lundi 14 mai 2018

les fusillés de 1914

Fusillés pour l'exemple

 

"A deux semaines des commémorations du 11-Novembre, point d’orgue de cette première année du centenaire de la Grande Guerre en France, le ministère de la défense a révélé, lundi 27 octobre, que 953 soldats français avaient été fusillés entre 1914 et 1918, dont 639 pour désobéissance militaire, 140 pour des faits de droit commun, 127 pour espionnage et 47 pour motifs inconnus." Le Monde 27-10-2014

Il faut l'admettre, au point où nous en sommes arrivés, l'histoire est sans importance ; elle ne corrige rien, elle n'apprend rien. Je crois toujours aux entreprises vouées à l'échec, alors voici, humblement, un exposé des faits, conforme à ce qu'en avouent nos gouvernements. Qui ait la patience de lire jugera en son âme et conscience.

Parmi les 674 fusillés français (chiffre officiel récemment passé à 1009, sans doute encore sous-estimé), certains sont restés dans les mémoires, soit parce qu’ils ont été réhabilités, soit parce qu’ils sont représentatifs du traitement qu’ont subi leurs compagnons d'armes. Il faut remarquer que les officiers, imbus de leur position (sociale) dominante ont volontiers donné dans les brimades et les humiliations, rendant la guerre vers l'intérieur souvent plus cruelle qu'envers un ennemi dont ils partageaient les valeurs, relents de morgue impériale et de revanche contre-révolutionnaire se mêlant souvent à une incompétence crasse dont seuls leurs subalternes pouvaient être à leurs yeux tenus pour responsables.

 1914


Frédéric Henri Wolff  1er septembre 1914


Longtemps considéré officiellement comme le premier fusillé "pour l'exemple " de la Grande Guerre, Wolff a été jugé et exécuté en Lorraine le 1er septembre 1914 dans le village de Remenonville.

Toutefois d'autres militaires ont été exécutés avant lui, peut-être pour des motifs différents...


Le 5 août 1914, soit 3 jours après la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne, et à la date même où est instituée en France la censure de la presse, Alfred Boigegrain, 2e classe, 279e RI, né le 23 mai 1881 à Monthureux-sur-Saône (Vosges), 33 ans, est abattu à Neufchâteau (88) par une sentinelle alors qu'il ne respecte pas une consigne.

Le 6 Août 1914 René Joseph Emile Blanc, né le 16 mai 1887 à Graissessac (Héraut), lieutenant au Rgt d'Artillerie de Campagne, précédemment ingénieur des Mines à Constantine (Algérie) est tué à bord du navire La Medjerda. Cet incident mystérieux trouve son explication dans le Journal de Marche et Opérations (JMO) de la 37è division :

[...] Le 4 août [1914]– A 5 heures du matin, le Goeben (croiseur allemand) bombarde Philippeville (12 coups de canon). A 9 heures, le général Comby préside la commission de défense de Philippeville à la sous-préfecture. 10 tués, 10 blessés.
Le 5 août – A 8 heures, enterrement des victimes du bombardement. Discours du général Comby au cimetière. Embarquement à 12 heures à bord de la Medjerda. On passe la nuit dans le port.
Le 6 août – Réveil. Arrivée de l’escadre au large de Philippeville. On la rejoint en partant vers 6 h 30. Vers 7 h, on fait route pour la France. L’escadre se compose de : le Diderot ; le Danton ; le Jules-Michelet ; le Vergniaud ; l’Edgar-Quinet ; l’Ernest-Renan ; le Mirabeau.
Nuit du 6 au 7 août – Le lieutenant Blanc (de l’État-major de l’artillerie) pris subitement d’un accès de folie tue deux hommes de l’équipage de la Medjerda, blesse grièvement l’officier d’administration Garnier (de l’hôpital militaire de Constantine) et un homme de l’équipage.
Le lieutenant Blanc est abattu pour faire cesser le danger.
Le 7 août – En mer. Vers 13 h 30, en rade d’Ajaccio. Les cadavres et le lieutenant et l’officier d’administration Garnier sont descendus à Ajaccio. Vers 14 h, départ pour la France.

Le 24 août 1914 Christan Bauersachs, Allemand installé comme buffetier en Moselle, franc-tireur arrêté les armes à la main, est condamné devant le conseil de la 11è DI, à Nancy à la peine capitale le 23 août pour intelligence avec l’ennemi, et fusillé le lendemain.

Le 31 août, Joseph Hubert Seifarth est fusillé à Colombey-Les-Belles, gravière des Aubriots (54)

Le même jour, un soldat de Lozère nommé Marcel Paulin Elzière "s'est suicidé de plusieurs balles dans la tète et dans le cœur" (un tel acharnement est-il seulement probable?) à Gerbeviller situé a 4 km de Remenonville lieu d’exécution du Commandant Wolf.




Condamné à mort le 1er septembre 1914 par un conseil de guerre avec dégradation, rayé des cadres de la Légion d'honneur, le commandant Frédéric Henri Wolff est fusillé le jour même du jugement à 18h30 pour « capitulation en rase campagne et provocation a la fuite en présence de l'ennemi ». Le peloton désigné pour la besogne, et devant lequel il faut le traîner, est fourni par le 36e régiment d'infanterie coloniale. Inhumé sur place, le corps sera exhume clandestinement quelques mois plus tard, sans doute à l'initiative de son épouse. Wolff a été fusillé pour l'exemple. Il ne s'est pas vraiment défendu alors que, sur ce vaste champ de bataille, il n'a pas été le seul à « faiblir ». Dans le même régiment, le capitaine Pêcheur, commandant la 19e compagnie, avait la réputation d'être intransigeant. Il s'est joint au torrent de fuyards et a regroupé trois de ses sections dans le village d'Haigneville, avant de les abandonner au lieu de repartir au combat. 11 a été arrêté le lendemain alors qu'il tentait de se procurer des effets civils ; il a été condamné à cinq ans de prison. Livrés à eux-mêmes, certains de ses hommes ont pillé quelques maisons du village de Méhoncourt...
Le 6 janvier 1933, un avocat à la cour d'appel de Paris constitua un dossier pour obtenir la réhabilitation du commandant Wolff. Mais la procédure fut abandonnée.


Le 2 septembre à Belfort Conrad Joseph Beck  et Brahim Ould Habib Dine à Sézanne (51) (aucune autre précision, n'apparaissent pas dans la plupart des listes)


Georges Alexandre Cardon, né à Etricourt-Manencourt (Somme) le 12 février 1892, Soldat au 120e R.I. déserteur. Fusillé à Souain-Perthes-lès-Hurlus (51) le 4 septembre 1914. Mention "mort pour la France"


Les Rouges-Eaux 5 septembre 1914, 8 heures du matin

Lucien Joseph Royer du 14ème Bataillon de Chasseurs Alpins.
Né le 1er décembre 1891, à Entre-Deux-Guiers. Garçon meunier à Aix-Les-Bains.
Blessé par balle dans des conditions mal définies en août 1914, dans les Vosges. La présence de traces de poudre autour de la plaie conduit ses supérieurs à le suspecter de mutilation volontaire. Le Docteur Roy rédige un rapport médical à charge.

Inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à La passée du Renard (La Bourgonce), le 4 septembre 1914, par le CG de la 27ème DI. Condamné à mort avec les soldats
Joseph Pascal né le 14 mars 1890, couvreur

Edouard Charles Sayer, né le 1er février 1892, maçon
et Jean Pierre Soulier né le 29 novembre 1890, mineur de profession
Fusillés le 5 septembre 1914, à 8 heures, aux Rouges-Eaux (88).


Le 6 septembre Arthur Debout à Heiltz-le-Hutier du 91è RI (4è DI - 7è brigade) fusillé le 6 septembre 1914 : Arthur DEBOUT.

Arthur Debout était né à Provin (59) en décembre 1893. Lors de son recensement, il exerçait la profession d'ouvrier mineur. Sa fiche matricule ne mentionne pas qu'il fut fusillé. Seules sont indiquées les dates de son incorporation au 91è RI (26 novembre 1913) et de son décès.

Incorporé en novembre 1913, il fut classé " soutien indispensable de famille " un mois plus tard le 24 décembre 1913. La mention du décès fut portée semble-t-il suite à un arrêté ministériel du 25 février 1915. Une mention manuscrite indique qu'une réponse fut faite au Ministre le 6 avril 1919, suite à sa note du 5 avril 1919.

Il n'y a pas de fiche au nom d'Arthur dans la base mémoire des hommes, en revanche il en existe une dans un autre fichier conservé à Caen au Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC).  
Cette fiche porte la mention " Passé par les armes pour pillage " et indique que son décès fut transcrit à Provin (59) le 5 août 1919.
Le JMO de la 4è D.I. rapporte :
" A 9h, arrivée d'un message du Général Joffre annonçant que la bataille est prochaine et incitant tout le monde à faire son devoir. Au 2è CA, quelques mesures de répression. Les hommes sont rappelés à la stricte observation de la discipline, et un soldat du 91è est fusillé pour avoir maraudé dans un village pendant que sa compagnie était au feu. [...] "

Arthur Debout avait participé aux combats du 10 août 1914 dans le secteur de Mangiennes, survécu à la journée du 22 août 1914 en Belgique, ainsi qu'au 28 août à Yoncq.

Son nom est porté sur le monument aux morts de Provin, il était âgé de 20 ans.


René Emmanuel Blanchard, né le 5 mai 1888 à Vaudry (14), soldat au 5è R.I. fusillé le 6 septembre 1914,  à Louan, Seine et Marne sur la condamnation du Conseil de guerre (qu'on abrégera en CG) fr la 3è D.I.




Les fusillés du 327è


Le 7 septembre 1914, 7 soldats du 327e sont exécutés : ils sont tous originaires du Nord ou du Pas-de-Calais.

A l’origine officier de troupes coloniales, général de brigade placé par les circonstances à la tête d’une division, le général Boutegourd montre une intransigeance inflexible. Malgré l’intervention de plusieurs officiers en faveur des soldats arrêtés, il maintient l’ordre d’exécution appliquant l’ordre implicite du maréchal Joffre, passer par les armes les fuyards . Il veut certainement prouver par là sa capacité à commander, sérieusement remise en cause ensuite pendant la guerre.



À 6 h 30 du matin, François Waterlot (Montigny-en-Gohelle)


 François Hilaire Waterlot en 1905



Alfred Delsarte (Fresnes-sur-Escaut)



Gaston Jules Dufour (Rumegies, Maulde), 



Gabriel Caffiaux (Bermerain),


Palmyre Clément (Château-L’Abbaye), 

Eugène Barbieux (Saint Amand) 

Désiré Hubert (Trith Saint Léger) ouvrier des Hauts-fourneaux de Trith-Saint-Léger


sont placés devant une meule de paille. Ils se tiennent par la main.






À 12 mètres d’eux, une trentaine d’hommes forment le peloton d’exécution. La sentence est lue devant toutes les unités de la division mais l’exécution se déroule hors du cantonnement.
Les condamnés ne seront pas fusillés par leurs propres camarades. Les soldats clament leur innocence, crient qu’ils préfèrent se faire, le lendemain tuer par les Boches si on voulait les faire marcher en tête de leur formation, même sans arme. Mais le général Boutegourd reste sourd à leurs supplications et ordonne une première salve.
Miraculeusement, François Waterlot et deux autres condamnés ne sont pas morts. Une deuxième salve est tirée mais les trois hommes sont à nouveau épargnés.
Les hommes du peloton ont-ils sciemment évité de viser la tête et le cœur ? Un sergent et un adjudant chargés de porter le coup de grâce refusent de s’acquitter de cette ignoble besogne.

Palmyre Clément meurt de ses blessures... mais deux jours après !

Attendu qu'un acte de décès dressé par Delbecque Auguste officier de détail au 327eRI constate que le soldat Clément Palmyre du 327e RI né le 23/02/1884 à Château l'Abbaye (Nord) (...) est décédé aux Essarts (Marne) le 7/09/1914. (...) Attendu qu'il résulte d'une enquête diligentée par M. le Ministre des Pensions que c'est à tort que cet ex-militaire fut porté décédé le 7/9/1914 aux Essarts. Qu'en réalité ce militaire ne fut que blessé à ces lieu et date ; transporté dans un train sanitaire, décéda en cours de route le 9/09 : son corps déposé à l'hôpital mixte d'Orléans fut inhumé au cimetière de cette ville, tombe 34. (...)
Attendu que le soldat Clément était encore vivant quand a été dressé le 7/09 l'acte de décès transcrit à St Amand.
Qu'il y a lieu en conséquence de rectifier l'acte de décès ...
François Waterlot a la vie sauve et l’on ignore ce qu’il est advenu de Gaston Dufour, blessé et transporté dans une ambulance (sa fiche SGA indique qu’il a été tué le 7 septembre 1914). Dans une lettre du 11 janvier 1915, François Waterlot se souvient :
l’adjudant qui était là vint pour nous donner le coup de grâce en nous logeant une balle dans la cervelle. Il commença par la gauche et quand il eut tiré sur les deux premiers il dit au capitaine qui commandait qu’il ne pouvait pas continuer, que ça lui faisait trop de peine. Le capitaine lui dit de s’assurer si nous étions bien morts et en passant il nous fit bouger en nous pressant par les épaules, ce n’était pas le moment de bouger. Quand il eut passé d’un bout à l’autre il dit au capitaine que nous étions tous morts et le capitaine emmena le peloton.

Découvert plus tard par un sous-officier, François Waterlot se lève en disant : Je ne suis pas blessé, je n’ai absolument rien, donnez-moi un fusil, je veux me battre car je ne suis pas un lâche. Gracié, il retourne au combat sans esprit de revanche et le patriotisme intact. Il est même cité à l’ordre de son régiment pour avoir voulu reprendre sa place dans le rang après avoir reçu une blessure au dos lors des combats des 14 et 15 octobre 1914. Il meurt sur les champs de bataille de la Somme le 10 juin 1915

L’affaire dite « des fusillés du 327e » a fait l’objet d’une réhabilitation par la Cour d'Appel de Douai le 22 décembre 1926.

Les 6 de Vanémont-La Houssière


Eugène Jean-Baptiste Bouret est fusillé le même désastreux 7 septembre.
Le 2 août 1914, l'artilleur Eugène Bouret abandonne sa famille et ses vignes, pour rejoindre la 1ère Armée passant à l'offensive en Alsace annexée. Le 29 août, au col vosgien d'Anozel, la déflagration d'un obus allemand signe sa perte. Touché par le souffle de l'explosion, Eugène Bouret perd la raison. Il est la première victime de l'obusite (le "shell-schok).Le médecin du régiment diagnostique un état de démence par commotion cérébrale. Evacué sur une antenne sanitaire, Eugène n'arrivera jamais à destination... En état de choc, il s'égare et erre à l'arrière du front. Jugé suspect par un capitaine d'infanterie, l'artilleur est arrêté et remis à la prévôté du 14ème Corps d'Armée. Parallèlement, à cette période, devant la poussée allemande, l'état-major redoutant de revivre la déroute de 1870, ordonne de durcir la répression. Le 7 septembre 1914, jugé expéditivement par un Conseil de guerre incompétent, Eugène Bouret et 5 autres coaccusés sont fusillés le jour même pour abandon de poste en présence de l'ennemi.

Claudius Francisque Urbain du 299e RI né le 1er janvier 1882 à Chuzelles (Isère), mineur à Vienne accusé d'abandon de poste en présence de l'ennemi à St-Dié et de mutilation volontaire
Ernest François Macken chasseur du 53e BCA, né le 3 novembre 1889 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), cultivateur à Liancourt (Oise), inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 2 septembre 1914
Benoît Manillier du 22e RI, né le 22 mai 1887 à Leyrieu (Isère), cultivateur, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Rougiville le 3 septembre 1914 -
Francisque Jean Aimé Ducarre du 30e RI, né le 4 janvier 1892 à Saint-Quentin-Falavier (Isère), voiturier. Précédemment condamné én 1912 ) quinze jours de prison pour insultes à la gendarmerie, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 3 septembre 1914 (aucune mention de conseil de guerre ou d'exécution sur son acte de décès)
Francisque Pitiot chasseur du 11e BCA, né le 1er février 1882 à La Grand-Croix (Loire), métallurgiste à Rives de Gier, inculpé d’abandon de poste en présence de l’ennemi à Taintrux le 3 septembre 1914


Le 8 septembre 1914 Jean-Marie Genillier né le 13 décembre 1881, à Sermentizon, près de Courpière. Il était cultivateur, mesurait 1,62 m et vivait avec sa mère, 76 ans, en 1911 au hameau du Cheix ; son père était déjà décédé, comme son frère aîné ; le 11 août 1914, Jean Marie fut mobilisé à 33 ans, au 5e Régiment d'infanterie coloniale de Lyon ; arrivé le 2 septembre, il est porté disparu le 3. En fait, il a déserté le champ de bataille ; il fut arrêté quelque temps plus tard et emmené en détention à Haye-Banon ; là alors que le 8 septembre, il tentait de s'enfuir, il fut tué par une sentinelle. Il n'y a pas de dossier d'instruction à son nom et son décès n'a pas été reconnu comme mort pour la France.

Le 9 septembre 1914 Henri Parpaite, né le 25 septembre 1888 fusillé à Landricourt (51) : aucun indice.


Le 11 septembre 1914, trois soldats sont fusillés à Trémont-sur-Saulx, au lieu dit Bois des trois Fontaines (Maire) et la Garenne le Pré, pour redonner le moral aux troupes :
Joseph Jean Henri Maire, né le 22 septembre 1892 (21 ans), cultivateur à Colombier-le-Vieux (Ardèche) soldat du 55e R.I. à Blainville disparaît de sa compagnie le 28 août 1914
Joseph Louis Eymonet, né le 7 octobre 1890 à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), 24 ans, soldat du du 61e R.I. disparaît de sa compagnie le 1er septembre 1914 en compagnie de son ami
Jean Tachon, 23 ans, né me 6 mars 1891, cultivateur à Saint-Victor (Ardèche)

Contexte : Le 1er septembre 1914 le 61ième R.I., cherche à progresser sur les plaines de Lorraine à partir de 7 h sous un feu violent d’artillerie de campagne, d’obusiers et parfois d’artillerie lourde. A la nuit tombante, les compagnies regagnent la lisière du bois de Vitrimont. Elles ont eu des pertes sensibles qui s’ajoutent aux combats des 25 et 26 août. Pour beaucoup de soldats ce fut la panique. Jetés sans préparation dans cette "offensive à outrance" voulue par le généralissime Joffre, ils ont abandonné leur équipement et cherché à regagner des lignes moins exposées. Ils ont souvent été arrêtés par des officiers revolver au poing. D’autres sont passés, et parmi eux se trouvait le soldat Eymonet. Il avait réussi à se cacher deux jours avec son ami Tachon avant de revenir tous les deux vers leur régiment.

Ils comparaissent le 10 septembre 1914 devant le tribunal militaire présidé par le colonel Guérou, du 6e Hussards, qui les condamne à la peine de mort au motif d' "Abandon de poste en présence de l’ennemi". Aucun témoignage, aucune instruction préalable, pas de circonstances atténuantes. Un capitaine notera au sujet de ce jugement : "Il est plus dur de mettre à mort de sang-froid trois hommes que d’en voir tomber cinquante sur le champ de bataille. Mais c’est nécessaire pour l’exemple".
Le lendemain, ils sont exécutés, à 5 h 30, sur la route de Beurey devant les troupes rassemblées. Ce même jour, le général Espinasse du 15e corps fait diffuser son ordre n°12 à toutes ses unités, relatant l’exécution des trois condamnés afin que la publicité faite par cet exemple permettent aux
troupes de se ressaisir !

En 2014 encore le conseil municipal de Villeneuve refusa que le nom de Joseph-Louis Eymonet soit ajouté à celui de son frère Antonin sur le monument aux morts de la ville.

Albert Arjailles du 42e RIC fusillé "en présence du régiment" le 11 septembre 14 à Ville devant Belrain (Meuse). Le conseil qui a prononcé la peine le 9, condamne pour désertion devant l'ennemi Jean Lhuillier à 15 années de détention.


 
JMO :




Le journal d'Albert Vignon mentionne le 12 septembre, "exécution de Grandjean au matin":


Alfred Désiré Fernand Bayard, né le 6 mars 1889, domestique de ferme, soldat du 128e RI fusillé le 12 septembre 1914 à Vouillers (51) "abandon de poste et a revêtu des effets civils."

Jules Auguste Berger 13ème BCP, rappelé au 22ème RI.
Né le 17 mai 1882, à Saint Marcellin. Ouvrier en chapellerie, dans la même ville.
"A reçu un certificat de bonne conduite ". " Le CG temporaire de la 28ème DI, 11 septembre 1914, a déclaré le nommé Berger Jules du 22ème coupable de s'être mutilé volontairement et d'avoir abandonné son corps en présence de l'ennemi (Crime puni par l'art. 213 du CJM). L'an 1914, le 12 septembre, à 7h45, le présent jugement prononçant la peine de mort contre le nommé Berger Jules a reçu son exécution en présence des troupes de la garnison en armes ... "
Fusillé le 12 septembre 1914, à Vanémont (Vosges), avec les soldats
Gilbert Alexis Gathier, né à Cluses (74) le 23 octobre 1881, 30è R.I.
Blessé le 05/09/1914 durant une contre-attaque menée par son bataillon pour reprendre les positions du col de Censes de Grandrupt (Taintrux 88) Gilbert Gathier est accusé de s'être mutilé volontairement . Il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi par suite de mutilation volontaire"
et Ferdinand Louis Inclair (né le 28 juillet 1893 en Haute-Savoie)

Le 14 septembre Pierre Tinten, civil de 52 ans, domestique, puis blanchisseur à Champigny  originaire du Luxembourg est exécuté.
Selon le certificat du capitaine commandant la Prévôté de la 5è division d’infanterie, Pierre Tinten a été passé par les armesà 15 heures et 20 minutes à Saint-Thierry (51).
Les Archives départementales conservent ce jugement déclaratif du décès par
l’Armée française. Néanmoins il ne figure aucune mention des motifs de son exécution. D’autre part le Ministère de la Défense, contacté, répond que dans le contexte de l’époque, il est envisageable mais impossible à démontrerque M. Tinten ait été fusillé sans jugement. Avait-il un fort accent qui l’aurait fait confondre avec un ennemi déserteur en civil ?

Eugène Marie Ange Bouleau, fusillé le 14 septembre 1914 à l’âge de 24 ans à Vouilloers (Marne). Né à Mérignac (Côtes d’Armor), charretier à Hermes (Oise),
Mort par la France.

Sont mentionnés dans les listes Kamel Ben Embarak et Yahiaoui Ben Omar exécutés le 18 septembre 1914 à Sillery (51)

Onésime Nicolas dit Fernand Renaut, né le 5 mai 1890 à Clérey dans l'Aube, Célibataire, manouvrier, soldat du 37è R.I.
Condamné à mort le 15 Septembre 1914 par le conseil de guerre ordinaire de la 11e D.I., i pour " abandon de poste en présence de l'ennemi ". Il est fusillé le lendemain du jugement, à 15 heures sur la commune de Royaumeix (54)


Paul Marius Alexis Triat, né à Mornas (Vaucluse) le 14 décembre 1890
Fils de Joseph Triât et de Victoire Berthe Reynard. Soldat de 2ème classe au 23ème B.C.A.condamné à
la peine capitale pour « abandon de poste en présence de l'ennemi », et fusillé le 19 septembre 1914 (37 ans) dans la région de Lunéville (Meurthe-et-Moselle).
Aujourd'hui inhumé dans l'ossuaire N° l de la nécropole nationale de Friscati, à Vitrimont (Meurthe-et-Moselle), son nom ne figure sur aucun monument aux morts. 

 

Les six du 15è corps d'Armée

Le 18 septembre 1914, le conseil de guerre de la 29e division d’infanterie, à Verdun, condamne à la peine de mort six hommes.

Auguste Jules Léon Odde né le 29 décembre 1892 , (provenant du 24e bataillon de chasseurs alpins de Villefranche sur Mer)



et Joseph Tomasini, 21 ans, né à Monacia (Corse) marié, forgeron, 173e R.I., sont fusillés, 2 autres sont acquittés (Xavier Padovani , 29 ans, né à Sari d'Orcino (Corse), cultivateur, caporal au 173e R.I.,et  Lupetti François, 30 ans, né à Bocognano (Corse), veuf, mineur, 112e R.I.), tandis que quatre autres ( Jules Arrio , 24 ans, Jean Martin Giovannangeli , 25 ans, Charles Pellet , 31 ans, Gauthier Lambert, 23 ans) voient leur peine commuée en vingt ans de détention, puis annulée par la Cour de cassation le 10/03/1915. Le 20 novembre, la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes sont octroyées à Odde, à titre posthume.

Fusillés le 19 septembre 1914 à 9h30 à la sortie de Béthelainville par un régiment du 15e corps tiré au sort. Le médecin qui les a désignés (après un examen sommaire dans une grange mal éclairée) revient sur sa décision en ce qui concerne Arrio le 11 octobre. Les familles des deux victimes reçurent l'avis que leur fils était mort sans honneur.
Le Ministère de la justice casse et annule le jugement le 2 août 1917.
Le 11 janvier 1922, Barthou, ministre de la guerre, écrit à Ricolfi, député des Alpes Maritimes  "je suis heureux de vous faire savoir que le nom du soldat Tomasini, du 173e RI est compris dans un arrêté actuellement en préparation, décernant à sa mémoire la médaille militaire posthume."

La famille ne possède ni photo, ni lettre, et n'a jamais retrouvé son lieu de sépulture.

La campagne de presse (relayée par Clemenceau) contre le 15è corps d'armée formée de divisions provençales faussement accusées d'avoir fui durant la Bataille des 3 frontières d'août 1914 a probablement précipité les faits.

Robert Attal et Denis Rolland, La Justice militaire en 1914 et 1915 : le cas de la 6è armée :
 
M. Gérard Lachaud nous a communiqué un témoignage portant ce titre « Récit de M. Protin marchand de cycles avenue de Laon à Reims, ancien du tour de France des années 1925. Ancien combattant de la guerre de 1914-1918 demeurant à Chavonne (Aisne) ».

"Gochenée, Belgique, à 8 km de Givet, le 24 aout 1914, c’est la retraite dite de Charleroi. Les troupes françaises qui se sont battues sur la position Dinant-Givet battent en retraite en masse compacte. Ce sont surtout des hommes des 43è , 45è et 2è Zouaves qui ont été massacrés surtout à Onhaye, ils étaient commandés par le colonel Pétain. Le général commandant le corps d‘armée était Mangin, tous deux bien connus. Ces deux officiers se trouvaient donc sur les marches, lorsque Mangin me dit : "Va plus loin" ; à ce moment-là une patrouille surgit, amenant un soldat français. Mangin demande : "Qu’est-ce que c’est ?" Le soldat répondit : "C’est un soldat qui se cachait derrière une haie à la sortie du village, sans arme". Sans poser de question, Mangin dit : "Fusillez-le de suite." Le soldat voulut parler mais fut emmené derrière la maison et 30 secondes après, une salve. Je suis allé voir le mort, il était couché au pied d’un pommier. Voici donc aussi un crime ; on ne lui a pas demandé son nom, ni posé de questions. (...) Par la suite, Mangin et Pétain sont devenus de hauts personnages. Le même jour vers 18 heures sur la route en direction de Treignes, à 7-8 km de Gochenée, un paysan appuyé sur sa fourche dit à un officier français: "Alors on fout le camp, on a peur des boches." L‘officier lance un ordre: "Sergent prenez 6 hommes et fusillez-moi ce type-là. Le paysan, 50 ans environ, fut fusillé immédiatement."


"J’ai tué de ma main douze fuyards, écrit le général Blanc, et ces exemples n’ont pas  suffi à faire cesser l’abandon du champ de bataille. Pendant la bataille de l’Yser, legénéral de Bazelaire fit fusiller six tirailleurs tirés au sort dans une compagnie qui avait refusé de marcher".  Du côté de Quennevières, le 23 septembre 1914, le commandement de la brigade s’oppose aussi par les armes à la débandade du 6e Tirailleurs : « Les tirailleurs du 6e régiment qui comprennent de nombreux jeunes soldats reçus quelques jours avant se débandent et lâchent pied, [...I le général de brigade et son état-major mettent revolver au poing et forcent leur obéissance ; mais les indigènes n’écoutant plus que leur instinct de conservation, pareils à des bêtes forcées, s’empressent de fuir dès que les officiers s’écartent pour rejoindre d’autres groupes". On ignore le nombre de soldats, et aussi peut-être de civils, fusillés furtivement au bord d’un fossé ou dans un pré.


Michel Delattre est né le 16 août 1891 à Loison-sous-Lens.
Soldat de 2e classe au 147e régiment d’infanterie. Quoique sa fiche porte comme annotation "Mort pour la France" "tué à l’ennemi" il a été le premier soldat du 147è fusillé, le 19 septembre 1914 au bois de la Gruerie (Marne). Sa fiche matricule indique qu'il ne savait ni lire, ni écrire lors de son recrutement (degré 0 d'instruction).
Extraits des carnets d'Émile Lobbedey : ( source )
19 septembre :  On dit que deux soldats de la 5e, Delattre et Lesaint doivent passer devant un conseil de guerre du régiment présidé par le commandant Jeannelle…  Delattre et Lesaint sont accusés d’abandon de poste alors qu’ils étaient sentinelles doubles à la lisière du bois. Ils avaient quitté leur poste pour s’abriter dans la tranchée ; et c’est un peu grâce à eux que l’ennemi à l’attaque du 18 a pu s’infiltrer sur le flanc des 5e et 8e compagnies.
20 septembre : Réveil au petit jour. Il pleut, une petite pluie persistante qui perce. Le bataillon se rassemble en demi-cercle le long de la lisière d’un bois et attend. On dit que Delattre hier soir fut condamné à mort par 2 voix sur 3. Quant à Lesaint il fut acquitté, profitant de la mort du sergent Pécheur car il invoque un ordre de celui-ci lui ayant dit de le rejoindre. Delattre va être exécuté.
La pluie a cessé de tomber. Je vois se former un peloton d’exécution composé de la section du sergent Huygue de la 5e compagnie.
Celui-ci la place sur un rang devant le front du bataillon. L’adjudant Monchy de la 7ème en prend le commandement.
Bientôt je vois arriver Gibert avec Delattre entouré de quatre hommes baïonnette au canon. Celui-ci a l’air hébété et regarde tout cet apparat sans comprendre. Gibert lui a dit qu’il suivait le bataillon quittant son cantonnement.
Le lieutenant Péquin monte à cheval, se place devant le front du bataillon, pendant que les hommes entraînent le condamné devant le peloton d’exécution.
Puis l’officier lit la condamnation, le condamné ayant le dos tourné au peloton qu’il n’a pas encore vu.
La condamnation lue, ce sont des cris que pousse le condamné qui pleure, supplie, hurle et s’écrie :
" Je veux dire au revoir à mes camarades ! Je ne veux pas mourir. "
On lui bande les yeux et le tourne vers le peloton d’exécution. Il arrache le bandeau et voyant les fusils braqués à 15 mètres fait du bras un geste instinctif pour se garder. 
" Feu ! " 
Le corps s’effondre et reçoit du sergent Huygue le coup de grâce. Justice est faite. 
Le bataillon reste figé comme muet ; puis c’est le défilé près du corps. On creuse un trou ; les sapeurs sous les ordres du chef de musique enterrent le cadavre. Delattre était un de mes hommes quand j’étais caporal. J’obtiens d’aller saluer la dépouille : la tête et le cou sont troués de balles.
Une heure après nous partons, laissant Vienne la Ville à notre droite. Vers 9 heures nous prenons à l’ouest du village de Moiremont.


Paul Ricadat rapporte dans ses souvenirs :
C'en est fait, Delattre est tombé foudroyé. Le coup de grâce lui est donné par un sergent et à tour de rôle les compagnies défilent devant le corps. Rares sont ceux qui peuvent retenir une larme, l'émotion de tous est à son comble.
Évidemment, son abandon de poste nous a coûté 7 morts, il fallait un exemple. Mais, quand même ! Son crime : la peur. Chacun de nous aurait pu en faire autant. Moi, avant-hier, ma peur en entrant le premier dans le Bois de la Gruerie aurait pu aussi bien, m'amener là. Ceux qui n'ont jamais connu en leur âme ce duel entre le devoir et la peur ne peuvent pas comprendre. Nous qui savons, à Delattre qui a expié, nous avons pardonné.[...]

Extrait des carnets du Capitaine Rigault :
Mais on nous réveille à 4h30 pour assister à 5h30 à la triste exécution d'un homme qui n'a pas suivi sa section au feu. On attend une heure sous la pluie cette exécution impressionnante et lamentable : l'homme crie qu'il ne veut pas mourir ; il tombe à la première décharge et le bataillon défile devant ce malheureux, l'arme sur l'épaule. Après l'exécution, nous restons au repos dans le bois près d'un bon feu et sous la toile de tente allemande.
Michel avait un frère aîné prénommé Agathon. Né en 1890, celui-ci était de la classe 1910. Tout comme Michel et son père, il travaillait à la mine n° 2 à Lens.
Porté disparu le 8 janvier 1916 à l'Hartmannwillerskopf, on apprend en 1917 par un avis ministériel, qu'il est retenu en captivité au camp de Mannheim après être passé par un camp de prisonniers en Belgique.
Il est rapatrié en décembre 1918 et rattaché au 26è bataillon de chasseurs.
En 1939, ouvrier mineur, il est affecté spécial aux mines de Courrières et dégagé de toutes obligations militaires en octobre 1939.


Frédéric Julien Gleize, né le 14 mars 1885, à La Roque d'Ormes (09), soldat au 259è R.I., condamné par le 3è CG de la place de Verdun, exécuté le 19 septembre 1914 à Verdun .

Gustave Cerna, né le 9 avril 1892 à Lugas (Algérie) Cavalier au 1er R.H.  Conseil de guerre : 32ème D.I. Exécuté le 20 septembre 1914 à Essey-Lès-Nancy(54)

Le 21 septembre au camp de Guéliz à Marrakech, deux tirailleurs indigènes du 7è régiment sont exécutés sur odre du conseil de guerre des troupes d'occupation du Maroc occidental  : Ali Ben Messaoud Bouchelita, né à Chama (Algérie) en 1881 et Messaoud Ben Braham Boulakheras né en 1880 à Sidi-Abdelmelet (Algérie)

Jean Escoude, ne le 20 novembrer 1892 à Montendre, Charente-Maritime,soldat au 158è R.I., CG de la 43è D.I., exécuté à l'âge de 21 ans le 22 septembre 1914 à Suippes, (Marne)

Ben Ahmed Ben Ali Mohamed, né en 1890 à Tebaba (Tunisie). Soldat au 8 ème R.M.T.A. décédé le 24 septembre 1914 à Lassigny(60) . Pas de trace de jugement.

Florimond Alexandre Carpentier, né le 5 mars 1889 à Héricourt-sur-Thérain (Héricourt-Saint-Samson), épicier de profession à Hodeng-Hodenger (Seine Inférieure) et célibataire, Alexandre Carpentier sert comme soldat de 2e classe dans la 9e compagnie du 39e RI (matricule 011.389) lorsqu’il est mis aux arrêts à la suite d’une infraction commise le 1er septembre 1914 à Thillois : il est accusé d’avoir fui les combats en Belgique puis dans l’Aisne et la Marne entre le 24 août et le 12 septembre 1914.
Le conseil de guerre de la 5e Division d’infanterie se réunit à huis-clos le 24 septembre 1914. A la question : "est-il coupable d’avoir en septembre 1914 à Thy-le-Bauduin, Landifay, Escardes, Montmirail et Thillois abandonné son poste ?", les juges répondent à l’unanimité oui.
A la seconde question : "L’abandon a-t-il et lieu en présence de l’ennemi ?", les juges répondent également oui. Carpentier est condamné à mort.

Peu après, le même jour, le général Mangin, commandant la 5e Division, signe l’ordre d’exécution de la sentence pour lendemain, 25 septembre à 6 heures, entre Chenay (Marne) et Merly, en présence de la 10e Brigade et des détachements des dépôts des 39e et 77e RI.

L’ordre du QG  précise le déroulement de cette exécution avec un tel détail que le temps nécessaire à sa rédaction laisse perplexe :
 "(…) Les troupes assistant à l’exécution seront placées sous le commandement du colonel commandant la 10e Brigade (…) Ces régiments et ces dépôts seront disposés en fer à cheval entre Merly et Chenay, le côté libre du fer à cheval sera fermé par la croupe 189. Le 129e en ligne de colonnes de compagnie sera placé face au sud, le long de la lisière des bois Nord-Est 189.
Le 38e dans la même formation fera face au Nord parallèlement à la route Merly-Chenay. Les dépôts des 39e et 74e d’infanterie également en lignes de colonnes des compagnies formeront le 3e côté du fer à cheval ; ils feront part à l’ouest adossés à la lisière Ouest de Merly. 39e au Nord de la route de Chenay. 74e au Sud de cette route. Le 129e fournira le peloton d’exécution qui comprend 1 adjudant, 4 sergents, 4 caporaux et 4 hommes autant que possible et un sous-officier armé du revolver pour donner le coup de grâce. Les corps et les dépôts enverront pour 5h10 un sous-officier te 8 hommes pour jalonner la formation. Les troupes devront arriver sur le terrain aux heures ci-après : 129e à 5h20, Dépôts (39e et 74e) à 5h30, 36e à 5h40. 
A 5h30, un détachement comprenant un brigadier et dix cavaliers de l’escadron divisionnaire sous les ordres d’un maréchal des logis battra les pentes de la croupe 180 fera retirer tous les militaires ou civils qui se trouveraient dans cette zone puis en interdira l’accès en formant avec le brigadier et 5 cavaliers un barrage vers le Nord suivant le chemin de terre dirigé de l’Est à l’Ouest sur la croupe à 5600 m au Nord de la cote 189. Le maréchal des logis et les 5 derniers cavaliers formeront barrage à la sortie Est de Chenay et interdiront la circulation aussitôt après le passage du condamné. Les échelons d’artillerie qui occupent le terrain au Sud de la route Merly-Chenay quitteront momentanément leurs emplacements et se porteront plus au sud pour laisser la place au 36e d’Infanterie. Le piquet d’exécution sera mis au courant de le sa mission par les soins de son régiment. Le condamné sera exécuté sur le lieu de l’exécution par un brigadier et 4 gendarmes. Un des gendarmes sera muni d’un mouchoir de poche pour bander les yeux du condamné. Après l’exécution, les troupes défileront en colonnes de bataillon. Les ordres pour le défilé seront donnés sur le terrain. Dès 5 heures du matin, la gendarmerie fera évacuer le terrain compris entre Merly et Chenay comme il a été dit ci-dessus les échelons d’artillerie iront se placer contre la lisière Nord du bois au Sud-Ouest de Merly. (...) Une corvée de 1 caporal et 4 hommes du génie divisionnaire sera chargé de l’inhumation. Elle devra être arrivée sur le terrain à 6h30".
Mort par la France

Henri-Baptiste Petit-Bourdet, né le 10 mai 1889 à Agen, soldat au 59è R.I., condamné par le CG du 9è corps d'armée, exécuté le 25 septembre à Sept-Sault (51)

Paul Pessina, né le 25 mars 1886 à Bordeaux, soldat au 144è R.I. est condamné par le CG de la 35è D.I. pour un abandon de poste aux circonstances floues, &tablit Nicolas Offenstadt dans son livre sur les Fusillés de la grande guerre et la mémoire collective. Le rapport rappelle que "le soldat est signalé par ses gradés comme disparaissant dans les mêmes conditions toutes les fois qu e la compagnie est appelée à aller au feu. Il ne rentre que lorsque la compagnie est placée en réserve loin de coups possibles de l'artillerie ennemie. Le 23 août au combat de Thuin, les 29 et 30 août à la vataille de l'Oise, au cobat de Montmirail, de la Ville-au-bois le 15 septembre, au combat du Bois de Beau-Marais les 17, 18 et 19 septembre, le soldat Paul Pessina s'était esquivé dans les mêmes conditions avant que la compagnie arrivât dans la zone dangereuse." Une note du chef de bataillon conclut: "Il est de la pus haute importance que ce soldat soit immédiatement jugé et la sentence exécutée à titre d'exemple absolument indispensable à cause de la pénurie de gradés."
En conséquence de quoi, Paul Pessina est exécuté le 29 septembre à Cuiry-Housse (02).


Le 30 septembre 1914, à Cormicy, le soldat du 1er R.I. Augustin Santer, né le 1er février 1893 à Bévillers est exécuté sommairement par le capitaine Danceur, après une altercation concernant une consigne de silence, pour que cela "serve d'exemple".




OCTOBRE


Léon Séraphin Maurice MAGNIER, né le 10-05-1881 à Pierrecourt (76) soldat au 120è R.I., condamné par le CG de la 4è D.I., exécuté le 1er octobre 1914 au bois de la Gruerie à Vienne-le Châteu (51)

Pierre Marie Prigent, né le 14 juin 1887 à Ploaré (Finistère) du 318è RI, condamné à la peine de mort pour mutilation volontaire et exécuté le 2 octobre 1914 à  Jaulzy, dans l'Oise.Sa fiche se trouve dans dans la base MDH, avec la mention : "tué à l'ennemi".

Jean Blanc, né le 7 juillet 1880 au village de Fraysse à Lacroix Barrez dans l'Aveyron. Sort du service avec un certificat de bonne conduite, traville comme cultivayeur, jusqu'en 1907, où il tente sa chance à Paris, exerçant comme garçon de café. Rappelé aux armées, il rejpoint le 142è R.I. le 12 août.  Blessé le 27 septembrenil est même porté décédé ce même jour par un jugement de 1921. Ainsi sa fiche matricule porte la mention "disparu au combat".
Mais le dossier du jugement du Conseil de Guerre de Toul du 2 octobre 1914 donne la véritable version des faits :
"Le nommé Blanc se trouvait le 23 septembre dernier dans yne tranchée près de Bernécourt face à l'ennemi qui était installé dans les bois voisins. Pris de peur, il imagina pour quitter son poste d'accompagner une corvée d'eau qui se rendait dans la ferme voisine. Lorsque la corvée regagna son poste, au lieu d'y retourner, il se cacha et dès que la corvée fut partie, jeta ses armes, son sac et son fourniment et se sauva en arrière. Il erra dans les bois où il se cachait et finit par être arrêté dans les environs de Fong à une vingtaine de kilomètres de l'endroit d'où il était parti et deux jours après sa fuite."

 

Pour sa défense, il invoque maladroitement la peur d'être tué :

Repris le 25 septembre à 8 heures, il passe devant le CG dès le 26, et conaùné le 2 octobre à la peine de mort. Son exécution a lieu le lendemain 3 octobre à 15 heures dans les fossés de la fortification de la porte Moselle à Toul. Il est amené sur le terrain par un détachement de 50 hommes, on lui bande les yeux, on l'agenouille pendant la lecture du jugement, le peloton fait feu, un sous-officier lui donne le coup de grâce.
En septembre 1921, ignorant les faits, un tribunal d'Espalion le déclare présumé mort pour la France à Flirey le 27 septembre 1914.



Benjamin Marius Crayssac, né le 20 décembre 1892 à Bouxoulis, Lestrade-et-Thouels (Aveyron), soldat au 163è R.I., fusillé à Raulecourt (55) le 3 octobre 1914.

Ernest Camille Ichlen (ou Iehlen), né le 19 juillet 1891 à St-Dié des Vosges, cavalier au 13è R.H., fusillé à Brienne-Le Château (10) le 4 octobre 1914 (pas de trace de jugement)

Omer Cocrelle, né à Hannécourt le 18 mars 1892, cannonier au 25è R.A., condamné devant le CG de la 12è D.I., exécuté le 4 octobre 1914 à Rup-en-Woêvre

Ernest Terrier 
Originaire d'Orchaise, cultivateur à Roches, ses états de service le décrivaient comme rétif à l'autorité. Dans la vie civile, cela lui avait valu trois mois de prison pour "outrages" envers les pandores de Beaugency. Devant le conseil de guerre, François Lautier "gendarme à pied de Marchenoir affecté à la prévôté de la 9e division d'infanterie", viendra témoigner de la "surveillance spéciale" dont avait fait l'objet "cet individu dangereux vivant de rapines"à la demande du maire de Josnes,sans qu'il soit possible pour autant "de le surprendre en flagrant délit."  Dans la nuit du 19 au 20 septembre 1915, ce fantassin de deuxième classe avait quitté sa compagnie du 313 erégiment d'infanterie qui marchait vers le front, dans la forêt meusienne. S'était-il perdu comme il l'a prétendu ensuite ? Avait-il pris la poudre d'escampette pour éviter l'enfer des tranchées ? Après avoir rejoint un autre régiment, il décide finalement de retrouver son corps d'origine et se fait arrêter en chemin avec, dans sa besace, des vêtements civils sans doute dérobés sur une corde à linge. Abandon de poste et vol, il n'en fallait pas plus pour le condamner à mort. Jugé le 4 octobre, on l'exécutait dès le lendemain à Abancourt (55). Il était âgé de 27 ans, marié et père de trois enfants. Il avait, selon la fiche du bureau de recrutement de Blois, les cheveux châtains, les yeux gris, le teint coloré, et mesurait 1,63 m. Il était aussi analphabète –"Ne sait pas signer", mentionne le rapport d'audition – et avait, probablement, pour principal défaut d'être pauvre.

Victor Schmitt, né à Chiry-Ourscamp, rempailleur de chaises puis matelassier demeurant à Saint-Denis. Affecté au 46è R.I., il perd son régiment lors d'une bataille, est recueilli par le 147è, 9è compagnie.
Victor fut condamné  pour abandon de poste en présence de l'ennemi. Son chef avait noté de trop nombreuses disparitions, mais Victor revenait soit volontairement, soit était retrouvé. Ses absences duraient d'une nuit à plusieurs jours. Lors de sa dernière disparition le 24 septembre 1914, son Lieutenant l'a retrouvé le 3 octobre 1914 avec les plantons de la 7è brigade.L'un des membres du conseil de guerre eut un doute et ne vota pas la condamnation à mort.
Fusillé là l'aube le 6 octobre 1914 à l’âge de 34 ans à Vienne Le Château (Marne).

Omer Louis Roby
14e Cie, né le 30 novembre 1887, Saint Eloy, Creuse, maçon est fusillé à Suzanne le 6 octobre, pour abandon de poste, vol, coups et blessures ayant entraîné la mort :




Deux soldats du 2e régiment de tirailleurs marocains sont fusillés à Tracy-le Mont (Oise) : Ben Abdel K. Berrafaa (fusillé le 7 octobre 1914, condamné le 6 octobre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi. Au cours du jugement fut également condamné pour la même raison M. Kiname Daoudji mais qui ne fut pas exécuté car il s’évada) et Ben Zineb Amar (fusillé le 11 octobre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi)


Alphonse Brosse et Jean Boursaud du 238e R.I. fusillés le 10 octobre 1914 à Ambleny (02). Condamnés par jugement du Conseil de guerre de la 63e division tenu à Ambleny le 10 octobre 1914 pour abandon de poste en présence de l’ennemi.
Le 4 octobre, le sergent Alphonse Brosse quitte son poste dans la tranchée, pour dire à Jean Boursaud qu’il a l’intention de déserter. Il lui suggère de l’accompagner car, dit-il, cela va très mal dans les tranchées de Fontenoy. Dans la soirée, il revient voir Boursaud et tous deux décident de passer à l’acte. Après s’être habillés en civil à l’aide d’effets trouvés dans une maison abandonnée, ils sont allés cacher leurs armes et leurs uniformes dans un bois proche de Vic-sur-Aisne où ils passent la nuit et la journée du 5. La nuit suivante, ils réussissent à franchir le pont de Vic. Ils sont arrêtés par le poste de garde mais Brosse avait réussi à connaître le mot de passe par un camarade. Naïvement, les deux fugitifs croyaient pouvoir atteindre Pierrefonds sans encombre et, de là, prendre le train pour Paris. Mais à Chelles, un poste de gendarmerie contrôlait les allées et venues des civils car sans laisser-passer il était impossible de circuler. Ils sont donc arrêtés. Ramenés à Ambleny, au siège de la division, ils sont immédiatement déférés devant un conseil de guerre de la 63e division. Pour sa défense, Boursaud dit aux enquêteurs qu’il s’était laissé entraîner par Brosse. Celui-ci confirma être à l’origine de la désertion mais, pour se disculper, expliqua aux gendarmes : « Je ne mangeais plus, il me semblait que j’allais devenir fou. » Le 10 octobre, les deux militaires sont jugés par le conseil de guerre de la division. À l’unanimité des cinq juges, ils sont reconnus coupables d’abandon de poste en présence de l’ennemi et condamnés à mort. Ils sont exécutés le jour même, attachés à des noyers, chemin de Béron. Des témoins racontent que les fosses étaient creusées d’avance.

Georges Alphonse Paul Heiderscheid, né à Breteuil fusillé le 10 octobre 1914 à l’âge de 26 ans à Rupt-en-Woëvre (Meuse).
Mort par la France

Jean-Marie Juquel,  né le 20 avril 1886 à Margerie-Chantagret (42) domestique agricole à Savigneux. Marsouin du 36è R.I.C.
Les informations concernant le soldat Juquel sont pour le moins confuses et contradictoires. Déclaré passé par les armes le 29 août1914 à Gerbeviller selon sa fiche remplie par le corps .Déclaré mort pour la France le 10 octobre 1914 à 16 heures à Lunéville (54) lieu dit la route d'Einville selon la transcription de décès. Déclaré tué à l'ennemi à Gerbevillers entre le 28 et 31 aout 1914 selon son registre matricule. Il aurait été condamné par le CG de la 74è D.I. et exécuté à Gerbéviller...

le JMO de la 147e Brigade daterait la parade d'exécution le 10/10/1914 à 16 heures. (Ce mot de "parade", appartenant au vocabulaire militaire résume à lui seul le but démonstratif des faits !)

Maurice  Germain Pérols, né le 12 décembre 1893 à La Ferté-Gaucher, est sous les drapeaux au 106è R.I. lors de l'entrée en guerre. 

"Le 26 septembre dans les bois des côtes de Saint-Rémi, alors que mon régiment battait en retraite, je me suis trouvé légèrement attardé, j'ai eu un moment de grand découragement. Je ne sais pas ce qui m'a pris et je me suis tiré un coup de feu sur le pied. Je regrette profondément ce que j'ai fait. Je me suis jusqu'à présent toujours très bien conduit dans les différents combats auxquels j'ai pris part et je voudrais retourner au feu."

Gaston Milian, le médecin qui a examiné Pérols, dit : "avoir constaté une plaie très légère du bord libre du premier espace interosseux du pied droit". Maurice lui aurait confié "J'étais éreinté, je me suis tiré un coup de feu pour me reposer".
Traduit devant le Conseil de Guerre de la 12ème Division d'Infanterie le 8 octobre 1914 pour "abandon de poste en présence de l'ennemi", il est condamné à mort par 3 voix contre 2.
Maurice Germain PÉROLS est présenté devant le peloton d'exécution le 10 octobre 1914, à 5h45, à Rupt-en-Woëvre, dans la Meuse.

Philippe Joseph Géronimi, né à Lama en Corse lr 26 décembre 1888. 1er Canonnier Conducteur au 6e Régiment d'Artillerie Colonial : Condamné à mort pour deux assassinats (homicides volontaire commis avec préméditation et simultanément) sur les personnes de Renée Berthon et de Georgette Pesquès le 23 avril 1914 vers 18 heures. Exécuté le 10 octobre 1914 à Dakar (Sénégal)

Marie-Ange Joseph Oger, né le 5 janvier 1891 à Lanrelas (22) Soldat au 48 ème R.I., tué sans qu'on possède l'acte de jugement le1 1octobre 1914 à Berneville(62)



Jean-Julien, Marius Chapelant, né le à Ampuis dans le Rhône,

Engagé volontaire au 99e RI le 4 juin 1909, il y est nommé caporal le 5 octobre 1909 puis sergent le 28 septembre 1910. Rengagé le 15 décembre 1911 au 98e R.I. de Roanne, sous les ordres du lieutenant-colonel Didier. Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale, Chapelant est promu au feu au grade de sous-lieutenant à titre temporaire.

Le 7 octobre, à cinq heures du matin, une attaque allemande extrêmement violente et précédée d’un bombardement intense, se déclenchait contre le bois des Loges défendu par la 3e compagnie, capitaine Rigaut, et la 1ère section de mitrailleuses, deux pièces, sous-lieutenant Chapelant en position au nord du bois, entre le château et la voie ferrée. Cloué une première fois à cent mètres des lignes, l’ennemi revient à la charge. Une des mitrailleuses françaises s’enraye.
Le sergent Girodias, commandant de la 3e section de la 3e, fait passer au lieutenant Chapelant que le capitaine Rigaut vient d’être tué ; puis que les assaillants ont débordé les lignes à droite et à gauche et sont installés sur leurs arrières. Le lieutenant Chapelant donne à ce gradé l’ordre d’envoyer un homme s’assurer du fait. Ce coureur ayant été tué, il commande d’en envoyer un autre, mais déséquipé.
Avant que le second coureur ait eu le temps de rapporter des informations, des indices irréfutables prouvent que la petite troupe est cernée : les balles cinglent de tous côtés. Un éclat tombe sur la deuxième pièce qui s’enraye à son tour. Autour du lieutenant Chapelant, il ne reste plus que quatre hommes.
- A vos mousquetons ! commande-t-il.
Mais les munitions s’épuisent. L’officier sort de la tranchée pour se rendre compte de la situation. A ce moment un fort parti d’Allemands se jette sur lui et l’emmène, en même temps que ses hommes, dont trois, les mitrailleurs Peillon, Mortan et Bost, réussissent à s’évader.

Quarante-huit heures se passent. Le 9 octobre, vers 10 heures, un officier de chasseurs avise les brancardiers du 98e qu’à 50 mètres de la première ligne, tout contre le chemin de fer, un lieutenant français est étendu, blessé. Les brancardiers Coutisson, Sabatier et Goulfès vont le chercher et le ramènent. C’est le lieutenant Chapelant, dont le tibia gauche est fracturé par une balle.
On le transporte au poste de secours où on lui fait un pansement sommaire et on l’évacue sur l’ambulance du Plessier-de-Roye, à quelques kilomètres à l’arrière. Le soldat Bierce, qui conduit le tombereau sans ressorts, s’ingénie à pallier les souffrances du blessé.

Le lieutenant Chapelant est à peine arrivé, un coup de téléphone, émanant du P.C. du colonel, ordonne de le ramener au château des Loges. Le voyage dure à peu près une heure. Enfin les quatre kilomètres franchis qui séparent le Plessier des Loges, le tombereau débouche dans la cour du château où le colonel Didier fait les cent pas. Il apostrophe Bierce :
- Qu’amènes-tu là, toi ?
- Le lieutenant Chapelant, mon colonel.
- Comment dis-tu ? Le lieutenant ?... Non, ce n’est pas un soldat, c’est un lâche (Témoignage Bierce.)

Chapelant est transporté à l’infirmerie du château. Premier interrogatoire, dont on ignore tout, et le texte et les témoins. Le lieutenant Collinot est chargé de faire une enquête. Il se refuse à conclure, faute de preuves de la culpabilité de Chapelant. Le colonel lui enjoint de recommencer. Collinot maintient ses conclusions premières. (Témoignages adjudant-chef Gouvrit et brancardier Sabatier.) A noter que de ce rapport Collinot, le dossier n’accuse pas trace.
Dans la soirée, troisième étape du calvaire. Chapelant est ramené au Plessier. Déplacement pour le moins inutile, puisque la traduction de Chapelant en conseil de guerre était décidée, avant même la première audition de l’accusé par l’officier rapporteur.

9 Octobre, 13 h. 15.
Le général Demange, et la 25e division au Colonel Pentel, et la 50e brigade.

Le sous-lieutenant Chapelant doit être immédiatement livré au Conseil de guerre spécial du 98e R. I., lequel saura, je n’en doute pas, faire son devoir.
Signé : DEMANGE.
Le jugement est dicté aux juges, en termes oh combien clairs !
Le seul mot de Chapelant que l’on cite permet de supposer quel fut le ton de la conférence au château.
- Pourquoi le colonel me menace-t-il de me faire fusiller ? J’ai cependant fait tout mon devoir.

Le lendemain 10 octobre, Chapelant, toujours dans le même tombereau et au prix des mêmes souffrances, est ramené au château des Loges. Il y est reçu par le colonel Didier qui l’injurie, le traite de lâche, lui tend son revolver :
- Brûle-toi la cervelle pour ne pas prouver ta lâcheté une seconde fois !
- Je n’ai pas à me brûler la cervelle, puisque je suis innocent. » (Témoignage Bierce.)

Sur quoi le colonel Didier a un entretien avec le commandant Gaube, désigné pour présider le Conseil de guerre spécial. La conclusion en est :
- Vous entendez, Gaube, il faut le fusiller ! » (Témoignage Rochard).
Chapelant, sur son brancard, est introduit devant ses juges : chef de bataillon Gaube, président, capitaine Raoux, commandant la C. H. R., lieutenant Bourseau, assesseurs ; sous-lieutenant Lemoël, rapporteur ; adjudant-chef Rochard, greffier. A remarquer que le sous-lieutenant Lanoël, frais émoulu de Saint-Cyr, loin d’avoir les 25 ans requis par la Loi, n’était même pas majeur.

Le dossier ne comporte aucune pièce relatant l’interrogatoire. C’est l’acte d’accusation lui-même qui est baptisé "interrogatoire". Aucun témoin n'est entendu ! Le rapport, contrairement au code de la justice militaire, a été écrit, après le jugement. Il porte la date du 17 octobre et est postérieur de 7 jours à la condamnation.

Quatre chefs d’accusation pesaient sur Chapelant : n’avoir pas pris le commandement de la ligne de feu, n’avoir pas contrebalancé les assertions du sergent-major Girodias, s’être rendu à l’ennemi sans aucune pression de la part de celui-ci, avoir exhorté ses hommes à se rendre. Seul, le troisième chef fut retenu : "capitulation en rase campagne" article 210 du code de justice militaire, mort avec dégradation.

On n’ose pas cette fois ramener Chapelant au Plessier. Mais comment exécuter cet homme qui, la jambe cassée, ne peut se tenir debout ? Pour couvrir sa responsabilité, le colonel Didier téléphone au général Demange qui, d’accord avec le colonel Pentel, commandant la brigade, répond qu’il "estime que la justice doit suivre son cours." L'ordre arrive le 11 octobre à 2 heures du matin de faire fusiller à l'aube Chapelant.  Et à la note officielle,le général joint le court billet suivant:
Mon cher Didier,
Je comprends et partage vos scrupules, croyez-le bien. Mais la loi nous domine tous deux. Vous trouverez demain, avec l’aide de votre médecin, le moyen de mettre debout ce malheureux avant de le faire tomber.             Signé : DEMANGE.

P.S. c’eût été une aggravation de peine non prévue par le Code que de surseoir à l’exécution jusqu’à guérison de la blessure du condamné.

Le 11 octobre à l’aube, douze hommes furent dissimulés dans un bosquet. Chapelant, ficelé sur son brancard par le brancardier Sabatier, fut amené dans une allée de cerisiers. Le docteur Guichard et l’aumônier Lestrade l’accompagnaient, ainsi que le colonel Didier, "excité par la boisson, la pipe à la bouche, se promenant à grands pas autour de sa victime couchée sur un brancard, gesticulant, vociférant des injures contre elle, lui refusant par deux fois le secours de l’aumônier… par deux fois aussi présentant son revolver à cet infortuné afin, disait-il, qu’il se fasse justice lui-même…" (Témoignage Guichard.) Le médecin de bataillon Paul Guichard, du 16è R.I., a délégation du médecin principal de la 25è division pour assister à l'exécution (dépositions Guichard du 26 décembre 1921 et Didier du 3 janvier 1922). Une trentaine de soldats abandonnant leurs tranchées viennent protester ouvertement contre l'exécution. Le lieutenant-colonel est alors contraint de sortir son revolver et les menacer pour les faire retourner à leurs postes (déposition Didier du 3 janvier 1922). Chapelant est confessé par l'abbé Lestrade qui lui donne la communion (déposition Lestrade du 12 janvier 1922). Chapelant est attaché à son brancard, . Au moment d’être adossé, Chapelant dit Avant qu'un de ses amis, le sergent-major Grosleron lui bande les yeux (déposition Grosleron du 17 février 1922) lui bande les yeux, Chapelant dit :
- Je meurs innocent. On le saura plus tard. Ne dis jamais rien à mes parents…
Le brancard est appuyé au vingt-deuxième arbre de la première rangée, un pommier esseulé diront plus tard certains. L’aumônier fait baiser au condamné son crucifix. Le peloton d'exécution qui sort alors du bosquet est commandé par l'adjudant Moreau de la 11è compagnie. Chapelant est fusillé le 11 octobre 1914 à 9h40 (Procès-verbal d'exécution). Ont assisté à l'exécution le lieutenant-colonel, le médecin Guichard, quelques brancardiers dont Sabatier, l'abbé Lestrade, le sergent-major Grosleron et les soldats du peloton d'exécution. Le lt-colonel Didier se retira enfin. On porta le cadavre dans une grange où l’on procéda à l’autopsie. Puis l’aumônier, pleurant à chaudes larmes, dit les prières des morts et on inhuma Chapelant dans la fosse commune.

"J’ai assisté, dira par la suite l’abbé Lestrade, à des spectacles bien pénibles depuis le début de la guerre. Je n’ai jamais assisté à un spectacle plus écœurant" (Témoignage Perroudon). Ce sentiment de malaise  s’empara de la 25e division d’abord, de la région stéphanoise ensuite.

Une enquête fut ordonnée en 1915. Elle fut menée par le lieutenant de Troismonts. Qu’est devenu son rapport ? On l’ignore. Mais on peut en deviner les conclusions, d’après une note transmise le 11 mars 1922 par cet officier à la cour de Riom et où on peut lire :
"Il ne ressort pas que l’ordre de se rendre ait émané de l’initiative du sous-lieutenant. Il semble au contraire qu’il ait mis une certaine ténacité à résister aux suggestions venant de sa droite."
Et le sergent Badion, qui fut le greffier du lieutenant de Troismonts ajoute :
… Bien loin de rendre sa troupe de mitrailleurs et d’influencer la troupe voisine, il leur avait ordonné d’attendre et donné des instructions pour se ravitailler et rendre compte de leur situation, il avait été le dernier fait prisonnier… Le jugement était plus que sommaire et informe.
… Nous fûmes stupéfaits que les témoins de notre information n’aient pas été entendus au 98e lors du jugement de Chapelant.
Cette enquête refusa de prendre en considération un certain rapport, tout en inexactitudes et en fautes d’orthographe, soi-disant rédigé par un officier de l’E.M. de la division. A en croire, le président de la cour martiale, cette pièce écrite au crayon sur une feuille de papier jaune, sale et chiffonnée ne fut produite ni à l’instruction, ni à l’audience, et n’influa pas sur la condamnation.
Elle porte la date du 9 octobre, jour du retour de Chapelant, 17 h (moment de la remise à l’échelon). Elle aurait été dictée par Chapelant à l'officier en question  "derrière un pan de mur démoli et sous le bombardement " entre 9 heures et 10 heures du matin.
"Je dois vous dire, ajoutera le rédacteur devant la cour d'appel de Riom, que, dès le commencement de son récit, Chapelant m’a paru très déprimé, physiquement et surtout moralement, et qu’il en m’a pas semblé se rendre compte de la portée et de la gravité de son récit."
Chapelant racontait notamment que, sur l’ordre du commandant allemand qui l’aurait fait prisonnier et dont il ne spécifiait ni le grade, ni l’unité, il était allé agiter un mouchoir blanc devant une tranchée occupée par une dizaine d’hommes pour leur faire signe de se rendre. Comment admettre qu’ayant un officier à sa dévotion, l’ennemi ne l’eût pas gardé ? Comment faire cadrer ces aveux avec les protestations d’innocence que Chapelant ne cessa de multiplier envers et contre tout ? C'est sans doute que ce faux document rédigé postérieurement pour calmer les agitations risquait de compromettre l'intégrité de celui qui poussa un de ses sous-fifres à le rédiger.

On a prétendu que Chapelant, d’ailleurs contraint et forcé, aurait, sur l’ordre d’un officier allemand, agité un mouchoir pour inviter les hommes à se rendre. Retenons tout d’abord que le conseil de guerre spécial n’a pas cru devoir s’appuyer sur ce chef d’accusation. De l’enquête de 1915, en effet, il découle que le mouchoir agité, principal grief du rapport, l’aurait été par un mitrailleur, mais non par Chapelant qui fut blessé avant d’avoir été entraîné dans les lignes allemandes.

En 1922, la cour d’appel de Riom renvoya à la Cour de Cassation un dossier avec des considérants décisifs. On croyait à la réformation de l’arrêt inique. Mais le réquisitoire de l’avocat général Mornet entraîna la chambre qui se refusa à réviser l’affaire. Par lettre du garde des Sceaux en date du 20 février1925, l’affaire Chapelant fut à nouveau soumise à la Cour de Cassation, toutes chambres réunies. Finalement la cour ne réhabilita pas Chapelant.
Malgré les efforts de son père la Cour Spéciale rejeta encore la demande de réhabilitation en juin 1934. Le 31 octobre 2012 une lettre du ministre délégué aux anciens combattants attribue, sans réhabilitation, la mention «Mort pour la France» à Jean Julien Chapelant.

Son histoire a inspiré à Kubrick une partie du scénario des Sentiers de la Gloire (1957), film interdit de projection en France jusqu'en 1975. (Les autres sont les 4 caporaux de Souain)


le 12 octobre 1914 à Bouchoir, dans la Somme, trois exécutions eurent lieu : Édouard Laflaquière né le 9 janvier 1890 à Veyrines-de-Vergt (Dordogne) fut fusillé pour l’exemple à 24 ans

Pierre Laflaquière, son frère, né le 22 mars 1883 à Veyrines-de-Vergt (Dordogne) fut fusillé pour l’exemple à 31 ans
Jean Chantegreil né le 11 novembre 1883 à Saint-Michel-de-Villadeix (Dordogne) fut fusillé conjointement (30 ans).

Soldat de 2e classe à la 1ère compagnie du 250ème RI Edouard Laflaquière participe le 5 octobre 1914, à Andechy (Somme), à un mouvement collectif de mutilation : Jean Chantegreil se coupe un doigt de la main gauche avec sa serpe; Édouard Laflaquière s’entaille deux doigts de la main gauche avec sa hachette; son frère, Pierre, se tire un coup de fusil dans la main gauche. Examinés le 6 octobre 1914 par le médecin major de l’ambulance nOB du 4e CA, les trois hommes sont suspectés de mutilation volontaire et arrêtés. Interrogé, Édouard Laflaquière reconnaît les faits:

«Dans la nuit du 4 au 5 courant, j’étais avec ma compagnie dans les tranchées du côté du bourg de Andechy (Somme). Vers 9 heures du soir, nous avons été attaqués par une fusillade ennemie et par une compagnie du 250c RI qui tirait également sur nous; nous avons crié à cette dernière de cesser le feu, mais elle n’a cessé qu’un moment après.

il s’est produit un désarroi dans la compagnie et presque aussitôt, nous avons quitté les tranchées pour venir nous réfugier près d’un cimetière. Je me suis couché sur de la paille avec quelques-uns de mes camarades et nous nous sommes endormis. La compagnie est partie sans que je m’en aperçoive. Je l’ai retrouvée hier marin au point du jour. Hier matin [lundi 5 octobre 1914], toute la compagnie est allée se mettre en tirailleurs sur la lisière d’un bois, mais les éclats d’obus tombaient sur nous. J’ai reculé avec quelques-uns de mes camarades entre autre mon cousin Laflaquière (Élie) 268, et nous nous sommes cachés dans le bois pendant que notre compagnie se portait en avant, et c’est à ce moment que je l’ai perdue; il était environ 8 heures du matin, Nous avons passé la journée dans le bois et, au cours de la nuit dernière, j’ai décidé de me blesser volontairement afin de pouvoir entrer à l’hôpital pour avoir quelques jours de repos, car je suis fatigué.

J’ai demandé à mon cousin Laflaquière (Élie), qu’il me prête sa hachette qu’il portait sur son sac, ce qu’il a fait, et je me suis blessé deux doigts de la main gauche. Ensuite j’ai ouvert mon paquet de pansement et je me suis enveloppé la main, puis je me suis dirigé vers Guerbigny,

Je regrette beaucoup m’être blessé et, pour réparer ma faute, je désire retourner au feu le plus tôt possible.

Mon cousin Laflaquière (Élie), qui est avec moi, ainsi que Chantegreil , ont dû aussi se blesser volontairement, mais j’ignore dans quelles circonstances. Nous avons fait ce complot tous les trois ensemble. Je dois vous dire que Laflaquière (Élie) est nullement mon cousin, mais mon propre frère. »


Albert Letourneau, né le 7 août 1883 à Salbris (Loir et Cher), soldat au 331è R.I. est condamné par le CG de la 10è D.I. et fusillé le 13 octobre à Courcelles (55). Le même conseil condamne aussi Julien Salle, né à Paris 12è le 5  avril 1883, exécuté le même 13 octobre au nord de la commune de Vraincourt.

Le 14 octobre 1914 Fernand Duverger est le premier fusillé du 68è R.I. Né le 30 avril 1889 à Gouex (56), Duverger est arrêté le 12 octobre et déféré devant le CG de la 17è D.I. qui se tient le lendemain à 13 heures.
Extrait de l'interrogatoire :

- Vous avez été trouvé ce matin dans un cantonnement de Thuizy... Que faisiez vous dans ce village ?
- Rien.
- Depuis combien de temps y étiez-vous ?
- Huit jours.
- D’où veniez-vous quand vous y êtes arrivé ?
- Je venais des tranchées. A la suite d’une attaque à la baïonnette, je m’étais trouvé seul avec mon capitaine, le capitaine Berthellon m’avait ramené à Thuizy.
Depuis ce temps là vous êtes resté à Thuizy ?(...) Pendant ce temps, vous avez bien vu cantonner à Thuizy votre régiment ?
- Il y avait des cuisiniers.
- Les cuisiniers vous ont dit où était votre bataillon ?
- Non.
- Alors c’est que vous ne l’avez pas demandé ?
- Si, mais on m’a répondu : « tu n’as qu’à le chercher ».
- De quel bataillon étaient les cuisiniers qui vous ont répondu çà ?
- Ils étaient sans doute du 1er bataillon, mais certainement pas de ma compagnie.
- Mais si vous aviez le bataillon, il n’était pas difficile de trouver la compagnie.
- C’est vrai.
- Le 1er bataillon a cantonné à Thuizy.
- Oui, mais je ne l’ai pas vu, car j’étais avec les éclopés et c’était pendant la nuit.
- Alors vous étiez avec Desherbais?
- Oui, mais je ne l’ai vu que le lendemain matin.
- Desherbais prétend qu’il était avec le 1er bataillon.
- Je n’en sais rien.
- Depuis ce moment là, qu’avez-vous fait ?
- Nous allions dans les tranchées avec le 114 près de la gare.
- Mais le 114 n’y est plus ?
- Alors nous étions avec le 77 qui est au repos.
- Avez-vous quelque chose à ajouter ?
- Je demande à revenir en 1ère ligne. A Rethel, je suis allé chercher mon lieutenant Chapeau qui était blessé, sous le feu de l’artillerie. J’ai fait 2 ans de service au 60ème d’infanterie, je n’ai jamais été puni. Je n’ai jamais été condamné.

Ordre du général Dubois :
"Les Petites-Loges, le 13 octobre 1914.
Ordre.
Le général cdt le 9ème CA signale aux troupes sous ses ordres la lâcheté de deux soldats réservistes dont les noms suivent:
Le nommé Desherbais du 68, envoyé en traitement au dépôt des éclopés des Petites-Loges. Après huit jours de traitement était remis en route sur son corps et conduit jusqu'à Thuizy par un gradé. Là il se cachait et restait pendant quatorze jours dissimulé dans une habitation où il était découvert. Traduit devant le CdG (Conseil de guerre) de la 17e DI, il a été condamné à vingt ans de détention avec dégradation militaire pour "désertion en présence de l'ennemi".
Le nommé Duverger du 68ème abandonnait la tranchée pendant une attaque de nuit et s'enfuyait jusqu'à Thuizy où il se cachait pendant quinze jours. Traduit devant le CG de la 17e DI, Duverger a été condamné à mort pour "abandon de son poste devant l'ennemi".
Le général cdt le CA décide que la dégradation du soldat Desherbais et l'exécution du soldat Duverger auront lieu demain 14 octobre devant le front du 68ème d'infanterie. La garnison de Sept-Saulx, des détachements du 135e, 32e et 66e, en réserve à Wez et Thuizy, assisteront à l'exécution.
Le présent ordre sera lu à 2 appels consécutifs.
Dubois."


L'odre général, rédigé le 14 à Sept-Sceaux conclut :
Le Général (Guigabaudet] espère bien que la répression sévère de ces actes de lâcheté portera ses fruits et que plus jamais un soldat de la division ne s’en rendra coupable.

Le JMO du 68ème RI reporte l'évènement à la date du 14 octobre :
"Le 14, parade d'exécution à 6 heures pour 2 soldats du 68ème "


Extrait du "procès-verbal d'Exécution à mort" :





Paul Etienne Faucher, né le 26 décembre 1888 à Lyon 2è arrdt, fils non reconnu de Rosalie Faucher . Manoeuvre, cantonnier à Lyon, soldat au 133è R.I.. L'avis aux proches transmis à sa mère, porte la mention disparu : Disparu. Exécuté à Saint-Dié des Vosges (88) le 14 octobre sans qu'on trouve trace de jugement.

Amer Cocrelle, né le 18 mars 1892 à Homecourt  du 25è RA fusillé à Rupt-en-Woëvre (Meuse) le 14 octobre 1914.

Marcel Eloi Loiseau agent de liaison au 106e RI, blessé lors d'une attaque dans le secteur de Vaux-les-Palameix (Meuse) se rend à l'infirmerie, lorsqu'il croise son capitaine qui lui donne l'ordre de regagner ses lignes malgré sa blessure. Le soldat qui souffre désobéit et va se faire soigner. Son capitaine rédige alors un rapport dans lequel il accuse le soldat Loiseau de s'être volontairement mutilé. Jugé par le conseil de guerre de la 12è D.I. le 11 octobre il est condamné à mort au motif d'abandon de poste et mutilation volontaire. Il sera fusillé le 14 à Mouilly à 7 heures du matin. Sa famille obtiendra sa réhabilitation le 17 mars 1922, la chambre criminelle de la Cour de cassation jugeant qu'il n'y avait pas assez de preuves suffisante.

Joseph Auguste Charles Henry Bonnin du 137e RI, fusillé dans la Somme le 16 octobre 1914. 

Un cas rapporté par le Maréchal des Logis Sartel du 17ème Dragons, en Artois.

Octobre 1914 : Un caporal du 4ème Chasseurs, qui sert d'agent de liaison avec le 146ème RI, se saoule après avoir visité une cave, en attendant les ordres du Commandant Pompey. Celui-ci le fait fusiller dans la matinée du lendemain.


Rulle (date de naissance et prénom inconnu), soldat au 98è R.I. est présenté devant le CG spécial du 1er régiment mixte de zouaves-tirailleurs, et exécuté en un lieu inconnu le 16 octobre 1914.

Lucien Jadot, né le 19 avril 1888 à Paris 20è; soldat au 4è R.I. Condamné à mort par le CG de la 9è D.I.pour abandon de poste en présence de l'ennemi et dissipation d'armes et fusilléle 16 octobre à Neuvilly-en-Argonne (forêt d'Argonne)

Alexandre Jean Marie Cremillieux (ou Cremilleux), né le 20 octobre 1880 à Salillieu (Ardèche), soldat au 61è R.I. condamné à la peine de mort pour refus d'obéissance et abandon de poste en présence de l'ennemi, est fusillé en bas du village de Béthelainville le 16 octobre 1914. Réhabilité en 1933.



Léon Apollinaire Bazin du 16e RIT d’Auchonvillers (80) au civil domestique est fusillé le 16 octobre 1914 à Bavincourt (Pas-de-Calais) pour abandon de poste devant l'ennemi.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre1914, Bazin disparaît de sa compagnie, abandonne armes et uniforme dans une grange, puis rejoint à pied son village natal situé à douze kilomètres. Son but: revoir sa mère Léontine, 65 ans, veuve, élève des pupilles de l’assistance publique, qui réside rue Dufour, à Auchonvillers. Survient un bombardement. Il fait demi-tour. Il est interpellé par deux brigadiers, à Pommier (62). Léon Bazin, successivement sapeur pompier à Paris, policier à Amiens, employé à l’hôpital Claude-Bernard, à Paris, cocher de fiacre, chauffeur d’automobile à Saint-Ouen, explique qu’en aucun cas il n' a voulu déserter. "Je voulais juste revoir ma mère", explique-t-il. Passé par les armes pour abandon de poste le 16 octobre 1914, à 6 heures du matin, devant le 16e RIT rassemblé. Il avait 36 ans. L’abbé Laloy, aumônier du régiment, qui l’accompagna juste bout, nota dans son journal: «Le ciel d’octobre continue d’être bas et triste et décidément le soleil n’illuminera pas cette journée.» Il dit aussi que la brume permettait à peine de distinguer le poteau fatal.


Louis Julien Le Madec, né le 10 mars 1886 à Nantes (44) soldat au 65 ème R.I. condamné par le CG spécial du 65ème régiment d'infanterie exécuté le 16 octobre 1914 à Englebelmer (Château des Cordeliers) (80)




Quelques victimes du docteur Alexis Buy, assassin de masse



Alexandre Emile Jeudy fusillé pour exemple le 19 Octobre 1914 à Chalons-sur-Marne.

Ce jeune homme ,est né le 30 Octobre 1890 à Amage. Son père était ouvrier agricole. Sa mère est décédée quand il avait 14 ans. Il va à l'école obligatoire, mais comme de nombreux enfants, il ne fréquente que 6 mois dans l'année. Les registres de l'école mentionnent les motifs d'absences: n'a pas de sabots, va à la charrue ou bien mendie.
Le 1 Octobre 1911, Alexandre est incorporé, puis classé dans le servie auxiliaire pour insuffisance de taille, il ne mesure que 1m51. A sa demande il rejoint le service actif et obtient un certificat de bonne conduite.

Durant un séjour en tranchée avec sa compagnie (la 11ème), Alexandre, pris dans la tourmente d'un bombardement, se tire accidentellement une balle dans la main droite. Le médecin chef Buy suspecte un cas de mutilation volontaire de par la présence de traces de poudre autour de la blessure. Rejetant cette accusation, Alexandre affirme au contraire s'être blessé accidentellement: "On était dans les tranchées. Nos fusils étaient appuyés dans la tranchée. Les obus sont tombés aux bords de la tranchée et ils ont été recouverts de terre. J'ai voulu prendre mon fusil qui était plein de terre pour le nettoyer. Et c'est à ce moment là que le coup est partit et que je fus blessé. J'ai fait constater à mes camarades que je fus blessé accidentellement."

Or le 18 Octobre 1914 c'est pour :" abandon de poste devant ennemi par mutilation volontaire"qu'il fût condamné à être fusillé, avec 7 autres de ses camarades

L'un fut épargné, les 6 autres condamnés à mort. 2 soldats, Emile Busquet et  Alexandre Jeudy, furent  fusillés le 19 Octobre 1914 à 6h25.

Les 4 autres, obtiendront la grâce présidentielle et seront condamnés à accomplir des travaux forcés.

François Marie Laurent du 247e régiment d’infanterie, originaire de Mellionnec est souvent cité comme ayant été exécuté "parce que ce Breton ne savait pas le français". Le médecin militaire, le docteur Buy, le soupçonne de mutilation volontaire, alors qu’il est blessé à la main gauche. Ne comprenant ni ne parlant le français, ce cultivateur ne peut s'expliquer devant le conseil de guerre. Il meurt le 19 octobre 1914, à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne), laissant une veuve, Julie et deux enfants : Francine, 2 ans, et Armand, 8 mois. La contre-expertise de 1933 conclut que la pièce médicale du dossier est insuffisante pour prouver une mutilation volontaire. Il est réhabilité en décembre 1933.

Le docteur Buy qui l’a examiné, a dit : "si tous mes rapports étaient en partie écrits à la polycopie c’était parce que nous n’avions pas le temps ». En effet, il faut savoir que ce docteur utilisait un document polycopié dans lequel il n’avait plus qu’à placer le nom et la blessure. Cela montre bien que ce docteur a envoyé un homme à la mort, juste parce qu’il n’avait pas le temps de bien l’examiner.


Elie-Marie Lescop.

Elie-Marie Lescop est né le dimanche 3 décembre 1882 à Muzillac, au village de Coëtsurho Elie-Marie est l’aîné d’une grande famille de 10 enfants.
Il exerce les métiers de cultivateur à Coëtlogon (1909), manœuvre (1909) puis marchand de légumes (1911). Un autre document signale qu’il est employé comme garçon de bureau à la mairie de Rennes en 1914.
Le 27/10/1909 à Rennes, il épouse Anne Marie Redoublé ; de cette union naîtra en 1910 une fille prénommée Elise.

Quand sonne l’heure de la mobilisation générale, âgé de 32 ans, Elie-Marie est rappelé au 336e régiment d’infanterie de réserve basé à Saint-Lô. Ce régiment combat dès août 1914 en Belgique puis participe à la bataille de la Marne en septembre. En octobre il est localisé à Souain dans la Marne.

C’est dans une tranchée à Souain qu’Elie-Marie sera blessé par balle à la main gauche. A l’hôpital de Châlons-sur-Marne il est examiné par le fameux (l'infâme) docteur Buy qui conclut à une présomption de mutilation volontaire.

En conséquence Elie-Marie Lescop est traduit devant le Conseil de Guerre permanent du quartier général de la 4e armée.

Le 18 octobre il est condamné à la peine de mort pour abandon de poste devant l’ennemi. Les autorités militaires ayant le droit, à cette époque, de faire exécuter les sentences de mort sans attendre l’avis du Président de la République, Elie-Marie Lescop est exécuté le lendemain sur le champ de tir de Châlons-sur-Marne.

Louis Ruelleux est né le 15 mars 1892 à Saint-Méen en Ille-et-Vilaine. Il exerce la profession de charron.
Le 25 septembre 1914, durant une phase de combat devant le fort de La Pompelle (Marne), Louis Ruelleux se tire involontairement une balle dans la paume de la main gauche. Examiné par le médecin-chef Buy, ce dernier suspecte un cas de mutilation volontaire.
Interrogé, Louis Ruelleux réfute cette thèse, affirmant s’être blessé accidentellement dans une lettre à son capitaine :
" C’était le 25, à environ 4 heures et demi du soir. Le bataillon reçoit l’ordre de changer de baïonnette. Nous avons avancé à peine cent mètres que nous avons été obligés de faire demi-tour. Alors, à ce moment, je me situe dans une tranchée. J’étais à peine couché que voilà un de mes camarades qui arrive, lui était blessé. Alors je me mets en devoir de le panser. Comme je tirais mon paquet de pansements, il reçoit une balle dans la tête. Alors je me remets dans la tranchée. Lorsque cela a été fini, je retournais voir s’il était mort. Il ne respirait plus. Je lui [pris] une partie de ses cartouches et son fusil. Comme le mien avait une vis de partie, je le prends par le bout du canon sans savoir qu’il était chargé. Je le traîne. Je ne sais si sa gâchette se prend dans un bout de bois : le coup me part dans la main. Mais ne croyez pas que je l’ai fait exprès, je ne suis pas un lâche, je suis un Français qui ne demande qu’à retourner au feu"..

Sur la seule base du rapport médical à charge du docteur Buy, Louis Ruelleux est déféré, le 17 octobre 1914, devant le conseil ordinaire du Quartier général de la IVe armée. Reconnu coupable à l’unanimité des voix d’ "abandon de poste en présence de l’ennemi", il est condamné à mort, puis fusillé, le 19 octobre 1914 au matin au champ de tir de la garnison de Châlons-en-Champagne (Marne).

En plus des précédents, on dénombre, tous exécutés le 19 octobre :

Jean-Louis Debat, né le 26 août 1881 à Saint-Aurence-Cazaux (32), soldat au 88è R.I.
Emile Georges François, né le 6 décembre 1892, soldat au 21è BCPJean-Marie Saint Germès, né le 18 avril 1882 à Fabas (09), soldat au 24ème R.I.C.

Emile Auguste Marie Taburel, né à Rouellé (devenu Domfront-en-Poiraie) dans l'Orne le 22 septembre 1891. Cultivateur à Champsecret, célibataire, soldat du 94è R.I. Lors d'une attaque de sa compagnie devant le fort de la Pompelle le 25 septembre 1914, il se blesse accidentellement à une main ; suspecté de mutilation volontaire il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi, exécuté sur le champs de tir de Châlons (NMPF)
Augustin Leduc, né le 2 mars 1888 à Montrécourt (59), soldat au 15è R.I. 

François Eugène Vannier, né le 03 mai 1883 à Précigné (72), soldat au 135è R.I.
Paul Verger, né le 14 décembre 1882 à Montseron (09), soldat au 24è R.I.C.
Fernand Vogel, né le 29 août 1892 à Paris 4ème (75)


En octobre, la IVème Armée a organisé une forte mise en scène en jugeant en deux jours, 51 soupçonnés de mutilation volontaire avec au bout 33 condamnations à mort. Sur ces 33 exécutables, 13 ayant été condamnés à l’unanimité ont été fusillés sur le champ de tir de Châlons sur Marne, au petit matin, le 19 octobre 1914. (source)
Le polycopié était la seule pièce d’accusation car le général de Langle de Cary avait utilisé, comme évoqué plus haut, la procédure de citation directe qui permettait de sauter l’étape d’instruction à charge et à décharge du commissaire-rapporteur. Pour décider, les juges ne disposaient que de ce polycopié et de la déclaration des intéressés. Ils "bénéficiaient" toutefois à l’audience de la présence physique du docteur BUY "témoin à charge" pour tous les prévenus... Eu égard au nombre et aux capacités humaines des juges, l’audience dura deux jours. Le 17 octobre, 30 jugements furent expédiés, laissant pour le lendemain les 24 restants. (prisme 1418)
Offenstadt :

Alexis François Martin BUY , né le 14 mars 1858 à Limoux (Aude) et décédé le 3 février 1935, sans doute à Paris. Médecin principal de 2e classe à l’Hôpital militaire de Nancy (assimilé au grade le Lietenant-Colonel). Admis d’office à faire valoir ses droits à la retraite pour ancienneté de service le 27 avril 1916. Féjà chevalier de la l"gion d'Honneur il est promus Officier  (Arr. 20 nov. 1914, pour prendre rang le 22).

Extrait de l'audition du Dr Buy le 2 juin 1934 :
Au début de la guerre, médecin militaire de carrière avec le grade de lieutenant-Colonel.J'étais médecin chef de l'hopital d'évacutaion n°2 de chalons et le plus haut gradé du service médical de la place.
Nous recevions par jour 7 à 800 blessés environ.
En vertu des ordres reçus, les bléssés aux mains étaient immédiatement mis de côté; si l'examen ou leurs explications étaient suspects, ils étaient retenus.
Je les examinais à nouveau avec mes deux collègues du cadre de réserve, Giroux et Janvier, si j'ai bonne mémoire.
Si le soldat suspect était définitivement retenu parce que indiscutablment suspect, il était alors envoyé à l'hopital militaire où il était examiné par les médecins du cadre.
Ceux-ci  adressaient leurs avis sur les liste que leur envoyais avec les hommes à examiner.


Et ce n'est que lorsque la question de culpabilité me semblait absolument certaine, que rentrant à mon hopital d'évacutation, j'adressais le rapport polycopié qui est au dossier et qui est la résultante de la série d'examens pratiqués par les différents praticiens dont je viens de parler.

J'avais une beloque matérielle toujours lourde, et c'est ce qui explique que les rapports sont polycopiés; mais cela étant donné tout ce que je viens d'expliquer ne serait infirmer leur sincérité et leur réalité.


Léon-Marie Taron, né le 09 janvier 1881 à La Cropte (53) soldat au 117 ème R.I. 8ème Cie (CG spécial du 117ème R.I.) fusillé le 19 octobre 1914 à Erches. Mort pour la France.

César-Antoine Colonna-Bozzi, né le 05 juillet 1890 à Albitreccia (Corse) sergent au 7 ème R.M.T. , condamné le 19 octobre 1914 pour abandon de poste sous le feu de l'ennemi par le CG spécial 001 RMZ tirailleurs le fusillé le 20 octobre à Saint-Léger-aux-Bois (60). Non réhabilité.

Yves-Marie Camus, né le 21 juin 1886 à Sainte-Croix de Saint Lô (50), soldat au 45è R.I., déféré devant le conseil de guerre de la 13e D.I. et condamné à mort, exécuté le 20 octobre à Mazingarbe (62)



Jules Louis Julien Chevalier et Pierre Etcheverry, le 21 octobre 1914

Jules Louis Lucien CHEVALIER est le fils de feu Fortuné, cultivateur et de son épouse Adèle. Il voit le jour le 7 janvier 1881 aux Eyssautiers, un petit hameau de la commune de Saint-Michel  dans les Basses-Alpes.

Le 12 septembre, Jules est affecté au 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied qui stationne à Vassincourt pour reconstituer ses effectifs après l’éprouvante bataille de la Marne. A la fin du mois, Jules et ses camarades vont organiser et défendre les bois de Cheppy, de Malancourt et les environs de Vauquois. Le 30 septembre, la 22ème Compagnie du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied est bombardée vers 15h30 alors qu’elle occupe les positions du Pont des Quatre Enfants. Les Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY quittent les tranchées et disparaissent pendant plusieurs jours.
Jules réintègre son unité le 5 octobre 1914 lorsqu’elle arrive à Brabant-en-Argonne, mais son absence a déjà été signalé au commandement. Le Chasseur est arrêté quelques temps plus tard, puis transféré à Récicourt dans les locaux du quartier général de la 29ème Division d’Infanterie pour y être interrogé dès le 8 octobre. Au cours de son interrogatoire Jules explique que lorsque il vit  "les obus tuer et blesser des hommes près de lui […] il se jeta dans le bois, s’y perdit et erra ainsi […], n’osant […] se montrer [par] peur de se trouver dans les lignes allemandes ". En arrivant le 3 octobre en fin d’après-midi à Brabant-en-Argonne, "il se présenta au 24ème Bataillon de Chasseurs dont le Lieutenant-Colonel lui prescrit d’attendre l’arrivée du 6ème Bataillon qui devait avoir lieu dans la nuit du 4 au 5 é. A la fin de l’enquête, le Général commandant la 29ème Division d’Infanterie décide de laisser son conseil de guerre permanent statuer sur le sort des Chasseurs Jules CHEVALIER et Pierre ETCHEVERRY. Les deux accusés sont reconnus coupable d’abandon de poste et de désertion en présence de l’ennemi. Le conseil de guerre les condamne à la peine capitale et à verser la somme de 24,80 francs pour s’acquitter des frais de justice.
Le 21 octobre 1914, Jules arrive sous bonne escorte dans une pâture des environs de Récicourt où ses camarades du 6ème Bataillon Alpin de Chasseurs à Pied ont été réunis. Placé devant un peloton d’exécution, il est passé par les armes après la lecture de sa condamnation. Sa dépouille à sans doute d’abord été inhumé à Récicourt, mais sa sépulture actuelle reste introuvable. Son décès est finalement transcrit le 16 décembre 1916 à Saint-Michel, où il figure sur le monument aux morts alors qu’il n’a toujours pas été réhabilité.


Arnold Maille, né le 23/03/1890 à Gondecourt (59) du 1er R.I. passé devant le CD de la 1ère division d'active est exécuté le 22 octobre à Cormicy (51)


Maurice David Séverin était né en 1881 à Francheval (08).
A l'heure du recensement militaire, en 1901, Maurice était employé de commerce. Il vivait alors à Paris ainsi que ses parents. Il est Sergent lors de sa libération et reçoit le certificat de bonne conduite.
Il change de nouveau de domicile et part pour Montmédy (55) et se trouve rattaché au 147è RI où il est rappelé lors de la mobilisation. Il est affecté à la 11è Cie (3è bataillon).
Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1914, Maurice est blessé à la main. Deux de ses hommes le soignent et le pansent. Maurice se plaint que cette blessure ne le tiendra pas longtemps éloigné du front, à peine 15 jours.
C'est suffisant pour le casser de son grade de sergent et le remettre simple soldat. Il est affecté à la 10è Cie.
Mais.... Un doute subsiste probablement du côté de la hiérarchie qui demande une expertise médicale. Celle-ci et la contre-expertise se déroulent trois jours plus tard, le 21 octobre. Elles concluent toutes les deux à une mutilation volontaire sur la présence de traces noires suspectes autour de la plaie.
Le 22 octobre les quatre hommes qui étaient avec l'ex-sergent Séverin sont interrogés séparément. Ils affirment que Maurice est revenu blessé mais sans son arme. Le 23 octobre le conseil de guerre spécial du 147è RI se réunit à Florent en Argonne. Maurice est condamné à l'unanimité.
Le 24 octobre 1914 à 5h30, Maurice est passé par les armes près du lavoir de Florent en Argonne. Il avait 33 ans.


D'après les éléments figurant au dossier, sa veuve tenta des démarches en vue de sa réhabilitation en 1922, mais celles-ci n'aboutirent pas. Elle renonça et abandonna la demande de révision en 1924.

Article du Populaire de Paris, avril 1923 :




Auguste Charles Bourgeois, né le 14/04/1892 à Villers-Lès-Guise (02), soldat au 18 ème B.C.P., déférédevant le CG du 2è corps d'armée, exécuté le 24 octobre à Four-de-Paris, (51)

Joseph-Marie Jéhannet, né le 28/08/1888 à Illifaut (22), soldat au 118ème R.I.  condamné pour abandon de poste par mutilation volontaire par le CG de la 22è D.I. fusillé le 24 octobre à Senlis-le-sec dans la Somme.

Aimé Honoré Devaux, né le 20 juin 1893 à La Chaux-du-Dombiefle (Jura), célibataire, cultivateur, soldat au 149è R.I.  Blessé accidentellement à une main, il quitte sa compagnie ; accusé de mutilation volontaire il est déféré devant le conseil de guerre de la 43e D.I. le 24 octobre 1914 et condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" fusillé à Estrée-Cauchy (62). Non réhabilité.

Henri Alexis Doinot le 27 à la ferme de la grange Lecomte d'Auzéville

Alphonse Emile Després, né à Paris 12è,  non reconnu, comptable à Paris,  Caporal Fourrier au 313 ème R.I. Déjà déserteur durant son service militaire, il récidive alors que son régiment combat près de Cunel (55) - Déféré devant le conseil de guerre ordinaire de la 9e D.I. le 24octobre 1914 il est condamné à mort pour "abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi" -
Fusillé à Le Neufour (55)


Émile Flandre, né le 2 novembre 1892, peintre, soldat au 120e R.I. ; condamné pour mutilation volontaire. Fusillé le 29 octobre 1914 à 15h à Florent-en-Argonne (51)




NOVEMBRE

 

Isidore Pierre Guilbert, né le 11/03/1887 à Etaimpuis (76), soldat au 228 ème R.I. condamné par le CG de la 20ç D.I., exécuté le 1er octobre à Bray sur Somme (80)

Ben Assou Lhassen, né en 1889 à Douar Aït Aïssa, conducteurà la 1ère Compagnie du train marocain (CG du 2ème conseil de guerre des troupes d'occupation du Maroc occidental) exécuté le 1er octobre à Bab Segma

Rappel : Le capitaine Mangin a installé avec un grand succès des cantines militaires qui fournissent à la troupe du pain, de la viande, du couscous, de l'huile, et toutes les denrées nécessaires. Les soldats sont très sensibles à cette innovation, ainsi qu'à la paye régulière. Leurs conversations reflètent une grande reconnaissance envers le maghzen dont l'esprit d'initiative a su appeler des instructeurs capables. Quant aux troupes, elles font des progrès dans la connaissance de l'école du soldat. On remarque même un certain ensemble dans les mouvements. Le camp situé près de Bab-Segma est très animé.(10 février 1909)

Louis Emile Ernest Désiré Oger, né le 8 janvier 1875 à La Chapelle-Huon dans la Sarthe,jugé pour abandon de poste le 06 octobre 1914 à Arras; exécuté le 5 novembre 1914 ) Villers-Châtel (62) en compagnie de Louis Marie Proust, né le 30 septembre 1874 à Lonoy (61) soldat au 27 ème R.I.T. (Conseil de guerre  45ème D.I)


Henry Bourgund 8 novembre 1914

Le dossier d’Henri Bourgund, « fusillé sans jugement », est révélateur de l’état d’esprit qui règne alors dans les rangs de l’État-major de l’armée. Contre toute attente, Joffre y paraît davantage soucieux d’équité et de justice que les généraux Pétain et Barbot, partisans quant à eux de méthodes plus expéditives…


Daté du 20 mars 1915, ce rapport établit les faits tels qu’ils apparaissent . À la date du 8 novembre 1914 figure dans le journal de marche du bataillon la mention : "Exécution du Chasseur Bourgund du 60e Bataillon, condamné à mort pour avoir abandonné son poste en présence de l’ennemi et déserté à l’intérieur.

Le rapport du 20 mars 1915 ajoute :
"Des renseignements recueillis auprès des témoins, il ressort que le chasseur Bourgund avait l’habitude, chaque fois que sa compagnie se trouvait engagée, de quitter la ligne de combat sous des prétextes futiles et de rejoindre lorsque le danger était écarté ; il avait pour ce fait répété, reçu des observations et même des punitions.

Lors des combats de Saint-Laurent [Saint-Laurent-Blangy, Pas-de-Calais], ce chasseur disparut à nouveau de sa compagnie, ramené quelques jours après, il fut incarcéré et une plainte en Conseil de guerre établie contre lui.

Ce chasseur a été condamné à mort et fusillé par une section du 97e Régiment d’infanterie à Sainte-Catherine (dans un pré à la lisière Est de Ste-Catherine et au Nord de la Scarpe), où il est inhumé.

Les deux médecins du bataillon ont assisté à l’exécution. Aucune pièce officielle relatant l’exécution du chasseur Bourgund ne figure dans les archives du bataillon."
Le général Barbot présente sa version des faits

Le 25 mars, le général Barbot commandant la 77e Division adresse un courrier au Général Pétain, commandant le 33e Corps d’Armée, dont voici quelques extraits :

« À chaque engagement de sa compagnie, ce chasseur disparaissait et rentrait ensuite, le danger écarté. Il avait déjà été signalé à Tilloy, les 2 et 3 octobre (...)
Au cours des combats soutenus par la division à St-Laurent (20 au 26 octobre), Bourgund quitta à nouveau sa compagnie à laquelle il fut ramené quelques jours plus tard. Il avait été trouvé en civil à Arras. Il fut alors emprisonné.(...)
Jugeant que des exemples immédiats étaient nécessaires pour le maintien de la discipline, je vous demandai, le 7 novembre, après examen du dossier du chasseur Bourgund, de le faire passer par les armes, son crime étant hors de doute.
Sur réponse affirmative de votre part, cet homme fut exécuté le 8 novembre par un piquet du 97e Régiment d’Infanterie, dans les conditions indiquées sur le rapport du Commandant du 57e Bataillon de Chasseurs. »
Lettre de justification du général Pétain le 26 mars 1915 (extraits)

"Le 7 novembre, le général commandant la division m’a transmis la plainte établie contre le chasseur Bourgund. Il me faisait remarquer, qu’en raison de la situation très difficile dans laquelle se trouvait sa division et des défaillances qui s’étaient produites peu auparavant, il lui paraissait nécessaire de faire des exemples et de procéder sans délai à la répression des fautes commises. Il concluait en me demandant l’autorisation de faire passer par les armes le chasseur Bourgund sur la culpabilité duquel il ne pouvait exister aucun doute.
J’ai donné l’ordre de procéder immédiatement à l’exécution de ce chasseur, estimant alors, comme encore maintenant, qu’en des circonstances pareilles, il est du devoir du commandement d’assurer de semblables responsabilités."
   

Le 7 avril 1915, le général Joffre, commandant en Chef des Armées, adresse un courrier au général Foch, commandant en chef adjoint de la zone Nord dans lequel il désavoue son homologue :

« Vous m’avez transmis le 28 mars 1915 sous le N° 9343 des rapports relatifs à l’exécution le 8 novembre 1914 du chasseur Bourgund, du 57e Bataillon de chasseurs à pied. Ce militaire a été fusillé, pour abandon de poste en présence de l’ennemi et désertion à l’intérieur, sans jugement, sur la demande du Général commandant la 77e Division.
La nécessité d’une répression immédiate dans l’intérêt de la discipline, invoquée pour justifier cette mesure, aurait pu recevoir satisfaction par la comparution de Bourgund devant un conseil de guerre spécial réuni sans délai dans son bataillon, alors qu’il ne s’agissait pas de forcer l’obéissance au cours même du combat, de concilier ainsi les exigences impérieuses de la discipline avec les garanties dues à un accusé.
Je vous prie de porter ces observations à la connaissance des Généraux commandant le 33e Corps d’Armée et la 77° Division. »

Ce même 7 avril 1915, le Général Joffre écrit au Ministre de la Guerre,
"J’adresse par courrier de ce jour aux Généraux commandant le 33e Corps d’Armée et la 77e Division, des observations, dont vous trouverez ci-joint copie, pour que pareil fait ne se renouvelle pas. "

Note ministérielle du 6 juin 1915 au sujet des exécutions capitales rédigée par le colonel Buat, chef du cabinet du ministre de la Guerre Alexandre Millerand :

" J’ai été informé que des exécutions capitales avaient eu lieu dans des conditions inutilement aggravantes. Des condamnés auraient eu à parcourir un long trajet avant d’être fusillés. Des enfants, attirés par le mouvement des troupes auraient pu s’approcher et assister à l’exécution. Des musiques auraient joué au retour des troupes.
Je vous prie de donner des instructions pour que ces faits ne se reproduisent pas. Vous voudrez bien, notamment, prescrire qu’il soit procédé à l’exécution en un point aussi rapproché que possible de l’endroit où le condamné à mort se trouve détenu. Les mesures d’ordre nécessaires seront également prises pour écarter la population civile du lieu d’exécution.
Je vous rappelle en outre, que les Armées n’ont pas qualité pour avertir les familles du décès des militaires. C’est au Ministre, d’après l’instruction du 29 octobre 1910 (B.O. E.M. Vol. 28, p. 174), qu’il appartient de faire donner cet avis. Les autorités militaires ne doivent donc fournir aucun renseignement aux familles sur les décès par suite d’exécution. Le Ministre est prévenu de la mort par l’envoi qui doit lui être fait (service intérieur, bureau des Archives administratives) de l’expédition de l’acte de décès.
Il reçoit également (direction du Contentieux et de la Justice militaires) le dossier d’exécution qui lui est envoyé par mon intermédiaire. »

Autrement dit, faisons ça en catimini, juste pour l'instruction des collègues et
dissimulons les circonstances !


Despurget (prénom, date de naissance et lieu de décès inconnus) est abattu le 10 novembre 1914. (exécution sommaire?) soldat du 120è R.I.

Le même jour, appartenant au même régiment, Pierre Lucien Bertrand, né le 7 juin 1892 à Messicourt (08) est condamné par le conseil de guerre de la 4è D.I. et exécuté à La Placardelle pour abandon de poste en présence de l'ennemi.

Ernest Auguste Léturgez, soldat au 120e R.I. né le 6 octobre 1891
fusillé au hameau de La Placardelle à Vienne-le-Château (51) le 10 novembre 1914

Ben Bouchta Hadjoui Ben Aïssa, né en 1882 à Hajaoua au Maroc, soldat au renseignement de Fez est condamné par le 2è CG des troupes d'occupation du Maroc occidental et exécuté le 10 novembre 1914 à Bab Segma (Maroc)

Le lendemain Ben Ali Sahrahoui Moulay Lhassen, né en 1881 à Freklat (Maroc) condamné par le même CG est exécuté ) Fez.


Alfred Loche, Le 11 novembre 1914

Né le 28 janvier 1889 à Bessèges, il est fils unique, son père est mort peu après, c’est sa mère qui l’a élevé dans des conditions économiques difficiles. Sa scolarité a été réduite au minimum, il ne sait ni lire ni écrire. Il a trouvé un emploi aux forges de la ville, une dépendance des mines d’Alès.

Rapport du capitaine Guilhaumon du 61è R.I. chargé de l'instruction :

Le 19 ou le 20 août le soldat Loche disparaît de sa compagnie sans qu’il soit possible de préciser exactement dans quelles circonstances (...)
Quoi qu’il en soit, régulièrement ou non, Loche est dirigé sur l’arrière, rejoint le dépôt de son corps, d’où au bout de quelques jours il est renvoyé à nouveau sur le front. Il débarque à Bar-le-Duc le 1er octobre, fait avec ses camarades la première étape, puis le lendemain profite de l’heure matinale du départ pour abandonner une seconde fois sa place dans le rang en restant dans son cantonnement. Il revient ensuite vers Bar où il arrive le 3 octobre vers 16 h 00. Arrêté à l’entrée de la ville par un poste de garde, il raconte d’abord qu’il a été fait prisonnier et s’est échappé, puis qu’il a été blessé d’une balle au côté droit ; un examen médical met bientôt à néant ses affirmations. De cet ensemble de faits il résulte que Loche a abandonné à deux reprises sa place dans le rang au moment où ses camarades marchaient à l’ennemi, sans faire constater par ses chefs, comme il en avait incontestablement les moyens, les motifs d’indisponibilité qu’il pouvait avoir. Loche reconnaît en outre avoir abandonné son havresac sur le bord de la route. Notre avis est donc qu’il doit être mis en jugement devant le Conseil de Guerre pour abandon de poste devant l’ennemi et pour dissipation d’effets d’équipement .

Témoignage d'André Aubenque, soldat du 56è R.I. qui visite son compagnon de régiment emprisonné à la prévôté de la gendarmerie mimitaire de Monzéville :
Je voulus intervenir en sa faveur et les priai de m’indiquer l’officier attaché au Conseil de Guerre pour lui fournir sur mon camarade et concitoyen certains renseignements. En effet Loche ne jouissait pas entièrement d’un état mental normal, sans être atteint de folie il était d’un caractère bizarre, s’emportant pour un rien si on le taquinait. En un mot il était détraqué et de ce fait digne d’intérêt. Le sous-officier du Conseil de Guerre me dit : « N’essayez pas d’insister car vous pourriez, vous aussi, vous faire traiter de lâche ».

Le 11 novembre 1914 le soldat Alfred Loche va être passé par les armes. En entendant prononcer l’arrêt du jugement qui l’a condamné à mort, Loche ne fait aucun mouvement et ne manifeste aucune émotion. Le soir il mange sans se soucier de ce qui l’attend. Au petit matin il quitte la prison en disant "Au revoir" et en souriant à tout le personnel de la prévôté et aux autres militaires détenus. Le Bességeois Marcel Pradon fait partie du détachement qui rend les honneurs au moment de l’exécution. Selon lui : "Mon camarade et concitoyen n’avait pas l’air de comprendre ce qui se passait autour de lui, ce qui ne m’étonne nullement car il était connu à Bessèges comme un déséquilibré".

Il faudra vingt ans pour obtenir un jugement réhabilitant Loche.


Georges Fabert, né le 17 avril 1883 à Paris 9è, soldat au 360ème R.I. condamné par le CG de la 70è D.I., exécuté à Bouvigny le 14 novembre 1914.

Georges Raoul VOYER naît le 11 juin 1889 à Melun (77). Ayant des problèmes de santé ne part pas de suite au service militaire. Il est incorporé le 7 octobre 1911 au 1er Régiment du Génie. Le 26 octobre 1912, la Commission spéciale de réforme de la Seine le classe "bon pour le service armé". Il est donc envoyé dans la disponibilité le 25 septembre 1913 avec le certificat de bonne conduite. Il est rappelé à l'activité par l'Ordre de Mobilisation générale du 1er août 1914 et rejoint son régiment le 3 du même mois.

Léonce Georges GOULON naît le 14 décembre 1883 à Paris, dans le 13ème arrondissement. Le 3 novembre 1910, il est condamné à huit jours de prison par le Tribunal civil de la Seine pour "outrage aux agents". Rappelé à l'activité par l'Ordre de Mobilisation du 1er août 1914, il rejoint le 1er Régiment du Génie à Versailles, dans les Yvelines.
Les deux hommes comparaissent devant le Conseil de Guerre de la 69ème Division d'Infanterie pour abandon de poste devant l'ennemi : "Ayant reçu l'ordre du Sous-Lieutenant Moscio, le 2 novembre 1914 à 19 heures, de rester au pont de Soupir pour procéder, si besoin était, à sa destruction, s'être enfui et n'être rentré au cantonnement que plus de 24 heures après, sans pouvoir donner de bonnes raisons de sa conduite".

La plainte a été déposée par le Capitaine Collin, commandant la Compagnie Divisionnaire du Génie où sont affectés les deux sapeurs-mineurs. Le texte est identique pour les deux hommes :
Nous avons, en conséquence, infligé au Sapeur Goulon / Sapeur Voyer une punition de 15 jours de prison ... La faute reprochée au Sapeur Goulon / Sapeur Voyer étant celle d'abandon de poste en face de l'ennemi, nous avons l'honneur de demander qu'il soit, pour ce fait, déféré au Conseil de Guerre de la 69ème Division de Réserve".
Le 12 novembre 1914, Le Conseil de Guerre de la 69ème Division d'Infanterie de réserve siège à Braine, dans l'Aisne. Seuls le Sous-Lieutenant Henri Jules Moscio et le Caporal Louis Gaston Schermann, témoins à charge sont entendus. Le
Le 14 novembre 1914, le Conseil de Guerre rend son verdict : la peine de mort. Les deux hommes sont exécutés le 15 novembre 1914 à Braine.
Les constats de décès enregistrés par Marius Adolphe Augier, Docteur en Médecine, Major de 2ème classe de la Compagnie Divisionnaire du Génie montrent que Georges Raoul et Léonce Georges ont été touchés à sept et neuf reprises par le peloton d'exécution. 

"Etant donné que le condamné présentait quelques mouvements respiratoires, malgré la mortalité des blessures, le coup de grâce fut rapidement donné à la tête (région temporale gauche)."


Le soldat Émile Guiraud et le tambour Henri-Joseph Jolbert appartenaient au 42e RI. On est mal informé sur leur cas car les archives de la justice de la 14e division ont été détruites. Un rapport du 1er bureau de la 6e armée indique que ces deux soldats, disparus de leur régiment au commencement d’octobre, avaient été arrêtés une première fois à Vic-sur-Aisne le 12 du même mois. Réintégrés dans leur unité, ils avaient été arrêtés une deuxième fois, le 8 novembre à Vic-sur-Aisne, dans le cantonnement du 35e RI où ils se cachaient, après avoir pris soin d’enlever leurs écussons. Tous deux sont condamnés à mort par le conseil de guerre spécial du 42e RI et fusillés à Vingré le 16 novembre.
Carnets de JB Grousson, 298e RI :

"on fusille à Vingré 2 soldats français accusés de désertion, on en voit descendre des tranchées, pliés dans une couverture attachés à une poutre comme un veau mort, par des hommes à l’œil terne, pleins de boue, ils creusent un trou, on les recouvre et… c’est fini !"


Léon Boisseau, né le 25 novembre 1889 à Paris 20è, soldat au 367 ème R.I. , déféré devant le 1er conseil de guerre de la place de Toul, est exécuté le 17 novembre à Noviant-Aux-Prés (54)

Ben Smaïl Messaoud ben Ali, né en 1886 à Oued Asker (Thala) (Tunisie), soldat au 8è R.M.T. 19 novembre 1914, on ignore où.



Auguste Ponroy le 21 novembre 1914

Il s'appelait Auguste Ponroy. Il avait 23 ans quand, comme trois millions de Français, il est mobilisé en août 1914, au début de la Première Guerre mondiale. Il était ouvrier tôlier.Le 21 novembre 1914, à Commercy dans la Meuse, il est accusé de désertion par le conseil de guerre, qui le condamnera à être fusillé, pour l'exemple, devant ses camarades militaires.  Il a été séparé de ses camarades pendant la bataille. Il faisait froid dans la Meuse, et un document atteste que les tenues d'hiver des soldats n'ont été commandées qu'en novembre ! Un témoin dit que les soldats ne pouvaient plus sortir de la tranchée, l'échelle était trop courte tellement il y avait de cadavres au-dessus. Son dossier lors du procès dit bien qu'il donnait entière satisfaction, mais il venait d'apprendre qu'il avait eu un enfant... et il n'a plus voulu mourir. Il est devenu dépressif, il pleurait sans cesse".



César Philémon Bernard est né à Grasse (Alpes-Maritimes) le 23 septembre 1887 où il exerce la profession de cultivateur.
Le 13 août 1914 (8 h 30), César Bernard quitte sa compagnie (la 8ème) peu avant que celle-ci ne soit engagée devant Coincourt (Meurthe-et-Moselle). Arrêté dès le lendemain en tenue civile à la gare de Blainville (Meurthe-et-Moselle), il est écroué à Bourges (Cher) et Marseille (Bouches-du-Rhône). Trois mois plus tard, une plainte en conseil de guerre est établie contre lui au titre d'abandon de poste, de dissipation d'armes et d'effets militaires, de vol. Déféré le 20 novembre 1914 devant le conseil de guerre ordinaire de la 29ème D.I., il est à l'unanimité des voix condamné à mort pour « abandon de poste en présence de l'ennemi ».
César Bernard est fusillé à Récicourt (Meuse), le 22 novembre 1914 après- midi (16 h), devant le 141ème rassemblé. Son acte de décès a été transcrit à la mairie de Grasse (Alpes-Maritimes) le 11 mars 1915. 

Auguste Haubert (23 ans, 113 eRI de Blois), de Vendôme, est exécuté le 23 novembre 1914 à Aubréville (Meuse). Il avait prétexté un mal de gorge pour quitter temporairement le front et fabriqué de faux certificats médicaux pour justifier son absence. Ce qui lui avait valu d'être condamné à mort pour désertion… et faux en écriture privée.

Pierre Emile Jules Vignon, né le 6 décembre 1891 à Lyon, célibataire, employé aux Pâtes Alimentaires, soldat du 158è R.I.,déféré devant le conseil de guerre et condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi". Fusillé le 23 novembre 1914 à Bully- Grenay, au lieu-dit Les Brebis (en fait la cour de l'abattoir), avec le caporal Pierre Joseph Chappaz du même régiment né le 15 juillet 1891 à Thorens-Glieres (74)

Louis Isidore Marcel Naudin, né le 14 août 1889 à Ouzouer-sous-Bellegarde, Loiret, soldat au 113è R.I. Convaincu de désertion il est déféré devant le conseil de guerre de la 9e D.I. le 21 novembre 1914 et condamné à mort pour "abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi". Fusillé avec Eugène Auguste Haubert (né le 1er mars 1891à Vendôme (41)) le 23 novembre à Aubréville, forêt d'Argonne.

Pierre Maurin, date et lieu de naissance inconnus, soldat au 36è R.I.C.condamné par le CG de la 74 D.I. exécuté le 26 novembre 1914 (sans rapport avec son homonyme mort d'une blessure infectée le 19 novembre).

Armand Louis Paul Bindel, né le 22/03/1881 à Saint-Ouen-La-Rouërie (35), soldat au 2è R.I. déféré devant le CG de la 20è D.I., et Jean-Marie Clément Lecompte, né le juin 1880 à Poligné (35), fusillés le 30 novembre 1914 à Sainte-Catherine (62)

 

DECEMBRE 

Albin Edouard Millard, né le 11 février 1885 à Revin, Ardennes, chasseur 2è classe au 49è B.C.P., fusillé au cours de l'accomplissement d'une punition (?) à l'hôpital complentaire B (?) de Reims (ou Tinqueux?) le 2 décembre 1914. Mort pour la France.

 

 Les martyrs de Vingré





Le caporal Paul Henry Floch et les soldats Jean Blanchard, Francisque Durantet, Pierre Gay, Claude Pettelet et Jean Quinaud appartenant au 298e RI.

Le Journal de marche du régiment, signale l'exécution à la date du 4 décembre 1914 :
 « L'exécution des 6 condamnés à mort a lieu à 7h30, à 200 m à l'ouest du calvaire de Vingré, situé à l'embranchement des deux chemins allant à Nouvion. Assistent à la parade d'exécution les quatrième compagnie de réserve du 298e, deuxième compagnie du 216e et une compagnie du 238e. Les troupes sont commandées par le Lieutenant-Colonel Pinoteau. Les condamnés qui ont passé la nuit dans la prison du poste de police sont amenés à 7h30 par un piquet de 50 hommes et fusillés. Après l'exécution qui se passe sans incident, les troupes défilent devant les cadavres et rentrent dans leurs cantonnements. » 


Paul Henry Floch né le 31 mai 1881 à Bretelle. Il est greffier de la justice de paix à Breteuil.



Dernière lettre du caporal  Floch adressée à sa femme Lucie avant son exécution:

Le 4 décembre 1914, 6h 30
Ma bien chère Lucie,

Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé. Voici pourquoi :
Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, et alors que nous finissions la soupe, des Allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands. J’ai suivi mes camarades, et ensuite, j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.
Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu’il y a dedans.
Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l’âme en peine. Je te demande à genoux humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l’embarras dans lequel je vais te mettre…
Ma petite Lucie, encore une fois, pardon.
Je vais me confesser à l’instant, et j’espère te revoir dans un monde meilleur.
Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si au lieu de m’échapper des Allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité !

Ma dernière pensée, à toi, jusqu’au bout.


Jean Blanchard né le 30 septembre 1879 à Ambierle située dans le département de la Loire et la région Rhône-Alpes. Il exerce le métier de cultivateur avant d'être rappelé sous les drapeaux en 1914. Il est enterré dans le vieux cimetière d'Ambierle.



Ses derniers mots:
" Voici ce que j’ai sur moi :
Ma montre
Mon porte-monnaie qui contient 51 F 20, le mandat que tu m’as envoyé et que je n’ai pas touché
Mon couteau et quatre médailles
Je tiendrais bien à ce que tu les reçoives.
J’espère qu’on vous y fera parvenir, j’ai encore toutes les lettres que tu m’as écrites dans mon sac ou sur moi.
J’ai tous les effets que tu m’as envoyés et ceux que j’avais auparavant ".




Jean Quinaud, né le 14 mars 1886 à Saint Victor, Allier, cultivateur, marié le 13 juin 1914 à Huriel. Inhumé à Vallon-en-Sully.



« Ma chère femme.


Je t’écris mes dernières nouvelles : c’est fini pour moi. C’est bien triste. Je n’ai pas le courage, je me (illisible). Pour toi, tu ne me verras plus. Il nous est arrivé une histoire dans la compagnie. Nous sommes passés vingt- quatre au Conseil de Guerre. Nous sommes six condamnés à mort. Moi je suis dans les six et je ne suis pas plus coupable que les autres camarades, mais notre vie est sacrifiée pour les autres.

Ah ! autre chose : si vous pouvez m’emmener à Vallon. Je serai enterré à Vingré.

Dernier adieu chère petite femme. C’est fini pour moi. Adieu à tous, pour la vie.

Dernière lettre de moi, décédé au 298ème régiment d’infanterie, 19ème compagnie, pour un motif dont je ne sais pas bien la raison. Les officiers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condamnés pour eux. Ceux qui s’en partiront pourront te raconter. Jamais j’aurai cru finir mes jours à Vingré et surtout d’être fusillé pour si peu de choses et n’être pas coupable.Ca ne s’est jamais vu une affaire comme cela. Je suis enterré à Vingré !...  »

Francisque Durantet né le 5 octobre 1878 à Ambierle dans la Loire. Il se marie à Ambierle en 1906 avec Claudine Drigeard, ils ont deux fils. Il exerce le métier de cultivateur. Il est enterré dans le vieux cimetière de Ambierle.






« Ma chère Claudine.

C’est bien pour la dernière fois que je t’écris, car nous venons de passer en Conseil de Guerre, je ne te reverrai plus en ce monde peut être, nous nous reverrons dans l’autre monde. Car si je meurs ce n’est pas ma faute, mais nous mourrons pour les autres.

Je n’ai rien à me reprocher, j’ai vu l’aumônier et je me suis bien confessé, et le plus malheureux pour moi c’est de ne plus te revoir et ainsi que mes pauvres parents. Ma pauvre amie, il faut donc se séparer nous qui étions si bien unis ensemble, il faut donc nous séparer. Mon Dieu, que va tu faire seule avec les deux petits enfants enfin Dieu te viendra en aide. Ne te décourage pas ma chère amie, si je meurs je meurs la conscience tranquille ; Je n’ai pas fait de mal à personne, si je suis puni, ma punition vient tout simplement d’une bagatelle qui s’est produit par un homme qui a crié : Sauvez vous voila les boches et tout le monde se sont mis en déroute, nous étions 24 et sur le nombre nous avons été 6 qui étaient pris, c’est bien malheureux pour nous, mais enfin c’est notre destinée.

Je te dis bien adieu, adieu et dit bien adieu à toute la famille pour moi, ait bien soin de mes petits enfants.

Je t’embrasse bien des fois, car c’est fini pour moi, et je te dis une autre fois au revoir. »


Pierre Gay né le 30 novembre 1884 à Treteau dans l'Allier. Il est  marié à Marie Minard le 28 septembre 1912 à Tréteau. Cultivateur au domaine du Vieux Chambord à Treteau (Allier), marié, inhumé à Treteau.


«Le 27 novembre, à 3 heures du soir, l'artillerie allemande s'est mise à bombarder les tranchées pendant deux heures. La première section qui était à notre droite a évacué satranchée sans qu'on le sache.
Vers 5 h du soir, nous mangions la soupe en veillant devant nos créneaux, quand, tout à coup, les Allemands viennent par la tranchée de la première section, on nous croise la baïonnette sur la poitrine en disant: «Rendez-vous, haut les mains, on vous fusille».
Je me suis vu prisonnier avec un autre de mon escouade, je saisis un moment d'inattention pour m'échapper. Il y avait un pare-éclats en face de moi, je me suis jeté en face au risque de me faire tuer par les balles et, comme je n'ai plus vu de camarades, je suis descendu par la tranchée pour rejoindre ma section et nous sommes remontés pour réoccuper la tranchée.
Le lendemain, tous les officiers et chefs de section étaient bien à leurs postes et nous, pour ne pas être restés prisonniers des Allemands, nous avons passé en Conseil de guerre, nous ne sommes pas plus coupables que les autres camarades de ma section. Nous avons passé au Conseil de guerre le 5 décembre, toute la demi-section, tous les autres ont été acquittés et nous avons été six condamnés qui ne sont pas plus coupables que les autres ; mais si nous mourons pour les autres, nous serons vengés par Dieu en attendant de nous revoir dans les cieux.
Pardonne-moi bien de la peine que je vais te faire ainsi qu'à mes pauvres parents. Je vais demander l'aumônier pour me confesser, on ne me le refusera pas, je suis innocent. Adieu, je ne sais plus quoi te mettre, moi qui avait tant de choses à te dire. Oh ! Pardonne-moi encore une fois, ainsi que mes chers parents, je n'ai pas peur de la mort puisque je suis innocent du fait qu'on me reproche».


Claude Pettelet né le 13 février 1887 à La Guillermie dans l'Allier, cultivateur à la Guillermie (Allier), marié, un enfant, inhumé à la Guillermie.



Lettre du soldat Pettelet la veille de son exécution.

«Vingré le 4/12/1914
Chère Femme et parents,
Je vous écris cette lettre pour vous annoncer une mauvaise nouvelle au sujet des prisonniers qu'ils nous ont fait. Nous on s'est sauvé et on croyait de sauver sa vie mais pas du tout je suis été appelé devant le Conseil de guerre avec toute la demi-section dont je faisais partie. On est 6 qui sont condamnés à mort. Quel ennui pour vous et surtout pour mon Jérôme que j'aimais tant.
Mais je te le recommande, aies en soin autant que tu pourras et tu diras à ton père que je lui recommande son filleul, de faire ce qu'il pourra pour lui puisque c'est fini pour moi.
Mon motif qu'ils m'ont porté c'est «abandon de poste en présence de l'ennemi». Je n'ai toujours pas tué ni volé et celui qui nous a condamné j'espère de le voir un jour devant Dieu. Pour moi, j'ai demandé le prêtre, il nous sera sûrement pas refusé et j'espère que je ne tremblerai pas au moment de l'exécution. Ca ne doit pas être un crime en se confessant à ne pas être digne du ciel.
Dès que tu auras reçu ma lettre, tu me feras faire mon service et tu me feras dire des messes, tu inviteras tous mes amis tels que Félix Giraud du Pilard et Mélanie et quand tu vendras à Massonné, tu feras ton possible pour que Mélanie l'achète.
Cher femme, je vous invite tous, c'est à dire toi, mon père, ma mère et mon oncle à avoir un bon accord ensemble et avoir soin de Jérôme le reste de vos jours. Je vous le souhaite et j'espère que vous m'accorderez cette faveur.
Chère femme, la compagnie demande grâce pour nous au général mais il ne faut pas compter sur ça pour être acquitté, mais enfin ne te fais pas de l'ennui pour ça, il y en a d'autres.
Je fais cette lettre et je la donne à un copain et je lui dis de la faire partir que quand je serai mort. Quand vous la recevrai, tout sera fini.
Je termine en vous embrassant tous et en espérant de se revoir dans le ciel, il n'y a plus que là que l'on peut se revoir. Il y en a beaucoup du pays qui sont avec moi, ils diront toujours que ma faute n'était pas grave. Je vous embrasse tous et je vous dit adieu. Je regrette».


Témoignage de J.B. Grousson de St-Etienne, 238e régiment d’infanterie :



4 Xbre – à 4 ½ du matin réveil pour exécution à 6 h à Vingré de 6 soldats ayant abandonné leur poste surpris par les allemands, avec Jules, je fais partie du peloton qui les encadre baïonnette au canon, pour les mener au lieu d’exécution où le régiment est réuni (19e Cie). Les aumôniers leur parlent et les embrassent, on leur lie les mains qu’on attache ensuite à un poteau on leur bande les yeux, l’adjudant Delmote qui commande le peloton d’exécution abaisse son sabre, 72 fusils partent à la fois (dont Eyraud) et ces 6 martyrs tombent sans un cri, un sous-officier vient leur donner le coup de grâce et on fait défiler tout le régiment devant ces 6 corps pantelants. Spectacle inoubliable et saisissant, l’un avait 5 enfants, l’autre 3. Etaient présents, Col. Pinoteau, lieut. Diot, médecin Mallet, lieut. Brendejac.

Témoignage de Jean Dumont du 238e régiment d’infanterie :
7h35
"Ensuite toutes les compagnies ont défilé devant les cadavres renversés au pied des poteaux. Quel spectacle horrible  ! Je n’ai pu m’empêcher de pleurer. Moi et les autres. Tous, officiers, sous-officiers et soldats étaient atterrés."

Témoignage du Sergent Grenier du 298e régiment d’infanterie :
8h00
" C’est honteux, honteux, et c’est pour nous donner une leçon, nous remonter le moral, nous donner du courage. Pour le moment on ne peut rien dire, mais quand je pourrai parler, je dirai ce que j’ai sur le cœur, et puisque nous n’avons pas pu sauver leur vie, nous sauverons leur honneur."




Hildevert Eugène Marcadet, né le 5 septembre 1877 à Dancourt, domestique en 1902-1903, une fille, Julia Angèle Poulain. Soldat au 21e Régiment d'Infanterie Territoriale, il est inculpé d'abandon de poste étant en faction en présence de l'ennemi. Fusillé le 4 décembre 1914 à Fescamps (80). Annulation du jugement par la cour de cassation le 29/08/1918.


Alexandre Foquino (en réalité Focchino selon ses papiers) né à Marseille le 1er novembre 1887. Soldat au 111è R.I. il pre,d part à la bataille de Vacincourt. Le 14 septembre, il perd la trace de sa compagnie au moment où celle-ci quitte précipitamment Blercourt pour poursuivre l'ennemi. Il est recueilli le 15 septembre par des renforts du 61è R.I. mais alors qu'il combat dans le secteur de Bois Carré (Avocourt),il prend la fuite, abandonnant arme et effets militaires dans le feu de l'action. Arrêté le lendemain soir, il déclare :
" Au cours du combat qui s'est prolongé dans la nujit, il y eut une débandade. Ke me suis perdu dans le bois avec deux compagnons du 61è R.I. Nous y avons passé la nui. Au point du jour, ayant quitté mon fusil et mon équipement pour mettre ma veste, j'ai été onligé de m'enfuir précipitamment, car les Allemands, qui étaient à 25 pas, nous tiraient dessus."
Les témoignages accablants de deux "camarades" affirmant avoir vu Focchino se coucher et refuser de suivre sa compagnie, incitent ses supérieurs à le faire traduire en conseil de guerre. Devant le CG de la 28è D.I. il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi et dissipation d'armes et d'effets". Son recours en grâce ayant été rejeté le 3 décembre, Alexandre Focchino est fusillé à Récicourt le 5 décembre 1914.


Alphonse Fortuné Fortoul est né à Revel en 1893 où il demeure avant son appel pour le service militaire en novembre 1913. Il appartient à la 10è compagnie du 157è régiment d’infanterie alpine qui est en première ligne au moment de sa désertion.
Fortoul est accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi le 13 novembre
1914 à Bouconville (Meuse), de vols au préjudice d’inconnus et de désertion en
présence de l’ennemi du 20 au 21 novembre. À partir de certains témoignages,
l’accusation conclut que Fortoul se préparait à déserter : il portait un paletot civ il sous sa capote, il se serait renseigné auprès de soldats de la direction de Toul et on aurait retrouvé son sac laissé presque vide après son départ de la tranchée...
Fortoul est en effet arrêté par un poste de garde alors qu’il porte une tenue civile
sur sa tenue militaire. Lors de son arrestation, il déclara avoir quitté la tranchée "parce que son capitaine, de Barrin, lui avait tiré l’oreille et donné un coup de poing sur l’épaule", pour le punir d’avoir fait un trou dans son couvre-pieds. Il portait sur lui deux porte-monnaie, le sien et celui qu’il a volé sur un mort allemand, ainsi qu’une somme de 19 marks et 19 pfennigs, qui s’y trouvait avec une alliance en or aux initiales E.B.

Ramené à son régiment, Fortoul profite de la relève de la garde pour "s’esquiver de nouveau". Il est repris par la gendarmerie le 23 novembre.
Le capitaine nia avoir frappé Fortoul, déclarant que, "le 13 novembre, vers 14 h,
il a pris par le bras et secoué Fortoul, qu’il avait trouvé déséquipé ou mal placé
dans la tranchée. Il ajoute que cet homme était exaspérant par sa mollesse et
sa lenteur à exécuter les ordres". Incorporé en 1913, Fortoul est décrit comme
un "soldat négligent et malpropre" et son capitaine le représente "comme peu
intelligent, de caractère faible et apathique, ne réagissant pas contre les émotions et les épreuves de la campagne".

Fortoul est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l’ennemi" le 5 décembre et fusillé à Broussey-en-Woëvre (Meuse) le 6 décembre 1914 au
matin.
Extrait de l'acte de décès :

Louis Ernest Hirson, né le 15 septembre1878 à Vailly-Sur-Aisne, fusillé le 23 novembre 1914 dans le parc du Château à Villers-Cotterets

Louis Ernest Hirson, né le 15 septembre1878 à Vailly-Sur-Aisne, fusillé le 23 novembre 1914 dans le parc du Château à Villers-Cotterets


Charles Xavier RICHTER, né le 28 octobre 1885 à Bitschwiller (Alsace), 2e classe au 8e Groupe de Chasseurs cyclistes

 portrait présumé


 Fusillé pour abandon de poste devant l’ennemi le 6 décembre 1914 à Pommier (Pas de Calais).
"Un chasseur d’origine alsacienne nommé Richter était allé comme d’autres échanger de loin quelques paroles avec les Allemands ; il y eut même quelques trocs. Richter raconta à ses camarades qu’il avait bu un coup de gnole en échange d’un peu de vin, ayant liquidé le reste de son bidon, s’écria : "Je vais au patelin chercher du pinard." Ses camarades ne purent le retenir ; à Berles, il se trouva face à une sentinelle des Dragons qui, le voyant excité, voulut le refouler puis, comme il menaçait cette dernière, elle appela aux armes. Le poste arriva avec le sous-officier qui tenta en vain de calmer le chasseur ivre et furieux. Il le fit conduire à la Division où il fut écroué, passa au conseil de guerre avec pour motif : ivresse, abandon de poste en présence de l’ennemi et rébellion. Richter fut condamné à mort et fusillé par un peloton d’exécution composé de ses camarades chasseurs, de sous-officiers et caporaux, il mourut courageusement en criant : "Visez juste, vive la France !".
Mon journal de guerre avec les Chasseurs (1914-1918), Bertrand Sittler, présenté par Michel Turlotte. Extrait des Mémoires de la Société d’Emulation de Montbéliard. N°128-2005, publié en 2006.

Carnets de l’aspirant Laby, 28 juillet 1914-14 juillet 1919, médecin des tranchées, présenté par Stéphane Audoin-Rouzeau, Bayard éditions 2001, page 84."Lundi 7 déc 1914.
Je retourne voir Julien. Le Dr Carivine est absent. En revenant, j’assiste par hasard à l’exécution d’un chasseur cycliste qui a quitté son poste, devant l’ennemi. Il meurt bravement. Il retire sa veste et dit : "Mes chers camarades, visez à la poitrine, pas à la tête." Il ne veut pas de bandeau et crie : "Vive la France ! Vive l’Alsace !" Il rachète son crime par une belle mort. Défilé des troupes devant le cadavre. Prière des soldats avec l’aumônier.


Louis Macchia, né à Marseille le 30 novembre 1881.
Il est forgeron, à Nîmes, au moment de la mobilisation générale. Soldat réserviste de la classe 1901, il est rappelé et combat avec le 312e régiment d'infanterie. Le 4 décembre 1914 au soir, alors qu'il monte en ligne, il est blessé par balle à l'index de la main droite et erre toute la nuit à la recherche d'un poste de secours, qu'il n'atteindra qu'au matin. Suspecté de mutilation volontaire, il est traduit devant le conseil de guerre. Malgré le rapport médical attestant que la balle à l'origine de sa blessure a été tirée de loin, il est condamné à mort pour “refus d'obéissance en présence de l'ennemi”. Il est fusillé le 7 décembre au Bois de Malinbois à Chauvincourt-St Mihiel (55). Non réhabilité.


Marcel Henri Mulot, né le 02 mai1886 à Angoulême(16) Soldat de 2è classe au 43 ème R.I.C. condamné par le Conseil de guerre spécial du 43ème régiment d'infanterie coloniale (motif inconnu) "passé par les armes" (JMO de la 56è D.I. le 08 décembre 1914 à Saint-Amand(62)


Michel Seguin, né le 15 novembre 1881 à Longueville (47) soldat au 153ème R.I. condamné par le Conseil de guerre de la 39ème D.I. Exécuté le 08 décembre 1914 à Elverdingue (Belgique).


Gaston Léon Eugène Brida, né à Valailles dans l'heure le 4 juillet 1893, garçon boulanger à Saint-Clair d'Arcey puis soldat au 37è R.I. il participe à toutes les batailles en Lorraine, Somme, Pas de Calais ; blessé à une main, il est accusé de mutilation volontaire par le médecin aide-major Abt de l'ambulance 2/20 : déféré le 10 décembre 1914 devant le conseil de guerre de la 11e D.I. il est condamné à mort 'à la majorité de 3 voix vois contre deux) pour "abandon de poste par mutilation volontaire" et exécuté à Elverdinge, Belgique le 11 décembre 1914 (21ans). Non réhabilité, il figure sur le monument aux morts de Saint-Clair-d’Arcey.

Louis Joffin né le 25 mai 1883 à Verdun, marié, terrassier à Reims, soldat du 102è R.I. est signalé déserteur ; il est arrêté et déféré devant le conseil de guerre ordinaire de la 7e D.I. condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" et fusillé à Fescamps le 12 décembre 1914. Mais, allez comprendre, il est déclaré Mort pour la France et le JO du 29 mai 1921 stipule: JOFFIN (Louis), mie 1471, soldat ayant eu au feu une belle attitude. Tombé au champ d'honneur, pour le salut de la patrie, le 12 décembre 1914, à Fescamps. Groix de guerre avec étoile de bronze.

Jean Grataloux, né le 9 décembre 1880 à ST Just-Sur-Loire, tourneur sur métaux. Arrivé au 38è RI le 12 août 1914 - Fusillé le 12 décmbre 1914 à 18 heures à Vingré (Aisne) Commune de Nouvron pour "mutilation volontaire".
JMO : Depuis le 4/12/1914, le 238è RI procède à l'aménagement défensif du secteur de Vingré - Le 12/12 : perte un homme Grataloux passé par les armes - Mention "Mort pour la France" sur sa transcription de décès à Saint-Etienne - Pas de mention d'un jugement du Conseil de guerre sur le registre matricule - Mention décédé le 12/12/1914 à Vingré - Emprisonné avec Leymarie, a tenté de suicider avant son exécution : "L’abbé Rochias, qui officie pour la 63e DI, est prévenu dans la matinée du 12 décembre, par le général Jullien, que deux exécutions auront lieu ce jour-là. L’une à Vingré, d’un dénommé Grataloux, l’autre à Port Fontenoy où se trouve enfermé Leymarie. Tandis que son confrère Dumas s’en va assister Grataloux, l’abbé Rochias se rend auprès de Leymarie. Au moment où il est remis au détachement qui va le fusiller, ce soldat du 238e RI "tente de se suicider à l’aide d’un couteau qu’il a pu dérober. Il ne réussit qu’à se blesser et fut exécuté quelques instants plus tard" .Condamné à mort pour mutilation volontaire par Conseil de guerre de la 63e DI le 12/12/1914 à Vingré, Aisne

Léonard Leymarie fusillé le 12 décembre 1914.



Léonard Leymarie, né à Seillac en 1880, est condamné par le Conseil de guerre spécial de la 63 DI pour "mutilation volontaire ". Il est fusillé le 12 décembre 1914 à Port-Fontenoy.
Ci après sa dernière lettre : l'orthographe originale de la lettre a été respectée.

" Je soussigné, Leymarie Léonard, soldat de deuxième classe, né à Seillac (Corrèze).
Le Conseil de Guerre me condamne à la peine de mort pour mutilation volontaire et je déclare formelmen que je sui innocan.
Je suis blessé ou par la mitraille ennemie ou par mon fusi, comme l'exige le major [médecin NDLR], mai accidentelmen, mai non volonrairemen, et je jure que je suis innocazn, et je répète que je suis innocan. Je prouverai que j'ai fait mon devoir et que j'aie servi avec amour et fidiélitée, et je je n'ai jamais féblie à mon devoir.
Et je jure devandieux que je sui innocan.
Leymarie Léonard "

Gratifié de la mention Mort pour la France, il n'a pas été réhabilité.


La décimation d'Ypres

constitue l'un des deux exemples de décimation (pratique antique) répertoriés durant la première guerre mondiale. Celle-là a frappé un régiment coloniale constitué principalement de tunisiens. L'autre en 1915 concernera la Légion étrangère. Témoignage du peu d'importance de ces sous-hommes, l'autorité militaire n'a même pas pris la peine de noter le nom de sept des condamnés à mort:

Le 16 décembre 1914, 10 tirailleurs tunisiens du 8e régiment de tirailleurs tunisiens (8e RTT) sont fusillés à Ypres (Verbrande-Molen, Belgique),  parmi lesquels Ahmed ben Mohamed el Gadjedi, Ali ben Ahmed ben Fredj ben Khelil et Hassin ben Ali ben Guerra el Amolmi. Les soldats combattaient depuis des semaines sans pouvoir se reposer au point que leur historique de marche avoue que lorsqu’ils ont gagné leur dernière position, les hommes étaient tellement épuisés que certains "tombaient sur la route sans pouvoir se relever". Le 14 décembre, les hommes de la 15e compagnie refusent d’obéir à l’ordre d’attaque. Le lendemain, sur ordre du général Foch, 10 % des mutins sont tirés au sort, promenés devant le front avec un écriteau portant en français et en arabe le mot « lâche » et fusillés aussitôt après comme le note le JMO de la 38e division d’infanterie dont relevait le 8e RTT : « Ordre du général commandant l’armée de décimer la compagnie du 8e Tirailleurs qui a refusé d’attaquer ».


Maurice Clèche, né le 14/05/1887 à Boulogne-Billancourt (92), Zouave au 3ème R.Z. condamné par le CG spécial du 3ème régiment de zouaves de la 1ère division; exécuté le 16 décembre 1914 à Abeele(Belgique)



François Fernet, né le 16/07/1890 à Verjux (71), soldat au 27 ème R.I.
condamné par un CG spécial, exécuté le 22 décembre 1914 à Saint Mihiel Bois-Brulé (55)

Louis Eugène Abbadie, le 15 mars 1884 à Paris, dans le 11ème arrt, deuxième enfant d'une fratrie de six. Orphelin de père en 1900, de mère avant 1914,  Louis Eugène réside à Montargis, dans le Loiret, où il est courtier en chevaux.
Le 15 novembre 1914, Louis Eugène Abbadie est arrêté. Il est dans l'incapacité de présenter son livret militaire déclarant qu'il l'a perdu il y a cinq ou six mois… Le régiment ne peut pas non plus présenter un relevé de punitions, pour les mêmes raisons…

Interrogatoire de gendarmerie :
 "Nous avons interrogé sur les faits qui lui sont reprochées, le soldat Abbadie (Louis), âgé de 31 ans, courtier en chevaux chez M. Caillat à Montargis (Loiret) […] avouant une condamnation pour outrages à agents. […]" 
Zéphos (René) soldat au 246ème Régiment d'Infanterie, 24ème Cie, nous a déclaré : "Le 11 novembre dernier, dans la matinée, nous sommes entrés à l'infirmerie de mon régiment à Crouy, j'ai bu plusieurs consommations avec mon camarade Abbadie qui lui aussi s'est présenté à l'infirmerie, Après la visite, c'est-à-dire vers 8h30, je n'ai pas revu Abbadie, donc il ment en disant que j'étais avec lui toute la journée" […] Fait et clos à Soissons…"

Le Commandant de sa compagnie, la 24ème, ajoute : "La conduite habituelle de ce soldat laisse plus qu'à désirer : il a profité de toutes les occasions pour s'enivrer et dans cet état, commis fautes sur fautes".

Rapport du sous-lieutenant Audry commandant provisoire de la 24è Cie :
"Le soldat Abbadie venait de terminer, le 8 au matin, une punition de 15 jours de prison pour le motif suivant : "a manqué à un appel inopiné de la Cie dans l'après-midi du 23 octobre et n'a rejoint la Cie que le 24 octobre à Crouy à 11 heures en donnant comme excuse qu'étant allé à Soissons et que dans la crainte d'être arrêté par le service de Place il s'était caché dans une cave pour y passer la nuit".
Le 9 novembre, à 7h30 du soir, la Compagnie quittait son cantonnement de Soissons pour aller occuper les tranchées à Crouy. Au départ, le soldat Abbadie, en compagnie du soldat Zéphos, quitta les rangs avant le passage du pont de Péniches pour arrimer son sac sur lequel deux sonnettes tintaient. D'après les dires d'Abbadie, tous deux s'en allèrent dans un débit à Soissons […] Arrivés dans cette localité – celle de Crouy – quoique connaissant le secteur de la Cie, ils allèrent se coucher dans un débit abandonné (ce militaire affirme n'avoir rien bu ce soir là et s'être couché immédiatement". Le 10 novembre, Abbadie ainsi que son camarade Zéphos restèrent à Crouy faisant la navette du cantonnement chez un marchand de vins pour boire, ils passèrent ensuite la nuit dans le même cantonnement que la veille et, le 11 novembre au matin, ils se rendirent à l'infirmerie dans l'intention de se faire porter malades. Abbadie se fit prendre la température et l'infirmier le fit inscrire comme malade […] Le 13 au matin, il est entré dans Bucy et y a passé la journée ainsi que la nuit, sans boire et sans manger. […] Le 14, Abbadie est encore resté dans le même cantonnement et dans la matinée un soldat du 152ème lui a tenu compagnie.[…]"
Avis du Capitaine SALLET, commandant provisoirement le 6ème Bataillon :
"Le soldat Abbadie est un très mauvais troupier. Indépendant, d'allure indisciplinée, il se refuse à supporter toute contrainte et n'obéit que lorsque l'obéissance devient pour lui nécessaire. C'est de propos délibéré qu'il a quitté sa Cie, se rendant de Soissons à Crouy pour occuper les tranchées. C'est également de propos délibéré qu'il a erré du 9 au 14 sans songer à rejoindre son unité. […] En attendant, le soldat Abbadie reste coupable d'abandon de poste devant l'ennemi et je demande en conséquence à ce qu'il soit traduit devant un Conseil de Guerre".
Avis du Chef de Bataillon BONNET, commandant le 246ème Régiment d'Infanterie :
"Le soldat Abbadie est un très mauvais sujet qui ne mérite aucune pitié. Je demande : 1° que cet homme soit traduit devant un Conseil de Guerre et 2° qu'il soit soumis à un examen minutieux permettant de savoir si oui ou non c'est un mutilé volontaire, les 2 rapports médicaux ci-joints ne concluant pas d'une façon ferme".
Déclaration d'Abbadie au sergent Ribes, commis-greffier :
"C'est à Bucy-le-Long, une heure environ avant l'incident qui m'est survenu que j'avais rencontré ce camarade. C'est un militaire du 152ème de Ligne dont j'ignore le nom : je ne puis fournir à son sujet aucune autre indication.
C'est ce militaire qui m'avait envoyé à le suivre dans les tranchées occupées par son régiment. Dès que j'ai été blessé, je me suis rendu à l'infirmerie de Crouy et mon camarade est parti dans sa direction. Je ne puis vous en dire davantage".
Une enquête menée auprès du 352è R.I. (alors que l'inculpé parlait du 152è) ne donne évidemment rien.
Les constatations médicales sont contradictoires, si ce n'est qu'elle visent toutes plus ou moins directement le même but :
Le Médecin du 246ème témoigne: "[…] Cet homme dit avoir été blessé d'un coup de fusil dans la région de Bucy-le-Long où il se trouvait isolé du régiment […] Elle paraît au contraire être le résultat d'un coup de feu tiré à 20 ou 25 centimètres de distance... on peut être amené à déduire que le blessé en est l'auteur ".
Le 16 novembre 1914,  le Médecin Major de 2ème classe Chambelland atteste :  " On peut dire que cette plaie présente plutôt les apparences d'une plaie par petit éclat d'obus. Or, le soldat Abadie prétend n'avoir pas entendu éclater de projectiles près de lui, il n'a pas non plus entendu siffler de balles dans le voisinage. […] On ne peut donc pas conclure d'une façon ferme sur l'étiologie du traumatisme du soldat Abadie, mais on peut dire que sa plaie présenté certains des caractères des plaies produites par un coup de fusil tiré à bout portant".

En plus de l'abandon de poste à l'ennemi, de la mutilation volontaire, on accuse également le soldat Abbadie, fait gravissime ! d'avoir volé du sucre...

Pour l'accusation de vol, le Chef d'Escadron de gendarmerie Astruc, major de la garnison de Soissons, dans l'Aisne, reconnaît formellement Louis Eugène Abbadie comme étant celui qui a dérobé le sucre aux magasins généraux le 11 novembre 1914. L'autre témoin est Louis Aurissier, soldat au 289ème Régiment d'Infanterie. C'est lui qui a arrêté le "voleur" qui transportait 15 à 20 kilos de sucre dans un sac de toile… Louis Eugène est présent lors de la comparution des deux témoins mais il n'est pas interrogé : seuls les témoins parlent ! (personne n'a l'air de se préoccuper de savoir ce qu'il comptait faire de son butin, ni comment il est arrivé dans la place.)

Le 30 novembre 1914, le jugement tombe : reconnu coupable d'abandon de poste devant l'ennemi et confondu de vol, c'est la peine de mort ! L'exécution est prévue pour le 24 décembre 1914.
Le Général Président du Conseil de Guerre de la 55ème Division d'Infanterie de Réserve intercède en faveur du soldat Abbadie. Il pense utile et important que la peine soit commuée.

"Deux raisons m'ont décidé à faire appel à votre clémence. La première ressort de la comparaison entre les articles 213 § 1 et 239 du Code de Justice Militaire. Une disproportion me semble exister entre les châtiments prononcés contre le "déserteur en présence de l'ennemi" et le militaire coupable "d'abandon de poste en présence de l'ennemi". Il résulte des pièces du procès que le soldat Abbadie, ayant été autorisé par le Chef de section à rester en arrière de la colonne n'a fait qu'abuser gravement de la permission momentanée qui lui avait été donnée.
J'ai estimé, en outre que la majorité très restreinte obtenue au Conseil pour la peine de mort, majorité qui, en temps de paix, aurait pu constituer une minorité de faveur, justifiant un recours en grâce."

Le Général Berthelot transmet la demande à la hiérarchie avec avis :
"Je déplore que le Conseil de Guerre ait cru devoir adresser un recours en grâce en faveur d'un lâche doublé d'un voleur. Il semble prendre à cet égard une mauvaise habitude puisque c'est la deuxième fois en moins d'un mois qu'on propose une mesure d'indulgence dans une situation où la discipline doit être maintenue avec la rigueur la plus absolue".

La réponse à ce recours n'est pas connue lorsque le 24 décembre 1914, Louis Eugène ABBADIE est fusillé à 7h35 du matin, à Vauxbuin, dans l'Aisne.
JMO de la 55 è D.I. :
"Le 24 décembre, le soldat Abbadie du 246ème Régiment d'Infanterie, condamné à la peine de mort, est fusillé à Vauxbuin à 7h30. La Gendarmerie a assuré le maintien de l'ordre. Le soldat Abbadie n'a pas voulu qu'on lui bande les yeux, il a refusé de se mettre à genoux et est mort très courageusement".
La transcription de son acte de décès en mairie de Montargis porte la note marginale  "Mort pour la France, le 14 août 1915"

Frédéric Julien Dédébat, né le 28 août 1881 à Saint-Lys (Haute-Garonne), où il est cultivateur, marié, père d'une fillette né en 1910. Soldat au 143è R.I.

Aucune photo, aucun document, aucune lettre, aucun objet personnel, aucun souvenir dans la famille, comme si Frédéric Julien Dédébat n’avait jamais existé. Gabrielle, la dernière de ses deux petites filles, nous confiait quelques mois avant de décéder "qu’il se disait, qu’il aurait été tué par les Français".
Patrick Lasseube, maire de Saint-Lys a consacré un ouvrage et des années de son temps à la réhabilitation du soldat Dédébat :

"Son parcours est très atypique avec un engagement de 4 ans en 1901 où il servira dans le 61° régiment d’Infanterie, mais où il sera excessivement sanctionné pour des peccadilles ou des refus d’obéissance, tout cela lui coutant 82 jours de prison, 49 jours de salle de police et 8 jours de consigne au quartier.
Il est accusé d'avoir abandonné son poste en présence de l'ennemi mais aussi d'un vol de carte électorale et enfin d'avoir abandonné son fusil, son épée baïonnette et une partie de ses effets militaires. Dans leur jugement sur les trois accusations portées à l'encontre de Dédébat, les cinq juges le reconnaissent non coupable à l'unanimité d'avoir volé une carte d'électeur retrouvé sur lui le jour de son arrestation. Ils le reconnaissent non coupable concernant la dissipation et l'abandon d'une partie de ses effets militaires. Par contre ils le reconnaissent coupable à l'unanimité pour abandon de poste en présence de l'ennemi. L'instruction est faite uniquement à charge, La procédure est des plus expéditives, le conseil de guerre est convoqué le 22 décembre à 13 h 30, la condamnation à la peine capitale est prononcée le 23 et elle est mise à exécution le 24 décembre à 7 h 30, veille de Noël. Son exécution a fait l'objet d'une mise en scène des plus macabres. L'exécution se fait en présence de détachements de plusieurs régiments qui sont contraints d'assister et de défiler devant la dépouille mortelle de Frédéric Julien Dédébat. Aucun détail descriptif ne manque y compris la mention : «Le coup de grâce n'a pas été nécessaire». Il y a même un relevé d'autopsie indiquant les lésions provoquées par les douze balles du peloton d'exécution."  

Traduit le 22 décembre 1914 devant le conseil de guerre de la 32e D.I., accusé
d' "abandon de poste en présence de l'ennemi, dissipation d'armes et d'effets militaires, vol au préjudice d'un particulier". Sa fiche SDG le dit "Mort pour la France", sa fiche MdH le dit "Passé par les armes pour abandon de poste".
Fusillé le 24 décembre 1914 à Reninghelst en Belgique"


Le 18 décembre 1914, Abel Garçault, né en 1884 à Villedieu-sur-Indre (Indre), où il était porcelainier, soldat du 1er régiment de marche de zouaves, se rend à son initiative au poste de secours, alors qu'il est en ligne, pour faire soigner une blessure à la main. Le major du poste indique dans son compte-rendu qu'il a noté des traces de poudre autour de la plaie. Le jeune zouave est aussitôt déféré devant le conseil de guerre de son régiment, qui le condamne le 26 décembre pour "abandon de poste en présence de l'ennemi par mutilation volontaire". Il est fusillé le 27 décembre à Poperingue (Belgique, Flandre occidentale). L'abbé Laffitte qui l'a confessé et assisté jusqu'à son exécution, est persuadé que ce jeune de 20 ans est innocent. Il entreprend une campagne de réhabilitation. Une expertise médicale du Dr Paul précise que les éléments constatés par le major ne peuvent permettre de conclure à une automutilation. Le 18 décembre 1918, un document du régiment atteste que le zouave a été tué au feu et est mort pour la France. Abel Garçault est définitivement réhabilité par un arrêt de la Cour de cassation du 12 novembre 1925.

Louis Harion Alexandre Chochoi, né le 23 octobre 1884 à Desvres (Pas de Calais), soldat au 1er R.M.Z., traduit le 26/décembre1914 devant le conseil de guerre spécial du 1er Zouaves et condamné à mort pour "mutilation volontaire face à l'ennemi". Fusillé le 27 décembre à Poperinge, Belgique.
Réhabilité le 25 novembre1925.


Abel René Viau, né à Bléré le 12 janvier 1888, engagé volontaire au 1er régiment des zouaves à Alger puis soldat du 66e R.I. 
Dans les archives militaires, on peut  lire que le soldat blessé a reculé à la recherche d'un poste de secours. Il y avait trois témoins à charge et trois témoins à décharge, mais ces derniers n'ont jamais pu arriver au procès.



fusillé le 27 décembre 1914 au cimetière d'Ypres, en Belgique (cimetière de Frezenberg disparu, ravagé par les offensives allemandes ultérieures)

le cimetière à l'issue du conflit
 plaque dévoilée le 11 novembre 2016


Le sergent Ernest CAMUS, 151e R.I, passé par les armes, le 31 décembre 1914 à Poperinge (Belgique). 



Les 7 allemands de Chalons et quelques autres

(citation du blog prisme1418)


Il est peu connu qu’un certain nombre de soldats allemands sont passés en Conseil de Guerre une fois fait prisonniers, la majorité en 1914. Parmi eux, cette année-là, 17 ont été fusillés, 2 condamnés directement aux travaux forcés à perpétuité, un à 10 ans de réclusion.
Sur ces 17, cinq ont fait l’objet d’une demande de grâce. Elles ont toutes été rejetées. Ces demandes n’ont eu lieu qu’en octobre et novembre.
En septembre, les 9 condamnés n’en ont pas bénéficié et ont été exécutés dans la foulée de leur jugement.

La 9ème Armée Foch a ainsi condamné à mort 7 d’entre eux : Karl Ehrlich, Max König, Friedrich Maynert, Friedrich Muss, Arthur Nix, Ernst Pommer, Kurt Taubert. . Lors de la retraite allemande consécutive à la bataille de la Marne, ils avaient discrètement quitté les rangs le 11 septembre, donc déserté et s’étaient réfugiés dans une maison vide à Châlons sur Marne, 5, rue St Joseph, dans laquelle ils avaient bien vécu jusqu’à ce qu’on les repère le 15 septembre et qu’on les arrête, ce qu’ils avaient accepté de bonne grâce. Traduits en Conseil de Guerre pour pillage en bande, ces déserteurs étaient jugés par le Conseil de Guerre Spécial de la 9ème Armée dans la matinée du 19 septembre et exécutés le même jour à 15 heures à Châlons.
Le 21 septembre, deux jours après c’était au tour du soldat Heinrich Werner de tomber sous les balles pour le même motif après jugement par le Conseil de Guerre de la 22e DI.

Le 9ème, Otto Führmann, a été condamné, lui, pour espionnage par le Conseil de Guerre de la 41e DI le 29 septembre avec exécution le lendemain à Saint-Dié.
On ne sait pourquoi, à partir d’octobre 1914, la grâce a été demandée pour une petite majorité des prisonniers allemands (5 sur 8). Le Conseil de guerre du 21ème CA l’a fait, après avoir jugé Heinrich Alken et Wilhelm Putz, le 26 septembre pour pillage. La réponse présidentielle négative est du 19 octobre avec pour conséquence l’exécution le 20. Est-ce pour cela que le mois suivant le même 21ème CA condamnait et exécutait deux nouveaux "pilleurs" Auler et Aust le 27 octobre ? La Direction des Etapes et Services de la 1ère Armée a décidé, elle aussi, après condamnation à mort de Heinrich Stapf le 28 octobre d’en rester là et l’a fait exécuter le 30 du même mois.

D’être jugé à l’arrière ne garantissait pas une plus grande clémence. Le 5 octobre 1914, devant le 2ème Conseil de Guerre du Gouvernement Militaire de Paris Charles Bruggmann et Peter Schrick étaient condamnés à mort toujours pour pillage en bande. La réponse à la demande de grâce n’arriva pour les deux condamnés à mort que le 29 octobre avec exécution à Vincennes le 31.

Le brancardier Franz Ott n’aurait pas dû tenir un carnet de marche précis entre le 22 août et le 7 septembre 1914 et surtout le conserver par devers lui. Il y avait raconté par le menu son itinéraire et les événements survenus dans son entourage. Il y parlait de francs-tireurs abattus, de pillages. Le Conseil de Guerre de Verdun le condamnera à mort le 10 octobre 1914, un mois après la découverte de son carnet lors de sa capture le 8 septembre, près de Jubécourt. Sa grâce fut demandée. On ne peut expliquer pourquoi la réponse a tardé jusqu’au 23 novembre pour un dossier bien constitué. En tout cas, négative, elle amenait son exécution le 27 du même mois.

Ainsi, contrairement aux demandes de grâce envers des soldats, la Présidence de la République a systématiquement entériné les décisions militaires concernant des soldats allemands.

Quelques civils


Léo Mac Ghastley , citoyen américain et Marie Biehl on été exécutés le 15 septembre dans la journée de leur jugement. Le citoyen luxembourgeois Binsfeld est fusillé le lendemain de son jugement.

Le belge Arthur Maesen jugé le 26 octobre a été fusillé le 24 novembre.

Une femme d’origine allemande Catherine Weber reconnue coupable comme son frère Alphonse Weber d’avoir hébergé 2 cavaliers allemands plusieurs jours lors de la retraite allemande consécutive à la bataille de la Marne a été graciée  (20 ans de travaux forcés) mais Alphonse a été fusillé le lendemain de son jugement.


Joseph Watier, né le 20-09-1874 fusillé à Verzy le 6 octobre
Eugène Jules André Cornet, alias Leleu-Lunette, né le 4 novembre 1884 à Verzenay (51), condamné pat le CG de la 1ère DIMM, fusillé le 6 octobre 1914 entre Verzy et Verzenay (à 900m de la dernière maison de son hameau de naissance), en compagnie d'Henri Firmin Chenu (né le 15 avril 1890 à Beine)

Le 16 novembre 1914 un berger de Puisieulx, Alfred Durot, est condamné par le Conseil de guerre à la peine de mort pour trahison et exécuté pour espionnage: à l'aide de 5 chèvres blanches reçues des Allemands, il indiquait le déplacement de l'artillerie française en leur faisant prendre des positions conventionnelles dans le troupeau.

Louis Ernest Hirson, dit Nénès, né le 15 septembre 1878 à Vailly-Sur-Aisne, fusillé le 23 novembre 1914 dans le parc du Château à Villers-Cotterets. Exemple des ravages de la "mauvaise réputation" et de la délation :

Célibataire, de métier forain et journalier, il est décrit comme  marginal vivant au jour le jour et ne travaillant qu’occasionnellement.  Il vit dans une roulotte mais lorsque celle-ci est détruite par les bombardements, il trouve refuge chez des femmes seules du village qui l’hébergent dans leur cave.
En octobre 1914, aidé par un ouvrier, Hirson s’est introduit dans l’usine Wolber sise sur la commune de Vailly et y a dérobé deux enveloppes et deux chambres à air pour équiper son vélo au cas où il serait obligé d’évacuer précipitamment le village. Entre temps, l’usine a été incendiée lors des bombardements. De plus, lors de son arrestation, Hirson dit posséder la somme de 150 Frs. Mais, en réalité,  il détient 200 Frs et semble l’ignorer… Il déclare que cet argent représente ses économies depuis trois ans et qu’étant célibataire, ses dépenses sont très succinctes.
Mais dans la foulée Hirson est accusé d'espionnage, par Louis Harlé, qui étant hospitalisé, sera représenté lors de son procès par Régnié, gendarme de la Prévôté du quartier général de la VIe Armée. Louis Harlé est fait prisonnier par les allemands entre le 3 et le 16 octobre 1914 avant de s’évader. Il a aperçu Hirson, dans la nuit du 5 octobre, dans une tranchée allemande discutant avec un officier, lui communiquant des renseignements sur les troupes anglaises et leur Etat Major dont le Q.G se trouve dans la maison de Mr. Cadot, située à 150m derrière l’église de Vailly.
Un rapport précise que la zone anglaise a été bombardée mais qu’il est impossible de dire si cela s’est produit lorsque l’Etat Major se trouvait dans la dite maison. Par ailleurs, Vailly étant sous occupation allemande, il n’a pas été possible de découvrir si des personnes avaient vu Hirson pénétrer dans les lignes allemandes. En outre, la gendarmerie connait très bien le jeune Harlé, domestique chez un certain Sieur Vilain, actuellement sous la domination allemande.



Pierre Philippe Richier, né le 25 mai 1869 à Creuë (55) et Julien Joseph Mettavant, né le  26 septembre1855 à Woimbey (55) fusillés sur jugement du CG de la 15è D.I. à Commercy le 27 novembre tandis que Jules Helzinger, condamné le 26 novembre ne s’est retrouvé au poteau d’exécution que le 22 décembre,  son co-accusé Jean Sauveton ayant vu sa peine commuée en Travaux forcés à perpétuité. 

Jean Jaegle, a été acquitté, car confondu avec un homonyme du village voisin. L'autre Jean jaegle a pourtant été fusillé le 30 septembre.
Stanislas Dobrowolsky, civil, fusillé le 19 septembre 1914 à Driancourt (Somme) à l’âge de 24 ans. Né le 07 février 1890 à Jaswon en Autriche. Domestique agricole depuis 1913 à Nanteuil le Haudouin. Mort par la France !
Désiré Dossancourt, civil, né dans l’Aisne à Étréaupont. Plombier gazier domicilié 10 rue du parc à Creil. Fusillé le 28 septembre 1914 à 8h00 place Carnot à Creil à l’âge de 41 ans. Mort par la France.

Et encore Arthur Renard, Gustave Cerna, Jacob Herda, Pierre Philippe Richier, Louis Pharaon Piereat, Octave Nocton,Gottlieb Khün, Gustave Reebs ou Franke (vietnam)...


Fraternisations de Noël 1914 




Pour finir avec une touche d'espoir, évoquons la trève de Noël que le Pape Benoît XV avait réclamé en vain aux états majors, et que divers soldats conclurent tout de même entre eux.

Alors que les Anglais reçoivent du tabac, des chocolats, un pudding aux prunes accompagnés d'un message du roi Georges V, que les allemand se voient gratifiés de saucisses, de cigares, de bière et de gigantesques sapins convoyés par train sur l'ordre du Kaiser, les soldats français ne peuvent compter que sur les colis envoyés par leurs familles.

En ce mois de décembre 1914, le ténor Walter Kirchoff (qui s'est déjà produit à Covent Garden, mais jamais en France) accompagne le prince Wilhelm d’Allemagne dans sa visite de Noël, sur le front. 


 

Au moment où il arrive dans la tranchée du 130ème régiment d’infanterie de Württemberger, les soldats des deux camps sont déjà en train de chatonner, chacun de leur côté. La pluie a cessé depuis des heures, les tirs aussi et, dans l’ensemble, l’ambiance est détendue. Alors, lorsque Kirchhoff entame un concert improvisé, ce ne sont pas seulement les soldats allemands qui l’applaudissent mais également leurs ennemis français, stationnés à quelques dizaines de mètres à peine. Leur capitaine est un mélomane accompli et il a reconnu la voix de la vedette. Bientôt, tous les soldats scandent "encore" ! Il se passe alors quelques chose d’impensable : Walter Kirchhoff émerge de la tranchée allemande et marche en direction de son public, à travers le no man’s land, cette zone dévastée, où tout mouvement, d’ordinaire, entraine la réponse des tireurs d’élites ennemis. Le capitaine français sort à son tour et rencontre Kirchhoff, à mi-chemin. Au même moment, en plusieurs endroits du front, des chants résonnent et se répondent. Stille nacht, pour les Allemands, Silent night pour les Britanniques et Douce nuit pour les Français.

(Voir sur le site chtimiste les extraits de lettres et de carnet qui racontent entre autre comment les allemands chantèrent la marseillaise, ou comment les bavarois mirent leur vis-à-vis en garde contre des attaques des prussiens...)

Ainsi, en cette nuit de Noël, les chants des uns font échos aux chants des autres. Les Allemands sont particulièrement bruyants. Ils jouent du fifre et du tambourin. En des endroits du front, ils dressent même leurs sapins sur les parapets des tranchés à la vue des Français et des Britanniques. Petit à petit, des dialogues se nouent, des trêves sont conclues, soient de manière plus ou moins formelle, soit de fait mais toujours au nez et à la barbe du commandement.
 
Les soldats s’échangent des cadeaux, discutent ensemble, partagent le cognac des Allemands ou le champagne  Gustave Berthier, par exemple, raconte à se femme, Alice, comment il a échangé avec des soldats ennemis des cigarettes, du " tabac boche " et un exemplaire du Petit Parisien, contre de la presse allemande. Un accord est trouvé entre les tranchées pour qu’aucun coup de feu ne soit tiré. 

Dès le matin du 25 décembre et parfois jusqu’à la nouvelle année, on échange des adresses, on s’accorde des trêves, entre les combats, pour enterrer les morts voire même, on se prévient de l’imminence d’une attaque de son infanterie.
Victorien Fournet, de Sauzet, raconte qu'en janvier 1915, les Allemands ne tirent plus et même sortent de leurs tranchées, demandant aux Français d'en faire autant. À mi chemin, ils se rejoignent, discutent et les Allemands remettent une lettre écrite en français : «Dans la lettre, ils disaient d'aller les trouver à la tombée de la nuit, sans arme, et qu'ils seraient les bienvenus »

Marius Nublat, de Romans encore, écrit à sa femme le 4 janvier 1915 : « Pour le jour de l’an, dans certaines tranchées, les Boches et les Français ont fumé le cigare ensemble. Les quatre Français qui avaient été chez les Boches sont revenus, mais nous avons gardé les Boches ». Louis Chirossel, de Loriol, raconte lui aussi dans une lettre comment Allemands et Français communiquent au moyen de pierres auxquelles sont attachés des billets pour échanger du vin et du pain contre des cigares.



Les trêves atteignent leur paroxysme lorsque certains des soldats roulent en boules quelques uns de leurs vêtements et improvisent des matchs de football entre frères ennemis.
Bien que contestés historiquement, au moins un de ces matchs est attesté par un lieutenant allemand, dans le livre Frères de tranchées, de Rémy Cazals : "Nous avons marqué les buts avec nos képis. Les équipes ont été rapidement formées pour un match sur la boue gelée, et les Fritz ont battu les Tommies 3 à 2".  

En réponse, le commandement dissoudra les unités "contaminées", ayant participé aux scènes de fraternisation et fera donner, dès le Noël suivant, l’artillerie, pour empêcher tout rapprochement de ce type.


Pour continuer les recherches :
meilleure base de données des fusillés :
http://cantereine80.free.fr/indexguerre_fichiers/fusillesa.htm
croiser avec
http://www.memorialgenweb.org/mobile/fr/index.php
https://fr.geneawiki.com/index.php/Guerre_1914-1918_~_Les_fusill%C3%A9s_de_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale
http://lp67.dyndns.org/Ils-ont-ete-fusilles-pour-l-exemple

De nouveau disponible depuis quelques temps, le site officiel du Ministère de la défense présente une base des fusillés.
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?laref=600&titre=les-archives-des-conseils-de-guerre
Certes l'effort de transparence est louable, mais tant que la situation judiciaire n'est pas réglée, il ne saurait être question de pardon.









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