lundi 21 mai 2018

les fusillés de 1916



1916


Conseil de guerre en séance : Argonne 1916

Janvier


Auguste Oudet, né le 13 février 1888 à Dijon, manœuvre (corroyeur), célibataire) 1,66 châtain yeux marrons, nez fort, menton à fossette, soldat au 27è R.I., campagne contre la Tunisie 1909-11, relevé de punitions très fourni durant cette période, particulièrement particulièrement pour la malpropreté de ses effets, l'usage de chique et de tabac pendant le service, diverses plaisanteries, et suelement 3 courtes absences illégales, plus rien après la mobilisation ; cité à l'ordre de la brigade le 5 avril 1915, croix de guerre avec étoile de bronze.

Le 4 août 1915, jour où expire sa permission le soldat Oudent ne retrourne pas à son corps où il sera ramené le 4 octobre par la gendarmerie de Couchey (Côte d'Or). Il quitte de nouveau son corps -en soutien de première ligne au bois du Caméléon- le 16 octobre, est ramené le 20 par la gendarmerie de Foulain (Haute Marne), s'éclipse de nouveau de Tahure du 3 au 24 novembre, où il est arrêté à Dijon. Quitte de nouveau sa compagnie devant le barrage dont il avait la garde et s'absente du 28 novembre au 13 décembre, arrêté à Châlons sur Saône. Il semble qu'Oudet était obsédé par l'idée de rentrer chez lui, et assez habile à chaque tentative puisqu'il réussit à rejoindre sa région d'origine.
Devant le CG de la 15è DI il est inculpé d'abandon de poste en présence de l'ennemi et désertion à l'intérieur en temps de guerre. La mauvaise foi des autorités militaires va jusqu’à rappeler deux condamnation pour vol datant de 1908 (des pommes? du pain?). Le caporal Tussier sous la garde duquel il avait été remis en novembre, a été cassé de son grade pour l'avoir laissé échapper. Oudet reconnaît sans aucune difficulté tous ses abandons de postes successifs, on ne s'intéresse pas à ses motivation. Pour le dernier il proteste qu'il n'était pas traité en combattant mais en prisonnier. Il est vrai qu'Oudet est arrivé au barrage sans arme (qu'on lui a remis un fusil tardivement) et que ses camarades avaient ordre de lui tirer dessus s'il le voyaient tenter de s'enfuir). Un témoin fait état de ce que sa fuite était préparée, car il aurait montré à ses camarades qu'il portait une tenue civile sous ses effets militaires, ce qui montre une belle inconscience, ou un complet je-m'en-foutisme assez conforme à ce qu'on peut imaginer de son caractère provocateur "vantard et menteur" tel que le décrit sa mère qui le pense dérangé depuis l'Afrique. Oudet, se présentant à chaque arrestation sous des identités différentes et prétendant appartenir à d'autres régiment que le sien, s'invente ainsi une maîtresse à Dijon (il dit aux gendarmes qu'il vit maritalement avec une demoiselle  Borgne... dont il aurait deux enfants âgés de 2 et 3 ans. "Cet individu qui connaît tous les "bandits" de la région est certainement capable de tout. Il loge dans une espèce d cabane de sa fabrication dans une pépinière au bord de la Seine" constate le rapport de la police de Châlons). En fait ce n'est pas la gravité des faits qui lui sont reprochés qui condamnent Oudet, mais le ressentiment des officiers supérieurs qui préjugent tous de l'application de la peine capitale, mais comme l'exprime sans détour le chef de Bataillon Javel, le fait que "Les mauvais sujets estiment que leur camarade est un homme habile dont ils ne sauraient trop chercher à imiter les exploits."
Oudet est fusillé à Villotte devant St Mihiel, 8h30 (55) le 8 janvier 1916, devant les deux Cies de mitrailleuses de la Brigade et un détachement du QG.
Dernier tour de passe-passe post mortem du soldat Oudet, qui l'eût sans doute fait bien rire, sa fiche de décès portant la mention "tué à l'ennemi", il est déclaré Mort pour la France.


Ben Tallah El Abasli Youcef Ben Ali, né à Bou Azam (Caïdat De Beja) (Tunisie) en 1887, soldat au 3ème B.M.Z.T. tué par une sentinelle le 12 janvier 1916 à Téteghem (59)


Jean Baptiste Chevalier, né le 27 novembre 1886 à Noyelles-Godault (62), mineur à Hénin-Liétard,  soldat au 58ème B.C.P. passé devant le CG de la 122è DI le 12 juillet, est fusillé pour abandon de poste  devant l'ennemi et refus d'obéissance à 7h du matin à la butte de Topci (Grèce) le 15 janvier 1916. Alors que sa Cie combat les Bulgares, Chevalier se réfugie dans un profond ravin. Retrouvé par deux supérieurs qui lui intiment l'ordre de remonter vers la crête qu'il était censé occupé, il gagne au contraire le village voisin où il est retrouvé le soir vers 19h.


Louis Papp, né le 15 août 1887 à Dunavecse (Hongrie), légionnaire au 1er rgt de marche du 1er étranger,
Le 28 septembre 1915, le légionnaire Papp se rend à la visite sans attendre l'appel de son nom, se précipite, excédé de n'avoir obtenu que deux jours d'exemption après la vaccination anti-typhoïdique sur le médecin aide-major Heurtel et lui crache par deux fois au visage -voilà pour les "voies de fait"- en s'écriant : "Tiens, saligaud, voilà pour les non-malades."(Les témoins ont entendu, toi saligaud, moi malade pourquoi mettre toujours non malade" Papp dément avoir dit "saligaud")
Condamné par le 1er CG de l'Amalat d'Oujda pour outrages par paroles envers un supérieur et voies de fait envers ce même supérieur pendant le service, Papp est fusillé à Oujda (Maroc) le 24 janvier



Février








Fernand Marius Brun, né à Orange (Vaucluse) 20 février 1895
Célibataire exerçant la profession de cultivateur à Arles (Bouches-du-Rhône).
Incorporé le 17 décembre 1914 dans le 27ème B.C.A., il quitte le dépôt de Menton (Alpes- Maritimes) en avril 1915 et combat dans les secteurs vosgiens du
Vieil-Armand, de Metzeral, du Linge. Son courage au feu vaut à Fernand Brun de recevoir la croix de guerre et d'être cité à l'ordre du bataillon le 5 juillet 1915:  "A fait preuve d'un beau courage pendant les combats du 15 au 22 juin 1915 ; sans cesse aux créneaux, a mis hors de combat de nombreux ennemis. »
Mais le 18 décembre 1915, il est évacué du front pour un problème au genou. Trois jours plus tard, sous la pression des médecins, Fernand Brun reconnaît s'être injecté de l'essence de térébenthine sous la peau dans le but de se faire porter malade. Il est déféré le 1er février 1916 devant un conseil de guerre spécial du 27me B.C.A.

Interrogé, Fernand Brun ne peut que reconnaître les
faits :
- Qu'est-ce que vous avez à dire pour votre défense ?
- Je regrette avoir commis cet acte d'indiscipline.
- Lorsque vous vous êtes piqué, saviez-vous que le bâtaillon devait participer prochainement à une attaque ?
- Non, on m'avait même dit que la compagnie devait re
descendre à Thann.
- Quand vous êtes-vous piqué ?
- Je me suis piqué le 14 décembre au moment où la compagnie était remontée au camp des Dames.
- Comment vous êtes-vous procuré l'essence de térébenthine ?
- Je me suis servi de l'essence de mon briquet que j'avais rapporté de permission.
- Saviez-vous pendant combien de temps cette piqûre vous rendrait indisponible?
- J’ignorais pendant combien de temps durerait l'effet de cette piqûre.
- Depuis combien de temps connaissiez-vous le nommé Julien ?
- Je ne le connaissais que depuis deux ou trois jours lorsqu'il me donna la seringue.
- Est-ce tout ce que vous avez à dire ?
- Je regrette mon acte et demande à faire mon devoir comme par le passé.

Malgré de bons états de service, Fernand Brun est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi par provocation de maladie ".
Il est fusillé le jour même du jugement, à 13 heures 30, dans une carrière située à cent mètres à l'ouest des anciennes usines Scheurer de Bitschwiller-lès-Thann (Haut-Rhin) ce 1er février 1916, âgé de 20 ans.
Aujourd'hui inhumé dans le carré militaire du cimetière de Bitschwiller-lès-Thann tombe N° 1, son nom ne figure sur aucun monument aux morts.


Eugène Durand, né le 6 novembre1890 à Saint-Denis, metteur en couleur, piqueur à la machine (1,63m, blond yeux bleu clair, visage long) soldat au 68e Régiment d'Infanterie, caporal à partir du 25 mai, cassé le 20 septembre. Cumulant un grand nombre de punitions -en diminution à partir de 1914- pour absences illégales en général de moins de 24 heures, ou divers motifs plus ou moins futiles, Durand jouit d'une très mauvaise réputation auprès de ses supérieurs qui le chargent en signalant que tous ses actes visaient à montrer qu'il se moquait de la discipline.
Le 22 janvier 1916 vers 14 heures, lors d'une matinée récréative destinée aux homme de son bataillon, Durand, puni, qui se trouvait dans le poste de police contigu (dont il s'était déjà absenté le matin à l'occasion d'une corvée pour aller boire), pénètre dans la salle de spectacle un gourdin à la main, se fraye un passage parmi les nombreux soldats et assène deux coups de bâton, l'un au bras, l'autre à la tête, sans mot dire au capitaine Terrier. Deux hommes saisissent Bonneau, ils sortent.
déclaration terrier (Louis Henri 25 ans, capitaine) : "Durand a demandé à me parler, les hommes qui le tenaient l'ont lâché, il est venu alors vers moi et m'a porté un coup de poing en maugréant des paroles que je n'ai pas comprises. La veille comme capitaine de de jour j'avais signalé l'absence de Durand qui était puni de prison au chef de bataillon. Il y a quelques temps j'avais déjà fait punir Durand" Il aurait dit au capitaine Terrier "tu m'a fait une crasse, tu vas me la payer" (déclaration Bonneau). La version du rapport est "crapule, je t'aurai". Durand est saisi par l'adjudant Bonneau qu'il traite de "vache" et de "propre à rien" avant d'être emmené, ligoté. Durand invoque la boisson comme excuse (mais les témoins le décrivent comme très légèrement ivre et conscient de ses actes) et ne se souvient pas des paroles quoiqu'il reconnaisse avoir porté les coups. Les recherches pour déterminer où et quand Durand s'est procuré le gourdin demeureront vaines.
De la correspondance et d'une déclaration ultérieure, on apprend que Durand se disait lui-même très déprimé depuis septembre 1915, ayant appris coup sur coup la mort de son frère et celle de la petite fille qu'il avait de sa concubine.

Accusé de voies de fait envers un supérieur à l'occasion du service et outrages par paroles et menaces envers deux supérieurs à l'occasion du service, Durand est condamné à l'unanimité à la peine de Mort par le CG de la 17è DI. Il est fusillé le 13 février 1916 à7 heures à Hersin-Coupigny (Pas-de-Calais)



Eugène Joseph Albaud, né le 26 août 1880 à Keryado (Morbihan), terrassier à Etampes, soldat au 315è R.I. 

A La Neuville au Pont, le 20 janvier 1916, vers minuit, le caporal Vilain, dans la cave où cantonne sa section, est réveillé par le bruit de conversations entre les soldats Diard et Albaud. ("J'ai aperçu Albaud à genoux auprès de Diard et ce dernier avait allumé sa bougie. Je ne sais pas ce qu'ils faisaient tous les deux; je crois qu'Albaud apprenait à Diard à parler Breton") Selon le témoignage de Diard, ils partageaient un pâté qu'il avait reçu d'un colis le matin-même et en accompagnement duquel Albaud avait fourni un litre de vin en sa possession. Le caporal leur dit d'aller se coucher. Diard (à ses dires, contredit par le témoignage de Vilain) obtempère, mais au lieu d'observer l'ordre, Albaud réveille Beausire, et lui demande s'il veut boire un coup. Ce dernier acceptant, Albaud monte aux cuisines et en rapporte quelques tranches de beefsteak cru, le couteau de cuisine qui a servi à les découper et deux bidons de vin qu'il offre bruyamment, réveillant toute la demi-section. Le sergent Bléchet, chef de chambrée lui dit : "Je vous prie de vous taire, vous empêchez vos camarades de dormit". Albaud, saisissant le bidon de deux litres de Beausire qu'il brandit à main droite, saute à califourchon sur le sergent Bléchet, l'empoigne à la poitrine, le secoue violemment en disant : "Sacré coquin! Je veux que tu me tutoies. Je ne te lâcherai que lorsque tu m'auras tutoyé.. Je veux aussi que tu me demandes pardon!.. que tu me serres la main. Et de bon cœur encore!" Le gradé, effrayé, obtempère. Devant la stupéfaction des soldats qui n'ont pas bougé, le caporal Vilain essaye, sans y parvenir de dégager son chef. Dès qu'Albaud le lâche, espérant que la scène est finie, il lui ordonne d'éteindre la bougie. Albaud s'approche de lui, dit "Vous, vous n'êtes pas assez malin pour éteindre la bougie!", lui arrache ses couvertures et engage la même scène de lutte que précédemment, sauf que cette fois, le sous-officier saisit Albaud à la gorge, et passant par dessus son agresseur, réussit à le dominer un instant. L'altercation ne devait pas être si violente puisque c'est à ce moment-là que Diard sort uriner. Il croise dans l'escalier en revenant le caporal Vilain qui lui dit "Je n'en puis plus, allez le tenir un moment"... Diard découvre Albaud accroché  aux jambes du sergent Bléchet qu'il tente de renverser et d'immobiliser au sol ("Albaud revint à son tour sur moi et me rejeta par terre sans me faire trop de mal".)
Diard et Beausire permettent au sergent de s'enfuir. Ils rapportent aux cuisines la viande "empruntée" par Albaud et le couteau. Resté seul dans la cave avec trois hommes couchés qui souffrent des suites d'une vaccination récente, Albaud saisit un fusil, le charge, manipule la culasse et déclare qu'il tirera sur le premier gradé qui franchira le seuil. Comme personne ne se présente, Albaud passe sa colère sur les affaires des gradés. Il vide leurs sacs, casse les cadres en bois, fouille les capotes, remplit de ce qu'il y trouve les brodequins neufs touchés la veille par le caporal Vilain et sort les jeter dans un puits. Albaud est arrêté vers la fin de la nuit, sur ordre du lieutenant commandant la compagnie que Bléchet est allé prévenir.

C'est l'occasion de se débarrasser de la terreur de tout le 315è, comme le sous-entend le rapporteur, rappelant que le 25 septembre, le Lt Polinière avait supplié son commandement de changer Albaud de compagnie, afin de ne pas l'avoir dans la tranchée au moment de l'attaque, craignant un coup de fusil dans le dos. (Rapport Polinière, après qu'Albaud s'en soit pris violemment à un soldat de son ancienne escouade "si je ne m'en souviens pas c'est que je suis abruti ; du reste je suis tellement malmené à la compagnie que ce n'est pas étonnant" "Qui vous malmène?" "Vous, mon Lieutenant, et je crois que vous êtes en train d'abrutir la Compagnie") Il recense aussi les condamnations, au civil pour rébellion, vol, et celle militaire la plus récente pour abandon de poste.

Albaud est fusillé le 14 février 1916 à Chaudefontaine (Marne) à 8 heures, noté : suicide.

Suicide singulièrement assisté alors :



Alfred Mathieu, minzue à Monceau-les-Mines, cannonier servant du 114è Rt d'artillerie lourde, né le 21 mars 1879 à Saint-Symphorien-des-Bois.  Quelles que fussent les motivations de Mathieu, avec lui, la terreur change de camp.

Le 17 octobre 1915 le soldat Mathieu, alors canonnier à la 12e batterie du 1er Régiment d’artillerie de campagne, a refusé d’écouter le maréchal des logis Flamand qui voulait lui interdire de continuer à boire et l’a insulté. Convoqué chez le capitaine pour entendre ses explications il arriva " excité, débraillé, malpropre, déboutonné et les 2 mains dans les poches ". Mathieu répondit avec insolence aux remarques du capitaine déclarant : "je veux bien travailler mais je veux pas qu’on m’emmerde". Il refusa violemment de suivre les 2 sous-officiers chargés de le conduire en prison en disant : "je m’en fous, j’ai faim, je ne veux pas qu’on me laisse crever". Maîtrise par plusieurs soldats, il se laissa conduire mais en proférant des menaces. Pour ces faits, le soldat a été inculpé d’outrages par paroles, gestes et menaces à l’occasion du service et de refus d’obéissance sur un territoire en état de guerre et traduit devant le Conseil de Guerre le 25 novembre 1915 qui l'acquitte. On le change de régiment, mais la punition n'est pas levée pour autant.

Le 4 décembre 1915, le lieutenant Bernardot qui commandait sa section lui signifie que la punition attendue est arrivée et qu’elle est de 60 jours de prison dont 15 de cellule. Le lieutenant lui a indiqué qu’il avait jusqu’à 13h00 pour entrer en prison. Le lieu de détention prévu par le lieutenant était une baraque en toile dans un bois mais comme le disait Mathieu : "cela me privera de vin et de tabac". Peu avant 13h00, le maréchal des logis Bouchoux alla chercher le soldat Mathieu dans son cantonnement, celui-ci lui demanda de parler au lieutenant Bernardot. Bouchoux acquiesça, partit chercher le lieutenant qui revint avec deux autres officiers. Soudain, une détonation retentit, le lieutenant Bernardot s’effondra comme foudroyé. Mathieu menaça de mort quiconque s’approcherait en particulier l’adjudant de la section. Puis Mathieu s’enfuit voyant les soldats s’approcher tout autour. Poursuivi, Mathieu tira sur les soldats qui l’encerclaient, tenta sans beaucoup de succès de se suicider en se tirant une balle dans la mâchoire et se rendit. Sa blessure retarda la procédure de quelques semaines.

Dans sa déposition, le maréchal des logis Bouchoux confirma les événements. "Je suis allé chercher Mathieu qui m’a dit vouloir parler au lieutenant, j’ai répercuté à l’adjudant qui m’a dit d’aller rendre compte au lieutenant". J’ai trouvé ce dernier avec 2 officiers qui m’a dit : "ça va bien, je le verrai". Arrivés sur place avec les 3 officiers, j’ai entendu un coup de feu et vu le lieutenant s’effondrer. A ce moment, j’ai aperçu Mathieu qui rechargeait son arme, je me suis avancé en lui disant : "vous êtes fou"et celui-ci répliqua : "il y en a pour tous, sauve-toi parce que si tu avances, il y en a une pour toi". Sur ce, je suis allé prévenir la garde de police". Mathieu a reconnu avoir voulu tuer le lieutenant Bernardot pour se venger des sanctions prises contre lui.
CG du QG du 14è Corps d'Armée :
Le 19 février 1916 à 6h30 du matin, le soldat Mathieu a été fusillé pour assassinat à Champagney dans la Haute Saône.


Jean Dulaurans, d’Arbanats, né le 13 novembre 1895 à Virelade (33), soldat au 126ème R.I. a été exécuté parce qu’il était peu actif à son retour de permission, le 18 janvier 1916. Au lieu de rejoindre directement les tranchées, avec deux de ses camarades, il a traîné deux jours à Hermaville (Pas-de-Calais). Accusés d’avoir désobéi, les trois hommes ont été traduits devant le conseil de guerre qui les a condamnés à mort pour "refus d’obéissance pour marcher contre l’ennemi"
"Si j’ai refusé d’obéir c’est parce que j’étais fatigué et me sentais incapable de monter aux tranchées. Je regrette la faute que j’ai commise, je ne pensais pas que c’était grave. Il a été fusillé le 22 février 1916 à Hermaville (62). Il avait 20 ans. Pour la législation de l'époque, il n'était pas majeur.
Jean Faucher, né le 1er juin 1889 à Limoges (87) Soldat au 126ème R.I. Conseil de guerre : 24ème D.I. Fusillé le même 22 février à Tilloy-Lès-Hermaville (62). Le rapport d'autopsie signale que pour aucun des deux le coup de grâce n'a été nécessaire. Le 3è homme, Henri Smaghe n'a été condamné qu'à 6 ans de travaux publics, sans doute parce que, quoique considéré comme passif, il rendait service en tant que guetteur et creuseur aux tranchées.



René Auguste Erman, né le 8 novembre 1888, ébéniste de son état.
Fusillé à Chaudefontaine, (51) âgé de 27 ans au motif de refus d'obéissance en présence de l'ennemi. (grâce refusée)
Déjà puni de 7 ans de travaux publics, peine suspendue, il traîne une mauvaise réputation : bagarreur, hygiène déplorable ; son chef le capitaine de Grossouvre, cité comme témoin, insiste sur le fait qu'Erman était ivre "gesticulait et faisait du tapage, suivait très mal la compagnie... et même la quitta.



Le lieutenant prévenu donna à Erman l'ordre formel de suivre. Il refusa catégoriquement en disant : "Jaime mieux qu'on ne flanque une balle dans la peau".
La justice militaire exauce son vœu le 23 février 1916.


Invoquer l'ivrognerie comme explication aux actes délictueux est une pure hypocrisie : le commandement faisait en sorte que le vin ("le saint Pinard" disait-on) soit copieusement fourni aux soldats afin de les encourager à monter en première ligne. L'eau manqua, parfois la nourriture (l'état major laissait pourrir le blé dans les fermes), le vin jamais. Les débordements liés à sa consommation sont le revers d'une addiction entretenue par les chefs. Ne désignait-on pas déjà au 19è siècle les populations laborieuses comme un ramassis de criminels et d'ivrognes?

distribution de vin 1915




Mars


Maximilien Roux, né le 9 janvier 1893, cultivateur,23 ans, fusillé à Wanquetin, (62) le 2 mars 1916 pour "pillage commis en armes, en bande, à force ouverte"
Le pillage jugé le 1er mars 1916 (motif rarement sanctionné en conseil de guerre) de 6 sapeurs du génie, à l'initiative de Maximen Roux et Antoine Fabre qui avaient découvert dans un café d'Arras (leur cantonnement) fermé et barricadé, une cave où se trouvaient empilées un grand nombre de bouteilles de vin et d’apéritif. A la nuit tombée le 16 février, ils se retrouvaient à proximité du café, l’un deux, à la surprise des autres, était venu avec son arme. Très rapidement, on se mettait à l’œuvre pour déclouer les planches qui empêchaient d’entrer dans les lieux. Un chien s’étant mis à aboyer, le porteur de son arme tirait et le tuait. Entre temps, protégé par deux hommes de guet, les 3 autres descendaient dans la cave et entreprenaient de remplir les sacs qu’ils avaient apportés pour emporter les précieux liquides. En plein travail, ils étaient prévenus par les guetteurs d’arrêter et de se cacher car une patrouille de gendarmes arrivait. Les guetteurs s’enfuyaient alors et rentraient à leur caserne par un trou reconnu dans le mur d’enceinte, causé par un obus. Conscient d’avoir laissés leurs camarades dans de sales draps s’ils étaient découverts, ils décidaient, réflexion faite, de revenir sur place, une fois les gendarmes passés et prenaient au passage leurs carabines.
Mais une fois revenus sur place, surpris par l’arrivée d’une autre patrouille, ils protégeaient la fuite de ceux sortis de la cave en tirant sur les gendarmes d’après le compte-rendu de ces derniers. A l’instruction, on se rendit compte qu’on avait affaire à des hommes jamais condamnés, très appréciés de leurs supérieurs. Encore à cette époque de la guerre, le recrutement régional se faisait sentir.  Les 6 avaient pour lieu de naissance Castelsarrasin, Figeac, Rocamadour, Marmande, St Gaudens, Villemur près de Toulouse, cultivateurs et pour l’un facteur de village.
Seul parmi les 6, Roux, convaincu d'avoir tiré n'obtint aucune circonstance atténuante. Fabre écopait des travaux forcés à perpétuité (sa peine réduite il sera renvoyé au front sur la demande de sa femme), Maupomé de 10 ans de travaux forcés. Les comparses sans armes Lafitte, David, Canal, étaient frappés respectivement de 2 ans, 2 ans et 5 ans de réclusion.
Malheureusement pour Roux, les juges refusèrent globalement de signer le recours. La présence parmi les juges du capitaine de gendarmerie prévôt de la 34e DI, a-t-elle pu jouer pour réclamer la fermeté suite à une agression caractérisée contre des gendarmes ?  Dès le lendemain du jugement, le 2 mars, Roux était fusillé. Les 5 autres, dont Fabre et Maupomé, après la parade de la dégradation militaire, étaient dirigés vers leurs lieux d’emprisonnement.


Paul Émile Lebrun, né le 25 septembre 1881 à Aubervilliers, terrassier à Paris, soldat au 347è R.I. On ne possède malheureusement que les minutes du jugement devant le CG de la 52è DI : inculpé d'ivresse publique et manifeste, d'absence de poste en temps de guerre aux armée en état d'ébriété, double abandon de poste, outrages à supérieur (caporal Wilde), outrage à l'armée (atteinte à l'honneur et à la considération de l'armée française et de ses chefs) refus d'obéissance et de rébellion envers la force armée, commis le 9 janvier 1916. Jugé coupable à l'unanimité sur les 13 questions posées au jury . Fusillé au carrefour de Bouzy Bouzy (51) à 6 h du matin) le 3 mars 1916 (frais 12,80 francs)


On en sait encore moins de Aït Ben Ahmed Abdallah, 15è compagnie de tirailleurs marocains, dont il ne reste que la fiche de décès à Verdun, Bois de Sartelles (55) le 3 mars. Sur la ligne genre de mort est indiquée la mention suspecte "par coup de feu", au-dessus de laquelle une autre main a ajouté "FUSILLE pour meurtre".


De même pour Jean Marie Prébet, né le 15 juillet 1888 à La Ricamarie (42), appartenant au 23è R.I. Saint-Dié des Vosges (88) fusillé le 14 mars, selon sa fiche de décès "fusillé pour abandon de poste devant l'ennemi"



Albert Croizé, né à Canny-sur-Thérain le 22 avril 1879, domestique à Compiègne, soldat au 103è R.I. Pour l'époque avec ses 1,81m ce brun aux yeux bleus est un géant. Il porte sur l'abdomen des cicatrices de blessures faites par arme à feu, et au bras droit un tatouage de fleur et la mention Campagne d'Afrique.
Les choses se présentent mal pour le soldat territorial Croizé, ex-légionnaire (connu dans ce corps sous le sobriquet de Van Dyck).
Le 29 septembre 1914, Croizé, sorti du quartier après l'appel du soir est intercepté " en état complet d'ivresse" à la gare de Saïda causant du scandale par un officier qui lui ordonne de suivre la patrouille, au lieu de quoi il s'enfuit. Rrpris quelques instants plus tard il s'écrie : "Les chefs, je les emmerde tous, depuis le colonel jusqu'au plus bas ; ce sont tous des tous des saligauds, des propres à rien et des vaches... Il vaudrait cent fois mieux servir dans une armée étrangère que dans cette sale armée française!" Et en tentant de frapper le chef de patrouille : "je vous connais bien, nous nous retrouverons plus tard". Devant sa résistance les hommes l'emmènent de force. Il est condamné par le CG d'Oran à un an de prison, peine suspendue, muté à Compiègne en mars 1915.
Lors de son arrestation, il lui est reproché d'avoir porté illégalement la Croix de Guerre et deux médailles coloniales, Maroc et Madagascar, qu'il dit avoir reçues en 1914 et 1908 mais sous le nom de Van Dyck. Dans le même interrogatoire (officieux) il avoue que ce n'était qu'une plaisanterie, et qu'il n'a jamais été décoré. Croizé est d'ailleurs titulaire d'un relevé de punition très chargé, plusieurs vols, nombreux coups et blessures à civils et militaires du rang, destruction et dissipation d'effets militaires, ivresse (31 fois), immoralié (21 avril 1905 "a fait à un jeune soldat des propositions en vu de pratiquer des relations homosexuelles"), au total 1136 jours de prison, 259 de cellule. En dehors de quoi le dossier d'instruction se révèle très incomplet, se résumant à quelques notes d'audience lors de son passge devant le CG de la 7è DI.
On l'accuse d'avoir déserté du 7 au 19 janvier, puis du 18 au 22 janvier (les deux fois à l'intérieur, mais en temps de guerre) et d'avoir porté quand il est arrêté pour ivresse et tapage à la Gare de l'est à Paris une capote parée des insignes de sous-lieutenant qu'il dit tenir d'un soldat rencontré à Nancy. Quant aux désertions, il cherchait à rejoindre la Légion, seul corps où ils veuille servir.
Fusillé, devant des délégation réduites de 3 régiments le 3 mars 1916 à l’âge de 26 ans à 8h Chaudefontaine (Marne).


Pierre Marie Serre, né le 9 avril 1887 à Saint Christo en Jarez (Loire) chasseur 11è Bataillon de Chasseurs alpins.
CG spécial du 11è BCA, rapport a postériori:
"Le 15 mars 1916 le chasseur Serre Pierre Marie qui était légèrement pris de boisspn se prenait de querelle avec ses camarades d'escouade qu'il frappait à coups de couteau, ainsi qu'un sieur Grandclaude qui voulut intervenir. Le caporal Corneloup son chef d'escouade essaya de le calmer et voulut le rappeler à l'ordre. A ce moment le chasseur Serre se précipita sur lui et lui porta au bras gauche un coup de couteau. Les Chasseurs Cotte et Bardoneuf furent également blessés à l'épaule, l'autre à la lèvre et sieur Granclaude à la [illisible] au genou et à la main. Le chasseur Serre est un maubais sujet qui s'adonne à la boisson, violent, brutal avec ses camarades, indiscipliné a été traduit devant le conseil de guerre spécial du Rgt qui l'a condamné à la peine de mort."
A l'envers sur la même feuille, la fin des notes d'audience :
Rédigées à la va-vite elles font état d'un incendie (aucune preuve) et de coups de couteau que Serre aurait porté à son frère (il dément). Des notes plus complètes semblent avoir été rédigées également à postériori, on y apprend que Serre a été condamné à mort pour éthylisme incurable, qu'il a probablement mis le feu au barraquement du lieutenant André
Témoignage d'Honoré Coudray dans "Mémoire d'un troupier" : "15 mars. L’après midi devait être marqué d’une sale histoire. Voilà qu’un chasseur d’une Compagnie nommé S(erre) ayant bu plus que de raison cherchait querelle à ses camarades et en a blessé plusieurs, oh légèrement, à coups de couteau. Le commandant vient à passer et veut mettre de l’ordre, mais S(erre), aveuglé par la boisson, le bouscule. Immédiatement, réunissant quelques officiers, il appelle cela une cour martiale, pérore un instant, sort l’article X du code militaire et, juge unique et inique, s’appuyant sur sa seule autorité branlante, il condamne gracieusement S(erre) à mort…Qu’a fait cet homme ? Ivre, donc en partie irresponsable, il a frappé ses camarades et heurté le commandant. Il méritait une sévère punition, mais n’ayant tué personne, il est difficile de trouver la raison de ce châtiment. - 16 mars. Ce matin à la pointe du jour, le peloton d’exécution a fait passer le malheureux S(erre) de vie à trépas, et l’on n’a pas oublié l’odieux coup de grâce dans la tête de cet infortuné". 
Ordre: "les hommes punis de prison assisteront à cette exécution."
Fusillé à Anould, (88) au carrefour du Calvaire le 16 mars (28 ans).












Edmond Paul Faviez, né le 20 février 1885 à Lille, forain (imprimeur?),1,62m cheveux et sourcils roux clairs, yeux bleus, soldat 2è classe au 73è R.I.
CG de la 2è DI, audience du 18 mars 1916, condamné par 3 voix contre 2!
Notes d'audience :
"Le 25 février 1916, déjà, j'étais malade en descendant des camions-autos qui nous avaient emmenés à Verdun. On nous conduisit d'abord à la caserne Belleville ; nous n'y restâmes pas longtemps. Bientôt le bataillon partait pour la caserne Marceau où on disait qu'il allait cantonner. Je me suis traîné à la suite de ma Cie, jusqu'au moment où je suis tombé sur le bord de la route, exténué. La fièvre que j'avais m'a immobilisé toute la nuit. Au jour, je n'ai plus retrouvé mon bataillon. Comme j'avais perdu mon équipement lorsque je l'avais déposé pour me soulzger, au moment du bombardement, je n'ai pas osé rentrer à mon Corps, et j'ai erré 15 jours.
Fleury, soldat du 73è: (...) Je savais que Faviez n'était pas valide, mais je n'ai rien remarqué dans son état ce jour-là.
Sergent Dubar : J'avais Faviez sous mes ordres depuis trois mois ; c'était un bon soldat."
Cessons là pour ne pas accabler les hypocrites qui réclamèrent l'exemple.

Passé par les armes à Rosnes (55) -et non Resnes comme on le trouve sur les documents du Ministère, à se demander si les dossiers sont vraiment lus...- le 19 mars 1916, 7h.

[NDR: parfois je pleure, parfois je suis au bord du vomissement, parfois je constate que les plus impartiaux des commentateurs se laissent encore tromper par les chiffres. Mais aucun corpus ne peut-être constitué à partir de ces statistiques lorsqu'on constate qu'il se trouve autant de dossiers incomplets ou disparus, cent ans après encore, bourrés d'erreurs de lecture... La démonstration tendrait à prouver que l'année 1916 représente, par son peu d'exécutés par rapport à la précédente, une reprise en main des autorités politiques sur les militaires. Et quand bien même ç'aurait été le cas? L'armée a toujours su régler en interne les problèmes qu'elle rencontrait sans en référer au pouvoir, dépassé par la volonté d'établir une légalité illusoire où ils auraient le dernier mot, encore plus éloignés de la réalité que les officiers empêtrés dans les difficultés que leurs causaient les cas sensibles. Comment imaginer que les autorités du terrain n'ont pas réglé d'eux-mêmes la majorité de ces problèmes, puisqu'on leur déniait la légitimité de le faire? avec la discrétion nécessaire pour que la réalité des événements ne remonte jamais à la surface, afin de ne pas compromettre leur carrière -eux, en arrière, les hommes des Ecoles, survivraient, comme les planqués du parlement. Une petite balle dans la tête d'un illetré du lumpenproletariat, ce n'était pas une si grande affaire puisqu'il n'y aurait aucun témoin pour les dénoncer de leur vivant. Tel est le règne de la terreur quotidienne, et pas de celle, qui, autrefois, ne fit pas répandre assez de leur sang bleu! Marchons, marchons, qu'un sang impur abreuve nos sillons.]

Jean Baptiste Gustave Hordé né le 8 février 1885, maçon. Soldat au 108e R.I. - 8e Cie. Abandon de poste en présence de l'ennemi (désertion en temps de guerre). Fusillé à 5h15 au Bois du Gard à Breteuil (60) le 22 mars 1916


Charles Francis Fournerie né le 4 novembre 1889
Fusillé à Breteuil (60) à l'âge de 26 ans le 22 mars 1916
Condamné une première fois le 10 mars 1915 à cinq ans de travaux publics pour désertion à l'intérieur.
Le 28 janvier 1916, profitant de l’obscurité, Fournerie, montant avec sa compagnie en première ligne, se dissimulait et partait pour l’arrière. Deux jours plus tard, le dépôt de son régiment, le 126e RI, à Brive signalait qu’il venait d’arriver et de se constituait prisonnier. (Les 4 autres qui ont abandonné leur poste ont eux aussi, dans les jours qui ont suivi, ont rejoint leur corps volontairement.)
Rapport du lieutenant Seurin : "Ramené au front par la gendarmerie, le Soldat Fournerie explique ainsi son geste: "J'ai peur du canon, j'ai beau faire tous mes efforts pour surmonter cette peur, je ne puis y parvenir. Le 28 janvier, j'avais d'autant plus peur que nous allions occuper un secteur qui avait été attaqué par les bombes quelques jours auparavant. Je n'ai pas eu le courage de suivre la Compagnie." Le rapport préconise que le soldat soit jugé pour "abandon de poste sur un territoire en état de guerre, dissipation d'armes, munitions, et autres effets remis pour le service. La requalification par le Colonel dirigeant le CG en désertion "en présence de l'ennemi" vaut au soldat Fournerie la condamnation à mort.



Henri Sevré, Naives-Devant-Bar (55) le 25 mars

Albert Louis Lucien Breton, Soukh Ahras (Algérie), le 25 mars













Avril


Jacques Gauthier et
Auguste Ghys le 7 avril à Boron (90)

Paul Lucien Tisserand, le 14 avril à Montplonne (55)


Antoine Royère né le 21 février 1890 à Saint-André-d’Allas (Dordogne) fut fusillé pour l’exemple à 26 ans le 18 avril 1916 à Méry-Prémecy dans la Marne

Joseph Fortuné Mouriès, né le 27 novembre 1889 à La Destrousse (Bouches-du-Rhône), pupille de l'assistance, jardinier à Montlaux (Basses Alpes), soldat de 2è classe au 163è R.I.
Le 9 avril 1916, son régiment combat dans la tranchée de Rieux devant Avocourt. Les allemands attaquent à midi après un bombardemet intensif de cinq heures. La section est en grande partie faite prisonnière. Joseph Mouriès se réfugie dans une tranchée tenue par une autre compagnie, y passe la nuit et la journée du lendemain puis rentre à sa compagnie.
Déféré le 28 avril devant le CG permanent de la 76è D.I. il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" et fusillé à Naives-devant-Bar (Meuse) le 29 avril 1916. Son nom figure sur le monument aux morts de La Destrousse.


Ferdinand Charles Denis à Lavincourt (55) le 30 avril

Mai

Giovanni Antonio Casetta, Marseille Champ de tir du Pharo le 1er mai 1916
02/05/1916

Adolphe Lemaire, Foucaucourt(55) le 2 mai

Joseph Eissenhuth, Meknès (Maroc) le 10 mai 1916

Gustave Joseph Henri Dewintre, Longueval (02) le 11 mai

Louis Alexandre Lelache, Esnes-en-Argonne (55) le 11 mai

Georges Derieux, Bénaménil (54) le 15 mai

Maxime Depreux, Maron (54) le 16 mai

René Louis Ambroise Cord'homme, Sainte-Ménéhould (51) le 19 mai

Maurice Léon Auguste Émile Robert, La Neuville-Au-Pont (51) le 20 mai




Les fusillés de Roucy
22 mai 1916
source : http://les-blessures-de-l-ame.over-blog.com/

Émile Lhermenier d'Yvré-l'Evêque, peigneur de chanvre au Mans, et ses trois camarades du 96ème RI, furent exécutés le 22 mai 1916 à Roucy pour un mouvement d'humeur qui datait déjà de quelques semaines et qui ne leur avait valu au départ … que 8 jours d'arrêt de rigueur (ils avaient refusé pendant une heure de remonter en première ligne). Tardivement, le commandement de la division  transforme ce banal incident en manquement inexcusable à la discipline militaire et ordonne que les quatre soldats soient déférés devant un conseil de guerre qui les condamna à mort pour "refus d'obéissance en présence de l'ennemi".

Pierre Bellet, adjudant-chef au 96ème R.I. (Journal de guerre, compte d'auteur, pp. 97-98) :
"L'artillerie ennemie ne répondait pas et paraissait inexistante ; tout au plus quelques obus tombèrent sur Pontavert, mais pas un sur Roucy, contrairement à ce que nous attendions. Mais au moment où notre attaque se déclenchait et où nos canons allongeaient le tir pour former barrage, l'artillerie boche déclencha à son tour un formidable tir sur nos premières lignes. Nous apprenions bientôt que le Régt de droite s'était emparé du sud-est du bois et avait fait 200 prisonniers. (...) le Commandement n'était pas du tout satisfait ; il trouva les résultats a peu près nuls pour une si grande dépense de munitions. Il demanda des explications et exigea de connaître les responsables. Tout retomba sur 4 soldats du 96e qui furent exécutés après un jugement qui n'est pas en faveur de la justice militaire. Les victimes appartenaient au 1er Baton. Ce bataillon, relevé de première ligne dans la nuit, était arrivé dans la matinée au repos au camp du Faité, bien en arrière. Comme après chaque relève, on laissait un peu de liberté aux soldats dont beaucoup en profitaient pour se rendre chez le marchand de vin. Mais lorsque le Cdt Riols reçoit l'ordre de remonter en ligne dans la matinée même, le rassemblement fut difficile. Il y eut même des protestations d'abord, puis des cris ensuite et des commencements de désobéissance, car certains avaient du vent dans les voiles. L'intervention des officiers put ramener le calme, et tout le monde monta finalement en ligne. Le Cdt Riols crut devoir signaler les faits au Général de la 55e D.I.. Lorsque le Commandement réclama des responsables, le Général grossit les incidents du 96e. Il ordonna l'arrestation des plus excités, qui furent jugés et exécutés sur le champ, sans même que notre Colonel ait eu le temps d'intervenir. L'affaire eut une répercussion douloureuse dans le Régt. De l'avis même de nos officiers, on avait exagéré, car si une punition exemplaire était nécessaire, la peine de mort était excessive. (...) Un peu plus tard, notre Cdt recevait une lettre d'une pauvre mère demandant des nouvelles de son fils dont elle ne recevait rien depuis quelque temps. Il nous était interdit de donner suite à de telles démarches. C'est ainsi que cette malheureuse devait apprendre la mort de son fils par une affiche collée à la porte de la mairie de son village, proclamant à tous que son fils avait été passé par les armes parce que déserteur. Lorsque nous avons à nouveau rejoint la 31e D.I., le Général Grossetti commandant le 16e C.A. reprit l'affaire en main. Il eut gain de cause contre ceux qui n'avaient pas su gagner la victoire et qui avaient ordonné ce jugement inique. Ils furent limogés, c'est à dire destitués de leur commandement. Notre régiment que l'on avait voulu salir était ainsi réhabilité, mais cela ne changeait malheureusement rien pour ceux qui restaient en terre dans un des jardins de Roucy."
 
Paul Tuffrau était commandant d'une compagnie du 246ème R.I., régiment en ligne près du 96ème R.I.. Il eut connaissance de cette lamentable affaire car les quatre pelotons d'exécution avaient été choisis dans son régiment. "Concevreux, 30 mai 1916 …Dans les premiers jours de la semaine, il y a eu un matin quatre soldats du 96 fusillés près de Roucy, par le 5ème bataillon de chez nous. La veille, on avait commandé de service une compagnie, cantonnée à Concevreux pour 3 heures du matin ; on n’avait pas dit pourquoi, mais les hommes se doutaient, et les groupes étaient nombreux qui discutaient. Je n’ai pas entendu la salve, mais j’ai su, par Bourgeois et par Geoffroy, qu’on avait emmené les condamnés une heure trop tôt avant les troupes ; qu’un d’eux, un fort gaillard de dix-neuf ans, engagé pour la guerre, vitalité de taureau, hurlait d’une voie profonde et puissante : "Me tuer, moi ? allons donc ! C’est impossible !" Bayon dirigeait l’exécution ; il avait fait préparer quatre poteaux, apporter des cordes car il devinait qu’ils se débattraient ; cela a été vite fait, chacun ayant hâte d’en finir ; aussitôt attachés, les quatre pelotons ont fait en ligne face à gauche, visé, et sans même qu’il y ait eu commandement, le premier coup de feu a entraîné les autres. Après quoi Bayon a infligé huit jours d’arrêt à un maréchal des logis qui devait représenter la Division et qui est arrivé avec quatre minutes de retard :    « Vous faites mourir ces hommes deux fois, vous !»."
Le capitaine Tuffrau ajoutera dans son carnet (Sapinière, 3 juin 1916, p. 120) que cette exécution avait beaucoup perturbé certains soldats. Ainsi, dans une compagnie du 246ème R.I., un homme devint pratiquement fou à la suite de ce drame et dut être évacué. Il craignait d'être lui-même fusillé, ayant écrit dans une lettre à sa famille : "Au bout de vingt mois de campagne, il fallait que les chefs soient vraiment cruels pour mettre quatre de nos camarades au poteau " et était persuadé que cette lettre avait été ouverte.

Un soldat du 246ème R.I., Émile Mauny, a aussi été témoin de ce drame (Émile et Léa, lettres d'un couple d'instituteurs bourguignons dans la tourmente de la Grande Guerre, compte d'auteur, 2006, pp. 114-115). Lettre du 23 mai 1916 : « Il s’est passé hier une séance bien peu intéressante. 4 soldats du 96ème ayant été condamnés à mort, les compagnies du 5ème bataillon du 246ème ont été chargées de fournir les 4 pelotons d’exécution. A ma compagnie, il fallait 5 soldats, 4 caporaux, 5 sergents. Par bonheur, je n’ai pas été désigné pour cette horrible besogne. Les camarades nous ont raconté la scène. C’était lugubre, poignant. Tous étaient hébétés d’avoir participé à cette exécution. Peut-être ces 4 malheureux avaient-ils mérité leur sort (je ne sais pas), mais on devrait bien trouver un autre moyen d’exécuter la loi au siècle où nous sommes. L’un d’eux avait paraît-il 18 à 19 ans. Il me semble que moi qui ai l’habitude de vivre avec les enfants et les jeunes gens, je serais devenu fou si on m’avait obligé à participer à ce drame. Je te raconterai ces choses que je n’ai pourtant pas vues mais qui ont hanté mon esprit toute la journée hier. »

Le docteur Veaux, dans son livre Un an sur le Chemin des Dames (Bretagne 14-18, p. 84) évoque ces quatre tombes isolées dans le cimetière de Roucy :        « ... le père Simonet me raconte en quelques mots les circonstances de leur mort, car il les connaissait presque tous ; avant de soigner leurs tombes, il les a vus au cantonnement de Roucy, lorsque les régiments descendaient au repos. Puis ceux qui sont tombés à l’offensive d’avril. - Tenez ! Vous voyez ces petites tombes à part ; ce sont quatre hommes qui ont été fusillés. L’un d’eux, de la classe 1917, appelait sa mère au moment où on le conduisait au poteau ! Ah ! Malheur ! Il faut voir ça à notre époque ! Et tout ça à cause de ces cochons de Boches ! "
Il était alors de bonne guerre de rendre les Allemands responsables de ce jugement sans appel. Dans les documents officiels, seul le J.M.O. de la prévôté de la 55ème D.I. relate succinctement ces exécutions : "22 mai : 4 soldats du 96ème R.I. (régiment momentanément mis à la disposition de la division), condamnés à mort, sont fusillés à la Motte aux Grillots (Roucy) à 4 heures. 3 soldats du même régiment subissent la dégradation militaire (refus d'obéissance en présence de l'ennemi)." Les J.M.O. de la 55ème D.I. et des 96ème et 246ème R.I. ne font nullement état de cette pénible affaire (le 22 mai, rien à signaler).  Pourquoi un aussi long délai entre la première sanction, bénigne (8 jours d'arrêt vers le 30 avril) et la fatale condamnation (21 mai avec exécution le 22) ? Pourquoi un tel écart de sévérité entre les deux punitions ?

Pourquoi, pour le même motif, quatre soldats condamnés à mort et 3 autres seulement dégradés ? Après le mouvement de grogne de fin avril d'une compagnie harassée par les attaques du Bois des Buttes et du Bois Franco-Allemand du 25 avril et des jours suivants, le 96ème avait connu bien d'autres tourmentes. Elles durèrent de fait jusqu'au 3 mai (les soldats qui rouspétèrent fin avril, ce que retint le conseil de guerre, étaient quand même remontés en ligne et avaient tenu le front) et le régiment enregistra des pertes assez sévères. Alors, pourquoi avoir attendu 3 semaines supplémentaires pour ressortir ce vieil incident contestataire et en prendre prétexte pour emmener au poteau d'exécution quatre pauvres bougres, même considérés comme de fortes têtes ? Nous avons lu qu'il s'agissait d'une « mutinerie ». Bien grand mot pour des protestations de soldats fatigués et peut-être quelque peu éméchés.
 
Dernier point, juridique cette fois, soulevé par Éric Viot : à l’époque où ces 4 hommes ont été fusillés (le 22 mai 1916) la loi promulguée le 27 avril 1916 (loi supprimant les cours martiales et instaurant les conseils de révision) n’était pas appliquée en totalité car les cours martiales étaient supprimées mais rien n’avait été mis en place par le gouvernement pour créer les conseils de révision (la nouvelle loi stipulait que le condamné pouvait faire appel devant ce conseil de révision).
Le 6 juin 1916 suite à l’intervention des parlementaires sur ce vide juridique, le général Roques consentit à l’interdiction des fusillades en attendant la parution prochaine de son décret instituant ces fameux conseils de révision. Sa circulaire parut le 8 juin 1916. Les 4 soldats de Roucy ont été fusillés le 22 mai, entre le 27 avril 1916, date de la promulgation de la loi, et le 8 juin 1916, date de la parution du décret créant les cours de révision …
Avec Émile Lhermenier, les trois autres fusillés furent :

 - Milhau Félix, Louis dont le nom figure sur le monument aux morts de Bessan (Hérault) ; né à Marseillan (Hérault), charretier, résidant à Bessan; A 22 ans, il avait été blessé
 - Baleux Lucien qui est inscrit sur le monument aux morts de Burbure (Nord) et sur celui de Loos-en-Gohelle  né à Paris né à Paris, résidant à Bully-Grenay,   ; cet engagé volontaire de 19 ans, (donc mineur) est ce colosse qui se rebella tant au moment d'être attaché au poteau ;
 - Regoudt Paul, Pierre de Dunkerque ; ce journalier célibataire, était l'aîné et le probable soutien d'une famille de 6 enfants ; sa mère était veuve d'un marin péri en mer en 1907 ; Paul Regoudt n'ayant pas reçu la mention de mort pour la France, sa famille ne perçut aucune pension.
Les quatre soldats reposent dans la nécropole de Pontavert, au milieu des autres soldats français morts au combat et y sont présentés comme "Morts pour la France" alors qu'ils n'ont jamais reçu officiellement cette mention.



23/05/1916
55
Haudainville
SAINTE-MARIE Louis François
26/05/1916
94
Vincennes
CONDOYANNIS Constantin
27/05/1916
NGUYEN VAN CUONG
27/05/1916
NGUYEN VAN QUI
27/05/1916
60
Rosières DALEN Philippe Marius (Ou Léon François




Juin

Pare Boussan à Oremaux le 1er juin

Emile Le Pahun et André Schlosser


JMO du 64e R.I. : 
Mercredi 31 mai. —Vers 22 heures 30 des coups de feu sont tirés par des militaires du 1er bataillon à Aubercy. On découvre les auteurs : ce sont le Caporal Le Pahun et le soldat Schlosser de la 3e Cie. Jeudi 1er Juin : Le Colonel donne l’ordre d’exécuter le Caporal Le Pahun et le soldat Schlosser. L’opération a lieu sans incident.


Maurice Etienne Sergent, né le 9 mars 1894 à Montigny-sur-Canne, recensé à Aunay-en-Bazois, où il était domestique de ferme, il est soldat au 56è Régiment d'Infanterie  lorsqu'il est condamné une première fois par le conseil de guerre de la 15e Division d'Infanterie, lors de la séance du 10 décembre 1915, à un an de prison pour provocation de militaires à la désobéissance. La peine est certainement réduite puisque Maurice Étienne Sergent, qui est revenu au 27e R.I., récidive en mai 1916. Condamné en conseil de guerre le 2 juin, aux motifs de "tentative de désertion à l'ennemi et d'intelligence avec l'ennemi dans le but de favoriser ses entreprises" Sergent n'a pas la possibilité de faire appel. Il est exécuté le 4 juin 1916 à Boncourt (Meuse)  "après l'accomplissement des formalités" : la compagnie du condamné à mort est réunie ; il est dépouillé devant ses camarades de tous insignes militaires, puis passe devant la ligne des autres soldats qui ont le fusil à l'épaule ; il est ensuite amené au poteau d'exécution, attaché, ses yeux sont bandés ; face à lui, le peloton se dispose sur deux rangs, il comprend 4 sergents, 4 caporaux et 4 soldats de rang ; un adjudant commande le feu et donne le coup de grâce.

Edouard Gerbex , Saint Jean sur Tourbe (51) le 3 juin





Les "émeutes" du 3è Bataillon du 64è R.I.   

(récit repris de Yann LAGADEC )

"Ils ne m’auront pas par les balles ni leurs mamites [sic], j’en ai trop souffert, plus tôt [sic] la mort des 12 balles de chez nous que de recommencer ce martyr". C’est par ces mots que François Hénaff, soldat du 64e RI, originaire de Kerfeunteun, près de Quimper, décrit à Fernande, son épouse, dans un courrier du 1er juin 1916, les faits qui l’ont conduit dans les cellules de la prison militaire de Sainte-Menehould l’avant-veille.

Le 26 mai au soir, le 64è R.I. doit regagner Saint-Hilaire-au-Temple – où il a déjà été cantonné les 21 et 22 –, pour y être embarqué au milieu de la nuit dans trois trains en direction de Sainte-Menehould. Les différents bataillons quittent donc Fagnères, où ils sont arrivés le 23, après une marche d’une vingtaine de kilomètres entamée à 3h45 du matin, pour regagner Saint-Hilaire, à nouveau en pleine nuit : le 2e bataillon et l’état-major du régiment doivent par exemple embarquer à 0h30, le 3e à 3h30, après une nuit de marche donc alors même qu’aucune nécessité tactique ne l’impose.
C’est au sein de ce 3e bataillon justement que se produisent les incidents qui vont conduire à la convocation d’un conseil de guerre : "quelques coups de fusil, 15 environ, ont été tirés en l’air", tandis que "9 soldats manquants au départ [en gare de Saint-Hilaire] ne sont pas rentrés à 20 heures" le 27 au soir. Six sont finalement arrêtés par la prévôté et conduit à la prison de la division. 
"J’ai refusé à mon lieutenant de me mettre à ma place en sortant [du village]" concède pour sa part le caporal Bertin, l’un des accusés. Plus précis, Guichard évoque « les compagnies quittant Fagnères en faisant entendre des bêlements semblables à ceux que poussent les moutons menés à l’abattoir. Les officiers ne sont pas écoutés, ni même respectés » poursuit-il. On chante L’Internationale, on fait "du barouf" pour reprendre l’expression du caporal Bertin. 
Après le chahut du départ, les tirs en l’air... la protestation change de nature avec les insultes proférées entre autres à l’égard des officiers, commandant de compagnie ou chefs de section de la 11e, venus identifier les tireurs après avoir remonté la colonne constituée par le 3e bataillon. C’est le sous-lieutenant Gautier, principalement, qui se fait insulter : "gosse, fainéant, enculé" sont les termes que retiennent les différents procès verbaux, insultes lancées à l’encontre d’un jeune officier de 21 ans, par des poilus qui, pour certains, approchent ou ont dépassé la trentaine.  
" On parlait vaguement qu’on allait à Verdun" déclare l’un des inculpés, le soldat Bernard, avant de préciser qu’ "on s’en doutait mais on ne savait rien de sûr".  A la veille d’une montée en ligne, de tels actes d’indiscipline, qualifiés suivant les sources de « révolte » (Guichard) ou de « mutinerie » (Hénaff), ne peuvent être tolérés par le commandement. Le 30 mai, six soldats sont arrêtés et conduits à Sainte-Menehould pour être traduits devant le conseil de guerre de la 21e DI.

Le 31 mai, alors que le 64e RI quitte Sivry pour Sénart, de nouveaux coups de feu sont tirés pendant la marche. "Deux soldats du 1er bataillon sont pris sur le fait". Le caporal Emile Le Pahun et le soldat André Schlosser, de la 3è compagnie, sont jugés le soir même, et "fusillés le lendemain (1er juin) auprès de leur tombe" écrit Guichard. La procédure a été pour le moins expéditive : les archives ne conservent d’ailleurs pas la moindre trace d’une procédure en bonne et due forme les concernant, au contraire des six autres prévenus, jugés eux pour les faits survenus dans la nuit du 26 au 27.

C’est parce qu’ils sont notés comme étant de « mauvais soldats » qu’ils semblent s’attirer les foudres de leur hiérarchie. Deux des six accusés ont en effet un casier judiciaire... Hénaff, le Finistérien, a déjà été condamné trois fois avant-guerre. Quant à Bernard, il est passé par les "bat. d’Af." avant la guerre, et a été condamné par le conseil de guerre de la 21è DI quelques jours à peine après son arrivée à la division, début 1916. Tous sont décrits non seulement comme de "mauvais sujets", mais aussi comme « fais]nt bande à part », se retrouvant fréquemment alors même qu’ils appartiennent à des sections voire des compagnies différentes, ce qui ne vient qu’ajouter au sentiment que les incidents du 26-27 mai ne sont pas dus au hasard, mais ont été préparés.

Le 5 juin à l’aube  le caporal Joseph Bertin, domestique de ferme de Nozay (Loire-Inférieure), les soldats Guillaume Bernard de Pleyben (Finistère), ouvrier riveur à Brest, François Hénaff de Kerfeunteun (Finistère) et Armand Juin de Montoir (Loire-Inférieure), tous deux charpentiers, sont passés par les armes "en réparation du crime de Révolte sous les armes en réunion " à Sainte-Menehould, à 800 m au nord du quartier Valmy, à 6h30 ce 5 juin.


A Roucy, l'exemple du 22 mai  n'avait pas suffi :

Théophile Boisseau
Journalier. Célibataire, né le 15 août 1884 et domicilié à Paris 12e. Soldat de 2e classe au 246e R.I.

Compte rendu de l’interrogatoire sommaire du soldat Boisseaux Théophile :
"Pour quelle raison n’êtes-vous pas sorti de l’abri de bombardement avec vos camarades au moment de l’attaque ?
- J’étais abruti par le bombardement, j’avais peur.
- N’avez-vous pas essayé de réagir contre cette peur ? 
- Je ne pouvais pas. 
- Déjà en Artois vous n’aviez pas suivi la compagnie lors d’une attaque. Vous m’aviez promis de ne pas recommencer – Silence"

La sanction
Condamné à mort le 5 juin 1916, le soldat Boisseau (31 ans) est fusillé le lendemain à l’âge de 31 ans.
Le soldat Decombeix jugé avec lui fut condamné aux travaux forcés à perpétuité et dégradé. 



François Antoine Grimaldi, né à Marseille le 27 août 1893, célibataire, cordonnier. Soldat au 75è R.I., il est nommé caporal le 15 octobre 1915. Il reçoit sa première condamnation le 9 mai 1916, 5 ans de travaux forcés pour "outrage par geste envers son supérieur". Sa peine est suspendue, mais il est  dégradé et muté par mesure disciplinaire au 140è R.I. le 11 mai 1916. Le 14 mai à Haudinville, le régiment ayant reçu l'ordre de s'équiper pour monter aux tranchées devant Damloup (Verdun), il est constaté l'absence d'un grand nombre de soldats, dont François Grimaldi qui a quitté sa compagnie pour se rendre sur une des péniches-bar stationnées sur le canal de l'Est, dénommée "Ouvre l’œil".
Arrêté, il refuse d'être réintégré dans un bataillon du 140è sous prétexte que celui-ci doit rejoindre le 75è où se trouve le sergent qui l'aurait fait injustement condamner.
Traduit le 20 mai 1916 devant le CG de la 27è D.I., il est condamné à mort à l'unanimité des voix pour "abandon de poste et refus d'obéissance en présence de l'ennemi". Son recours en grâce ayant été rejeté, François Grimaldi est fusillé à Rosnes (Meuse), le 10 juin 1916 à 17 h, devant les 1ère et 2è Cies du 145è R.I.





Les sous-lieutenants Henri Herduin et Pierre Millant du 347e RI pour s'être repliés sur Verdun alors qu'ils étaient dans l'incapacité de recevoir des renforts et à court de munitions,  furent exécutés sans jugement à Fleury-devant-Douaumont le 11 juin 1916.




Le Ministre de guerre Louis Barthou écrit aux familles indiquant qu'ils sont " Morts pour la France" alors qu'ils ne sont pas réhabilités juridiquement. Ils le seront en 1926.


stèle à Herduin et Millant à Fleury-devant Douaumont



Eugène Guégan, né à Caudan le 14 novembre 1888, cultivateur
Engagé volontaire en 1906 sous le 8è RI colonial : au Tonkin (en guerre) jusqu'en 1911, puis Algérie (1912 et 1913), Maroc (1914), Algérie puis armée d'Orient  (Dardanelles, retraite de Serbie et Grèce).
Corps expéditionnaire d'Orient  comprenant zouaves plus Légion étrangère recrutement de Tunis, Constantine, Philippeville, Sidi Bel Abbès, Oran.
1915 : Malte puis Lemnos, Alexandrie (du 17 au 30 mars) et Dardanelles.
Campagne des Dardanelles du 27 avril au 4 octobre 1915 : violents combats contre les turcs à Krithia et Acha Baba en avril puis du 1er au 2 mai. Du bataillon de la Légion et du 3eme Zouave (1600 hommes) ne restent que 120 valides.
Combats le 6 et 8 mai ; le 30 mai (fortin Le Gouèze), combats le 4, 21 et 27 juin et les 12, 13 juillet et 7 août. Le 1er octobre à Salonique.
Campagne de Serbie : combats le 22 octobre et le 16 novembre. Retraite de Serbie vers Salonique. Combats à Cernika le 8 et 9 décembre 1915 et le 11 décembre. Régiment au cantonnement à Salonique du 16 décembre au 18 mars.
De fin mars à juin à Kalinova : lieux insalubres ; nombreux malades : paludisme et typhus.
 
Mention fiche matricule: décédé le 23 juin 1916 et passé par les armes le 23 juin 1916 à Kalinova (Grèce).
Mention en marge: renseignements demandés à l'intendance militaire de Vannes le 21.3.1930 (sans doute par la famille) à fin de réhabilitation.
Réponse : n'a pas été réhabilité


Emile Ledoux, né à Compiègne, fusillé le 26 juin 1916, à l’âge de 22 ans à Saint-Hilaire-au-Temple (Marne).
Mort par la France.

  Juillet


François Kervegan, né le 08 septembre 1890 à Malguénac, poseur sur bois à L'Echantillon, caporal, fusillé le 10 juillet 1916 à Commercy (Meuse) au motif d'abandon de poste, désertion, avec antoine Luce  (fusillé) : (leur co-accusé Henri Dorange est condamné à 20 ans de  travaux forcés)
Réhabilité 24 avril 1917

Pierre Le Mével né le 26 janvier 1888 à Ferrière-en-Bray,  zouave au 2è RMA condamné à mort par le Conseil de guerre de Salonique, exécuté le 11 juillet 1916 à Salonique (Grèce)



Augustin Lacroix du 53e RI, né le 20 septembre 1882 à Viala-du-Tarn, près de Millau (Aveyron)  cultivateur, soldat  au 53è R.I.
Le 22 mai 1916, la Compagnie à laquelle appartient le soldat Augustin Lacroix reçoit l’ordre de quitter le tunnel de Tavannes pour monter en première ligne. Il refuse de s’y rendre en se cachant. Au lieutenant Pélissier qui commande la Compagnie, il explique : "Je n’ai pas eu le courage de partir
avec vous autres ; si tout le monde faisait comme moi, la guerre serait vite finie" puis "si je suis fusillé j’en descendrai d’autres avant".
Plus tard, il confirme être resté au tunnel "parce qu’il avait peur du bombardement".
Incarcéré, il est relâché le 31 mai, "une heure avant le départ de la Compagnie pour les tranchées, afin qu’il s’équipât. Au moment du rassemblement, il avait disparu". Il n ’est ramené que le 9 mai par la gendarmerie après avoir été arrêté. Interrogé par les gendarmes, il répond qu’il a déserté "pour ne pas remonter aux tranchées de première ligne." Il niera ensuite avoir fait cette réponse et déclarera être parti "parce qu’il n’avait pas la tête à lui".

L’homme est considéré comme une forte tête, un "mauvais soldat" : "il a été condamné le 23 février 1916 par le Conseil de guerre de la Division à 5 ans de travaux publics pour "outrages envers des supérieurs et ivresse".

Sa demande au président Poincarré de "commutation de peine" sera rejetée :
 
"J'ai accompli mon acte dans un moment d'égarement pendant la bataille de Verdun et je m'engage à le racheter. Je demande à repartir dans les régiments les plus exposé (sic) et où la discipline sera la plus dure".

Il est fusillé le 15 juillet 1916, à La Neuville (Marne), pour abandon de poste face à l'ennemi.






François Jules Vaucel est né le 7 avril 1888 à Saint-Aignan-sur-Erre dans l’Orne. En 1898 sa mère, domestique âgée de 46 ans, décède. Quelques années plus tard, en mai 1905, son père, ouvrier en chaussures, décède à l’hôpital de Dreux.
En mars 1905 François Jules est condamné par le tribunal correctionnel de Dreux à trois mois de prison pour vol, l’année suivante à un mois de prison par le tribunal de Mortagne, également pour vol.
Il est recruté au bureau de Dreux en 1908, sous le numéro matricule 724. Il est alors domicilié à Vernouillet et exerce la profession d’ouvrier agricole.
Il incorpore le 6e régiment de hussards en octobre 1909 et est réformé temporairement en 1911 pour « imminence de tuberculose ».
Il obtient un certificat de bonne conduite. Il passe dans la réserve de l’armée active en 1911 et est reconnu apte au service auxiliaire en 1912. Le 22 novembre 1911 il épouse à la mairie de Dreux une domestique de 29 ans, Joséphine Eugénie Louise Landier.
Il est rappelé à l’activité en 1915 et classé dans le service armé. Il est officiellement porté disparu le 11 janvier 1916, à Massiges. Mais au mois de juin suivant, il est arrêté par les gendarmes de Nogent-le-Roi, au Boullay-Thierry.
Le 10 janvier 1916, le 317e Régiment d’Infanterie se trouve à Maison-de-Champagne. Il subit les attaques des allemands qui projettent des liquides enflammés. Après 24 heures de combat, le caporal demande à deux soldats, dont Vaucel, de ravitailler le régiment en eau. Les deux soldats sont pris sous un bombardement et se séparent. Vaucel est alors porté disparu. En fait, il a été projeté dans la boue.  Il marche, "étourdi", puis monte dans une voiture de ravitaillement qui se dirige vers Valmy. Là, Vaucel monte dans un train de permissionnaires et rentre à Dreux. Il cache ses effets militaires sous le hangar d’un bourrelier, rue Saint-Denis. Il travaille dans des fermes, dans l’Eure et   l’Eure-et-Loir, jusqu’à son arrestation. Le 29 mai, deux gendarmes à la recherche de déserteurs et d’insoumis l’interpellent au Boullay-Thierry. Vaucel donne une fausse identité, affirme être en congé de convalescence et travailler dans une ferme où il propose de se rendre pour récupérer ses papiers ;
 il prend la fuite. Les gendarmes le rattrapent et le soldat révèle alors sa véritable identité : "Je me nomme Vaucel François Jules, âgé de 28 ans, maçon-puisatier (…). J’appartiens au 317e régiment d’infanterie".
Vaucel est jugé le 26 juin 1916 par le conseil de guerre de la 8e division d’infanterie. Lors de son procès son défenseur souligne que Vaucel  n’est pas un déserteur mais que, à cause du bombardement, il "avait eu un véritable moment d’égarement, conséquence d’une violente commotion".  Par conséquent il "n’avait pas eu conscience de la gravité de sa faute". Auparavant, il "avait, en toutes circonstances, accompli vaillamment et courageusement son devoir".
Vaucel est déclaré coupable d’abandon de poste en présence de l’ennemi et de s’être soustrait au devoir militaire jusqu’à son arrestation. Il est condamné à mort. Le 4 juillet le recours en révision formé par Vaucel est examiné. Des témoignages lui sont favorables mais le commandant de la compagnie le considère comme un "soldat moyen au feu et au cantonnement, sa manière de servir était passable". Le pourvoi est rejeté. Son recours en grâce est rejeté le 22 juillet. Vaucel est exécuté le 23, à Nixéville dans la Meuse.
Son acte de décès est transcrit dans le registre d’état civil de Dreux le 24 juillet. Son nom est inscrit sur le monument aux morts.



Mathieu Vocanson (né à Lapte en Haute-Loire), abattu froidement par son commandant le 23 juillet 1916. Son acte de décès a été transcrit à la
mairie de Saint-Etienne et son nom figure sur le monument aux morts de Côte Chaude.

Louis Mironet né le 22 avril 1888 à Angers portait des tatouages au bras et à la poitrine. Il résidait lors de son recrutement à Angers 16 rue Garnier et fut condamné à mort et exécuté à Suippes (Marnes) le 26 juillet 1916, pour "abandon de poste en présence de l’ennemi". A son actif (ou passif), il avait cumulé depuis 1906 un certain nombre de condamnations dont ivresse, coups et blessures, violences, outrages à supérieur.

Août


Victor Fortuné Roy Ferrero, né à Aubagne le 5 janvier 1892, terrassier au civil, soldat au 55è R.I. 
Le régiment est alors engagé dans la bataille de Verdun (sous commandement de Nivelle) dans le secteur d'Esne.Le 13 mai 1916, le soldat Ferrero reste au camp au lieu de monter en ligne à la cote 304 avec ses camarades. Il est condamné à 5 ans de travaux forcés pour "abandon de poste". Mais comme on a besoin de chair à canon on lui laisse une chance de se réhabiliter. Dans la nuit du 29 au 30 juin, sa Cie se rend de la tranchée de Garoupe à la tranchée Champigneul, cote 304. Sur un moment de panique, il quitte son poste. Le 30, après réflexion, il se rend à la gendarmerie de Jubécourt.. Lors de son jugement, il déclare qu'étant en prévention de conseil de guerre il n'aurait pas dû monter en ligne, et qu'il avait agi sur un coup de folie. Malgré un témoignage élogieux sur ses qualités de soldat, il est condamné à mort pour "abandon de poste en présence de l'ennemi" le 25 juillet et fusillé 18 jours après sa condamnation, le 12 août 1916 à Jubécourt (aujourd'hui Clermont en Argonne). Son nom ne figure sur aucun monument aux morts.

Adrien Desnoyer né le 17 mars 1896 à La Coquille (Dordogne), fut fusillé pour l’exemple à l’âge de 20 ans le 15 août 1916, à Wally dans la Meuse.

Armand Aimé Mercier, né le 19 septembre 1886 à Apremont, de parents journaliers, célibataire, lui-même domestique de ferme depuis ses 13 ans. son service militaire au sein des 150ème et 137ème R.I., ne se passe pas sa,s incidents ; un caporal lui inflige deux jours de consigne, qui sont doublés par le capitaine, pour avoir caché ses chaussettes sales dans sa paillasse. Le 3 avril 1908, il est réformé pour rhumatisme chronique, mais l’Armée le rattrape le 17 février 1909 et le renvoie au 137e RI, puis au 93e RI. Cela va aller de mal en pis jusqu’à sa libération le 25 septembre 1910. Il ne reçoit pas moins de neuf punitions et va écoper de 93 jours de salle de police pour différents motifs : retard au retour de permission, matériel cassé, paquetage sale, refus de marcher, etc. Il est affecté soldat de 2ème classe au corps du 93ème R.I . le 5 août 1914, il prend part aux premiers combats.
À l’appel du 10 et à celui du 11 décembre 1915, il est absent. C’est sa première désertion. Il ne reparaît à la compagnie que le 25 janvier 1916. Qu’a-t-il fait durant plus d’un mois ? Depuis le 14 décembre 1915, il était soigné dans une ambulance. De retour au régiment, il est mis emprisonné et condamné à 4 ans de travaux publics, par un premier conseil de guerre réuni le 10 avril 1916, pour "désertion à l’intérieur, en temps de guerre, sur un territoire en état de siège ou de guerre ."
Condamné aux travaux publics, Armand Mercier y aurait été à l’abri du danger, mais l’Armée a besoin de lui. Renvoyé au 137e R.I., il ne se presse pas : devant intégrer le corps le 18 avril 1916, il arrive le 22 pour la soupe ! Nouveau conseil de guerre, le 26 mai 1916, il est condamné cette fois à 5 ans de travaux publics. Toutefois le général commandant la 21e division suspend la peine et renvoie Armand Mercier au 93e RI ! Il combat sur le front de Verdun mais il manque à l’appel le 11 juin 1916 et donc, porté déserteur. Armand Mercier rejoint sa famille en Vendée et ne reparaît au dépôt de La Roche-sur-Yon que le 23 juin, revêtu d’une capote portant les galons de caporal !
Le 30 juin, Armand Mercier interrogé par le rapporteur près du conseil de guerre déclare : "Je reconnais avoir abandonné la compagnie et ce par peur. Je suis parti à peine arrivé au Bois des Vignes […] Je suis rentré sur Verdun, où j’ai trouvé une automobile qui m’a conduit à Bar-le-Duc. J’ai pris de là le train des permissionnaires […] et suis arrivé chez moi en descendant à la gare de La Roche-sur-Yon. […] Je suis allé chez ma mère qui habite Apremont. Je suis resté 8 jours avec elle, puis je suis allé au dépôt pour demander une feuille pour rejoindre."  Il ajoute avoir reçu la capote au moment où son groupe montait sur Verdun et qu’il ignorait ne pas avoir le droit de la porter. Mais la suite est contradictoire, lorsqu’on lui rappelle : "Interrogé au corps, vous paraissez avoir déclaré que cette capote vous avait été remise à une ambulance où vous avez été soigné après avoir été commotionné par un obus à la Côte du Poivre. Tout cela n’est évidemment pas la vérité puisque vous avez reconnu qu’en quittant la compagnie en présence de l’ennemi, vous étiez parti directement dans votre famille." Il déclare : "Je n’ai jamais dit tout cela " . Déféré le 4 juillet 1916 devant le conseil de guerre de la 21ème DI, il est chargé par son lieutenant Crignon qui le traite de "mauvais soldat, mauvais Français et de lâche" et demande "que la condamnation qui le frappera soit impitoyable et serve d’exemple". Le jugement du 1er août qui le condamne à mort pour "abandon de poste et désertion en présence de l’ennemi" est exécutoire, le recours en grâce rejeté.
Le général Dauvin, commandant la 21e division d’infanterie, ordonne que l’exécution ait lieu le 20 août 1916 à 6 heures du matin, à Dieue (Meuse), dans les carrières situées au nord de la route de Sommedieue, et que le peloton d’exécution soit fourni par le bataillon du 93e R.I.
Bonamy, greffier du conseil de guerre, rédige le procès-verbal de l’exécution et le médecin aide-major constate la mort : "Le piquet ayant fait feu sur le condamné, je me suis approché et ai constaté qu’il était tombé mort, la majeure partie des balles ayant pénétré dans le cœur et la région du cœur, le coup de grâce donné derrière l’oreille ayant traversé le cerveau ."

 

Septembre


Luigi Virgo est né le 18 mars 1885 dans un petit village de Castagniccia en Corse à Casabianca. Veuf avant la guerre et père de deux enfants il est tout de même mobilisé dans le 173e R.I. en seconde ligne. Du début de la guerre jusqu'au printemps 1916, il a combattu sans relâche.
A partir de février 1916, il est entré dans un nouveau cercle de l'enfer, la bataille de Verdun. Après plusieurs mois dans cette apocalypse, Luigi peut souffler quelques jours. Il est au repos en retrait des 1ère lignes. Mais il se présente en retard à son régiment après de copieuses libations. Il est rapidement appréhendé mais comme il n'était justement pas en 1ère ligne, l'incident est clos, sans autre forme de procès. Cet épisode va toutefois peser lourd par la suite.
Luigi a repris entre temps son poste dans les tranchées de Verdun. Plusieurs témoins évoqueront son courage, en ces jours sanglants. Le 27 juin 1916 il est porté absent, mais cette fois en 1ère ligne.
Il n'a pas abandonné son poste, mais a disparu lors des assauts très meurtriers. Il est retrouvé quelques heures plus tard au milieu de ses camarades. Il est inculpé d'abandon de poste en présence de l'ennemi et de désertion à "l'intérieur" en référence à sa première affaire.
Son conseil de guerre s'ouvre le 27 juillet. Il ne sait ni lire, ni écrire et parle mal le français. Il est condamné à mort, mais il peut faire appel et demander la grâce présidentielle, qui sera rejettée le 28 août 1916.

La sentence tombe le 2 septembre : c'est la mort. Il est fusillé le lendemain à 6h du matin à Jubécourt.

Paradoxalement le seul fusillé corse qui a une sépulture militaire dans la Meuse (cimetière militaire de Cousances) ne figure pas sur le monument aux morts de son propre village. Notre arrière grand mère était sa sœur, qui s'est battu sans relâche, se rendant à pied, au tribunal de guerre se trouvant dans la ville de Corté à plusieurs kilomètres de son village, pour sauver son frère, en vain.
En mémoire de Virgo, pour son honneur mais aussi celle de son fils que les gens ont rejeté toute sa vie (mais que notre arrière grand mère a élevé comme son propre fils), pour notre arrière grand mère, pour sa petite fille décédée à l'âge de douze ans notre association va œuvrer pour sa réhabilitation, et pour tous les fusillés de la grande guerre. (récit Virginia Baccarelli)


La cave du presbytère de Verderonne

Justin Louis Lorho, né le 12 Juillet 1892 à St Pierre Quiberon, incorporé le 29 juillet 1914 au 3è RAC (artillerie de campagne) à Coëtquidan. Participe aux combats à Neufchateau (Belgique) et à la bataille de la Marne.  Célibataire, 24 ans, il avait été accusé de vol de chemise et d’une paire de brodequins le 1er novembre 1914 à Valmy. Cette accusation, dont il fut acquitté, joua certainement en sa défaveur lorsqu’il comparut de nouveau le 30 juin 1916 devant un conseil de guerre pour désertion. Soldat rengagé, il avait deux ans et dix mois de service. Déféré devant le conseil de guerre de la 2è DIC le 17 août 1916, il est condamné à mort pour abandon de poste et désertion en présence de l'ennemi  (en réalité baignade collective pendant une accalmie).
Louis François Mathurin Chevestrier, né dans les Côtes-d’Armor le 25 janvier 1880 à Saint-Juvat (Calorguen), marin de profession, terre-neuvas et fils de terre-neuvas, fait partie, comme Marchetti et Lançon, du 8ème RIC. Le Conseil de guerre le condamna à mort le 24 mai 1916, également pour désertion. Le 8ème RIC avait déjà eu à faire face à un mouvement d’insubordination, le 5 mai 1916. Un conseil de guerre avait condamné cinq soldats à la peine de mort le 17 mai 1916, pour désertion face à l’ennemi. Quatre furent graciés.
Jean-Michel Suraud, né  le 27 mai 1882 à Nantes (Loire Inférieure) marié, 34 ans, du 24ème RIC, est père de deux enfants. Il a une longue expérience militaire. Engagé volontaire depuis 1903, au 6ème RIC, il a fait une campagne au Tonkin de 1905 à 1909 et la Cochinchine de 1911 à 1912. Depuis le 2 août 1914, il est engagé dans le première guerre mondiale.
D’un caractère bien trempé, il écope en 1912 d’une condamnation militaire pour bris de clôture, voies de fait et outrages par paroles sur un supérieur. Ce passé et ce caractère feront de lui un coupable tout désigné pour servir d’exemple devant le conseil de guerre de la 2ème DIC, le 17 août 1916… 

Emprisonnés dans la cave du presbytère, les trois sont bientôt rejoints par seize soldats du 8è R.I.C. (Isnard Charles, Hardy Ernest, Vevia Pierre, Giorgi Michel Ange, Istria Jean-Baptiste, Bazon Léon, Lançon Julien, Jouault François, Lafont Georges et Strobel Eugène) plus les caporaux  Marchietti Sylvestre, Boudet Auguste, Ostruc Félix, Pérard Gaston, Savignac Eugène, Dominici Jean (accusé de complicité d’abandon de poste) et quatre soldats du 4è R.I.C., (Jourdain Auguste, Vallier Basile, Bouchaut Fontenelle, Casiez Edmond). 
Les 23 hommes partagent les quelques mètres carrés qui leur servent de prison. Le 7 septembre, un peloton en armes vient chercher Suraud, Lorho et Chevestrier dès potron-minet. Ils n’ont qu’à traverser la route, la rue de l’Eglise pour se retrouver face à la troupe. Moins de 200 mètres séparent la prison du lieu d’exécution.
La troupe forme les trois côtés d’un carré, dans un champ à l’entrée du village de Verderonne. Face à eux, le peloton d’exécution attend l’ordre de tirer. A 6 heures du matin, les détonations résonnent entre les vieilles pierres de la bâtisse qui fut le lieu de vie d’un prêtre. Elles parviennent aux oreilles des prisonniers. Puis ils distinguent trois coups séparés signifiant les coups de grâce.
Les hommes entendent jouer la musique du régiment qui accompagne le défilé des troupes devant les corps en interprétant le "Chant du départ". 
Sylvestre Marchetti  (qui sera exécuté avec Julien Lançon le 19 octobre suivant, les autres voyant leur peine commuée) prend un objet pointu métallique, il grave sur le mur : « 7 septembre – Marchetti Sylvestre –condamné à mort – Nous étions 23 hommes dont 3 fusiliers ». 
A Verderonne, en 1916, les corps des fusillés furent déposés dans le coin le plus éloigné du cimetière. Jusqu’en 1934, les tombes étaient signalées. Elles portaient des emblèmes religieux et la mention "mort pour la France". C’est durant cette année 1934 qu’une circulaire parvint au maire spécifiant de retirer ces emblèmes et de supprimer cette mention. C’est probablement à cette époque que fut planté un buis qui, au fil des ans, devint un buisson de forte taille recouvrant en totalité ce lieu. Rien ne permettant de supposer que trois corps reposaient à cet emplacement.


Le 8 juillet 2011 le buis fut supprimé et un gravillon étalé sur le sol. Une plaque fixée sur le mur blanchi rappelle désormais que trois hommes reposent dans ce coin du cimetière.

Octobre

 


Baptistin Auguste Antoine Gastaudo, né à Marseille le 26 février 1890, chaudronnier, soldat de 2è classe au 1er BMILA, participe avec trois de ses camarades à une révolte au cours de laquelle il insulte et menace l'un des sergents en lui disant : "Je te connais depuis le Maroc, tu es une peau de vache, un enculé ! Nous nous retrouverons !.. tu es un buveur de sang." Selon des témoins présents, cette révolte faisait suite à des violences perpétrées par trois sergents.
Traduit devant le CG de la 45è D.I., Gastaudo est condamnéà mort par trois voix contre deux pour "révolte à main armée et outrage envers ses supérieurs". Son recours en grace étant rejeté le 8 octobre 1916, il est fusillé à Coxyde (Belgique) le 17 octobre 1916, en compagnie du soldat Debonne.
Son nom ne figure sur aucun monument.

Le caporal Sylvestre Marchetti, 22 ans, de Tagliu Isulacciu (Corse) et le soldat Julien Lançon,24 ans, tous deux du 8e RIC sont fusillés le 22 octobre à 6h30 au lieu-dit La Cavé d'Hayon à Sarcus dans l'Oise, devant le cimetière de Sarcus où ils seront rapidement enterrés, comme des parias Fusillés pour l'exemple pour avoir pris part à deux mutineries au cœur des tranchées de la bataille de la Somme, en août 1916. Leur tombe y est toujours visible.



Le 1er juillet, 19 240 soldats sont tués. Membres de la 2e Division d'infanterie coloniale, les 4e et 8e RIC, considérés comme des corps d'élite, sont de tous les combats. Après plus d'une semaine d'assauts, les officiers accordent un repos bien mérité à leurs troupes. Nous sommes le 9 août. Mais à peine redescendus de première ligne, contre-ordre : il faut déjà remonter au feu. Malades, éreintés, ils sont 300 soldats à refuser. Ce repos promis et repris, les gars se l'accordent eux-mêmes. Il n'y a ni injure ni coup, juste des hommes qui posent à terre leur barda de fatigue, de terreur et d'armes. Certains se cachent dans les tranchées ; d'autres filent se baigner dans la rivière qui coule non loin.
D'abord qualifiée "d'enfantillage", leur escapade fera grand bruit. "Il y a lieu de réprimer les fautes commises, même par les fatigués, les égarés, les demi-conscients", lit-on dans les rapports militaires. Cinquante-sept hommes sont traduits devant le conseil de guerre pour "désertion et refus d'obéissance", dix-neuf condamnés à mort. Si dix-sept voient leur peine commuée en travaux forcés, deux, "considérés comme meneurs", Julien et Sylvestre, sont passés par les armes. "Il faut faire un exemple, marquer les esprits."

 Julien Lançon en 1913. petit cultivateur, Julien Lançon, né le 11 février 1893 à la Bastide-des-Jourdains (Vaucluse), fils de Marius Lançon, de Mollégès et Marie-Louise Figuière.

Jean-Baptiste Le Garff, né le 21 Novembre 1887 à Kérentrech, Lorient, charpentier, 11è groupe spécial, 4è bataillon d'infanterie légère d'Afrique. Engagé volontaire en 1907(2eme régiment d'infanterie coloniale jusqu'en 1912 au Tonkin).
Condamné par le 1er conseil de guerre de l'amalat d'Oujda (Maroc) du 12 septembre 1916 à la peine de mort pour voies de fait envers un supérieur, le caporal Denoual, (faits commis le 14 juillet 1916, à Debdou au Maroc), son pourvoi en révision étant rejeté le 20 septembre 1916, fusillé le 30 octobre 1916 à Oujda au Maroc. Il avait 29 ans
 
 

Le soldat Louis Xavier Le Dû, né le 21 juin 1890 à Pais 15è, fumiste à Paris, canonnier au 34è R.A.C. exécuté pour rébellion le 31 octobre  1916 à Moreuil dans la Somme.  Condamné à mort pour "voies de fait et outrages envers un supérieur, rébellion en réunion avec armes et instigation" par le CG du quartier général de la Xè armée. On me sure à la fois le mépris, l'affolement et l'imbécillité de la hiérarchie ne parcourant le PV d'instruction.

Cité par Offenstadt Les fusillés :

Au cantonnement de canonniers de La Hérelle, dans l'Oise, en septembre 1916, un refus de ce type conduit à une petite rebellion. Le commissaire-rapporteur écrit ; "sans cesse en révolte contre l'autorité [...] ces canonniers ont formé une sorte de bande [...] tout à coupe Le Dû (arrêté) cria " A moi les amis", c'est alors que se produisit une scène telle qu'il s'en passe dans le monde des appaches (sic) sur les boulevards extérieurs de Paris." Le prisonnier est en effet délivré par ses acolytes. Le rapport du chef d'escadron précise ; " La plupart de ces canonniers n'ont aucune valeur au feu, notamment Le Dû et Mons se sont fait porté malades au cours des dernières actions pour ne pas aller aux tranchées. Pa contre, par leur menaces du couteau ou du revolver, ils sont la terreur des cantonnements."
Le Dû, seul, est condamné à mort. Dans ce dernier cas la résistance à la discipline semble plus organisée mais son expression est la même que les actes individuels [...] : tout est parti de l'injure lancée par Le Dû au lieutenant qui lui avait collé huit jours de prison pour absence à une revue d'armes.

Le docteur Destemberg pour sa part dispose d’une série de trois clichés pris par un artilleur du 53è R.I. lls concernent, ainsi que Denis Rolland a pu l’établir
par recoupements, l’exécution d’un soldat du 364è R.I. à Conchy-les-Pots (Oise) le 28 août 1916. Trois instantanés qui illustrent trois moments (La mise au poteau/L’exécution/Le défilé) du rituel de l’exécution capitale par fusillade tel qu’il est fixé par l’article 52 du décret d’octobre 1909 portant sur le Règlement du service de place.



Exécutions sommaires 

Les exécutions sommaires n’apparaissent souvent  pas dans les rapports officiels et sont donc très difficiles à dénombrer. Celles-ci sont relatées dans les carnets de guerre des soldats. Ainsi les Mémoires d’un troupier d’Honoré Coudray du 11e bataillon de chasseurs alpins explicite les exécutions sommaires auxquelles il dit avoir assisté :
- En juillet 1916, un chasseur est accusé de dévaliser les morts ; blessé par les artilleurs, il est abattu par son commandant. Coudray commente « le taré P.... a trouvé un moyen rapide de suppléer au conseil de guerre,....aucun interrogatoire, aucune enquête ». Pour masquer son crime, le commandant inscrit la victime dans la liste des morts au champ d’honneur.
- En octobre 1916, un jeune chasseur de la classe 1915, paniqué, fuit le front pendant un bombardement. Le commandant le convoque, lui dit : "monte sur le parapet", et le tue d’une balle dans la tête.


Deux exemples d'assassinat "gratuit" ou le début d'une solution devant l'oppression.

Le caporal Legendre tue le 31 août 1916 un de ses supérieurs, il sera fusillé.
Il semblerait que le caporal Legendre, ce père de deux enfants, n’avait rien de particulier contre le sergent qu’il a tué. 
Il se trouvait dans un état de révolte par rapport aux événements : la guerre, son frère tué, sa femme seule sur le point d’accoucher. Un raz le bol qu’il a fait payer à un sous officier en sachant très bien qu’il terminerait au mur comme il disait.

Novembre

Justin Marius Jean Follis , né à Gardanne le 1er juillet 1896 (le dossier de révision de son procès donne 1897), boulanger. Condamné pour délit de droit commun, il fut comme le soldat Botte envoyé au bagne d'Aniane du 11 décembre 1913 jusqu'à sa mobilisation le 10 avril 1915, pour avoir, en compagnie de deux autres jeunes gens agressé un étranger de passage à Gardanne afin de le voler.
Le 14 mars 1916, après avoir terminé son service de soldat au dépôt du 24è BCA à Villefranche sur Mer, il s'introduit au domicile d'un civil italien, l'abat d'un coup de revolver et lui dérobe son argent. Le dossier de révision mentionne "vol commis le 14 mars 1916 sur la personne d'un marchand d'œufs." Un des rapports relatant les faits donne une version légèrement différente de "l'introduction au domicile" puisqu'on y lit : 
"Le 13 mars 1916, un crime était commis sur la personne d'un nommé Parodi par le soldat Follis... celui-ci avait fait depuis trois semaines environ la connaissance de Parodi, connu pour être un pédéraste et avait eu plusieurs fois avec lui des relations contre nature. Le jour du crime, après s'être livré une fois de plus à son acte anormal, Follis tira sur Parodi plusieurs coups d'un revolver dont il avait eu soin de se munir, puis l'acheva en l'étranglant. Enfin il s'empara de son portefeuille et d'une cassette qu'il fut obligé de fracturer..."
Le soldat Follis n'avait pas agi seul ; joint à la procédure un certain Justin Marius Félix Gilly, 20 ans, est jugé pour complicité. Un certain Marius Gleize de 19 ans est également soupçonné de complicité (mais obtient le non lieu, n'ayant connu le crime que par le récit de Gilly. Lors de la révision Gilly n'est plus prévenu que de recel, n'ayant fait que prêter puis cacher le revolver qu'il avait prêté à Follis, et quoiqu'il ait partagé avec lui le butin du vol (aucun argent retrouvé, du vin et des oeufs).
Gilly est finalement condamné à 10 ans de travaux forcés (peine commuée en 1920 en détention simple) et détenu à la maison centrale de Melun. Un avis défavorable à la mise en liberté conditionnelle de Gilly sera rendu le 6 mars 1924.
L'arrêt de condamnation prononcé le 20 juillet 1916 par le CG de Marseille fut annulé par le conseil de révision de Lyon le 14 août 1916. Le CG de Lyon condamna néanmoins (à huit clos, l'affaire étant unanimement qualifiée de "dangereuse pour les mœurs") Follis à la peine capitale le 10 octobre 1916 pour "assassinat suivi de vol qualifié" et rejeta le recours en grâce le 14 novembre 1916. En conséquence, Justin Follis 20 ans, fut fusillé au camp de La Doua, à Villeurbanne, le 21 novembre 1916. Sa fiche de décès est assez unique ; "corps déposé à l'hopital, genre de mort : justice militaire"            Plus




Décembre


Le cas Claude Victor Magnouloux,  4 décembre 1916.
Claude Victor Magnouloux naît le  1er février 1883 au village de Souvignet situé sur le territoire de la commune de Saint-Julien-Molhesabate.
Son frère jumeau prénommé Joseph Marius ne participe pas à la Grande Guerre en raison de problèmes de santé .
Claude Magnouloux présente également des problèmes de constitution physique puisqu’il est ajourné dès 1904 pour se retrouver classé « service auxiliaire » en 1908, ce qui lui évite la conscription et le service militaire obligatoire.
En 1914, célibataire, il habite à Saint-Etienne et c’est à cette période que l’armée, qui a besoin d’hommes, le convoque devant la Commission Spéciale de Réforme du département de la Loire le 1er décembre de la même année.

En novembre 1915, il écope de 8 jours de prison pour "être arrivé à la compagnie avec 24 heures de retard sur le détachement dont il faisait partie et ayant perdu son képi, sa musette et les vivres de réserve". Le 6 janvier 1916, il s’esquive après la douche et rentre en retard au cantonnement.
Le 13 avril 1916, il est muté au 20è Bataillon de Chasseurs à Pied et c’est dans ce régiment, à 33 ans, qu’il va mettre être confronté à la réalité de la guerre.
Le 17 juin 1916, au retour d’une permission de 6 jours, il écope de 4 jours de prison pour 24 heures de retard. Le 26 août suivant, au cours d’une discussion au cours d’un repas, il blesse involontairement un camarade ce qui lui vaut 4 jours de prison. En septembre 1916, Magnouloux accumule une trentaine de jours de prison.

L'après-midi du 22 septembre 1916, à l’initiative du Sous-lieutenant Verdier une revue de la compagnie est mise en place à laquelle Magnouloux se soustrait. Il est apostrophé vers les 16 heures par le Sous-lieutenant qui lui inflige 4 jours de prison pour cette absence momentanée. Dans ses premières déclarations le chasseur Magnouloux avoue avoir consommé au moins trois litres de vin.
Dans une des ses poches Magnouloux conserve un revolver chargé trouvé quelques jours auparavant dans une tranchée conquise aux allemands. Ce pistolet dira-t-il, est un souvenir qu’il tient à rapporter chez lui. Magnouloux ne connaît pas le Sous-lieutenant. A l’interpellation de l’officier, il murmure quelques mots, sort son arme et fait feu en sa direction. L’officier fuit, poursuivi par Magnouloux qui l’atteint encore deux fois.
Des témoins maîtrisent l’agresseur, dont l’un est légèrement blessé tandis que l’officier est pris en charge par les médecins. Dans son rapport le médecin-major précise que le soldat Lerousseau René est blessé par un projectile, et qu’après une prescription d’une dizaine de journées de repos, les blessures "n’auront aucune conséquence grave".
Le Sous-lieutenant Verdier dont les organes vitaux ont été touchés décède le 23 septembre à 9 heures du matin dans l’ambulance de Cayeux en Santerre
officiellement " des suites de blessures de guerre". Il inhumé au cimetière de la localité le lendemain. Cette mention du motif de décès mensonger est-il un indice de la peur qui règne d'ébruiter les faits ?

A l'inverse de la volonté de la hiérarchie de maintenir le secret, les officiers les plus directement concernés s'empressent de monter un dossier à charge le plus rapidement possible : le 24 septembre, le sergent responsable de la section déclare : "c’était un homme violent qui cherchait souvent des discussions avec ses camarades et même avec ses gradés."

L’audience du Conseil de Guerre se tient le 27 septembre à Harbonnières. Le défenseur de Magnouloux présente une requête visant à ce qu’il soit procédé à la
nomination d’expert pour examiner l’accusé "du point de vue mental" (sans
suite). Aucun des témoins cités n’est présent à l’audience, Magnouloux est
condamné à la peine de mort à l’unanimité du jury.
On s’empresse de désigner le membre du Conseil de Guerre qui sera présent à
son exécution.
Le 28 septembre 1916 : Magnouloux, par la voix de son défenseur se pourvoit en révision contre le jugement.
Le 8 octobre 1916 : Le Conseil de Révision de la 10 Armée examine le recours et "casse et annule à l’unanimité" le jugement du 27 septembre 1916 pour défaut de procédure. Le destin de Magnouloux va être confié au Conseil de Guerre
de la 120è Division d’Infanterie, qui siège le 26 octobre. A l’unanimité des membres du jury, Magnouloux est condamné à la peine de mort et dispose d’un délai de 24 heures pour se pourvoir en "Conseil de Révision"(rejeté le 4 novembre).

Dans un document classé « SECRET » l’état-major de la 120è Division, diffusé le 3 décembre 1916, on apprend que l’exécution aura lieu à Châtenois dans le département des Vosges le 4 décembre 1916. La "parade d’exécution" sera commandée par le commandant du 38e R.I, le peloton d’exécution sera fourni par ce même régiment. Assisteront à l’exécution et seront en place pour 6 h 45 : deux compagnies du 38è R.I., deux compagnies du 408è R.I avec un Chef de Bataillon, le 3è Escadron du 3è Régiment de Chasseurs à cheval, une section commandée par un officier de chacune des compagnies 26/3 et 26/56 du Génie, une demi-batterie du groupe Baudica. Seront également présents un capitaine du 3è Régiment de Chasseurs à cheval comme juge désigné par le Président du Conseil de Guerre, le Médecin Aide-Major du 3è Régiment de Chasseurs à cheval, un abbé.
Une voiture avec quatre brancardiers sera rendue à la prison à 6 heures, elle sera escortée par un peloton du 3è Régiment de Chasseurs à cheval et accompagnera le condamné à proximité du lieu d’exécution et transportera "le corps du supplicié" au cimetière.L’exécution terminée, les troupes défileront devant le corps et regagneront leurs cantonnements.

L’exécution a lieu au sud de la sortie de Châtenois en direction de Mirecourt , à l’ouest de la voie ferrée. Le procès-verbal mentionne :
"Un piquet de chasseurs à cheval composé conformément aux prescriptions réglementaires, s’est approché et a fait feu sur le condamné, qui est tombé mort". Dans son rapport, le médecin témoin de l’exécution écrit : "la mort résulte de huit balles qui ont touché le corps, sept dans la région du cœur et une dans la tête. Il n’a pas été nécessaire de donner le coup de grâce."

Contrairement à l'extravagante publicité du cérémonial observé, le document ministériel mentionne curieusement comme "motif de la mort" : "tué à l'ennemi" ce qui permettra de taire la réalité des faits pendant environ une centaine d'année. Pourquoi cette accumulation de mensonges et de contradictions dans une affaire criminelle qui n'aurait pas dû prêter à polémique au détriment des autorités ?




Alexandre Gaston Simon, soldat au 8e R.I. fusillé à Saint-Memmie (51)
né le 19 août 1889 à Amiens.
Jugé et condamné le 21 novembre 1916 pour " abandon de poste en présence de l'ennemi et dissipation d'armes et d'effets militaires à lui remis pour le service" par le conseil de guerre de la 1ère D.I., appel rejeté le 8 décembre 1916
Fusillé le 16 décembre 1916



Soldats étrangers

August Wiluda, né le 17 octobre 1877 à Rudowken, soldat du 56è RI allemand, accusé de sềetre dans la nuit du 19 févévrier et la journée du 20, introduit dans les lignes françaises et les cantonnements à la faveur d'un déguisement, condamné par le cg de la 73è DI
Fusillé le 25 février 1916 à Marbache, près du cimetière

Civils


Pierre Claude (alias Glaude), né le 28 mars 1858 à Epelding (Luxembourg), domestique de culture à Damery (Marne), condamné par contumace en septembre 1914, est accusé de pillage, notamment dans l'exploitation de son ancien patron qui l'a renvoyé pour ivrognerie et violences. Accompagnant les Allemands pendant leur quatre jours d'occupation de  Damery, il les conduit dans les maisons bonnes à piller et fuit, par eux armé, après leur retrait ; repris, le 4 janvier 1916 à Châlons-En-Champagne (51)

Pierre Gaëtan de Fontenailles, né le 23 octobre 1886 à Bazancourt (51), précepteur au Pirée, condamné par le CGS de la base et des camps de Salonique. Insoumis, Fontenailles tente de vendre se vendre aux services de renseignements français qui lui tendent un piège, tendant à prouver qu'il travaille en réalité pour le Lt Hoffman, chef du renseignement allemand à Athènes. Sa seule préoccupation après son arrestation semble de faire exfiltrer sa femme poitrinaire. Il est fusillé au camp de Zeitenlik (Grèce) le 21 janvier.

Mahidi-Charef-ould-Kaddour EL-ARBI, né vers 1893 à Douar, condamné le 16 décembre 1915 par le 1er CG de la division militaire d'Oran pour assassinat commis au commencement de novembre 1914 sur un européen septuagénaire.
Pourvoi rejeté le 14 février 1916, fusillé le 15 à Oran

Saïd Ben Ali Benazouz (alias Taül), né en 1886 à Ouled Smir (Algérie), veuf bûcheron, et  Laroussi Ben Mohammed Laouel (alias Biskri), journalier  condamnés par le CG de la division territoriale d'Alger, pour homicide et vol qualifié (assassinat de la veuve Ramos et soustraction d'effets d'habillement), les deux actions étant concomitantes, recours en révision rejeté le 21 janvier 1916, fusillés le 25 février à Fort l'Empereur


Tayeb Ben Rabab Rabahi, né en 1893 à Blida, journalier, marié, un enfant homicide volontaire et vol qualifié avec concommitance (l'accusé à volé un fusil au fils d'un épicier qu'il a assassiné pour se faire)
Fusillé à Alger, Fort l'Empereur le 18 mars






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