Corneille ; beaucoup meurent à la prison de Constantine et à celle de Batna. Sur 147 prisonniers du Sud-Constantinois transférés à Taadmit, une centaine meurent du typhus »

Mme Veuve Massip, chef d’arrêt aux Tamarins, entend la première des cris d’appel des indigènes habitant la mechta voisine de la gare. Pendant que Mme Rost, garde-barrière est agressée, Mme Massip avertit par le poseur Galibardi que les Chaouia se révoltent, se ditige avec sa fille et un brigadier résidant à la gare, vers la maison forestière située à 150m. A la nouvelle de l’agression de Mme Rost (communiquée par un complice des émeutiers), Terazzano envoie deux des hommes présents pour la chercher. Kaddouri, ouvrier du train bien connu des européens qui lui faisaient confiance pousse Terazzano vers Boumédiane qui s’est caché à l’abri de la tonnelle, et tire à bout portant un coup de fusil sur le garde forestier. Trois autres rebelles l’entourent et l’exécute, donnant le signal du sac de l’appartement. Les agresseurs s’enfuient alors pour piller la gare et le dépôt, renonçant à éliminer les autres témoins gênants.

Messaoud Ben Abdallah Boumédiane, présumé né en 1867, doaur Tilatou, journalier, marié 6 enfants, condamné en 1915, 10 francs de dommages pour pacage
Messaoud Ben Sakker Hamaza, présumé né en 1897 au douar Briket, berger, célibataire
Mosbah Ben Sakker Hamaza, présumé né en 1894, douar Briket, cultivateur, célibataire
Salah Ben El Haouès Hamaza, né le 4 juin 1898, douar Briket, berger, célibataire
Zitouni Ben El Haouès Hamaza, né en 1884, douar Briket, cultivateur, marié sans enfant
Mouï Ben Messaoud Kaddouri, présumé né en 1871 au douar Tilatou, journalier, marié, 2 enfants, condamné en 1914 pour achat d’arme de guerre sans autorisation

CG de la division militaire de Constantine (27 août 1917) : exemple de fiches individuelles
Zerghini : au cours d’un mouvement insurrectionnel le 12 novembre 1916 aux Tamarins, arrdt de Batna, a d’abord cherché à dissuader les victimes de prendre des dispositions de défense en les rassurant à l’aide de nouvelles qu’il savait pertinemment fausses. A donné à l’un des assassins le signal de l’assassinat du brigadier forestier Terezzano.
Khelalfa : a pénétré avec violence chez Mme Rost garde-barrière, tentant de la voler, l’a frappé de 2 coups de bâton, et d’un coup de poing pour lui faire lâcher le fusil dont elle s’était armée.
L’action judiciaire est éteinte contre Mohanmed ben Sakhli Hamaza, décédé le 1er novembre 1917 avant l’exécution (pendu dans sa cellule) et contre Aissa ben Belkacem Rouabah, décédé à l’hôpital le 17 août 1917 (ce dernier voleur des volailles de Mme Rost, la menaçant de mort)

2 familles particulièrement actives, les Mahdi et les Hamaza figurent parmi les 35 prévenus ; 98 questions sont posées aux juges, dont il résulte, 15 non-lieu (charges insuffisamment établies) et 7 condamnations à mort : six survivants sont fusillés le 20 décembre 1917, à Mac-Mahon, 8 heures, après le rejet du recours en grâce en date du 12 décembre.